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Accueil du site > Actualités > Politique > Olivier Guichard (1920-2004), le baron typique du gaullisme (...)

Olivier Guichard (1920-2004), le baron typique du gaullisme (1/2)

« On ne se méfie jamais assez de son passé. » ("Nouvel Ouest", mars 2000).
Première partie.

Il y a exactement dix ans, le 20 janvier 2004, disparaissait à l’âge de 83 ans l’une des figures historiques les plus marquantes du gaullisme, Olivier Guichard, ancien proche collaborateur du Général, plusieurs fois ministre et même, plusieurs fois "premier-ministrable".

J’avais eu l’occasion en fin août 1996 de le rencontrer à La Baule, en compagnie de José Rossi, quelques jours après une tentative d’assassinat contre ce dernier (le 21 août 1996). L’homme était impressionnant, de grande taille, posé, calme.

Il faisait partie des "barons du gaullisme", expression originellement attribuée pour désigner Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Roger Frey, Jacques Foccart et Olivier Guichard ; il était même "baron" réellement, titre obtenu par l’un de ses ascendants sous le Premier Empire. Les barons sont au gaullisme ce que les éléphants sont au socialisme, c’est-à-dire des sortes de leaders politiques dont l’autorité morale est plus grande que celle des simples élus.

À la mort d’Olivier Guichard, le Président Jacques Chirac avait salué en lui « l’un des plus éminents serviteurs [de la France], un homme de fidélité, de conviction, d’engagement, (…) un pionner de la régionalisation et un avocat de la première heure de l’aménagement du territoire », hommage rendu également par le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin pour la « grande figure du régionalisme à la française ».

Dans cet article, je citerai quelques extraits des très précieux "Cahiers secrets de la Ve République" de Michèle Cotta qui constituent une base historique de référence pour une quarantaine d’années de la vie politique française.


Très proche collaborateur du Général

Né le 27 juillet 1920 à Néac (en Gironde), Olivier Guichard n’a pas participé à la guerre si ce n’est pour la continuer après la Libération (il s’est engagé dans l’armée pour poursuivre jusqu’en Allemagne). Son père Louis Guichard était le directeur de cabinet de l’amiral François Darlan entre février 1941 et avril 1942, lorsque ce dernier était chef du gouvernement de Vichy.

Diplômé entre autres de ce qui est devenu Science Po, il se mis très rapidement au service du Général De Gaulle, qui l’a désigné chargé de mission au RPF (Rassemblement du peuple français) de 1947 à 1951 puis chef de cabinet de De Gaulle de 1951 à 1958.

Lorsque De Gaulle fut de retour au pouvoir, à Matignon, de juin 1958 à janvier 1959, Olivier Guichard a été son directeur adjoint du cabinet (le directeur du cabinet était Georges Pompidou). Il fut donc parmi les conseillers les plus proches de De Gaulle, nommé préfet hors classe en 1958 pour l’occasion.

Jusqu’en 1967, Olivier Guichard était un conseiller assez peu présent sur la scène publique, n’ayant qu’un simple mandat de conseiller municipal de Néac (1945 à 1962) puis de maire de Néac (1962 à 1971).

Après un court passage comme conseiller technique au Secrétariat Général de l’Élysée (1959 à 1960), Olivier Guichard a occupé entre 1960 et 1967 diverses responsabilités dont la plus importante fut sans doute la Délégation à l’Aménagement du territoire et à l’Action régionale (Datar) qu’il a mise en place de 1963 à 1967, sujet qu’il le propulsa ensuite vers plusieurs responsabilités ministérielles. Par ailleurs, il s’est occupé également de l’ORTF (administrateur de 1964 à 1967), de la mise en valeur des richesses du sous-sol algérien (1962 à 1967), etc.


Ministre et élu "classique"

La carrière nationale d’Olivier Guichard n’a démarré que le 12 mars 1967 où il fut élu député de Loire-Atlantique. Il le resta sans discontinuité (sauf lorsqu’il était ministre) pendant trente années, jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997.

À partir de 1967, il s’est transformé d’un conseiller obscur à une personnalité politique très visible sur la scène nationale, occupant à la fois des mandats nationaux et des mandats locaux, véritable seigneur régional des Pays de la Loire dont il présida le conseil régional pendant près d’un quart de siècle de 1974 à 1998 (son successeur fut François Fillon) et maire de La Baule de 1971 à 1995 (il fut également conseiller général de Guérande de 1970 à 1982, à l’époque, il n’y avait aucune loi contre le cumul des mandats).

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À peine élu à l’Assemblée Nationale, Olivier Guichard intégra directement le 4e gouvernement de Georges Pompidou comme Ministre de l’Industrie du 7 avril 1967 au 31 mai 1968. Il entama alors une assez longue carrière ministérielle (pendant plus de sept ans) sous trois Présidents de la République en restant une autorité politique très importante du gaullisme "historique" (même s’il n’a pas participé à l’aventure londonienne, au même titre que Georges Pompidou ou Maurice Couve de Murville).

Le 26 novembre 1967, Michèle Cotta décrivit dans ses "Cahiers secrets" les assises gaullistes à Lille où l’UNR (Union pour la nouvelle République) s’est transformée en UDR (Union des démocrates pour la Ve République) : « C’est curieux, une grand messe du parti gaulliste. Il y a les grands prêtres, comme Michel Debré. Le chantre : André Malraux. Les gaullistes historiques, qui n’aiment pas Pompidou [alors Premier Ministre]. Les barons du gaullisme, comme Olivier Guichard ou Roger Frey, qui au contraire se "pompidolisent" à toute allure. Les pompidoliens, tout court, comme Jacques Chirac, le jeune loup qui a fait son entrée au gouvernement juste après avoir gagné son siège de député en Corrèze. Tous sont applaudis, tous applaudissent. Il faut du temps pour comprendre ce qui s’y passe en réalité. ».

Olivier Guichard fut nommé Ministre délégué chargé du Plan et de l’Aménagement du territoire du 31 mai 1968 au 21 juin 1969. C’est à ce titre qu’il prépara, aux côtés de son collègue Jean-Marcel Jeanneney, le projet de référendum du 27 avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.


Le référendum de 1969

Michèle Cotta a narré dans ses Cahiers ce qu’Olivier Guichard lui a dit en novembre 1978 de ce référendum : « [Olivier Guichard] me répond qu’il a été écarté du dossier référendaire au début de janvier [1969]. D’un référendum, oui, il avait été question en mai-juin 1968. Guichard y était à ce moment-là très hostile (…). » et Olivier Guichard de témoigner auprès d’elle : « Aucun rapport avec la fabrication du texte de 1969, qui a été longue et mal fait, me dit-il. On nous avait installés, Jeanneney et moi, au 80 rue de Lille, l’un sur l’autre, Jeanneney au premier étage et moi au rez-de-chaussée. Ça ne pouvait pas marcher. Nous avons travaillé ensemble jusqu’en décembre [1968], tant bien que mal. Dès le début, Couve [de Murville, alors Premier Ministre], lui, a trouvé que c’était une mauvaise idée. Il a préféré s’en désintéresser. Très vite, le dossier de la régionalisation et le texte référendaire sont devenus notre affaire à tous les deux. Mais ce système de duo a agacé le Général. Fin décembre, j’ai baissé les bras. (…) Jeanneney était seul maître d’œuvre et il a fait de ce texte une sorte de monstre à partir du début de l’année 1969. ».

Olivier Guichard appréciait très peu le Premier Ministre Maurice Couve de Murville, gestionnaire médiocre selon lui et incapable d’avoir dissuadé De Gaulle de faire son référendum en mai 1968. Malgré la prise de distance entre Georges Pompidou et De Gaulle en été 1968, Olivier Guichard a toujours cru en Pompidou comme seul héritier possible à De Gaulle, maugréant contre Valéry Giscard d’Estaing, trop pressé pour sa carrière et dont il a imputé l’échec du référendum : « Il se disait que, tant que le Général serait là, lui, Giscard, ne pourrait jouer aucun rôle ! ».

Après l’élection du Président Georges Pompidou, Olivier Guichard fut Ministre de l’Éducation nationale du 22 juin 1969 au 5 juillet 1972 dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, succédant au pétillant Edgar Faure. Il participa notamment à la création de l’UTC (Université de Technologie de Compiègne).


Pour Chaban-Delmas

En 1972, Olivier Guichard faisait partie des personnalités gaullistes susceptibles d’être nommées Premier Ministre par Georges Pompidou. Finalement, c’est un autre fidèle de De Gaulle, Pierre Messmer, qui alla à Matignon. Lorsqu’il était à Matignon, Georges Pompidou n’appréciait pas beaucoup Pierre Messmer, alors Ministre des Armées, car il le court-circuitait régulièrement avec De Gaulle. Mais il savait qu’il pouvait compter sur sa loyauté.

Dans les gouvernements de Pierre Messmer, Olivier Guichard reprit le Ministère de l’Aménagement du territoire du 6 juillet 1972 au 27 mai 1974 avec quelques variations dans ses attributions au fil des mois, Logement, Tourisme, Équipement, Transports (avec le titre de Ministre d’État dans le dernier gouvernement Messmer). C’était l’époque pompidolienne de la fin des Trente Glorieuses, qui misait sur le tout automobile dans les centres ville, construction du boulevard périphérique, de nombreuses autoroutes à structure étoilée sur le territoire, et aussi la constriction de la zone chimique de Fos-sur-mer.

À la mort de Georges Pompidou, par fidélité gaulliste, Olivier Guichard, comme la plupart des autres "barons" gaullistes, a soutenu activement la candidature de son ami Jacques Chaban-Delmas à l’élection présidentielle de 1974 tandis qu’un quarantaine de députés dissidents de l’UDR, menés par Jacques Chirac, s’étaient rangés du côté de Valéry Giscard d’Estaing. Olivier Guichard aurait été le plus probablement nommé à Matignon si Jacques Chaban-Delmas avait été élu.

Mais ce ne fut pas le cas. Valéry Giscard d’Estaing gagna l’Élysée et le 27 mai 1974, il nomma Jacques Chirac à Matignon. Le 14 décembre 1974, Jacques Chirac réussit même à "s’emparer" du parti gaulliste contre les barons, succédant à Alexandre Sanguinetti (1913-1980), pour le transmuter deux ans plus tard le RPR, parti purement chiraquien.

Dans un prochain article, j’évoquerai le retournement légitimiste d’Olivier Guichard en faveur du pouvoir giscardien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les héritiers du gaullisme.
"Cahiers secrets de la Ve République" par Michèle Cotta (éd. Fayard).
Charles De Gaulle.
Michel Debré.
Georges Pompidou.
Alain Poher.
Jacques Chaban-Delmas.
Pierre Messmer.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Peyrefitte.
Jean Lecanuet.
Edgar Faure.
Roger Galley.
Jean-Marcel Jeanneney.
Jean Foyer.
Robert Boulin.
François Fillon.

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2 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 20 janvier 2014 10:58

    En effet les barons qui se réclament du Gaullisme sont légion...Sauf que depuis la mort du général le Gaullisme n’existe plus... !


    • gavot 20 janvier 2014 18:12

      Il à du en faire des tours dans sa tombe le Charles.
      Chirac le premier qui a tué Chaban peut être pas Gauliste (trop moderne, jeté par Pompidou qui pourtant avais du nez ) mais qui avait une vision pour la France. De Gaulle disait qu’il était detesté par les siens, et preférait les communistes au moins il savait a quoi s’en tenir. J’aime bien cette phrase certainement apochriphe (?) : La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. Comment aurait il réagi face à la folie financière de 2008 et aux oukazes de la BCE ?
       

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