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Petite contribution aux états généraux de l’Outre-Mer

Voyage de Nicolas Sarkozy aux Antilles, histoire de « booster »les fameux Etats-Généraux de l’Outre-Mer, décidés pendant la « crise » du début de l’année. Or, les problèmes de l’Outre-mer sont connus depuis longtemps. Ce qui manque le plus, c’est une vision et une volonté politiques.
Avec la visite de Nicolas Sarkozy, c’est reparti pour 2 jours d’Outre-Mer.
Ah ! L’Outre-Mer : Une aubaine pour tous les « reporters » quand il fait gris et moche à Paris, c’est-à-dire neuf mois par an ! Rien que pour ça, il ne faudrait pas qu’il(s) deviennen(t) indépendant(s).
 
D’ailleurs, première remarque : Il n’y qu’en France, pardon qu’en métropole que l’on croit que LA question que pose l’Outre-Mer est celle de l’indépendance, avec sous-entendu : « ILS nous font suer ces antillais à ne jamais être contents alors que sans la France ils seraient aussi pauvres qu’en Haïti ».
 
Même aux fins fonds des Iles Marquises (Polynésie), on n’est pas franchement traumatisé par le fait d’être profondément polynésien, pardon marquisien ET citoyen de la République française. En revanche, on l’est beaucoup plus par l’absence de perspectives économiques, un peu comme les producteurs laitiers normands ou les marins-pêcheurs bretons. Mais quand ces derniers barrent des routes on ne les soupçonne pas de vouloir l’indépendance de la Normandie ou de la Bretagne. Parlons donc de cette question d’indépendance qui n’est pas posée actuellement, cela évitera de parler des vrais problèmes qui fâchent et pour lesquels on n’a pas de solution !
 
Deuxième remarque, le syndrome : « Eh ! ben Doudou dis-donc ». Avant même qu’il n’ait ouvert la bouche, n’importe quel « ultramarin » est en effet assimilé à un danseur de la « Compagnie créole », ohé, ohé ! Quant au créole ou à l’accent antillais, ils sont assimilés à du « petit nègre » où les « r » ne seraient pas prononcés. Ce qui est parfaitement faux : A titre indicatif, le « r » en créole se prononce à l’anglaise, comme dans « tree ». Dit-on des anglais qu’ils prononcent les « r » comme des « petits nègres » ? Détail ? Pas seulement, car cela veut dire que dans nos esprits, tout ce qui vient des Antilles n’est pas très sérieux. « ILS sont sympas, mais ILS ne pensent qu’à faire la fête ! ».
 
Troisième remarque : Attention à la « turista » dans l’avion qui emmène nos politiques et nos journalistes : Beaucoup profitent des 8 heures de vol pour ingurgiter 450 ans d’histoire de l’Outre-Mer. Résultat : une « turista », une diarrhée de poncifs et de caricatures sur les séquelles de l’esclavage, la problématique noirs-blancs, les « békés » responsables de tous les malheurs, la misère et les inégalités sociales, un petit coup de repentance post-coloniale, de sanglot de l’homme blanc, tout cela sur fond de tambour, de « gwo ka ». Ah ! le gro ka, le tambour guadeloupéen, érigé aujourd’hui au statut de seule musique authentiquement guadeloupéenne et qui fait écho aux slogans des grèves du LKP en Guadeloupe :« Sé tan nou sé pa ta yo ». Un seul chemin, une seule race, une seule culture, une seule musique, le tambour groka « gwo ka an-nou », un peu comme si pour les auvergnats il n’y avait que la bourrée !
 
Derrière cela, il y a des groupuscules qui ont une ouverture d’esprit comparable à celle des khmers rouges au Cambodge. Pour eux, il n’y aurait qu’un seul chemin, l’indépendance, mais une indépendance faite de combats héroïques, arrachée à l’Etat colonial et son appareil de répression, le sang et les larmes couleraient, ce qui aurait une vertu rédemptrice. Ce sont des frustrés de la Révolution haïtienne ou de la guerre d’indépendance en Algérie. Peu d’antillais ne prennent ça vraiment au sérieux, mais nos médias les adorent, parce que des comme ça, on n’en trouve plus en métropole…
 
Bien sûr, l’Outre-Mer, c’est « compliqué  », avec toutes ces îles, ces territoires différents. Mais enfin, trouver des solutions aux problèmes des 400 000 habitants de Martinique, 400 000 de Guadeloupe, 180 000 de la Guyane etc…,ça ne devrait quand même pas être la mer à boire pour la 4ème ou 5ème puissance économique de la planète ? Sinon, il y a de quoi s’inquiéter pour la réforme des retraites ou celle de la Justice. Et pourtant l’Outre-Mer français ne marche nulle part, quelque soit l’histoire, la population, le statut ! Partout ça coince, de la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, la Réunion à la Guadeloupe ou Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est du pareil au même : Le tourisme est en berne, les autres productions font naufrage : pêche, perles ici, bananes là.
 
Oui, tout le monde va à l’école, a le ventre plein, une voiture souvent 4x4, la télé avec satellite, plus maintenant des billets à 350 euros pour la métropole.
Mais avoir 20 ans à Dillon (Martinique), à Faa’a (Tahiti) ou Cité Mirza (Guyane), ça veut dire : « No future », et là, pas question de prendre le RER pour aller voir ailleurs et chercher formations ou jobs « d’avenir », informatique, nouvelles technologies, énergies renouvelables.
 
Sur l’analyse des problèmes, sur les solutions, tout a été dit et depuis longtemps :
 « Bien sûr, ce qui est bon pour la Bretagne, c’est aussi très bon pour nous, aux Antilles(…). Mais les Antilles sont des îles situées dans le continent américain, à 7 000 kilomètres de la France. On peut donc penser qu’il serait bon de donner à ces pays lointains et insulaires une plus grande liberté commerciale pour leur permettre de commercer avec leurs voisins, ce qui devrait aller de soi.(…). En outre (…), ce qui manque, c’est de ne pas laisser entrevoir que si la différence existe, toutes les différences ne sont pas pour autant égales entre elles. Il lui manque, en somme, de ne pas différencier la différence.(…)Civilisation composite, avec un soubassement amérindien, un apport européen important et une dominante africaine évidente, c’est cela l’identité antillaise. Comment ne pas en tenir compte ? »
 
Qui parle ? C’est Aimé Césaire, dans un discours à l’Assemblée Nationale, au moment de la loi sur la décentralisation : Juillet 1981 ! Et depuis rien a changé.
Car ce qui manque, c’est une volonté politique, c’est un projet, c’est une vision. Pour cela, il faudrait qu’en France, qu’en métropole, on ait de l’intérêt pour l’Outre-Mer, qu’on s’y intéresse, qu’on se dise que quelque part, ILS ont quelque chose à voir avec nous, avec notre communauté nationale.
 
En attendant, on va continuer à faire la même chose, un peu plus de subventions, un peu plus d’autonomie, un peu plus d’Etats généraux. Et tout cela continuera jusqu’au jour où (voyez ils ne pensaient qu’à ça) Guadeloupe, Martinique and co…finiront bien par être indépendants.
 
Parce que : « Tout jé sé jé, mè kasé bwa an tchou makak sé pa jé ». Pour la traduction, évitez « La compagnie créole » ohé, ohé !, mais en gros, cela signifie qu’à force de prendre les gens pour des imbéciles…
 

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2 réactions à cet article    


  • domtom98845 27 juin 2009 11:55

    Cet article par des phrases simples rappelle bien la réalité des DOM.
    Il souligne la nécessité de donner plus d’autonomie à ces départements, pour qu’ils coupent peu à peu le cordon ombilical avec la métropole et s’insèrent dans leur contexte régional.
    Une évolution à la calédonienne vers le statut de pays d’outre mer serait certainement la meilleure solution. Par contre on peut s’étonner du peu de réalisme dont fait preuve l’Etat français en souhaitant faire évoluer Mayotte vers le statut inadapté de DOM, département où tous les fermets sont présents pour une future contestation : chômage, immigration incontrôlée des Comores, poids de la religion...Alors que d’un côté aux antilles on se rend compte que le statut de DOM est inadapté, on veut encore en créer un.....


    • Pierre Thivolet 28 juin 2009 12:56

      Oui, vous avez raison. mais :
      - On peut « pondre » n’importe quel statut, même excellent. Tout dépend ensuite de ce qu’on y met : Le statut de « Pays » de la Polynésie, par exemple, est remarquable, et montre que la République peut faire preuve de souplesse. sauf que, ce qui manque, c’est qu’il y a aucun projet sur 20 ou 30 ans, j’entends aucun projet de développement, aucune vision de ce que peut être la Polynésie franaçaise dans 20 ou 30 ans. c’est la même chose pour les Antilles

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Pierre Thivolet


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