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Accueil du site > Actualités > Politique > Petits marchandages, aménagement du territoire et caisses vides

Petits marchandages, aménagement du territoire et caisses vides

Après avoir traité une partie de l’armée française d’amateurs (suite à la dramatique affaire de Carcassonne), Nicolas Sarkozy semble s’être radouci.

En effet, bien que ne s’étant pas rendu à la Garden Party du ministère de la Défense (eh oui, une de plus) il lui a transmis un message :

"En tant que chef des armées et au nom de tous nos compatriotes, je vous assure de toute mon estime et mon amitié et je vous renouvelle ma confiance dans vos capacités à exécuter vos missions quotidiennes et à construire notre défense de demain".

Traduction : sujet clos.

Et pourtant dans le même temps, en termes d’armée, les parlementaires et élus locaux attendent dans l’angoisse la nouvelle carte militaire promise par le président et son ministre.

Mais pourquoi cette nouvelle carte n’est-elle toujours pas publiée ?

19 juin, 3 juillet, 8 juillet, désormais "après le 20 juillet", "dans une quinzaine ou une vingtaine de jours" (dixit Hervé Morin), la date de l’annonce des restructurations du ministère de la Défense ne cesse d’être repoussée. Le président de la République, lors de son discours du 17 juin, l’avait promise pour "début juillet".

Ce qui coince, ce sont les mesures d’accompagnement territorial pour les collectivités locales. François Fillon a promis de dégager une enveloppe de 320 millions d’euros pour ces mesures (y compris sociales).

Ces reports à répétition s’expliquent, en partie, pour des raisons de calendrier politique. La priorité de l’Elysée n’est pas la carte militaire, mais l’approbation par les parlementaires, réunis en Congrès, de la réforme de la Constitution. Or, là aussi, cela coince et l’Elysée ne veut pas mécontenter des élus de sa majorité - qui seraient touchés par des fermetures dans leurs circonscriptions - à la veille de cette échéance délicate, prévue pour la fin juillet - Source Secret Défense.

Or, les fermetures de casernes risquent de frapper majoritairement des élus de l’UMP ou du Nouveau Centre. Eh oui, il va falloir s’en prendre à des villes traditionnellement bastions politiques de la droite parlementaire !

La nouvelle carte militaire, prochainement révélée, pourrait porter un coup fatal à la Marne, département... le plus militarisé de France. Depuis une semaine, le fameux 501e-503e régiment de chars de combat de Mourmelon-le-Grand est gravement menacé, une mesure qui, selon son maire, Fabrice Loncol, ferait « crever » sa commune.

Le 501e-503e RCC, véritable institution, est constitué de 1 300 hommes, de 80 chars Leclerc et de 500 blindés qui mènent de nombreuses missions à l’étranger (ex-Yougoslavie, Kosovo, Koweït, Sénégal, Tchad et Afghanistan notamment). D’autant plus que le secteur est frappé de plein fouet par la réforme, avec la suppression du 402e régiment d’artillerie (créé en 1923), à Châlons-en-Champagne, et de la base aérienne 112, à l’est de Reims. La zone qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres perdrait alors entre 4 000 et 5 000 postes militaires.

Pris à partie par des élus locaux, le ministre de la Défense, Hervé Morin, l’a confirmé hier, au terme du défilé du 14 juillet de façon laconique : «  On ne consacre pas 37 milliards d’euros au budget de la Défense pour faire de l’aménagement du territoire ». La tension et l’incompréhension à Mourmelon sont d’autant plus fortes que, le 29 avril, Hervé Morin, ministre de la Défense, avait promis d’épargner la ville : «  Il avait pris Fabrice Loncol par les épaules, se souvient l’ex-ministre Catherine Vautrin, députée de la Marne, et lui avait dit : Vous êtes le maire le plus heureux de France ! On ne touchera pas au RCC qui pourrait être renforcé ». Source France Soir.

Les promesses n’engagent...  Refrain connu.

En ayant l’esprit mal tourné, on pourrait imaginer que le pouvoir pourrait avoir la tentation de "punir" de mauvais électeurs (dernières municipales et cantonales). Or lorsqu’on voit la liste des députés de la Marne législation 2007-2012, que lit-on ?

1re circonscription : M. Renaud Dutreil, UMP conseiller général de l’Aisne - conseiller municipal de Charly-sur-Marne (Aisne).

2e circonscription : Mme Catherine Vautrin, UMP.

3e circonscription : M. Jean-Claude Thomas, UMP, conseiller général de la Marne.

4e circonscription : M. Benoist Apparu, UMP, adjoint au maire de Châlons-en-Champagne.

5e circonscription : M. Charles de Courson, NC-PSLE, vice-président du Conseil général de la Marne.

6e circonscription : M. Philippe-Armand Martin, UMP, maire de Cumières.

Pas vraiment d’opposants féroces dans cette liste. A moins que la double candidature de Renaud Dutreuil et de Catherine Vautrin qui ont permis à la gauche de gagner la ville de Reims ne soit la cause de la présence de la ville dans la liste.

Quoi qu’il en soit, "la Marne perdrait plus de 4 000 postes sur les 54 000 prévus en France. Cela représente 8 % de l’effort de restructuration militaire, quand notre département compte 0,8 % de la population nationale" - Source France Soir.

Bien que pas encore dévoilée, cette "liste" commence à circuler. Les points sensibles concerneraient notamment Bitche (Moselle), Bourg-Saint-Maurice (Savoie), Cambrai (Nord), Charleville-Mézières (Ardennes), Châteauroux (Indre), Colmar (Haut-Rhin), Commercy (Meuse), Dieuze (Moselle), Dijon (Côte-d’Or), Lunéville (Meurthe-et-Moselle), Luxeuil (Haute-Saône), Nantes (Loire-Atlantique), Reims (Marne) et Sourdun (Seine-et-Marne).

Et justement, Sourdun, c’est chez le député UMP et ancien ministre (chiraquien) Christian Jacob. Fin juin 2008, il se déclarait "atterré" par "le degré zéro" de la réflexion du ministre de la Défense, Hervé Morin, "sur la revitalisation" des sites militaires voués à la fermeture. "Il n’y a aucune approche sous l’angle territorial de cette réforme du côté du ministère de la Défense", a déclaré à l’AFP l’élu de Seine-et-Marne après avoir été reçu par Hervé Morin pour évoquer la question de la fermeture du 2e régiment de hussards basé à Sourdun, dans sa circonscription.

Il a d’ailleurs récemment bataillé ferme à l’Assemblée nationale à ce sujet (voir Compte rendu analytique officiel séance du mardi 10 juin 2008) sans pour autant obtenir satisfaction.

Christian Jacob, dit toutefois "comprendre l’architecture globale de la réforme" sur la défense, mais ajoute : "M. Morin nous a dit : ’ce n’est pas moi qui décide, c’est le président de la République’".

Excellent ! Ce n’est pas moi, c’est l’autre. On croirait entendre un dialogue de cour de récréation. Ces propos confirment, s’il en était besoin, le pouvoir que détiennent nos ministres, et l’intérêt que porte l’Elysée à la concertation.

En attendant, comme le fait judicieusement remarquer "Secret Défense" c’est la réforme des institutions qui devient otage de ce nouveau charcutage territorial. De la même façon que l’Union pour la Méditerranée (bouclier anti-adhésion à la Turquie), la carte judiciaire...

A la fin des travaux de la commission Balladur, certains analystes avançaient le fait qu’un refus du congrès serait désagréable pour notre président, mais qu’en fin de compte ne lui ferait pas porter le deuil. A trop vouloir jouer au monarque absolu, la suite des événements risque d’être "musclée".

Dans la mesure où le président comme sa majorité ne céderont rien sur le mode d’élection des sénateurs et qu’il semble plus que certain que plusieurs députés ou sénateurs de la majorité présidentielle vont vouloir "sanctionner" une initiative du président, les institutions attendront, comme le pouvoir d’achat, les droits de l’homme, le transfert financier à l’identique des nouvelles charges imposées aux collectivités locales...

Au fait, en ce qui concerne les collectivités locales : "Le gouvernement serre d’un nouveau cran la ceinture des collectivités locales. La progression des concours que l’Etat leur verse sera strictement limitée l’an prochain à 2 %, soit le taux d’inflation, et rien de plus. 2 %, c’est le taux sur lequel doit être bâti le projet de loi de Finances pour 2009. L’enveloppe qui leur sera dévolue sur le budget de l’Etat atteindra 55 milliards d’euros, soit 1,1 milliard de plus qu’en 2008, a indiqué hier Matignon à l’issue de la Conférence nationale des exécutifs (CNE) qui réunissait, sous la présidence de François Fillon, les représentants des principales associations d’élus (AMF, ARF et ADF) face, notamment, à Christine Lagarde, ministre de l’Economie, et Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur ... / ..." Source Les Echos.

Belle technique électorale destinée à mettre en cause la gestion des présidents de régions et limiter la casse des prochaines élections européennes.

Pas certain, cette fois-ci, que la manipulation du "Machiavel de l’Elysée" réussisse et fasse oublier tout ou partie de ses promesses et surtout son bilan.


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