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Petite analyse du discours de Ségolène Royal à Rezé

C’était l’événement politique de la soirée de mardi soir, Ségolène Royal et Martine Aubry ont tenu un meeting commun à Rezé (Grand-ouest). Après avoir un peu hésité à vous en parler – comme tout le monde – j’ai décidé de vous proposer une petite analyse du discours de Ségolène Royal autour de quatre points : son appel à l’unité, son appel à la participation, sa critique de l’Europe libérale et ces propos sur la création des « Etats-Unis d’Europe ».


 

Un appel à l’unité et une photo de famille

La photo on l’a longtemps attendue dans cette campagne et inutile de nier qu’elle est arrivée beaucoup trop tard pour renverser la tendance. Mais l’unité hier était de mise. Tout au long de son discours Ségolène Royal a essayé de le rappeler. En vrac, on peut noter les phrases suivantes : « Tout le bonheur de se retrouver là tous ensemble », « ça fait du bien d’être ensemble » (3fois), « unis nous allons gagner », « nous sommes heureux d’être ensemble », « nous avons la puissance de l’unité et du rassemblement ». Bien sûr, plus que des mots, il fallait des attitudes, et cette fameuse photo. Écouter les discours de l’autre, applaudir sans cesse et ne pas laisser présager une rivalité… Les deux meneuses du Parti Socialiste ont de ce point de vue là été irréprochables. J’aurais imaginé, toutefois, Ségolène Royal parler davantage de Martine Aubry pour souligner l’absence totale de rivalités entre les deux. Elle l’a fait, et il faut le noter. Dès le début, elle parle de « ma chère Martine, notre première secrétaire ». Les mots sont importants, et le « notre » prend ici, un sens crucial de ralliement. Puis elle évoque un P.S. uni « à côté de (…) Martine vaillante et opiniâtre dans cette campagne ». Toujours dans le registre des louanges, Ségolène Royal affirme que Martine Aubry est responsable de la réussite du manifesto. « Ce manifesto nous te le devons en tant que chef du P.S. français ». Une fois encore, elle réaffirme volontiers le rôle de leader incontestée du P.S. à Martine Aubry, sans rancune ni rivalité, du moins en façade.

Cependant tous ces louanges ont lieu au début du discours et je m’attendais à davantage de piqures de rappel pour définitivement en finir avec l’idée de division des socialistes. Des rappels il n’y en a eu que deux à la vingtième et à la 29ème minutes, le dernier étant d’ailleurs peu naturel. Le « Comme tu l’as dit Martine » et le « Comme vous l’a souvent dit Martine » glissés à dix minutes d’intervalle dans un discours d’une demie heure était évidemment prévisibles mais bien joués. Ils servent à rappeler en permanence l’unité du parti socialiste ce qui était incontestablement le but de ce meeting commun.

« Un appel vibrant à la participation »

L’unité du parti socialiste est une chose, il faut encore avoir des électeurs. Ségolène Royal en est convaincue, chaque électeur qui restera chez lui dimanche offrira sa voix à l’UMP et à l’Europe actuellement en place. Quasiment tout au long de son discours Ségolène Royal s’adresse à ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer dimanche. « Ce qui menace, c’est l’abstention, l’indifférence et même le dégoût, le pire c’est que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas voter sont les principales victimes de l’Europe libérale ». Puis elle se lance dans ce qu’elle nomme « un appel vibrant à la participation », avec une longue anaphore (que l’on pourrait qualifier de sarkozienne tant il en use et abuse) en répétant « L’Europe sociale a besoin de vous ». Elle cite toute une série de personnes, des chercheurs aux milliers de licenciés – évoquant un très grand nombre d’usines – et à chaque fois ponctue sa phrase de ce syntagme « L’Europe sociale a besoin de vous ».

On aurait pu imaginer qu’elle prononce l’expression « vote utile », mais elle en a laissé le soin à Martine Aubry. Cela dit tout son discours consiste de la même manière à capter l’électorat indécis, et à amener aux urnes les électeurs qui pensent à les bouder : « Venez voter toutes celles et ceux qui veulent que ça change ! ». S’il est bien un élément qui ne laisse pas de doute, c’est que la dernière réplique de son discours a été : « Et que pas une voix ne manque ! »

Contre l’axe sarko-berlusconien

A quelques jours des européennes, le discours de Ségolène Royal avait un petit goût de campagne présidentielle du second tour. Elle ne s’est pas attaquée aux partis plus à gauche, ni au Modem mais exclusivement à l’UMP et à « l’axe sarko-berlusconien ». Certes en filigrane, les critiques des autres partis apparaissent, elle vise vraisemblablement la gauche extrême et Europe Ecologie lorsqu’elle en appelle à l’unité et au rassemblement ou qu’elle affirme que seuls les socialistes peuvent construire l’Europe sociale (« qui d’autre que les socialistes peuvent construire l’Europe sociale ») mais la cible est réellement dans l’autre camp, celui de l’Europe libérale. Une Europe et une droite décomplexée qu’elle résume en six points : individualisme, avidité, brutalité, imposture, populisme et démagogie. Illustrant chacun par un exemple concret du « cynisme libéral ». Elle s’attaque une fois encore à la droite sur son terrain de chasse : l’insécurité. Rappelant qu’en France ils sont en poste depuis 2002 et que ceux sont eux qui génèrent de l’insécurité, Ségolène Royal évoque « l’hystérie législative de la droite » raillant l’arrestation du voleur de bicyclette de six ans qui n’avait pas même voler de vélo…

Les « États-Unis d’Europe »

Pour Ségolène Royal soit « L’Europe marche vers l’unité politique [soit] elle se disloquera dans le nationalisme ». Elle en appelle de ses vœux à la création des États-Unis d’Europe dépassant par là-même la position officielle de son parti. Avant d’énoncer cette idée, elle avait tout de même appeler à une Europe de la « justice sociale », dotée d’une « démocratie exemplaire » qui mène un « combat écologiste » et se bat pour « des libertés toujours plus grandes ». Elle n’évoque pas de sujets qui fâchent comme le salaire minimum européen et rappelle par ses affirmations que le combat pour les libertés n’est pas l’apanage de l’UMP mais bien des socialistes. Avant tout, c’est donc une Europe sociale que Ségolène Royal souhaite ou plus précisément une Europe « social-humaniste du XXIème siècle ».

Toujours en campagne, elle propose donc l’idée de la création des Etats-Unis d’Europe en répétant cette expression à cinq reprises, et donc s’affirme en faveur d’une intégration politique totale. Une « Europe unie des peuples d’Europe ». Citant l’internationale socialiste, elle en appelle au « courage de faire la différence » pour se protéger de cette Europe – et là elle paraphrase Hobbes – [de la guerre du tous contre tous où l’homme est un loup pour l’homme]

En sous-régime, baffouillante à cause d’une absence manifeste de maîtrise de son texte, nettement moins charismatique qu’à son habitude, Ségolène Royal a réussi à remarquablement prêcher l’unité tout en affirmant sa différence et en proposant à quelques jours du scrutin des idées qui ne figurent pas vraiment au programme. Électron libre : beaucoup se demandait comment elle se comporterait mardi soir, elle a, en fait, été assez prévisible se rangeant derrière sa « très chère Martine » avec qui elle n’a plus aucune rivalité ni jalousie. Ce meeting était crucial pour le parti socialiste, et il a été nettement plus réussi que le lancement de la campagne de l’UMP mais il est certainement arrivé trop tard pour convaincre les indécis et ceux qui souhaitent se tourner vers une alternative à gauche que le P.S. est un parti uni.

 

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    Par asse42 (xxx.xxx.xxx.49) 29 mai 2009 11:51
    asse42

    Analyse intéressante même si je ne partage pas le jugement sur la forme. Elle n’a pas été bafouillante et a été au contraire très offensive et très pugnace dans la forme. L’exercice n’est pas le même lorsqu’on est n’est pas le meneuse du jeu. Il faut faire un discours mais sans prendre la place de leader du PS qui est occupée par la première secrétaire. C’est donc pourquoi elle s’est retenue parfois dans son discours.
    Sinon ce fà»t un très bon discours sur le fond comme dit dans ce billet. Quant àdire qu’il arrive trop tard...l’heure n’est pas encore au bilan il reste 10 jours de campagne et je crois que l’on peut inverser la tendance. Surtout si Ségolène Royal est impliquée encore plus sur la fin. Le PS en a besoin.

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