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Accueil du site > Actualités > Politique > Nouvel ordre politique (II), dépasser l’économisme

Nouvel ordre politique (II), dépasser l’économisme

Suite du précédent billet concernant l’économisme en réaction à une tribune parue dans Le Monde.

Un nouvel ordre social se met en place (?). Un peu de courage et de vérité, gens du politique. Comme le dit Eric Le Boucher, il faut faire des réformes et il faut expliquer, en bon pédagogue. Il faut défendre ce système qui enrichit les actionnaires en créant de la croissance, du progrès technologique, mais qui engendre des sociétés fractionnées. Les plus habiles et débrouillards prennent les places dans la nouvelle entreprise, alors que les classes moyennes se délitent. Mais peu importe. Le jeu est tellement excitant. Nous entrons dans une société nouvelle. Les moins bien formés sont des boulets qui doivent s’activer, accepter de travailler pour vivre, et ne pas constituer une charge pour la société en amputant les liquidités pour les joueurs de haut rang. Mais ces incantations contre le système ne permettent pas d’y voir clair ni de poser les questions : pourquoi et comment ?

L’économisme, le technologisme, la technique comme idéologie, la fusion entre les faits et le discours politique, voilà quelques traits caractéristiques du comment. Cette dissolution des idéologies anciennes par l’économisme et l’individualisme rampant n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. N’oublions pas que l’ère des idéologues a été marquée par des tragédies, des guerres, des luttes sanglantes, des régimes autoritaires, liées aux idéologies nationalistes ou scientifiques. La période hypermoderne est celle de l’achèvement téléologique du progrès. Une finalité unique, la croissance et la transformation des objets, les labeurs, profits et les plaisirs sélectivement vécus selon les situations. La nouvelle la plus importante à retenir, et d’ailleurs constaté par les historiens, c’est que la démocratie a emporté l’adhésion des sociétés avancées, éliminant le nazisme, le soviétisme, les dictatures militaires (Espagne, Grèce, Amérique du Sud). Doit-on associer à cet avènement historique le progrès technologique et l’élévation globale du niveau de vie ? Le lien n’est pas évident, mais admettons que ce soit le cas, et réjouissons-nous. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas en refusant la technique qu’un monde meilleur adviendra mais au contraire, c’est en louant la technique et l’économie, en en faisant l’éloge, que par une inversion dialectique, on verra transparaître les déficits sociaux, politiques, idéels, s’opposant à la distribution équitable et harmonieuse des peines et plaisirs. Si ces bonnes intentions semblent vaines, alors autant désigner le fait essentiel. La démocratie n’a pas fait disparaître les structures de domination. Elle les a rendues plus diffuses, plus insidieuses, masquées et adoucies. Notre démocratie hypermoderne repose sur des dominations (des déséquilibres) que la société peut critiquer, avec une expression libre, avec autant de moyens, débats et discussion qu’elle le souhaite, tandis que les moyens matériels sont suffisants pour faire accepter aux citoyens ces mêmes dominations exercées et subies sélectivement et sectoriellement.

Contrairement à ce que l’on croit, ce ne sont pas les ouvrages du temps présent qui permettent de comprendre le monde, mais des livres écrits il y a au moins vingt-cinq ans, sinon plus. Car leurs auteurs ont vu sous leurs yeux se mettre en place le système actuel, alors que pour nous, et surtout pour les plus jeunes, la société est déjà là, s’offrant comme une seconde nature dont on ne voit pas les rouages mais seulement les apparences. Jürgen Habermas, avec Marcuse, Ellul et quelques prédécesseurs, a saisi le nouvel ordre technique en pleine constitution avec ses enjeux, notamment lorsque la démocratie y est confrontée. Ce n’est pas exagéré d’affirmer que l’économisme actuel a été expliqué en 1968 dans le texte intitulé La technique et la science comme idéologie, écrit par Habermas pour répondre à une thèse de Marcuse sur l’instrumentalisation de l’homme par le système technicien. Pour Habermas, il n’y a pas de fatalité. A la fin de son texte, il évoque les mouvements étudiants capables de détruire à le long terme cette idéologie de la performance. Maintenant, nous savons que ce mouvement a échoué pour diverses raisons. En guise de testament, Romain Goupil publie un livre dont on va certainement parler.

Selon Habermas, la société est composée d’actions rationnelles en vue de fins, et d’un cadre institutionnel utilisant la médiation des symboles et discours. Bref, les machines productives et les objets utilisés, sphère opératoire et technique, et les langages, instructions, cultures, représentations. Dans ce dernier champ, Marcuse distinguait deux autorités, l’une répressive, l’autre libératrice. Dans le champ productif, il existe deux structures, de domination et d’émancipation.

2007 ou la manière de déplacer les structures de domination. D’un côté le stagiaire, l’intérimaire, le CDD dans l’entreprise, et de l’autre le CES, le CDD dans la fonction publique. Au risque du simplisme, la différence entre Sarkozy et Royal repose sur un déplacement des structures de domination. Un stagiaire plutôt qu’un CES dit le premier, et la seconde, c’est le contraire. Autre exemple, dans le domaine des moyens. L’un baissera la fiscalité et l’autre devrait l’augmenter, du moins s’ils sont fidèles à l’idéologie de leur parti. De là découle une modulation des structures de domination et d’émancipation. Et globalement, la réduction des moyens accordés à l’Etat permet une émancipation globale du système productif. Ce qui, on le sait pertinemment, ne modifie en rien les rapports entre profit et travail, entre revenus de l’épargne et salaires.

1966-1980 ou la contestation du système de domination lié à l’idéologie de la performance. Cette fronde contre le système politique et économique s’est effectuée sous l’impulsion de la jeunesse des classes moyennes et bourgeoises, adossées à diverses mouvances idéologiques, imprégnées d’espérances en la venue d’une société nouvelle. Les politiques, Chaban ou Giscard, se sont inspirés de ces aspirations qui ont touché toutes les nations économiquement avancées, excepté celles du bloc de l’Est parce que leurs autorités furent répressives.

1980-2007 ou la reprise en main par l’idéologie de la performance. Le processus a touché toutes les nations avancées, quels que soient les partis politiques ayant gouverné. L’opinion politique impute le virage néo-libéral au couple Reagan-Thatcher, comme si quelques figures politiques avaient le pouvoir de façonner le monde. C’est leur prêter trop d’influence, à eux qui ne sont en fin de compte que l’instrument qu’utilisent les structures de domination économique secondées par les autorités intellectuelles qui les légitiment. Les médias, instruments de propaga(nda)tion, faisant le reste. Et en Europe le même processus s’est déroulé.

Rapport entre dispositif de la rationalité économique technicienne finalisée et le champ des médiations discursives et symboliques.

Economisme, l’homme instrument et bénéficiaire de la performance. L’homme est amalgamé à la technique, à l’opératoire, à la rationalité dont les fins semblent floues, bien que le profit et la domination se décèlent. Le politique se préoccupe de l’insertion, l’ajustement de l’homme à la technique, en vue de la performance. L’économie est une idéologie, comme la science et la technique dont elle dépend.

Anti-économisme ou alter-mondialisme. L’homme est disposé dans le champ symbolique en opposition à l’économie. Autrement dit, au lieu d’être noyé et instrumentalisé, il est extrait du système, à charge pour le politique de le protéger contre de système censé le menacer. L’anti-économisme est-il pour autant un humanisme porteur de civilisation ? Il se réclame de l’héritage communiste sans avoir en vue la critique de l’idéologie techniciste.

Il manque une voie moyenne transcendantale, celle qui place l’homme en complémentarité de l’économie et comme porteur d’un ensemble de finalités sublimant la technique. Autrement dit, le juste rapport avec la technique, à l’image de l’osmose entre le cavalier et le cheval.

En une formule, faire que les structures de domination se décentralisent, perdent de leur centralisation pour que se rééquilibrent les structures d’émancipation. Même chose dans le champ des autorités répressives et libératrices dans le champ des symboles et représentations. Reste le champ des aspirations, sphère homogène au religieux avec les valeurs. Défaire les craintes et restaurer les espérances.

Conclusion. Les moyens de faire tendre le monde vers l’harmonie et la justice sont disponibles. Faire que cela devienne un choix politique est à mon avis difficile, voire impossible en l’état actuel des choses, car la majorité des citoyens se complait dans ce marasme, les uns en tirant quelques plaisirs, les autres agités de leurs ressentiments. Les structures de domination ont encore de beaux jours devant elles. L’économisme est indépassable parce que les peuples ne veulent pas le dépasser. Parce que réfléchir et penser demande un effort, parce que le système médiatique dispense de cet effort en diffusant images, reportages et produits intellectuels aseptisés ayant pour finalité de faire du profit. Entre un bien culturel demandant un effort et un bien vulgarisé, le choix est vite fait. En caricaturant, le citoyen se croit savant alors qu’il n’est qu’un ignorant formaté de l’extérieur par une autorité discursive qui n’a rien à faire de sa libération.

Les clés pour comprendre le système sont chez Habermas et quelques autres, y compris Ibn Khaldoun, mort en 1406, intronisé penseur de l’année 2006 par l’Unesco. Les moyens techniques pour changer le monde sont à portée d’invention, sur le plan monétaire.


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23 réactions à cet article    


  • (---.---.37.70) 30 octobre 2006 13:14

    L’économie est une science, la refuser sous des prétextes futile et irrationnel (harmonie, egalité, je ne sais quoi) est de l’obscurantisme.

    « Anti-économisme ou alter-mondialisme. L’homme est disposé dans le champ symbolique en opposition à l’économie. »

    Pfff, le jour ou les actionnaires en auront marre de ce pays de cinglés, et que l’économie s’effondrera, vos alter-mondialiste pleureront, et ca ne sera pas juste du symbole.. J’adore tous ces crétins qui scient la branche sur laquelle ils sont assie. Les chinois, les indiens, les thailandias, et quelques autres vont là leur mettre bien profond, si vous me passez l’expression, car eux ne sont pas moralement décadent.

    « 1980-2007 ou la reprise en main par l’idéologie de la performance.. »

    Ce n’est pas de l’idéologie, mais la réalité. « Nous autres civilisations, etc.. »

    Je me marre ! Vous délirez totalement, alors que le probléme réel, c’est que la France produits des biens concurencés par la chine, à des couts dignent des US..

    http://www.libres.org/francais/conjoncture/industrie_france_c_4306.htm

    Tant que vous entraverez les hommes supérieurs, uniquement par jalousie, vous n’aurez pas une bonne économie, car ils n’ont pas interet à rester en France, et donc vous aurez de trés lourds probléme dans le pays. Le reste, c’est de la masturbation de fils à papa bobo. Un truc d’intello. Donc faux.


    • hallucinant (---.---.15.219) 30 octobre 2006 13:22

      On pourrait également qualifié les propos de ce premier commentaire vulgaire et non argumenté comme étant celui d’un gros beauf élevé aux grains en regardant soir après soir le JT de TF1...donc tomber dans la catégorisation des individus (bobos intellectuels blah blah) est totalement futile.

      J’adore la dernière remarque (preuve de votre niaiserie profonde) = c’est intellectuel donc c’est faux.....

      J’en ris encore...


    • (---.---.37.70) 30 octobre 2006 13:27

      Vous devriez regarder de temps en temps ce fameux JT, vous y découvrirez (a défaut d’information) la France réel, et pas abstraite.

      Quand aux Intello, successivment Pacifiste, Collabo et Nazi, puis Pro-Soviétique et communistes, ils se sont trompés sur tout au XXéme siécle, et ont les mains couvertes de sang.

      Pourquoi des gens qui se sont autant et si longtemps trompé auraient ils changé, alors même qu’ils n’ont même pas fait repentance ?


    • -noID- 31 octobre 2006 11:46

       smiley smiley smiley smiley

      Quelle cocasserie IP:xxx.x75.37.70 !!


    • -noID- 31 octobre 2006 11:50

      En passant : merci à l’auteur pour cette approche multi disciplinaire .

      Cela aurait gagné à être plus étoffé : malheureusement le nombre de lecteurs est inversement proportionnel au nombre de lignes smiley


    • sango (---.---.15.219) 30 octobre 2006 13:17

      Encore un brillant article de Mr Dugué, toujours un plaisir de vous lire !!!

      Si tous les journalistes pouvaient atteindre un niveau de réflexion égal au votre, peut être le citoyen lambda aurait plus de chance de comprendre le monde dans lequel il vit et de ce fait pourrait ainsi participer à la vie citoyenne avec des outils de réflexion un peu plus aiguisés que la vision superficielle et stéréotypée dans laquelle l’enferme les mass médias.


      • Marsupilami (---.---.161.58) 30 octobre 2006 13:38

        Excellent article, lucidité implacable, comme d’habitude. Bravo !

        « Qu’il vienne, qu’il vienne, le temps dont on s’éprenne... »


        • bulu (---.---.1.39) 30 octobre 2006 14:02

          article qui se prete peu aux commentaires mais plutot aux eloges.


          • olive (---.---.248.20) 30 octobre 2006 16:21

            Eloges pour le style, certainement (exemple) : « Il manque une voie moyenne transcendantale, celle qui place l’homme en complémentarité de l’économie et comme porteur d’un ensemble de finalités sublimant la technique. Autrement dit, le juste rapport avec la technique, à l’image de l’osmose entre le cavalier et le cheval. »

            Mais sur le fond, cela m’a l’air d’être un truc suffisamment hype pour faire gober un ersatz de communisme post-moderne à un enseignant altermondialiste.


          • DEALBATA (---.---.166.140) 30 octobre 2006 14:17

            @l’auteur

            « En caricaturant, le citoyen se croit savant alors qu’il n’est qu’un ignorant formaté de l’extérieur par une autorité discursive qui n’a rien à faire de sa libération. »

            C’est une critique contre la démocratie ou contre une quelconque tyrannie ? J’avais cru déceler dans vos propos une certaine lucidité mais vous me semblez pour le coup bien utopique. Je retrouve là cette notion de changement de paradigme qui vous est si chère et qui vous fait croire qu’en changeant certaine pièce du puzzle ou en ajoutant d’autres, l’humanité finira bien par se retrouver. Moi je n’y crois pas, je pense que c’est une dissolution d’ordre psychique ou mentale qui estompera « l’Aventure » humaine et elle ne sera pas encore un paradigme de plus mais plutôt une nouvelle phase d’identification avec le Réel (à ne pas confondre avec la réalité existentielle tant adulée par nos contemporains). Et en attendant ce retour à la case départ, il se peut que quelques variantes de la dernière chance puissent être proposées mais ce sera en vain, me semble-t-il ...

            Cordialement.


            • (---.---.161.199) 30 octobre 2006 16:31

              Merci ! Grand merci ! Superbe ! mais... à mon sens, l’article souffre d’une carence. On ne peut raisonnablement critiquer l’économisme sans prendre en compte également les liens qu’il entretient avec la destruction du monde naturel dont l’Homme dépend étroitement...


              • gem gem 30 octobre 2006 16:57

                Bof. C’est bien long, bien pompeux, pas très convainquant.

                L’idéologie de la performance ? OK, mais vous êtes vous demander d’où elle sort, cette idéologie ?

                La sélection naturelle est une machine impitoyable, qui ne broie pas les faibles, oh non, c’est plus simple et complexe que ça. La selection naturelle remet tout le monde à sa place... et si cette place n’existe plus, et bien on disparait, tout simplement.

                Avant l’idéologie de la performance, c’était l’idéologie de la force. Force sociale collective (l’armée), force morale de l’individu (comprendre : aptitude à faire subir les pires atrocités aux autres). Pas besoin d’être performant, il suffisait de vaincre et de capter les biens des « faibles » (individus et sociétés mal armées, « dégénérés », « décadents »). Archétype : communisme de guerre et nazisme.

                En face : idéologiquement parlant, rien. Des « anti ». anti-communistes, anti-fascistes. Rien, quoi.

                Mais en pratique la performance est déjà là. Les trois grands systèmes se savent engagés dans une lutte à mort, ils font tout ce qu’ils peuvent pour se dépasser en vue de dépasser les autres. Le nazisme s’effondre pour s’être cru trop fort, le communisme s’effondre sous le poids de ses contradiction interne, et les autres... et bien les autres continuent à courrir. Et c’est là, là seulement, que nait l’idéologie de la performance. Du besoin de comprendre ce qu’on faisait déjà. Ce que lewis carrol décrivait comme Darwin : pour rester à une place, et surtout une place enviée, il faut courrir toujours plus vite. Sinon on perd sa place.

                Alors c’est en fait très simple.

                Accepter de perdre sa place est un choix possible. Les nobles qui ont voter le 4 aout ont fait ce choix, et ils ont alors mériter leur titre de noblesse. ça leur a couter cher, ça n’a pas supprimer l’aristocratie, mais ça l’a changer tant de nature que de personnel. Sacrifice redoutable, gambit ou martyre...

                Rèver de s’arreter tous ensemble n’est en revanche pas un choix possible : outre qu’il est en pratique impossible de figer tout le monde sans que des « tricheurs » continuent à avancer quand même, ça voudrait dire figer éternellement chacun à sa place, en une nouvelle société de caste. Pas vraiment un rève.

                Quand à imaginer un formidable ballet où les mouvements sociaux sont parfaitement réglés, c’est tout aussi impossible que le blocage de tout mouvement. Et serait-ce d’ailleurs pas plus souhaitable ?

                La justice et l’harmonie n’ont pas besoin de moyens. Et ce ne sont des but en soit que pour des moines ou pour des samouraïs, des gens qui peuvent trouver l’harmonie dans le parfait enchainement de coups en vue de tuer...

                En attendant, l’idéologie de la performance pourra disparaitre quand il sera sans importance d’être performant pour avoir une place. Donc quand on aura une place réservée. Quand la société sera figée, donc. Drôle de rêve...


                • Marsupilami (---.---.161.58) 30 octobre 2006 16:59

                  @ Gem

                  Je n’aurai donc pas fait mon lien en vain, cher omnivore...


                • www.jean-brice.fr (---.---.237.96) 30 octobre 2006 18:00

                  Oui, c’est cela : mettons en place le nouvel ordre anglo-saxon : PAUVRETE ET PRECARITE et tout le monde sera content !


                  • gem gem 30 octobre 2006 20:42

                    C’est surtout le « modèle social français » depuis qu’on en parle (car l’expression est en fait assez récente).


                  • herbe (---.---.173.95) 30 octobre 2006 21:31

                    Excellent !

                    je retiens cette phrase : « En caricaturant, le citoyen se croit savant alors qu’il n’est qu’un ignorant formaté de l’extérieur par une autorité discursive qui n’a rien à faire de sa libération. »

                    Alors je me questionne sur ce qu’il reste de ma propre lucidité. Sommes nous déjà tous aveugles ? (les nombreux commentaires de l’autre article du jour sur le capitalisme ne me rassurent pas...)

                    Le monde ressemble t’il au sketch suivant :

                    http://www.dailymotion.com/tag/aveugles/video/x6v05_20060625155214fichier?from=rss


                    • Forest Ent Forest Ent 30 octobre 2006 21:36

                      Il est normal que l’économie suive les règles de l’économie. Il est anormal qu’une société ne suive les règles que de l’économie.

                      Tant qu’à chercher des précurseurs :

                      « la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance » Jesus, vers 32/33 après lui-même.

                      « Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte. » Confucius, vers 500 ans avant le précédent.


                      • Job (---.---.131.63) 30 octobre 2006 23:14

                        Article d’un niveau conceptuel élevé. çà change.

                        Mais à part les mots pointus, je dirai que les lecteurs peuvent aller lire les fondateurs de l’Ecole de Francfort dont Habermas est un continuateur.

                        Leurs noms : Adorno et Horkeimer.

                        Leurs textes sont décapants et édifiants.

                        Quant à savoir si nous pensons par nous-mêmes ou bien si nous sommes pensés, il suffit de se poser la question : avec quoi pense-t-on ? Réponse avec « la langue ». Et celle-ci est éminemment « chose sociale ». Elle est un code constitué de symboles auxquels sont assignés des sens. Nous l’avons reçu en venant au monde.

                        Alors, évidemment que nous sommes d’abord pensés. Avec le vécu et avec ce moyen commun qu’est notre langue (le français), nous pouvons développer quelque chose de l’ordre de la pensée personnelle. Comme une possibilité entre le champ des mots et notre vie singulière.

                        J’ajouterai que nous sommes travaillés dès le départ par des réseaux conceptuels différents selon nos cultures de naissance et que par la suite nos pensées en seront profondément affectées.

                        Donc bel article qui invite à se dépasser.


                        • Jules (---.---.247.157) 30 octobre 2006 23:58

                          Job >>>>>>« Quant à savoir si nous pensons par nous-mêmes ou bien si nous sommes pensés, il suffit de se poser la question : avec quoi pense-t-on ? Réponse avec »la langue« . »

                          Donc, si je vous suis bien, les sourds et muets congénitaux ne pensent pas...

                          Sinon, le découpage sémantique de l’univers par notre langue ne restreint par notre capacité à le percevoir selon notre propre sensibilité. Ce n’est pas parce que certaines langues africaines ne connaissent pas l’équivalent du mot « violet » que cette couleur n’est pas perçue dans ces régions.


                          • Job (---.---.131.63) 31 octobre 2006 01:06

                            Je vous comprends. Mais je savais qu’en écrivant ainsi je risquais ce genre de réaction.

                            Bien sûr que les handicapés pensent. Ils utilisent des codes et par conséquent, ils sont comme tout être de langage.

                            Et je suis d’accord avec vous en ce qui concerne l’idée du découpage sémantique. Mais l’ayant exprimée quelque fois, je peux vous assurer qu’elle n’est pas très populaire.

                            J’ai donc évité.

                            Mais oui nos concepts construisent une partie de notre réalité. Et ce qui n’est pas encore bien défini relève des Arts, des Techniques et des Sciences. C’est aussi leurs rôles que d’apporter de nouveaux éclairages.


                          • Job (---.---.131.63) 31 octobre 2006 01:28

                            Et la sensibilité s’exprime pleinement dans les domaines de créativité pour retranscrire des expériences dont on n’a pas forcément les mots.

                            Voire même pour provoquer du nouveau.


                          • marie (---.---.87.103) 31 octobre 2006 09:43

                            il faut aussi citer l’ouvrage de ce monsieur théodore Kazincski, je crois dit unabomber « contre la société industrielle, on lui acollé l’étiquette »fou", en attendant la lecture de son ouvrage est très intéréssante.


                            • pingouin perplexe (---.---.115.72) 31 octobre 2006 12:54

                              Article fort intéressant, et commentaires de Ent, Jules et Job, qui ne le sont pas moins.

                               smiley

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