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Accueil du site > Actualités > Politique > Non, la France n’est pas en faillite

Non, la France n’est pas en faillite

La distance idéologique qui sépare le PS de l’UMP en matière économique et sociale n’est même plus égale à l’épaisseur du papier d’une cigarette. Ils utilisent désormais les mêmes mots pour expliquer les mêmes mécanismes afin de justifier les mêmes politiques. Désintégration du code du travail et des droits des salariés au motif de la flexibilité, ils sont d’accord. Allègements des cotisations patronales via la TVA, ils sont d’accord. La lutte des classes ça n’existe pas, ils sont d’accord, la France est en faillite, ils sont d’accord. On entend déjà tous ces militants actifs du parti social libéral rouspéter et scander que tous au PS ne pensent pas de la sorte. Sauf que le président de la république, le premier ministre, le ministre de l’économie, le ministre du budget, le ministre du travail et le ministre de l’intérieur s’inscrivent dans cette ligne libérale. Qu’ils occupent les principales fonctions de l’état. Qu’ils sont le fruit du parti social libéral. Qu’ils ont été portés au pouvoir par les militants PS eux mêmes. Alors vous nous excuserez de ne pas rentrer dans les subtilités des courants internes au PS. Le citoyen profane ne retient que les choix du gouvernement estampillé, qu’on le veuille ou non, PS.

A gauche pour de vrai ! nous avons déjà argumenté sur l’erreur majeure de la “flexibilité” du marché de l’emploi. Nous avons également apporté notre point de vue sur le choc d’austérité lié au choc de la TVA anti social. Et nous avons réagi aux propos négationnistes sur la lutte des classes. Il nous restait donc à réagir aux derniers propos de François Fillon concernant la faillite de l’économie française. Pardon, nous voulions écrire Michel Sapin, vous aurez rectifié de vous même. Car la France n’est ABSOLUMENT PAS EN FAILLITE. Pour deux raisons :

  1. à supposer que l’on considère la dette de la France légitime, il n’en demeure pas moins que son mode de calcul est volontairement totalement érronée,
  2. la dette des états est hétérogène tout en étant le fruit d’une privatisation des budgets nationaux au profit des marchés financiers privés.

A ce stade, rien, mais absolument rien ne vous oblige à nous croire sur parole. Il vous faut au minimum une explication, voire une démonstration. Aussi nous nous lançons volontiers dans l’explication, voire dans la démonstration.

La manière de calculer le ratio d’endettement des états est faussée de manière tellement outrageante qu’elle finit paradoxalement par être acceptée telle la doxa imposée. En effet, lorsque l’on respecte la règle de l’art comptable, le montant d’un emprunt est toujours, oui oui, toujours, relativisé par la durée intégrale de remboursement de l’emprunt contracté. Or, la durée moyenne des emprunts de la France sur les marchés financiers privés est de 7 ans. Pourtant, les “experts” de la dette, qu’ils soient journalistes dans la presse libérale ou sociale démocrate, qu’ils soient à la cours des comptes ou dans les couloirs des QG du PS ou de l’UMP ou encore au MEDEF, divisent le montant total de la dette et de ses intérêts dus par une année de richesse produite, et non par 7 années. Le calcul donne donc 1800 milliards de dette totale divisés par 2000 milliards de Produit Intérieur Brut d’une année ce qui correspond bien à 90% de taux d’endettement. S’il était mis fin à cette supercherie, supercherie qui sera démontrée par la suite, et que la méthode utilisée respecte bien la règle de l’art comptable, il faudrait diviser 1800 milliards de dette par 14 000 milliards de richesses créées en 7 ans. Le résultat serait alors de pas tout à fait 13%. Et ça change tout !

La dette, telle qu’elle est calculée, mériterait donc un audit sérieux. Mais la nécessité de cet audit tient d’avantage encore aux raisons qui ont conduit à l’envolé des dettes des états. Car ces raisons n’ont, en réalité, rien à voir avec une dépense exagérée des états soudainement pris d’une compulsion consommatrice incontrôlable. Ces raisons viennent d’une décision politique prise en 1974. Car en 1974 nait la loi bancaire qui interdit à l’état d’emprunter à la Banque de France à taux 0, comme c’était pourtant le cas depuis 1801, date de création de cette institution financière. L’état est alors dans l’obligation d’aller emprunter sur les marchés financiers privés à 4 ou 5%. En réalité, si la France avait continué à se financer à taux 0 auprès de la banque centrale française, sa dette serait, à ce jour, d’à peine 16%. Cette “mode” de la fin des années 70 se généralise partout en Europe, qui se fera un devoir de rendre impossible tout emprunt d’un état membre auprès de la Banque Centrale Européenne. En clair et sans décodeur, cela signifie que la France et les états d’Europe, privatisent leurs budgets, donc leurs économies toutes entières. Incroyable non ? Et c’est exactement ce que vous vous dîtes à ce stade. A gauche pour de vrai ! on comprend votre incrédulité. Pourtant, cette analyse ce n’est pas nous qui la faisons, ni un communiste, ni même un socialiste, mais un libéral productiviste convaincu : Michel Rocard. La preuve se trouve juste là, sous vos yeux et ne vous prendra que 2 minutes de votre temps.

Le lecteur averti aura, dès lors, compris pourquoi à la même époque, le mode de calcul des dettes souveraines change. On ne divise plus le montant de la dette par la durée totale du remboursement mais par une seule et unique année de création de richesses. Ainsi, on fabrique artificiellement des états surendettés, que l’on culpabilise de consommer de manière compulsive. L’objectif est double :

  1. aliéner les états aux marchés financiers privés, via la menace de mise en faillite s’ils devaient décider de ne plus rembourser, en contractant des emprunts à taux d’intérêts encore plus élevés lorsqu’ils sont en situation difficile… Difficulté tout à fait artificielle car le niveau de dette est lui même artificiel. Il s’agit de la logique du surendettement du ménage qui contracte des prêts à la consommation à 18% pour rembourser son emprunt immobilier à 5%…
  2. obliger les états à privatiser le patrimoine public, soit en vendant des activités publics, soit en contractant des “Partenariats Public Privé” pour construire un ministère, un hôpital…bref un service public. Les délégations de services publics s’inscrivent totalement dans cette logique de privatisation dictée par un postulat faux et archi faux : l’état est en situation de faillite.

Non, la France, comme la Grèce, comme l’Espagne, comme le Portugal…n’est pas en faillite. Car la dette qu’on lui colle sur le dos, comme sur celui des autres états, n’est pas légitime, aussi bien par son mode de calcul que par les raisons qui ont fait “gonfler” les dettes souveraines, comme des bulles financières. Or, tout le monde sait désormais que la création de bulles financières est la matière première des marchés spéculatifs dont la mission n’est absolument de contribuer au développement économique et social d’un pays, mais de générer des rendements de rémunérations conformes aux attentes des détenteurs de titres. Pour cela il faut des hyper consommateurs pour écouler des hyper productions. Peu importe l’impact social et environnemental. On commence à comprendre les raisons du productivisme forcé dans lequel les états à idéologie libérale s’engouffrent et s’engluent. On commence à comprendre pourquoi leur matrice économique ne peut être que la politique de l’offre qui sert à encourager toujours plus de production, l’endettement des ménages et des états servant à l’arrivée d’éponge absorbante de cet hyper productivisme. La crise des “Subprime” suit exactement ce mécanisme de dérégulation totalement frénétique, compulsif et maladif.

Non, la France n’est pas en faillite pour de vrai ! Cette menace, cette peur brandie ne sert qu’à renforcer l’aliénation des états et de leurs citoyens consommateurs “écouleurs” de stocks à rembourser une dette, qui, pour son immense part, est totalement virtuelle, une véritable bulle financière. Alors l’audit de la dette c’est maintenant !

Sydne93


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7 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 30 janvier 2013 09:51

    Vous faites allusion à la loi du 3 Janvier 1973 ....et non 1974 !


    Pas d’accord avec votre mode de calcul sur la durée de l’emprunt , un endettement se calcule entre la richesse produite ( salaires ou PIB ) et le montant des dettes ( emprunt particulier ou d’état).

    Un audit de la dette serait une bonne chose mais la dette n’est pas qu’une dette d’état , il y a aussi les dettes de communes , des institutions financières , des entreprises , des particuliers...

    Que de dette .... ! , quelle situation risqué pour soutenir absolument la croissance , la croissance cette sacré bouée de survie pour tous les pays ....

    Philippe


    • Dudule 30 janvier 2013 15:22

      Je suis d’accord avec Sydn93 pour ma part. Si on s’endette sur 7 ans, on mesure cette dette relativement aux richesses produites pendant 7 ans. C’est de bon sens, et c’est ainsi que les règles comptables mesurent l’endettement du secteur privé.

      La croissance à tout prix, c’est vraiment du n’importe quoi, nous sommes bien d’accord. Mais il faudra bien financer la transition entre notre société marchande complètement foldingue, et une société plus économe et (espérons le) plus juste...


    • spartacus spartacus 30 janvier 2013 10:19

      La présentation calculée de la dette est mauvaise : Oui

      Calculer une dette en fonction du PIB est une supercherie. Surtout quand on ne voit pas à l’horizon de changements structurels.

      La présentation de l’auteur est elle meilleure ? Manipulation du vrai et de l’utopisme.
      L’état manipulateur de la planche à billet entraîne un cycle systémique de pertes de revenus pour les populations, l’inflation est une perte répétitive de PA (pouvoir d’achat).

      La dette de l’état Français devrait être présentée et calculée en fonction de des recettes !
      Ça fait 35 ans que la France est en déficit structurel.

      Les recettes sont de 110 milliards, et les dépenses de 145 milliards chaque année. 
      Le budget de l’état est une dette de fonctionnement humaine. 58% sont des salaires et pensions de retraite.
      La dette cumulée est de 1800 milliards. Compte tenu du jacobinisme du pays, l’absence de réformes structurelles des dépenses il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Etat créateur d’argent ou pas elle reste à rembourser. 
      C’est l’argent des français qui ont pris une assurance vie. 

      L’auteur se gargarise que que les fonds sont empruntés à des tiers, et expose que le pays pourrait battre monnaie. Déjà qu’en empruntant l’état dépense plus que ces recettes, çà créerait une inflation. Les politiciens actuels sont incapables de résister à la demande des corporations et ses clientèles. C’est a dire un accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de la production. En terme de revenus pour les gens, l’inflation est la perte répétitive de PA (pouvoir d’achat).

      La France est en Faillite : Sans réformes structurelle elle l’est !

      • rotule 31 janvier 2013 11:06

        >Le calcul donne donc 1800 milliards de dette totale divisés par 2000 milliards de Produit Intérieur Brut d’une année ce qui correspond bien à 90% de taux d’endettement

        Diviser une dette de l’État par ce qui n’est ni le patrimoine ni le revenu annuel de l’État est simplement une tromperie.

        Et ça va rigoler ferme quand la contraction prévue du PIB va mécaniquement augmenter le pourcentage !


      • Fab81 30 janvier 2013 10:59

        Magnifique synthèse, comme d’habitude. Hélas, il faut bien admettre que sur cette question de la dette, nous partons avec un handicap sur les néo-libéraux du PSUMPUDI. En effet, il est toujours plus facile de jouer sur la peur, d’effrayer les gens, que d’aller argumenter de façon rationnelle sur un problème un tant soit peu complexe. Notre position sur la dette se résume fort difficilement en 30 secondes et un slogan, ou alors il y a une incontestable perte de sens. Tandis qu’en face, il est si facile d’agiter le spectre de « l’Etat en faillite » et de faire appel au « bon sens » de madame MIchu, qui, elle, ne dépense pas plus qu’elle ne gagne....
        Faire appel à l’intelligence des gens, ce n’est pas le chemin le plus facile, mais c’est le seul acceptable pour des militants digne de ce nom !


        • cathy30 cathy30 30 janvier 2013 18:44

          La France ne peut pas faire faillite à cause des impots (c’est un puits sans fond).


          • armagedon 31 janvier 2013 10:32

            on peux faire toute les présentations que l’on veut et tous les calculs avec toutes les méthodes comptables disponibles, quand une entreprise présente un bilan positif mais qu’elle n’a pas de trésorerie, elle est en souffrance, tout simplement parce les résultats du bilan ne sont pas représentatifs de sa trésorerie. Pour payer ses charges et ses employés, quand une entreprise manque de trésorerie, elle demande une ligne de découvert autorisé ou elle emprunte pour son fond de roulement. Si chaque année le même processus doit se répeter, elle devra donc dans ses emprunts, augmenter la charge de ses interets a rembourser.

            c’est ce qui se passe en France.

            Quand l’état n’a plus de trésorerie au 1° septembre pour payer ses fonctionnaires, elle emprunte, et cela fait 40 ans que ca se passe comme cela. si elle devait rembourser ce qu’elle doit, la France serait donc dans l’incapacité d’honorer ses engagements, et donc mise en cessation de paiement, donc en faillite !!!

            Nos énarques et théoriciens de tous bords devraient un jour se rendre compte que tous les calculs et probalité de réussite menés depuis 40 ans sont voués à l’echec. Et leur dernière tentative de prendre les Français pour des cons risque fort de connaître le même sort...et très rapidement. Leur reviendra alors en mémoire le vieux dicton : rien ne sert de courir, il faut partir à point...

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