
Faire de la politique en France et aux Etats-Unis ne relève vraiment pas des mêmes méthodes ou convictions. En France, le débat se fait finalement relativement sur le fond, même s’il reste assez démagogique pour la plupart des candidats, et les campagnes sont assez civilisées et réglementées notamment sur les dépenses. Je pense que l’existence d’une certaine dose de pluralisme (le PS et l’UMP ne totalisent que 57% des voix au premier tour des présidentielles 2012…), relève aussi le niveau en imposant parfois des sujets qui ne sont pas forcément ceux sur lesquels les deux partis majoritaires voudraient s’affronter.
Aux Etats-Unis, royaume du bipartisme, le discours reste extrêmement rhétorique, très simpliste notamment quand on écoute les débats des primaires Républicaines. Surtout, l'argent investit fait souvent la victoire et tous les coups sont permis : la vie privée, la famille, les amis, la religion… car « les Américains ont le droit de savoir ».
Peut-être en ferai-je le sujet d’un prochain billet, mais je voudrais d’abord et avant tout m’attarder sur un point qui me parait essentiel alors que, les élections françaises étant passées, je m’apprête à revêtir mon T-Shirt Obama-Biden (version 2008, il faut que je réactualise !) et que mon « bumper-sticker » 2012 est déjà bien voyant à l’arrière de ma voiture - ce qui doit faire jaser dans mon voisinât...
Quelques soient les convictions que l’on défende en politique française, on retrouve une majorité de Franco-américains ou expatriés soutenir les Démocrates au nom d’une motivation simple : « what is right versus what is wrong ». Cette notion basique du bien et du mal peut paraitre grossière et exagérée, mais elle est tout à fait légitime, et se vérifie très bien dans le cas du désormais fameux Obamacare.
Comment expliquer la guerre, que dis-je, la croisade dans laquelle les Républicains se sont engagés, contre une loi juste et nécessaire pour les américains, et qui constitue un véritable progrès pour le pays ? Le problème est bien là : ils ne peuvent pas laisser passer une telle victoire pour Barack Obama. Car il s’agirait d’une victoire personnelle d’abord, historique ensuite, et idéologique enfin.
Personnelle, parce qu’il s’est engagé sur cette loi depuis sa campagne de 2007 et que les Républicains sont eux-mêmes responsables d’avoir affublé le « Affordable Care Act » du doux nom d’Obamacare. Comme le dit Obama lui-même : « Yes, he cares ! ». Historique parce que tous les présidents, qu’ils furent Républicains ou Démocrates, se sont échoués sur l’iceberg aussi complexe que profond de la réforme du système de santé. On se souviendra en particulier de l’échec retentissant de Bill et Hillary Clinton dans les années 90 avec l’usine à gaz qu’ils avaient voulus faire passer en force contre l’avis de la plupart des acteurs du système. Enfin idéologique, car elle porte soit disant atteinte au « free-market » en mettant les fructueuses compagnies d’assurance sous pression face à la création d’une offre concurrente gérée par le gouvernement pour forcer la baisse du coût des polices d’assurance. Enfin, le nouveau mandat rendant la souscription à une assurance maladie obligatoire pour tout citoyen sous peine d’une pénalité financière - comme l’est actuellement l’assurance automobile pour tout conducteur d’ailleurs - est mis en jeu comme une atteinte aux libertés individuelles si chères aux américains, à juste titre ceci dit, mais souvent au détriment de l’esprit de solidarité gouvernemental (on trouve d’autre part aux Etats-Unis un effort admirable de soutien bénévole au niveau associatif, au sein des communautés et dans les quartiers, ainsi qu’une forte culture du don financier qui renforce pour eux l’idée du choix de faire ce qui est juste sans besoin d’intervention de l’Etat, mais c'est un autre sujet).

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