L’Union des démocrates et indépendants vient de naître. Entre une renaissance anachronique et nostalgique de l’UDF et la création d’un mouvement moderne propre aux enjeux du XXIe siècle, le capitaine Jean-Louis Borloo devra tenir le cap de la crédibilité et de la mobilisation. Première partie.
Je me suis rendu à l’assemblée constituante de l’UDI, Union des démocrates et indépendants, ce dimanche 22 octobre 2012 à la salle de la Mutualité, rue Saint-Victor à Paris. L’enjeu était très important et je pense que la mission de cette première grande réunion politique a été remplie. La création effective a eu lieu le 18 septembre 2012.
Je reconnais avoir émis quelques réticences et réserves sur la formation de l’UDI, en préparation depuis juillet 2012. Si l’idée d’origine me paraît solide, celle de regrouper dans un seul et même parti tous les centristes et baser ce parti sur des lignes programmatiques fortes (l’Europe, la décentralisation, la discipline budgétaire, la compétitivité des entreprises, la justice sociale, la préoccupation écologique, entre autres), il me semblait que la simple addition de tous les mouvements actuels, parfois groupusculaires, se réclamant du centre n’était pas forcément la meilleure méthode.
Ils étaient là, d’ailleurs, ces mouvements : le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo et de Rama Yade, le Nouveau centre d’Hervé Morin, la Force européenne démocrate de Jean-Christophe Lagarde, l’Alliance centriste de Jean Arthuis, la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et deux ou trois autres mouvements non médiatiquement identifiables (le CNIP de Gilles Bourdouleix, "Territoires en mouvenement" du député-maire de Neuilly-sur-Seine Jean-Christophe Fromantin et des groupes d’outremer, "Calédonie ensemble" et "Tahoeraa huiraatira").
Le ciment a pris !
Pourtant, à l’évidence, il s’est produit quelque chose ce dimanche midi. La sauce a pris, pourrait-on dire. Plus de trois mille personnes se sont rendus à la Mutualité, parfois de très loin, et non seulement la grande salle était remplie, mais également les salles du dessus retransmettant les débats sur écran géant. Yves Jégo, député-maire de Montereau et grand ordonnateur de la cérémonie, retransmise aussi en direct sur LCP, s’émerveillait que parallèlement, plus de trois mille internautes suivaient les débats depuis leur ordinateur.
Cette très forte mobilisation, cette très forte participation, elle est due avant tout à un grand besoin, celui de l’existence d’une formation politique de centre droit. Ce besoin était d’autant plus grand, au fil de ces dix dernières années, que l’UMP s’est droitisée de plus en plus avec Nicolas Sarkozy et que le MoDem, fils légitime de l’UDF, s’est, lui, au contraire, gauchisé avec François Bayrou. Or, l’échec respectif de ces deux leaders à l’élection présidentielle de 2012 les a rendus absents du jeu politique, pour le moment (on ne peut jamais rien savoir de l’avenir) mais c’est un fait nouveau depuis 2002 ! Ce qui permet aux initiatives de se réaliser hors du contexte de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou.
Ayant soutenu les candidatures présidentielles de François Bayrou depuis 2002 (déjà à l’époque, il avait mis en garde comme la dette publique qui filait), je regrette évidemment que le rassemblement des centres ne se réalisent pas avec la réunion de François Bayrou et de Jean-Louis Borloo dans une même formation. Les deux le justifieront en parlant de « projets différents » mais nul doute que la psychologie humaine a sa part dans l’affaire.
Je l’ai déjà beaucoup évoqué dans le passé, mais l’expérience du printemps 2012 a été encore plus démonstrative : il n’y a pas d’alliance possible des centristes avec la gauche pour la simple raison que la gauche n’en veut pas. Cela pourrait d’ailleurs être une erreur cruciale pour François Hollande (j’en reparlerai) mais c’est une réalité et la conséquence, c’est que la stratégie d’isolement de François Bayrou n’est plus tenable. Apparemment, ce dernier ne semble pas encore l’avoir bien compris malgré sa défaite personnelle dans sa circonscription.
Le barrisme n’est pas encore mort !
Ce dimanche, des signes ne trompaient pas. J’ai d’ailleurs retrouvé beaucoup d’anciens UDF dans cette assemblée, et même, des barristes, ce qui me réjouit même si je conçois que le barrisme en 2012 ne peut plus rien signifier en terme d’avenir politique ! Raymond Barre fut le dernier Premier Ministre à avoir équilibré un budget de l’État. C’est peut-être maintenant qu’il faudrait lui ériger une statue, celle de l’orthodoxie budgétaire qui a volé en éclat par tous ses successeurs, tous partis confondus, aux profits de tous les clientélismes électoraux et démagogiques.
Parmi ces signes concrets, il y a que c’est un véritable rassemblement. L’UDI ne sera pas seulement l’addition sans intérêt d’appareils politiques commodes en vue d’une syndicalisation d’élus indépendants (comme le fut le Nouveau centre). Non, il s’agit d’un mouvement de fond bien plus profond. D’abord, il y a les valeurs et le projet (j’en reparlerai à la suite), notamment le principe de ne plus avoir l’Europe honteuse, un élément fort de l’UDI. Ensuite, il y a un phénomène d’attraction qui s’est réalisé dès ce 21 octobre, venu des deux côtés de l’échiquier politique.
Des élus du MoDem et de l’UMP rejoignent l’UDI
D’une part, quelques élus éminents du MoDem sont venus à la Mutualité. Le principal, le sénateur d’Arras Jean-Marie Valerenberghe, vice-président du MoDem, était heureux de rappeler sa fidélité à François Bayrou mais a admis que la réunion des centristes devenait plus que jamais nécessaire dans le contexte politique où le PS fonce dans un mur et l’UMP s’effondre dans une surenchère de la droitisation décomplexée.
D’autre part, il y a eu l’arrivée surprise de l’ancienne Ministre de l’Écologie, actuelle sénatrice de Paris, Chantal Jouanno qui a quitté l’UMP pour rejoindre Jean-Louis Borloo (sans nul doute avec comme horizon, les municipales à Paris en mars 2014). D’autres parlementaires de l’UMP ont aussi adhéré à l’UDI, comme Henri Plagnol (dont l’élection vient d’être invalidée pour une erreur mineure) et Christine de Veyrac (députée européenne).
Des "témoins" de haute volée
En outre, il y a eu aussi la venue de certaines personnalités de premier plan comme l’ancien Premier Ministre belge Guy Verhofstadt, ami de longue date de François Bayrou et se rendant régulièrement à ses invitations, l’ancien ministre gaulliste et actuel commissaire européen Michel Barnier (par ailleurs, ancien rénovateur), l’ancien Ministre des Finances Thierry Breton (maintenant président d’Atos, à la tête de 90 000 ingénieurs, très discret dans les médias), et aussi l’ancien commissaire général du grand emprunt René Ricol (dont le successeur, Louis Gallois, va avoir du mal à vendre auprès de la gauche son rapport sur la compétitivité).
Absent de la réunion mais présent en pensée, l’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing s’est évertué à refaire le coup de l’allocution dans un bureau chic (faisant oublier son "au revoir" ?) pour rappeler les principes qui l’ont amené à créer l’UDF en 1978 et pour souhaiter bonne chance à l’UDI. Un encouragement d’autant plus précieux que l'académicien Valéry Giscard d’Estaing est désormais silencieux dans le débat politique depuis plusieurs années.
Séquence émotion avec…


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