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Accueil du site > Actualités > Politique > On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas !

On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas !

   A gauche, on se souvient des désastres et des crimes, des vies brisées au nom du profit insatiable, pour cette « apothéose du coffre-fort » qu’évoque Balzac. Nous n’oublions pas, par exemple, que le Code du travail naît en 1910 après l’horreur de Courrières, dans le Pas-de-Calais. Après qu’en 1906, 1 099 mineurs avaient perdu la vie au fond des puits. Le patron exige alors que le travail reprenne immédiatement. Il stoppe la recherche des victimes… Motif : les actionnaires perdent de l’argent ! Cachez ces misères qui entravent l’entreprise. Et puis, douze jours plus tard, 14 survivants enfouis réapparaissent. Après des nuits de terreur et d’efforts. Miraculés. Enterrés vivants. Ouvriers morts avant d’être morts.

L’émotion est immense. Elle force à créer le ministère du Travail. Pourquoi ? Pour que ce ministère échappe aux diktats des employeurs et au ministère de l’Économie. Avec quel point d’appui, quelle barricade juridique pour résister ? Le Code du travail.

Aujourd’hui, l’inverse est à l’œuvre : le ministère de l’Économie règle de nouveau la politique du ministère du Travail, réduit à n’être que son DRH.

Des 35 heures aux 60 heures : retour au XIXème siècle !

Dans le projet de loi, c’est toujours à partir de la 36ème heure hebdomadaire que se déclenchent les heures supplémentaires. Mais c’est désormais la négociation à l’échelle de l’entreprise qui s’imposera à la loi. Le temps de travail sera donc distribué à la carte en fonction de l’entreprise .jusqu’à présent, on ne pouvait pas dépasser 48 heures de travail par semaine, le projet de loi prévoit la possibilité d’étendre le temps de travail jusqu’à 60 heures ! Les apprentis mineurs pourraient également se voir imposer de travailler jusqu’à 10 heures par jours (contre 8 maximums aujourd’hui) et 40 heures par semaine, sans l’avis de l’inspection du travail.

De plus, sans que l’employeur ait besoin d’obtenir l’accord du salarié, ce dernier pourrait se voir contraint de travailler 12 heures par jour.

On baisse ton salaire ou on te vire !

Sous prétexte de compétitivité et de » préservation de l’emploi », l’entreprise pourra décider de moduler le temps de travail et …. Les salaires (à la baisse évidement) !

Si cela va une fois de plus satisfaire le MEDEF, pas sûr que les salariés l’acceptent. Justement, tout est prévu : ceux qui refusent seront licenciés pour « causes réelles et sérieuses », donc sans les indemnités et les avantages d’un licenciement économique .Nous seront ainsi des salariés plus jetables que jamais !

Le contournement des syndicats !

L’accord d’entreprise va primer. Or jusqu’à présent un accord d’entreprise doit être signé par les organisations syndicales représentatives (30 % des suffrages aux élections professionnelles). Ces organisations peuvent aussi s’y opposer et bloquer le processus s’il est défavorable aux salariés. Cela ne sera plus le cas ! Désormais, le seuil serait relevé à 50%. Mais surtout, en cas de désaccord, le recours au référendum, dans lequel le patron peut user de tous les moyens pour convaincre, pourrait être imposé.

Ça a été le cas dans l’entreprise SMART en Moselle ou depuis on y travaille plus longtemps mais moins payé !

Le licenciement abusif encouragé 

Un patron pourra licencier sans raison, il suffira qu’il s’en paie la possibilité. Jusqu’à aujourd’hui, les indemnités pour le salarié en cas de litige sont fixées à la hauteur du préjudice subi. Le projet de loi instaure un plafonnement en fonction de l’ancienneté du travailleur, permettant donc au patron de budgétiser tranquillement la destruction injustifiée des emplois ! C’est tout simplement la remise en cause même de l’existence du CDI.

Se mobiliser sur internet c’est bien, dans la rue c’est mieux !

Notre choix de civilisation fut depuis Courrières d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail. Quand F. Hollande veut « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », il écrit l’histoire à l’envers… Il est temps de dire stop !

’’Derrière chaque enfant qui meurt de faim se cache un assassin’’… Jean Ziegler


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6 réactions à cet article    


  • colere48 colere48 26 mars 16:42

    On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas !

    justement si on peux !
    La mémoire est sélective...... surtout en matière politique répressive !

    Aujourd’hui 26 mars est jour anniversaire d’une tragédie ignorée volontairement !

    Parlons donc de véritables répressions délibérées par un pouvoir politique
    Dans la souffrance et l’indifférence la plus totale

    N’oublions jamais ce : CRIME D’ÉTAT


    • Jean Pierre 26 mars 16:44

      Une grande partie du marasme économique actuel (qui ne touche pas que la France en raison des rigidités du code du travail ou du coût du travail, comme on nous l’explique, mais touche également la Chine ou le Bengladesh) c’est la faible demande. Les profils fait par le capitalisme ont été en partie réinvestis un peu partout sur la planète. L’appareil productif n’a jamais été aussi développé dans toute l’histoire de l’humanité. Par contre, l’industrialisation des pays pauvres s’est accompagnée de la désindustrialisation des pays riches. Il y a eu des millions d’entrants dans le système capitalisme (qui quittaient les systèmes paysans ou artisanaux précédents). Mais cette entrée se fait à des conditions de rémunérations très basses et a créé une pression salariale dans les pays développés, ce qui fait que le salaire moyen dans le système capitalisme a baissé. Pour la France par exemple les salariés ont perdus 10 % dans la distribution des richesses créées (PIB) au profit de la rémunération du capital. La croisée de ces deux évolutions (production massive et baisse relative du pouvoir d’achat moyen des salariés) donne la crise actuelle. Le capitalisme ne peux fonctionner que dans un équilibre entre rémunération du capital (qui permet l’investissement) et rémunération du travail (qui assure la demande). L’équilibre est rompu actuellement.

      Baisser le coût du travail n’est pas une solution, c’est le problème.


      • baron 26 mars 17:04

        @Jean Pierre

        C’est exactement cela, vous pourriez préciser que la situation ne va faire qu’empirer et que n’ayant pas la chance de vivre dans un pays tropical, nous sommes notre survie est totalement lié aux saisons, il faut stocker de la nourriture et prévoir de quoi se chauffer pour passer l’hiver. De ce fait notre société devenant à faible pourvoir d’achat et urbanisé, notre situation sera bien plus compliqué qu’ailleurs, impossible de vivre avec 3 euros par jour en France.
        Pourtant, nous y allons tout droit et à grande vitesse, les masses font les autruches et mangent leur pain blanc, incapables qu’ils sont d’anticiper à 10 ou 20 ans.


        • Auxi 26 mars 20:07

          La politique de l’offre est d’une connerie insondable, on constate tous les jours et partout les ravages de cette débilité. Les océans sont remplis des déchets de « l’offre »… Les montagnes sont souillées par « l’offre »… Les campagnes de même…


          Enfin, quand on dit « offre », c’est contre euros sonnants et trébuchants, faut pas déconner non plus, hein…

          • Jao Aliber 28 mars 14:32

            On continue de critiquer le capitalisme comme si l’URSS n’avait pas existé.C’est à dire qu’on continue à la critiquer de la même manière que l’URSS la critiquait.


            Dans ce contexte la critique ne présente qu’une seule alternative à la société actuelle : nationaliser et planifier l’économie.C’est à dire rééditer l’URSS.

            Or nationalisation de la production ne signifie pas suppression de la propriété privée des moyens de production.Mais seulement un moyen indispensable(en elle même, elle ne signifie pas le communisme réel). Donc pour supprimer la propriété privée, il faut supprimer le travail spécialisé qui l’accompagne.

            Et les soi-disant communistes du siècle passé et actuels, avec une mauvaise foi extraordinaire et opiniâtre, font tout pour jeter cette nécessité dans les oubliettes de l’histoire.Et cela à commencer par Lénine lui-même.
             

            Bien sûr parmi les communistes certains agissent par ignorance( en général les ouvriers, ceux qui n’ont aucun intérêt à perpétuer le travail spécialisé) mais les autres : les dirigeants du Parti et ceux qui ont lu le Capital(en particulier le livre 1 et 2) sont tous des petits-bourgeois qui rêvent de rééditer l’URSS.Le premier Etat de l’ histoire dirigé par des petits-bourgeois(petit capitaliste relativement aux capitalistes occidentaux)

            Personne n’en parle.Un silence monstrueux sur la chose.Aujourd’hui le communisme petit-bourgeois(léninisme, anarchisme, anarcho-syndicalysme,etc.) domine largement le mouvement ouvrier et sans sortir de cette merde, le prolétariat ne pourra jamais révolutionner la société actuelle.

            • zygzornifle zygzornifle 28 mars 15:50

              Frédéric Dard : Un politicien ne peut faire carrière sans mémoire, car il doit se souvenir de toutes les promesses qu’il lui faut oublier......

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Robert GIL

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