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Accueil du site > Actualités > Politique > « Noon Moon » de Percy Kemp : au nom des bonnes intentions...

« Noon Moon » de Percy Kemp : au nom des bonnes intentions...

L’éruption du volcan islandais l’Eyjafjallajokull, qui plonge l’Europe dans le chaos et fait ressurgir chez certains les peurs millénaristes de fin du monde, me semble une bonne opportunité de vous parler d’un livre original, Noon Moon, le dernier titre de Percy Kemp.
L’un des maîtres du roman d’espionnage fait feu de tout bois dans cette intrigue mêlant terrorisme et géopolitique avec en toile de fond l’explosion programmée du volcan de Yellowstone…

Ecrivain britannique d’origine libanaise résidant en France, cet ancien chercheur-enseignant, assistant de l’historien André Miquel(1) au Collège de France est aussi un spécialiste reconnu du renseignement stratégique.

Les malaises de l’Homme moderne
Les amateurs de Percy Kemp ont compris depuis longtemps que, chez lui, l’espionnage n’était qu’un prétexte pour décrypter les grands grands enjeux géopolitiques actuels. Depuis que le monde -avec la chute du Mur, la fin de la guerre froide, puis le traumatisme du 11 septembre- a perdu ses repères en même temps que ses illusions, l’équilibre des forces entre Etats dominants et Etats dominés semble de plus en plus instable.

Sur fond de menaces terroristes et d’éco-religion, d’opposition entre dialectiques occidentale et orientale, Noon Moon(2) traite des nouveaux rapports de forces qui mettent en danger la suprématie de l’Occident, mais aussi du décalage entre les actes et les beaux discours, du sens-de l’essence des mots, de la foi et du fantasme de la pureté des idées, de notre relation à la vérité et au mensonge, de l’idéalisme et de l’innocence, du réel et de l’idéel, de la manipulation des masses et de la révolte, de la cupidité et de l’égo, de la démocratie et du pouvoir, des certitudes et des croyances, de la peur et de l’altruisme, de l’identité et de la dualité culturelle. Autant de questionnements traduisant le malaise de l’homme moderne, qui font écho aux grandes interrogations politiques ou philosophiques d’aujourd’hui vis-à-vis de systèmes de pensée antagonistes où les extrêmes se heurtent non seulement dans le choc des civilisations et peut-être, comme semble le croire Percy Kemp, dans le choc des générations. 

La haine du réalisme ?
Ecrivain anglo-arabe, s’exprimant avec talent dans une langue tierce -le français-, Percy Kemp se plaît à observer qu’il appartient, par son père, à la configuration de pouvoir « dominante » et, par sa mère, à la configuration « dominée ». Un thème récurrent dans ses écrits, de même que la pureté des idées ou des mots («  Il avait perdu la foi en les mots ». « George Orwell aura finalement eu raison : « La guerre est la paix ! La liberté est esclavage ! L’ignorance est force !  ») ou les paradoxes du langage (« Il ne suffit pas de partager la même langue pour partager les mêmes valeurs »). Dans un style littéraire, d’une plume parfaitement ciselée, l’humour bristish à fleur de mots, l’auteur évoque dans la première partie du livre ses questionnements à travers Alik Agaïev, personnage aussi inquiétant que torturé, ponctuant son monologue de références aux philosophes de la Grèce antique, mais aussi de quelques grandes pensées contemporaines que l’on doit à Gramsci ou à Nietzsche.

Kemp-Agaïev poussera son raisonnement jusqu’à l’absurde dans sa confrontation avec Zandie, otage britannique retenu hors du temps et du monde libre, qui peinera à résister à l’influence de cet idéaliste et machiavélique. En fait de dialogue, il s’agit davantage d’une quête intérieure de Percy Kemp et, si Agaïev utilise son otage un peu à la manière d’une chambre d’écho, sans doute l’auteur utilise-t-il le ravisseur-espion pour tenter de trouver ses propres réponses… Il prononcera cette phrase, à mon sens, très juste : « Nos idées façonnent notre perception(…) A croire que nos certitudes ne reposent jamais que sur des croyances. ».

La seconde partie se déroule sur fond d’assassinats terroristes. Des fondamentalistes islamistes visent des chefs musulmans prônant un Islam modéré, des attentats sont fomentés par des activistes écolomaniaques et kamikazes dont l’ambition est de déstabiliser les démocraties occidentales en s’attaquant aux Etats-Unis. Et si des éco-religieux, chantres de la décroissance économique et de l’anti-capitalisme, parvenaient à commettre un acte terroriste d’une ampleur telle qu’il réduirait en cendres la puissance d’une Amérique du nord à l’arrogance insupportable ? Et s’ils réussissaient à changer la face du monde en ramenant ces « maîtres du monde » deux siècles en arrière ? A côté du désastre écologique et humanitaire qui s’annonce, le nuage de cendres de l’Eyjafjallajokull ferait figure d’épiphénomène…
Kemp-Agaïev semble se délecter à l’idée d’un monde dont seraient exclus les Etats-Unis… mais la nature ayant horreur du vide, et la nature humaine étant ce qu’elle est (comprendre : avide de pouvoir et de richesses au point de piller son propre pays au nom de sa cupidité : « A chaque fois que l’homme a eu à choisir entre devenir meilleur et avoir de meilleures conditions de vie, il a préféré améliorer ses conditions de vie  ») qui sait si, à la superpuissance d’hier d’autres superpuissances ne risqueraient-elles pas, elles aussi au nom des bonnes intentions et de l’idéologie (« érigeant la démocratie en dogme »… ou voulant imposer leur religion totalitaire à la planète entière ?) causeront probablement autant de dégâts sinon plus. Kemp ne fait-il pas dire à son maître-espion, citant la prophétie de Darius dans Les Perses, la tragédie grecque d’Eschyle : « Quand un mortel s’emploie à sa propre perte, les dieux s’empressent de l’y aider. » ?

Noon Moon est bien plus qu’un thriller, c’est aussi un essai politico-philosophique de grande qualité plus que jamais d’actualité. Et, que l’on croit ou non à la vraisemblance de ce scénario-catastrophe, cette histoire devrait réjouir aussi bien les lecteurs de thriller et d’espionnage que d’essais de géopolitique.


(1) André Miquel a tenu la chaire de langue et littérature arabes classiques au Collège de France, de 1976 à 1997. Plus d’infos sur André Miquel 

(2) Noon Moon de Percy Kemp (Le Seuil, 2010). 430 pages. 21€.
Découvrir le blog associé au livre 

Percy Kemp a publié une cinquantaine d’articles sur des sujets divers, allant de l’Islam à l’espionnage. Il est l’auteur de deux essais : Territoires d’Islam (Paris. Sindbad. 1982), Majnûn et Laylâ, une histoire d’amour fou (en collaboration avec André Miquel. Paris. Sindbad. 1984) et de plusieurs romans littéraires ou d’espionnage : Musc (Albin Michel, 2002), Moore le Maure (Albin Michel, 2001), Le système Boone (Albin Michel, 2002), Le muezzin de Kit Kat (Albin Michel, 2004), Et le coucou dans l’arbre, se dit de l’époux (Albin Michel, 2005), Le vrai cul du diable (Le Cherche Midi, 2009) et Noon Moon (Le Seuil, 2010).

Plus d’infos sur Percy Kemp 
Lire aussi les interviews de Percy Kemp dans Les Di@logues Stragégiques (2002-2006)
 

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4 réactions à cet article    


  • LeGus LeGus 19 avril 2010 10:41

    Rhalala, les méchants décroissants alliés aux affreux islamistes...

    Cette alliance n’existe que dans les fantasmes des partisans de la mondialisation heureuse, dans le monde réel ils n’ont strictement rien en commun.


    • foufouille foufouille 19 avril 2010 11:04

      mais non coupat est un dangereux erroriste qui vivait en autarcie grace a son propre jardin potager


    • Philou017 Philou017 19 avril 2010 11:37

      "des attentats sont fomentés par des activistes écolomaniaques et kamikazes dont l’ambition est de déstabiliser les démocraties occidentales en s’attaquant aux Etats-Unis.« 

      Quelle originalité. On croirait un scénario sorti du cerveau malade des scénaristes employés par Hollywood.
      Dans la réalité, c’est les Etats-Unis qui projetaient de ruiner le Monde en le mettant à sa botte.
      La »littérature« (+ cinéma, télé) portée par les médias n’est là que pour attester qu’il y a des vilains prêts aux pires attaques contre ces pauvres Etats-Unis. C’est drôle comme les fictions US regorgent de vilains prêts fondre sur les US, ça ressemble à une propagande de guerre.... Beau prétexte pour agresser les autres, dans une politique de »défense« du Bien Contre le Mal.. Que deviendrait le Pentagone sans la »menace" Islamiste ?
      Le seul attentat qu’il y ait eu aux US, c’est le 11 Septembre, et on sait qu’il ne venait pas de l’extérieur.


      • Krokodilo Krokodilo 19 avril 2010 19:37

        Excellent auteur. J’ai lu Le système Boone, délicieuse histoire d’un anti-James Bond, agent de renseignement plutôt glandeur pris dans les complications de ses propres magouilles.

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