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Accueil du site > Actualités > Politique > Paradoxes ou ratés de la démocratie ?

Paradoxes ou ratés de la démocratie ?

Bien que l'on ne se situe pas sur les mêmes registres, avec ces deux mots, « paradoxe » et « ratés », le titre de ce premier éditorial de l'année 2012 aurait tout aussi bien pu s'intituler « Paradoxes de la démocratie » que « ratés de la démocratie ». A vous d'en juger, puisque l'homme postmoderne conjugue désormais démocratie avec participation, passant maître dans l'art des déclinaisons du mot participatif/ive, au grand dam du citoyen, né des lumières, qui aimerait, lui, encore garder un peu de foi en ses représentants désignés.

Sans revisiter les analyses de Condorcet ou de Gauchet sur les paradoxes de la démocratie, analyses certes passionnantes mais de spécialistes, cet article revient sur ce qui semble être l'actualité politique la plus marquante de l'année 2011 : l'arrivée au pouvoir des islamistes dans les pays de la révolution arabe.

La Libye, l’Égypte et la Tunisie, pays dits de la révolution de la rue arabe ont mis fin à leurs régimes dictateurs au nom de la liberté et de l'impératif démocratique. Ils se sont conformés à la démocratie, ce régime politique qui, leur assure t-on depuis toujours (comme à tous les pays du Sud) est le seul qui vaille, car il octroie la souveraineté à la nation et permet de mettre en place un système de gouvernement dont le pouvoir est issu du peuple. Alors, comment expliquer que des démocrates s'alarment de résultats obtenus à l'issue d'un vote conforme à leurs normes démocratiques et adoubé par les citoyens de ces pays, jusqu'à nous laisser imaginer une sorte de malencontreux « raté de la démocratie » ? Le peuple ne serait pas éclairé, nous disent certains ; les élections, c'est un bon point mais il faudrait savoir élire en connaissance de cause. Est-ce à dire que le temps accordé au débat préélectoral n'a pas été suffisant pour confronter le projet politique des partis islamistes à la réalité de la vie moderne, pour mieux en montrer les failles ? D'autres assurent que les conséquences sur les libertés des femmes, sur la laïcité, bref sur la vie tout court de ces populations seraient fâcheuses.

Ce sont pourtant les mêmes qui n'ont eu de cesse d'affirmer, lorsque les dictateurs utilisaient leurs citoyens pour légitimer des processus électoraux truqués, la nécessité d'une « culture de la démocratie » secrétée de l'intérieur du peuple. N'est-ce pas cela que le peuple arabe a fait ? Lorsqu'il s'est soulevé contre l'oppression, qu'il s'est exprimé, qu'il a tranché par le biais des urnes, par un vote organisé et sans contestation en faveur de ceux dont le discours fait écho à ses références culturelles et sociales plutôt que de ceux dont les idées encore marxistes, socialistes, ou libérales sont réputées importées, issues d'ailleurs ?

N'est-ce pas faire injure à ces citoyens, lorsque l'entêtement proche du mépris de certains articles de médias occidentaux, continue à considérer que le peuple se trompe ? Il y a forcément méprise, méprise sur ce qui se dit et méprise sur ce qui ne se dit pas. Il faut dire que le 11 septembre est passé par là, avec la vague d'islamophobie qui réduit le message de l'Islam, la religion qui aligne le plus grand nombre d'adeptes dans le monde (chiffres 2011 du Vatican) au discours de quelques illuminés, fous et criminels dangereux. Comme si on pouvait juger le christianisme ou le judaïsme à l'aune de leurs intégrismes.

Mais il est vrai aussi que le processus démocratique peut enfanter des situations inextricables, comme lorsque le Hamas, alors prônant la violence contre Israël ainsi qu'une guerre fratricide, gagne les élections. Les incohérences des systèmes de vote, théorisées par Condorcet, les démocraties modernes le vivent aussi. Lorsqu'il est établi désormais que des partis xénophobes peuvent arriver au pouvoir en Europe ou lorsqu'une minorité élit un Président, par la grâce de l'abstentionnisme. Mais en même temps, le libre choix du peuple peut le porter tout aussi bien vers un démocrate reconnu que vers un dictateur supposé éclairé, un homme de religion ou un personnage nouveau, chaque choix se justifiant par le contexte du moment.

La véritable question, alors, n'est pas seulement inhérente aux idées ou aux représentations véhiculées par le parti élu, dans lequel à un moment donné de l'histoire du pays, une majorité peut se reconnaître, mais à une conception de la démocratie élective qui tendrait à exclure une partie du peuple de la souveraineté. Notre conception de principes dit universalistes doit nous conduire, non pas à considérer comme illégitime tout processus électoraliste qui n'aboutit pas à leur reconnaissance, mais à accompagner, comme expression de liberté, tout mouvement émanant du peuple qui le porte à se réapproprier sa propre histoire. Nous ne savons pas encore tout des projets des partis islamistes, qui se disent modérés pour la plupart, ne nous trompons pas sur les logiques et les implications qui sous-tendent leur victoire électorale.

Ne contournons pas les vraies questions qui sont celles de l'incohérence de certains systèmes de vote, de la crise de la représentation et de la difficulté de définir une certaine éthique de la représentation.

 

Michèle Lioux pour Ciesma
Copyright Mauritanidees
Janvier 2012


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1 réactions à cet article    


  • anty 16 janvier 2012 13:47

    Paradoxe de la démocratie :

    délaisser les citoyens dans la difficulté
    IL y a 100 000 sdf(source Wiki ) en France 

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