• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > Petit décodeur de l’enfumage ambiant
6%
D'accord avec l'article ?
 
94%
(73 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Petit décodeur de l’enfumage ambiant

L’époque n’est pas simple. Ses débats non plus.

Il n’est pas évident en effet de toujours bien identifier les enjeux actuels, les oppositions véritables, les vrais débats, loin de la propagande officielle, des faux-semblants, et des leurres.
Parce qu’un peuple qui sait est un peuple qui peut décider librement de son avenir, une certaine oligarchie en place a tout intérêt à brouiller les repères, à rendre plus difficile la perception des clivages véritables, à enfumer, pour le dire plus trivialement.

Eclaircir le débat pour mieux permettre aux gens de faire un choix en conscience est un objectif fondamental.
Pour l’atteindre, et pour y voir un peu plus clair, nous avons fait le choix de décoder trois expressions couramment employées ces derniers temps, et destinées à tromper.

1. "S’ouvrir à la diversité" : la "diversité" est un mot piège, qui doit tout de suite attirer votre attention.
Volontairement flou, et connoté positivement, il a pourtant aujourd’hui un sens bien précis
, directement importé de l’idéologie communautariste américaine qui, la première, s’est cachée derrière lui : "faire de la discrimination positive sur des bases tribales".
Vous l’aurez remarqué, les débats sur "la diversité" ne renvoient jamais aux origines sociales ou aux options idéologiques. Ainsi, quand le gouvernement annonce que "les médias doivent s’ouvrir à la diversité", il ne faut pas y voir la promotion de la pluralité d’opinions contre la pensée unique qui aujourd’hui les étouffe, mais bien une simple histoire de pigmentation de la peau des animateurs...
Même chose quand on propose d"ouvrir à la diversité les grandes écoles" : la diversité des origines sociales n’est pas le sujet. On ne parle en réalité que de taux de mélanine dans la peau. Ainsi, selon l’idéologie de la "diversité", deux élèves bourgeois dont l’un est blanc et l’autre est noir seront toujours préférables à deux élèves blancs dont l’un est fils de médecin et l’autre fils d’ouvrier.
Remplacer la diversité sociale et idéologique par la diversité tribale est une astuce assez subtile pour ne pas poser les vraies questions et y répondre par de vraies solutions, qui permettraient de décadenasser une élite dont le principal problème n’est pas la couleur de peau mais l’incroyable et suicidaire homogénéité sociale et idéologique ;

2. "Europe sociale" : défendre l’Europe sociale, c’est l’exercice auquel se livrent les socialistes français à chaque élection européenne depuis 20 ans pour mieux continuer à voter tous les Traités et toutes les directives le reste du temps.
Défendre l’Europe sociale, c’est l’arnaque électorale garantie. L’expression ’"Europe sociale" suffit d’ailleurs à alerter. Elle est tellement utilisée et usée depuis des années qu’elle doit immédiatement appeler la plus grande des vigilances.
En 1992, lors du référendum sur Maastricht, le PS nous promettait déjà "l’Europe sociale". Même chose aux élections européennes de 1994, 1999 et 2004, ainsi que lors du référendum sur la Constitution Giscard en 2005. L’élection européenne de cette année semble ne pas devoir déroger à la règle. Apparemment, "l’Europe sociale" fleurira de nouveau sur les panneaux électoraux de France cette année...
Rappelons pour ceux qui ne verraient pas l’arnaque que le PS, comme le Modem et l’UMP qui utilisent souvent la même ficelle, votent tous ensemble depuis des années l’intégralité des Traités ultralibéraux européens, ainsi que les directives qui en découlent, au détriment de nos services publics, de nos systèmes de soins et de retraite, de notre prospérité, et de notre liberté ;

3. "Moraliser le capitalisme" : alerte rouge ! Toute référence à une quelconque moralisation est le plus souvent le signe d’un renoncement, la marque d’une volonté de biaiser en feignant de changer alors qu’on ne s’en donnera pas les moyens. "Moraliser le capitalisme", c’est une manière de dire qu’on ne changera rien, et qu’on masquera ce conservatisme par un appel très incertain à une moralisation des pratiques plus incertaine encore.
Le capitalisme n’a pas besoin d’être moralisé ; il ne connaît d’ailleurs pas ces notions de moralité ou d’immoralité. Il ne connaît que la rentabilité. 
Il a donc d’abord besoin d’être modifié en profondeur, par la régulation, la réglementation et la loi. Le capitalisme a produit une crise sans précédent parce qu’il a depuis 30 ans laissé les manettes à la finance mondialisée, évoluant à son gré dans un espace économique global sans frontières, dominé par l’idéologie du libre-échange et de l’affaiblissement des Etats et des nations.
Les vraies décisions sont donc à ce niveau là : retour sur le choix du libre-échange le plus débridé, affirmation du rôle protecteur des Etats-nations, rupture avec la spéculation généralisée, au profit de la production de biens réels.
Poser le débat en termes de moralité ou d’immoralité est une façon d’esquiver les vrais enjeux, pour ne pas avoir à prendre les vraies décisions utiles à tous, mais douloureuses pour ceux qui profitent à fond du Système en place.

Ce ne sont que trois exemples. Chacun pourrait en citer d’autres.
L’essentiel est d’être toujours vigilant, pour ne pas tomber dans les pièges qui nous sont tendus. Il faut tout simplement garder à l’esprit qu’un certain nombre de personnes ont intérêt à ce que rien ne change. Elles se donnent pour cela les moyens de détourner les opinions publiques des vrais sujets, et de brouiller leur perception des problèmes.
C’est, de leur point de vue, presque légitime. Ce serait en revanche une faute de notre part si nous nous laissions faire passivement.

http://www.levraidebat.com

6%
D'accord avec l'article ?
 
94%
(73 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.22) 30 mars 2009 10:17
    Alpo47

    Belle analyse !

    Ce qui m’a fait beaucoup rire ces derniers temps, c’est le langage de nos ministres des finances et du budget : Parlant de la crise actuelle, ils parlent de "progression négative". On va progresser, mais vers le bas... C’est tout de même bien plus rassurant que déflation, récession ou dépression, non ?

    Entendu ce week end sur F.Info, un syndicaliste qui reprenait sans nul doute le vocabulaire de son DRH, et parlait, à propos des 1300 licenciements de chez Natixis, de "plan de sauvegarde de l’emploi". Là aussi, c’est tout de même mieux que"plan de licenciement", non ? Dommage que ce représentant du personnel n’y ait pas encore vu le piège.

    Il est passionnant de décrypter la communication de nos politiques ou dirigeants d’entreprise, pour y détecter les vrais intentions et nécessaire de le faire savoir.

    On pourra appeler cela manipulation, écran de fumée ou ... foutage de gueule .

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.2) 30 mars 2009 10:16
    JL1

    Bonjour, vos trois exemples sont très bien exposés. A ceux là j’ajouterai cette proposition de limiter les salaires des patrons du CAC40 : en effet, il est évident que cela n’est que poudre aux yeux pour esquiver le vrai débat à savoir la progressivité de l’impôt qui devrait nécéssairement devenir dissuasif pour les revenus au delà du raisonnable.

    Le capitalisme n’est soutenable qu’à certaines conditions : la première c’est la loi antitrust, bafouée par la mondialisation. La seconde c’est l’impôt qui est aux individus ce que la loi antitrust est aux corporations.

  • Par Lisa SION 2 (xxx.xxx.xxx.152) 30 mars 2009 11:09
    Lisa SION 2

    J’ai entendu madame Lagarde déclarer que le monde de l’entreprise se devait, en cette période de crise, d’être " vertueux "...cela sous-entend qu’elle admettait qu’en période faste, il ne le soit pas...C’est comme la " croissance négative " on avance toujours vers la croissance, rassurez vous, mais à reculon...

    Mais le pire que cela cache, c’est l’actuelle campagne pour discréditer Bayrou et Besancenot avant les européennes, les traitant de " le pen light "... Si je puis me permettre, " casse toi pov’ con " ou " karchériser la racaille " c’est pas du " le pen hard " ça..."

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.207) 30 mars 2009 11:36
    Fergus

    Très bon article que j’applaudis volontiers.

    Cela dit, l’"enfumage" n’est pas l’apanage des seuls politiques, les entreprises y ont désormais recours sans vergogne ; mieux : elles envoient leurs cadres en formation ou font appel à des consultants spécialisés pour s’imprégner des techniques. Quelques exemples :

     
    Placer le client au centre des préoccupations vise le plus souvent à masquer une stratégie commerciale entièrement centrée sur le profit.

     Mettre en place une
    Charte de qualité répond aux même objectif d’enfumage. 

     
    Consolider la grille salariale consiste à la redéfinir de telle sorte qu’elle devienne de moins en moins lisible pour les salariés et de moins en moins coûteuse pour le patron.
    Etc, etc...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox