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Accueil du site > Actualités > Politique > Pécresse où l’île de la tentation

Pécresse où l’île de la tentation

Entre 20 et 40 000 euros de primes fixées par décret, c’est ce que propose Mme Pécresse aux présidents d’université pour les récompenser d’accepter la LRU
Pendant que le grand chercheur de droite Jean Robert Pitt glose sur France Inter sur des questions essentielles de gastronomie, les enseignants chercheurs poursuivent le mouvement de contestation et demandent toujours le retrait de la LRU. Signe des temps, et parce que le professeur Pitt ne pourra faire progresser à lui tout seul la recherche française, François Fillon vient de demander à Mme Pécresse de revoir entièrement sa copie.
On applaudirait presque cette information, si une autre ne venait troubler le jeu du gouvernement. En effet, alors même que la LRU prévoit la réduction des effectifs de chercheurs (selon l’équation paradoxale moins de chercheurs=plus de recherche), Mme Pécresse propose soudain de valoriser la prime des présidents d’université. Ils se verraient ainsi attribuer par décret une somme comprise entre 20 et 40 000 euros, soit l’équivalent de deux salaires d’enseignants chercheurs…
Manœuvre de diversion ou coup de poker de la part du gouvernement ?
Il faut savoir qu’en plus d’une décharge de cours et de recherche, les présidents d’université disposent déjà d’une prime de direction de l’ordre de 10 à 15 000 euros par an. De fait, la totalité de leur salaire est consacrée à la direction de l’université. En outre, ils disposent d’un avantage de carrière qui permet par exemple à un maître de conférences de devenir professeur d’université sans avoir publié. Cette mesure est évidemment compensatoire puisqu’un président occupe tout son temps à la gestion de son établissement et ne peut donc le consacrer à la recherche. On notera au passage que confier la gestion d’une université à un chercheur est un véritable gaspillage de compétences, dans la mesure où un administrateur civil ferait parfaitement l’affaire.
En proposant de fixer par décret une telle prime, Mme Pécresse oublie de préciser qu’elle sera évidemment puisée sur le budget de l’université autonome, aux dépens d’un à deux postes d’enseignants chercheurs titulaires. Voilà donc une autonomie à deux vitesses sur laquelle on peut s’interroger.
Diviser pour mieux régner
Cette proposition n’est pas un cas isolé : alors même que la réforme de la fonction publique vise la réduction de la masse salariale des petits fonctionnaires (les nantis improductifs), le gouvernement augmente les hauts fonctionnaires (chargés de faire appliquer les réformes) qui bénéficient déjà de bien des avantages, appartements et voitures de fonction compris… Sur cette stratégie, les médias sont restés assez discrets, excepté lorsque l’ambassadeur de France aux Etats-Unis a décliné cette augmentation.
Les présidents d’université cèderont-ils à la tentation ? Ce serait oublier qu’ils ne sont justement pas hauts fonctionnaires, mais de simples enseignants chercheurs élus par leurs pairs, et qui à l’issue de leur mandat, rejoindront leurs collègues au fond de ce qui restera de leur laboratoire…

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7 réactions à cet article    


  • MagicBuster 26 février 2009 10:51

    "Entre 20 et 40 000 euros de primes fixée par décret, c’est ce que propose Mme Pécresse aux présidents d’université pour les récompenser d’accepter la LRU"

    Proposer de l’argent contre une action délicate ... C’est de la corruption de fonctionnaire .

    Je vois déjà sarko avec une moustache danser dans son bureau avec un globe terrestre ...
     :->


    • tomasi75 26 février 2009 11:31

       Pecresse se moque des opinions du peuple, elle ne cherche qu’à faire passer sa reforme histoire d’augmenter son ambition afin de devenir premier ministrable. 
      J’ai l’impression que les politiques ne pensent qu’à eux.

      Il suffit de voir comment sarkozy récompense ses amis qui l’ont porté aux pouvoir :

      http://voxx.over-blog.com/article-27778604.html


      • Vilain petit canard Vilain petit canard 26 février 2009 11:33

        Ah bah, les présidents étaient pour sa réforme, ils ne le sont plus, alors Nicolas lui a dit "donne-leur du fric et ils vont être d’accord", alors elle s’éxécute. C’est des techniques de marchands de tapis, ça, pas de la négocaition vraie sur des enjeux nationaux. D’ailleurs, ça donne une idée de l’estime que leur porte le chef de l’Etat : ils sont bons à acheter, c’est tout. Normalement, ça va les rendre encore plus enragés, parce que c’est fait au vu et au su de tout le monde, ce qui va rendre les universités ingouvernables. 

        La pauvre Pécresse, elle doit en baver, en ce moment, c’est dommage, elle est pas bête.


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 26 février 2009 13:58

          " La crise ", c’est juste un argument pour aire n’importe quoi. L’Etat c’est le pompier, l’argent des banques, c’est l’eau. Donc, Le pompier détruit avec de l’eau tout ce qui était épargné par le feu...que lui même a peut-être allumé...


          • Le Canard républicain le canard républicain 26 février 2009 14:58

            Une invitation à (re)lire un bel article de Jérémy Mercier, "L’Université au Kärcher"  :

            http://sauvonslademocratie.neufblog.com/le_canard_republicain/2009/02/luniv ersit-au-k.html


            Cordialement
            le canard républicain


            • pizzaman28 26 février 2009 15:01

              Je ne suis pas d accord avec le fond de l’article. Il tend à faire croire que la prime de présidence à été décidé récemment afin de convaincre (acheter) les présidents de passer à l’autonomie. En fait, ces primes font parties depuis le début du projet de réforme (bien avant le début de la contestation). Mme Pécresse n a donc pas proposé « soudainement » de valoriser la prime des présidents. Et surtout cette prime s’applique à tous les présidents quelque soit le statut de l’université. Même les présidents d’université non autonome et farouchement opposé à la réforme la toucheront. Il est difficile de considérer cette prime comme une tentative de « corrompre » les présidents.

               

              Concernant le montant de la prime, je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. Le président dirige au minimum plusieurs centaines d’enseignant/chercheur de haut niveau. Un dirigeant ayant une situation équivalente dans le privé gagnerait beaucoup plus. De plus ces primes ne se font pas au dépend « 1 ou 2 EC ». Les EC ne sont pas payés beaucoup, mais quand même… Un EC coûte plus de 40000€.

               

              Je passe sur l’idée de faire appel à un administrateur civil pour la gestion de l’université. Les EC ne peuvent être évidements dirigés que par l’un de leurs pairs qui connaît la recherche scientifique.

               

              D’une manière générale je pense qu’il y a déjà assez de raisons valables de s’opposer à la réforme en cours. Ce n’est pas la peine d’en chercher d’autres là où il n y en a pas, cela ne peut que nuire à la crédibilité des EC.


              • Voltaire Voltaire 26 février 2009 15:03

                L’article pose certains problèmes intéressant, même s’il est excessif et inexact sur plusieurs points.


                - La loi LRU prévoir une réduction du nombre de chercheurs ; ce point est à ma connaissance totalement inexact. Cette loi concerne le statut et le fonctionnement des universités, non le nombre de personnel. IL permet une plus grande souplesse dans le recrutement pour certains types de fonctionnaires, mais n’a pas d’influence sur le nombre de postes ouverts, qui dépend d’autres décisions. Il ne fauit d’ailleurs pas confondre personnels des universités et chercheurs...


                - En revanche, le gouvernement a bien décidé une diminution des effectifs des universités pour 2009, principalement des catégories C (les moins qualifiées), au profit des catégories B. Si les universités ont efefctivement besoin de plus de personnel qualifié, notamment pour gérer leur autonomie, diminuer le nombre global de personnel est une absurdité : l’université française souffre d’une administration insuffisante et mal formée, et d’un déficit d’enseignants dans certaines disciplines.


                - le point le plus intéressant est celui concernant la qualification du président d’université : un universitaire n’est certainement pas par formation un bon manager d’une entité de plusieurs milliers de personnes. Le remplacer par un adminustrateur pourrait donc se discuter. Mais pour comprendre les besoins de l’universités, en termes de formation, de recherche, de elations extérieurs, ne pas avoir de connaissances du système de l’intérieur semble aussi rédhibitoire. La bonne solution serait donc sans doute de former les futurs cadres dirigeants des universités ou de choisir des enseignants-chercheurs ayant une double formation .


                - La problème de la prime accordée aux présidents d’universités (passant de 10-15000 euros à 20-40000) est assez secondaire : il s’agit d’un poste très lourd et épuisant, où il vaut mieux recruter une personne compétente. Et 20-40000 euros ne représentent pas 2 postes d’enseignants-chercheurs ! (à peine un débutant pour le haut de l’échelle, vous confondez salaire brut et net...).

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