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Nicole Bricq, la spécialiste socialiste du réalisme économique

« J'apprends avec peine le décès de Nicole Bricq. Elle a été une militante socialiste engagée au sein du CERES. Devenue parlementaire puis ministre, elle a montré de remarquables qualités de compétence et de travail. » (Jean-Pierre Chevènement, 6 août 2017).



Accident domestique près de Poitiers. Tomber dans les escaliers pendant les vacances. Comme Primo Levi. C'est stupide. Aussi stupide que la mort l'est. Une existence qui s'éclipse. J'avais beaucoup apprécié l'action politique de Nicole Bricq. Elle était mesurée, entière, raisonnable, travailleuse, réaliste. Jamais positionnée par rapport aux appareils partisans, et encore moins par rapport aux lobbies économiques, jamais tentée par un amour-propre à paillettes, et surtout ; elle se concentrait sur le fond des choses. C'est si rare. Elle manquera à la vie politique, à l'évidence.

Sa dernière intervention politique, c'était sa présence à la commission des affaires sociales du Sénat le 1er août 2017. Elle participait à l'audition de Dominique Martin, candidat à la direction générale de l'Agence nationale de sécurité du médicament. La veille, elle participait à la réunion de la commission paritaire sur le projet de loi d'habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social (sur ce dernier sujet, en tout, elle avait fait quarante-sept interventions). On pourra dire qu'elle est morte, à 70 ans (elle est née le 10 juin 1947), les bottes aux pieds, sur le champ d'honneur de la vie parlementaire française (certes, un peu moins que Michel Crépeau qui lui, le 30 mars 1999, a succombé d'un arrêt cardiaque qui a eu lieu une semaine auparavant en pleine séance publique dans l'Hémicycle). Elle avait pourtant renoncé à se représenter en septembre 2017 pour garder son siège de sénatrice de Seine-et-Marne, malgré son investiture comme tête de liste de LREM, le mouvement du Président Emmanuel Macron qu'elle avait rejoint pendant la campagne présidentielle.

Son dernier rapport a été déposé au bureau du Sénat le 16 juillet 2015 pour présenter la synthèse de ses rencontres avec des chefs d'entreprise en tant que vice-présidente de la délégation sénatoriale aux entreprises. L'économie était son thème de prédilection. Compagne d'un économiste socialiste qui fait de la politique, Jean-Paul Planchou (député de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, maire de Chelles de 1995 à 2014 et conseiller régional depuis 1998, vice-président du conseil régional d'Île-de-France de 2010 à 2014), Nicole Bricq était diplômée de droit privé (maîtrise) à Bordeaux à 24 ans. Les deux se sont connus d'ailleurs au CERES, le club situé à l'aile gauche du PS créé par Jean-Pierre Chevènement dont Nicole Bricq fut une collaboratrice de 1988 à 1990, à son cabinet de Ministre de la Défense.

Tombée dans le bain de la politique assez jeune (elle fut conseillère régionale à 35 ans, de 1983 à 1989, elle présida la commission culture en 1986) et faute d'avoir été élue députée à Paris en juin 1988 (battue par une candidate RPR), Nicole Bricq fut d'abord une militante socialiste dans les antichambres du pouvoir. Après avoir collaboré avec Jean-Pierre Chevènement qu'elle "quitta" en raison de ses différends sur la construction européenne et sur la guerre du Golfe, elle fut membre du cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci est devenue Ministre de l'Environnement entre 1992 et 1993 avant de se rapprocher de Dominique Strauss-Kahn dont le réalisme économique lui paraissait pertinent.

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Grâce à une triangulaire avec la présence d'une candidate du FN au second tour (Marie-Christine Arnautu), Nicole Bricq fut élue députée de Meaux en juin 1997, battant le jeune maire de Meaux, Jean-François Copé, député sortant. Elle fit donc partie de la majorité parlementaire socialiste de Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Elle fut battue aux élections municipales de Meaux en mars 2001 et fut battue également par Jean-François Copé lors des élections législatives de juin 2002. Elle se tourna alors vers le Sénat (élue au scrutin proportionnel en 2004). Nicole Bricq brilla par une présence studieuse et un travail assidu au Sénat de septembre 2004 jusqu'à sa mort en août 2017 (sauf lorsqu'elle était ministre). Membre de la commission des finances puis des affaires sociales, elle occupa le poste très convoité et très important de rapporteure générale du budget au Sénat, juste après sa réélection en septembre 2011 (entre octobre 2011 et mai 2012).

Ce fut fort de cette expérience (le rapporteur général du budget de chacune des assemblées développe une expertise très élevée dans les finances publiques) que Nicole Bricq fut naturellement nommée au nouveau gouvernement après l'élection de François Hollande à la Présidence de la République. Ainsi, Nicole Bricq occupa le poste très important de Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, du 16 mai 2012 au 21 juin 2012. Depuis Alain Juppé en mai 2007, ce ministère était parmi les premiers des ministères du quinquennat de Nicolas Sarkozy (Alain Juppé, Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet).

Le 7 février 2012, peu avant sa nomination, dans le cadre d'un débat sur le devenir des permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures conventionnels et non conventionnels après le vote de la loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011, Nicole Bricq avait remarqué, à destination du précédent gouvernement (celui de François Fillon) : « Nous devons agir afin d’analyser toutes les conséquences de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Nous le savons, les logiques économiques et les logiques environnementales n’obéissent pas souvent aux mêmes règles de temporalité. Aux États-Unis, où 50 000 puits ont déjà été forés, l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels bouleverse l’équilibre du marché et les stratégies des entreprises. Les enjeux économiques sont importants et la tentation de développer cette production en Europe est réelle. La Pologne professe l’ambition d’être "le Qatar de l’Europe centrale", la Bulgarie vient de refuser l’exploitation, mais le débat n’est pas tranché en France, d’où l’importance de la refonte du code minier, toujours d’actualité après la remise du rapport Gossement. ».

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Pourquoi, dès le 21 juin 2012, lors de la nomination du second gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Nicole Bricq fut-elle débarquée de cet important ministère, après seulement un mois d'activité ? Cela restera un mystère politique : était-elle trop peu fiable par rapport aux industries de l'énergie ? Toujours est-il que l'Écologie fut attribuée à une militante socialiste qui n'a jamais fait que de la politique, Delphine Batho qui, elle-même, a voulu se donner une légitimité personnelle (en vain) en démissionnant avec fracas l'année suivante (le Ministère de l'Écologie a été particulièrement instable durant ce quinquennat puisqu'il y a eu pas moins de quatre titulaires, avec Philippe Martin et enfin, en avril 2014, Ségolène Royal).

Nicole Bricq resta cependant au gouvernement et fut Ministre du Commerce extérieur, un domaine économique qu'elle connaissait très bien, du 21 juin 2012 au 31 mars 2014. Elle ne fut pas "renouvelée" lors de la nomination de Manuel Valls à Matignon, peut-être en raison d'une sortie publique peu appréciable concernant la qualité de la nourriture à l'Élysée, qu'elle estimait peu élevée par rapport aux invités économiques étrangers qu'elle faisait venir en France en tant que ministre (ce qui, en pleine crise du chômage, pouvait donner le sentiment aux citoyens français d'un manque total de compréhension de la réalité sociale de beaucoup de ses compatriotes).

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Après ses missions au gouvernement, Nicole Bricq est donc retournée siéger au Sénat, au groupe socialiste (sans élection, grâce à la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 voulue par Nicolas Sarkozy), et a fait partie de la vingtaine de sénateurs socialistes ou de centre gauche qui ont créé le 28 juin 2017 le groupe LREM au Sénat sous la houlette de François Patriat, pour soutenir Emmanuel Macron et préparer les élections sénatoriales de septembre 2017.

C'est l'avocate écologiste Hélène Lipietz, sœur de l'ancien ex-candidat écologiste à l'élection présidentielle de 2002, la suivante de liste en Seine-et-Marne, qui a retrouvé le siège de Nicole Bricq au Sénat du 6 août 2017 au 24 septembre 2017, pour une période très symbolique puisque hors session parlementaire, après avoir déjà remplacé Nicole Bricq pendant qu'elle était ministre (entre 2012 et 2014), puis avoir renoncé à poursuivre sa carrière politique en 2016 en raison de la perspective du désastre électoral de ce printemps et d'une volonté de changer totalement de vie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicole Bricq.
L'énergie en France.
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
Manuel Valls.
Emmanuel Macron.
Delphine Batho.
Jean-Pierre Chevènement.
Ségolène Royal.

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10 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 11 août 14:43

    on ne montais pas un mur avec ce genre de Brick car c’était une Brick réfractaire ....


    • Michel DROUET Michel DROUET 11 août 14:45

      Le réalisme économique, c’est juste pour donner bonne conscience aux politiques qui ont compris qu’ils ne pouvaient plus rien faire face au pouvoir bancaire et industriel.
      Juste un aveu d’inutilité que l’on paye cher en nourrissant cette classe politique moribonde seulement là pour faire passer la pilule auprès des citoyens.
      C’est sans doute ce concept de « réalisme économique » qui fera que les citoyens se révolteront un jour.


      • Pere Plexe Pere Plexe 11 août 15:41

        @Michel DROUET


        C’est la formule politiquement correct pour désigner la soumission du pouvoir politique au pouvoir financier.
        Dit autrement le renoncement à gouverner du politique réduit à simplement gérer 
        Sous haute surveillance

        La formule anodine n’est ni plus ni moins que l’avis de décès du politique.
        L’enterrement de la démocratie.

      • alinea alinea 11 août 22:19

        C’est pourtant elle qui avait interdit les fouilles pétrolières au large de la Guyane, et c’est pour cette raison (absolument pas mystérieuse contrairement à ce que dit l’auteur) qu’elle a été virée !!


        • alinea alinea 11 août 22:21

          @alinea
          Ah oui, je voulais dire aussi qu’il y a Françoise Giroud qui est morte comme ça.


        • philippe baron-abrioux 12 août 08:43

          @alinea

           Bonjour ,

           vous avez raison de faire état de cette réalité maintenant oubliée .

           mais la Guyane , comme d’habitude, ne semble exister (pour les métropolitains ) que lorsque le C.S.G fait décoller une Ariane 6 et quelques satellites rentables ou lorsque des émeutes éclatent dans les rues de Cayenne ou Kourou pour dénoncer le sort indigne qui est fait à ce département .

           allez sur BLADA , site guyanais, et lisez les articles et commentaires qui y figurent .

           bonne fin de journée !

           P.B.A

           


        • troletbuse troletbuse 12 août 11:18

          @alinea
          Au large de la Guyane. Oui mais quel large ? Sud, Nord, Est, Ouest ?  smiley


        • alinea alinea 12 août 21:45

          @troletbuse
          Il vous faut le demander à Macron !! Lui seul le sait !


        • petit gibus 12 août 11:40
          « réalisme économique »

          Et oui,
          quel ridicule association de mots
          pour ceux qui possèdent encore un zest de bon sens
          sans lunette trop filtrante !

          • Osis Osis 12 août 14:50

            Juste une socialiste.
            Juste une scélérate.

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