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Accueil du site > Actualités > Politique > Pacte-à-quatre. Ou l’art de la combine à la française

Pacte-à-quatre. Ou l’art de la combine à la française

Si le débat est parfois vif entre opposants politiques, des terrains d’entente inattendus existent entre élus locaux et représentant de l’Etat. La Bretagne en donne ces jours-ci deux exemples très éclairants...

 L’Ouest de la France est à la veille de grands changements. La nouvelle concerne à la fois la Bretagne et les Pays de la Loire. Leurs élus respectifs s’entendent comme larrons en foire, au point de donner corps à la rumeur d’une entente plus approfondie, le département de Loire-Atlantique rejoignant à terme le reste de la péninsule en une seule entité, en vertu d’un processus très lent et émaillé de discussions. Cela reste aujourd’hui un scénario très hypothétique [voir Village gaulois]. On apprend donc la prochaine mise en œuvre de deux grands chantiers, le premier étant le futur grand aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et le second une grande centrale thermique dans le Finistère. La presse locale couvre malheureusement cette double affaire avec un manque criant d’impartialité. Vivent les grands travaux (progressisme industrialiste) et à bas l’inertie (bougisme électoral) scande-t-on à Rennes et à Nantes [Petits travers des grands travaux]. Il importe avant toute autre chose de préciser la teneur de ces deux projets, en rappelant que rien ne les relie si ce n’est la géographie.

Carole André, dans le Télégramme reprend un mot passe-partout : pacte. Celui-ci revient à tout bout de champ, accolé aux adjectifs républicain, civil (de solidarité), écologique. Pacte recouvre un sens religieux - alliance entre Dieu et le peuple élu - et surtout juridique. Le mot désigne un contrat non signé, et sans valeur officielle au sens où il dépasse les lois écrites [source]. Ainsi, la presse parisienne s’interroge-t-elle sur l’existence d’un pacte entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry au sujet des prochaines primaires au sein du parti socialiste. Ici, la journaliste emploie le mot en le justifiant immédiatement par un sous-titre. Pacte électrique breton. Trois piliers pour éviter le  black-out. Car le président de la région Bretagne dont le parti se répand à longueur de colonnes de journaux contre le pouvoir en place, a trouvé terrain d’entente avec Michel Cadot, le préfet de région, représentant de l’Etat à Rennes.

Dans le Télégramme, Jean-Yves LeDrian claironne : «  On vient de tourner la page Plogoff ». Quelques uns ne saisiront pas l’allusion. En 1975, un accord - on ne parlait pas de pacte - entre le Conseil général du Finistère et l’Etat jette les bases de la construction d’une centrale nucléaire dans le département, sur le site de Plogoff. La majorité des élus l’approuvent en 1978. Deux ans plus tard, des manifestants obtiennent le report sine die de la construction. Le candidat François Mitterrand décide une fois élu d’ajourner le projet. [source]. Depuis, les Bretons consomment de l’électricité produite à 92 % dans les régions environnantes : en Basse Normandie (centrale nucléaire de Flamanville) et dans les Pays de la Loire (centrale thermique de Cordemais). Pourquoi clôt-on devant les micros une si triste période de dépendance énergétique ? Parce que «  [C]e pacte électrique va développer notre capacité d’innovation et de création industrielle  ». Ainsi, lorsque s’installe quelque part une centrale électrique, comme le diable et son train, les industriels rameutent.

Le président de la région annonce trois mesures, ou plutôt trois piliers. Les Bretons vont continuer à consommer de plus en plus d’électricité ? Oui, mais il faut être soulagé, car ce sera de moins en moins. De plus en plus, de moins en moins. Je le cite : «  D’abord, un programme de maîtrise de l’énergie devra permettre de diviser par deux jusqu’en 2015, puis par trois, la croissance de la consommation électrique, dans une région à forte hausse démographique.  » Pour parvenir à cette fin, les gros utilisateurs paieront. Or, l’industrie représente un tiers en moyenne de la consommation électrique en France [source]. La population, elle, évitera le pire, sauf quelques pigeons bagués, qui ont pour tort de se chauffer à l’aide de radiateurs électriques, crime pour l’heure non reconnu comme tel par la loi. Je cite l’intéressé : «  Cela passera par la rénovation des bâtiments privés et publics et des entreprises. Par ailleurs, d’ici la fin de l’année, 60.000 foyers chauffés à l’électricité seront équipés de boîtiers permettant de réguler leur consommation énergétique et de limiter les pics de consommation. Des expérimentations concluantes sont déjà en cours.  » Pour tous, le programme Ecowatt est censé faire des miracles, en envoyant des e-mails ou des messages téléphoniques les jours de consommation. Tremblez, vilains électrivores.

L’installation de nouvelles éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc correspond au deuxième pilier du pacte [Energies ventripotentes]. La construction d’une centrale thermique au gaz de 450 MW constitue toutefois le pilier le plus attendu, compte tenu de l’histoire de Plogoff et de l’absence de centrale puissante et moderne dans le Finistère. A Dirinon et Brennilis, l’opérateur compte prolonger l’utilisation des quatre turbines brûlant du fuel jusqu’en 2017, mais pas au-delà. Le Télégramme ne fournit guère de précisions sur ce point, glissant sur un autre sujet. Le journal breton annonce en effet la pose d’une ligne haute tension (225.000 v) qui reliera Lorient à Saint-Brieuc à partir de la fin 2017 : facture 250 millions d’euros. Tout me semble résumé dans ce détour de phrase. Les agglomérations sont les foyers principaux de consommation. Mais en France, la prise de décision se situe ailleurs. Il y a d’un côté un président du Conseil régional - accessoirement du Conseil général - de l’autre personne ou presque. Brest Métropole Océane ne traite visiblement pas de ce dossier, ou de façon marginale (?). Dans le Figaro, Jean-Yves LeDrian dramatise les enjeux, prédisant, si l‘on ne fait rien, le déclin de la région Bretagne.

Il ne se passera rien parce que la seule vérité est celle du prix. Si l’électricité est rare, pour les raisons évoquées plus haut, elle doit coûter cher. Or les Bretons paient une facture électrique sur la base des mêmes tarifs que les habitants de Basse Normandie ou de Pays de la Loire [Même Mary veut s‘y installer à tout prix]. On peut certes formuler le souhait que l’agglomération rennaise dépende pour ses besoins électriques de centrales situées dans le Cotentin ou sur l’estuaire de la Loire. A Brest, cela se discute, coût à l’appui. Mais j’allais oublier que le préfet et le président de région ont conclu un pacte.

 

Dans l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un autre pacte a été signé, un pacte à trois, l’Etat devant régler plus de la moitié de l’ardoise (138,5 millions d’euros / ministère de l‘Ecologie), les régions Pays de la Loire (35 %) et Bretagne (25%) le reste : 115,5 millions d’euros. Le Parisien soulève un lièvre à cette occasion, puisque l’alliance (pacte ?) électorale du PS et de Génération Ecologie prohibait toute décision de ce genre. Elle stipulait avant le deuxième tour des dernières élections régionales le refus de toute avance remboursable. Comme disait l’autre, grand bénéficiaire d‘un autre pacte parisien, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. La note de Notre-Dame-des-Landes devrait de surcroît monter au-delà du montant initial, puisqu’il faudra assurer le financement des aménagements annexes : desserte routière, liaison ferroviaire nouvelle et pourquoi pas (?) un pont sur la Loire. «  Un groupement mené par le groupe de BTP Vinci a été choisi par le gouvernement fin juillet pour concevoir, financer, construire et exploiter le futur aéroport de Nantes.  » Ainsi, l’industrie bretonne sortira renforcée de ce magnifique projet dynamique, moderne et tourné vers l’avenir.

Qu’on ne fasse pas à l’auteur le reproche d’être contre tout par principe. Il existe sept aéroports dans la péninsule bretonne (plus ou moins élargie) dont le trafic dépasse 100.000 voyageurs (chiffres 2007 - 2008 / source) : Nantes (+ 1 million), Brest (875.000), Rennes (496.000), Lorient (217.000), Dinard (200.000), Quimper (120.000). Les barons locaux et les chambres de commerce ont voulu leur propre aéroport subventionné, surtout desservi par une compagnie nationale (Air France). Au passage, Dinard est celui dont le trafic augmente le plus rapidement, grâce aux compagnies low cost (12 % en un an). Au total, après plusieurs décennies de gabegie, il apparaît que l’aéroport de Rennes ne parvient pas à s’imposer. Il prend même le chemin inverse (- 7 %), Air France - en position quasi monopolistique - proposant des tarifs pour les liaisons intérieures équivalents à ceux pratiqués pour des voyages transcontinentaux. Depuis des décennies, l’aéroport de Rennes aurait dû cesser de recevoir le moindre denier public, et les responsables de la gabegie rendre des comptes. Le classement ci-dessus fait surtout la preuve que le seul aéroport de la péninsule est celui de Brest. Celui-là seul méritait (mérite toujours) les aides régionales, en particulier pour la liaison TGV Brest-Paris. L’aéroport de Brest permet en outre de délester des couloirs aériens terrestres saturés qu’aucun argent public ne pourra élargir [Communiquons comme la lune].

Mais c’est le projet de Notre-Dame-des-Landes qui tient la corde désormais. A l’heure des économies budgétaires, les sommes évoquées ici ou là illustrent le pacte politique national, une sorte de combinazione à la française. Pacte-à-quatre est une insulte du capitaine Haddock, fallait-il le préciser ?

PS./ Geographedumonde sur la Bretagne : La spéculation a bon dos. Et sur les réseaux électriques. Ne pas confondre queue de réseau et queues de prunes.

Incrustation : le capitaine Haddock


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5 réactions à cet article    


  • Voltaire Voltaire 6 octobre 2010 11:34

    Article largement incompréhensible pour le néophyte en raison de ses trop nombreux sous-entendus.


    • Vilain petit canard Vilain petit canard 6 octobre 2010 11:39

      J’allais le dire, et pourtant c’est ma région.


    • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 6 octobre 2010 16:06

      Merci de cette remarque constructive !
      Payez-vous le luxe de demander ce qui mériterait une explication... Eventuellement, je me ferai un plaisir de vous répondre.
      B.L


    • TSS 6 octobre 2010 12:16

      jean marc Ayrault veut absolument ce nouvel aéroport alors que les autres sont sous

       employés...magouilles ,magouilles !!

      en ce qui concerne Plogoff ,j’etais sur place en 1975 ,en fait de consensus il y avait d’un coté les

      bretons avec des caillasses et de l’autre les CRS basés à Pont Croix... !!


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 octobre 2010 12:34

        Ou l’art de faire des nœuds et des bouts multiples avec une seule ficelle...

        Les grands projets, c’est extra ! C’est le gouvernement et même anglais pour l’occasion, qui cherche à se faire financer par les régions toutes les infrastructures dont ils se servent, qu’ils ne paient pas, et dont profitent surtout les grands géants groupes industriels monstrueux devant lesquels plus personne ne peut remporter le moindre appel d’offre.

        Je ne me contente pas que de critiquer, je défend des solutions pour le transport : http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/financement-regional-mais-decision-81918 et pour le local : la vraie solution est encore plus simple, c’est l’éolienne horizontale de toiture couplée à la tuile solaire. http://www.onpeutlefaire.com/presentation-eolienne-a-axe-vertical ... http://www.nord-nature.org/fiches/fiche_e2.htm

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