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Accueil du site > Actualités > Politique > Pierre Bourdieu, Ségolène Royal et la politique gagne-pain

Pierre Bourdieu, Ségolène Royal et la politique gagne-pain

La campagne des élections présidentielles de 2007 fera-t-elle tomber le masque de la politique de consommation ? A « gauche » comme à « droite », les machines d’hypnose collective en font tellement, qu’on peut se demander quelle sera la réaction d’un électorat qui, en 2005, a dit non à la grande majorité des maîtres à penser. L’entretien de Pierre Bourdieu récemment diffusé par Zalea TV soulève la question de cette politique métier où les membres des « élites » s’orientent vers la « droite » ou la « gauche » en fonction des places disponibles, sans qu’il existe une véritable différence dans les idées de base sur la conduite du pays. Dès lors, les campagnes électorales ne sauraient être que du marketing, faute de débat politique réel. Une aseptisation qui influence de manière très négative l’évolution générale du pays. Mais les citoyens n’ont peut-être pas encore dit leur dernier mot.

La vidéo du film de Pierre Carles Gauche/droite vu par Pierre Bourdieu a intéressé les internautes à cause des déclarations du sociologue qui, en mai 1999, avait évoqué le problème des "responsables politiques dits de gauche (qui) sont en fait de droite". Pierre Bourdieu dit notamment : "Ségolène Royal, pour moi, instantanément, on sait qu’elle n’est pas de gauche", et qu’elle "a ce que j’appelle un habitus, une manière d’être, de parler qui vous dit qu’elle est de droite, même si elle tient des propos de gauche". Il se réfère également à l’un de ses élèves, professeur à l’ENA, pour qui Ségolène Royal avait choisi la gauche comme "plan de carrière". Un exemple parmi d’autres de ces membres des "élites" qui auraient rejoint la gauche ne pouvant pas s’installer à droite. Si on suit cette analyse, le flou dans les définitions que l’on pourrait appeler officielles de "gauche" et de "droite", également dénoncé par Bourdieu, correspond à quelque chose de très profond dans notre fonctionnement institutionnel.

Bourdieu semble croire à l’existence d’une véritable définition citoyenne des notions de gauche et de droite, supplantée par des apparences façonnées en fonction des intérêts des milieux dominants. C’est en soi un sujet. Les dirigeants socialistes qui, en France comme en Allemagne, ont cautionné la Première Guerre mondiale au nom de la "défense de la Patrie" étaient-ils de gauche ? Léon Blum était-il de gauche lorsqu’en juillet 1925, il parlait de "races supérieures" devant la Chambre des députés ? L’étaient-ils, les socialistes qui, après la Libération, ont livré des guerres coloniales  ? François Mitterrand était-il de gauche lorsque, dès 1965, il a rassemblé le soutien électoral d’une sorte de front antigaulliste de fait qui allait de Tixier-Vignancour au Parti communiste en passant par les "déçus de l’Algérie" de droite comme de gauche ? Ou lorsqu’il a lancé l’opération de promotion du Front national en 1982 ? La supplantation au quotidien de la notion de gauche par rapport à ce que beaucoup d’électeurs en attendent ne fait aucun doute, vu la déception que la gauche génère chaque fois qu’elle est élue. Mais il s’agit d’une problème plus global du comportement de l’ensemble du monde politique, comme en témoignent les alternances constantes depuis 1981.

La politique gagne-pain a toujours existé. Ce qui est un peu plus nouveau, c’est que dans l’après-guerre, droite et gauche ont eu recours, pour recruter une partie croissante de leurs dirigeants, à une pépinière commune créée à cette fin : l’ENA, Ecole nationale d’administration qui se définit à présent comme une école européenne de gouvernance. L’ordonnance du 9 octobre 1945 crée à la fois l’ENA et les IEP ("instituts d’études politiques"), instaurant une science de l’administration unique et une science politique également unique. Le militant politique devient une sorte d’amateur à côté des professionnels que formeront ces institutions et qui seront censés détenir un quasi-monopole de la politique sérieuse. Il ne s’agit pas d’une mesure autocratique, mais d’un texte signé par un très large éventail politique de ministres de toutes tendances, avec entre autres les communistes François Billoux et Charles Tillon à côté du ministre des colonies radical-socialiste Pierre Giacobbi. L’union dite nationale, qu’on évoque à nouveau depuis quelque temps, a toujours été présente dans le fonctionnement de "nos élites".

Auprès des milieux influents et conservateurs, l’énarque sera un exécutant zélé. Devant les milieux populaires, il apparaîtra comme une sorte de merle blanc ou de sauveur, miraculeusement trouvé pour les défendre courageusement. C’est pourtant une politique basée sur les mêmes postulats, apprise à l’école de gouvernance, qu’il appliquera dans les deux cas, une fois au gouvernement. On a affaire à la politique gagne-pain, avec des postes très bien payés et qui, par définition, exclut tout changement de régime politique et social. L’essence de ce mode de fonctionnement réside dans la dépossession du citoyen de base des moyens dont il dispose théoriquement pour défendre ses intérêts. Les élites jouent alors le rôle d’agents du système, à la tête des mêmes organisations vers lesquelles on attire ceux qui voudraient le mettre en cause.

Vingt-cinq ans après la première élection de François Mitterrand à la présidence de la République, trois de ses collaborateurs de l’époque briguent l’investiture présidentielle du Parti socialiste. Laurent Fabius, sorti de l’ENA en 1974 et devenu peu après membre du Parti socialiste et directeur du cabinet du futur président. Dominique Strauss-Kahn, ancien élève des Hautes études commerciales (HEC) et de Sciences Po, ayant enseigné notamment à l’ENA et actuellement à Sciences Po, proche de Lionel Jospin, devenu commissaire-adjoint au Plan en 1982. Ségolène Royal, sortie de l’ENA en 1980, initialement conseillère de tribunal administratif en disponibilité, devenue "chargée de mission au secrétariat général de la présidence de la République pour les questions de santé, d’environnement et de jeunesse" en 1982-1988 d’après sa propre biographie officielle, parachutée en 1988 par François Mitterrand dans les Deux-Sèvres d’après Wikipédia. Quant à l’actuel premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, de formation HEC - Sciences Po - ENA, il présidait déjà en 1974 un comité de soutien à François Mitterrand et, après avoir été chargé de mission de la présidence de la République en 1981-1982, il fut directeur de cabinet de deux porte-parole successifs du gouvernement : Max Gallo et Roland Dumas.

Après vingt-cinq ans de déceptions, que peuvent offrir au pays ces personnalités de gauche professionnelles ? Pour racoler encore des voix, elles ont surtout recours à des maquillages nouveaux : Fabius, le "trilatéral de gauche" transfiguré ; Royal, la mitterrandiste illuminée... et que va nous servir DSK, après les larmes de Lionel Jospin ? La réalité est que, depuis une trentaine d’années, il existe bien une politique transversale du système que ces professionnels de gauche, comme ceux de droite, ont invariablement appliquée. Mais cette politique réelle n’a rien à voir avec ce qui se dit lors des campagnes électorales.

L’exemple de la pré-campagne présidentielle de Ségolène Royal est particulièrement instructif, à cause notamment de l’incroyable forcing médiatique et psychologique de masse qui l’entoure depuis des mois et qui a été perçu comme une agression par une partie de l’opinion. L’argumentation politique cède la place à des techniques diverses pour influencer le citoyen. On a affaire à une liste de généralités telles que : "ordre juste", "effort récompensé", "redémarrage économique", "sécurisation des Français", "politique plus efficace", "révolution démocratique", "amélioration du fonctionnement institutionnel"... que n’importe quel autre parti pourrait mettre en avant de la même façon. Et le discours sur la nation, après avoir soutenu à fond le projet de constitution européenne en 2005... Plus, de temps à autre, des perles comme celle sur un encadrement militaire des primo-délinquants. S’agit-il de politique, ou de conditionnement pur et simple des électeurs ?

Avant même de connaître la liste des candidats à l’investiture de son propre parti, Ségolène Royal était déjà partie en campagne pour les présidentielles de 2007. Le 29 septembre, à Vitrolles, elle a prononcé un discours confirmant sa candidature : "Oui, j’accepte d’assumer cette mission de conquête pour la France et les épreuves qui vont avec..." Rien moins. Dominique Reynié a estimé que dans ce discours la précandidate du PS récupère "tout un héritage oublié de la gauche française sur l’autorité" et veut "fermer la parenthèse de 68, en finir avec l’idée que le concept-clé c’est la liberté. Pour elle c’est plutôt l’égalité". Le discours de Vitrolles avait clairement pour objectif de persuader les électeurs que : " Sur l’emploi stable, sur l’avenir de l’école, sur l’avenir des retraites, sur la santé, l’environnement, les conditions de travail, le logement, les transports, la culture, la sécurité publique et la lutte contre toutes les formes d’insécurité et de violence, dont le niveau jamais atteint est la marque de la faillite de la droite, oui, il y a des réponses efficaces et de gauche ! ", dont sa candidature est porteuse. Avec, à nouveau, François Mitterrand comme référence. Dommage que les "réponses efficaces et de gauche" ne soient évoquées que dans les discours électoraux, et que les promesses soient toujours restées lettre morte.

Quant à l’autorité, ce n’est pas l’autoritarisme qui semble avoir manqué lorsque, avec Ségolène Royal comme ministre déléguée à l’enseignement scolaire, les méthodes pour le moins expéditives d’une campagne contre la pédophilie dans les écoles se sont soldées par le suicide du professeur d’éducation physique et sportive Bernard Hanse, dont l’innocence a été reconnue par la suite.

Le 1er octobre, à Guingamp, à propos des conséquences des pesticides sur la santé, la candidate socialiste a estimé que "règne le plus grand secret entre la dégradation de l’environnement et la dégradation de la santé publique" et que les gouvernements de droite "ont menti sur Tchernobyl, ils ont menti sur l’amiante, ils mentent sur les OGM dont il faudra interdire la culture en plein champ et enfin ils mentent sur l’impact des nitrates et pesticides sur la santé publique". Elle s’est engagée à "mettre fin à tous les mensonges d’Etat". Mais que faisait Mme Royal à l’Elysée entre 1982 et 1988, à l’époque de l’attentat contre le Rainbow Warrior et de la désinformation officielle sur les retombées de Tchernobyl ou des essais nucléaires ? Qu’a-t-elle fait, par la suite, lorsqu’elle est devenue députée et ministre ? Quelle a été la politique sur les OGM du gouvernement Jospin dont elle a fait partie ?

Mercredi dernier, après la diffusion par la chaîne de télévision néo-zélandaise TVNZ des images du "plaider coupable" des deux agents français condamnés pour homicide involontaire à la suite de l’attentat contre le Rainbow Warrior et le journal télévisé de France 2 du 1er octobre faisant état notamment de la demande de réouverture de l’enquête formulée par Greepeance, Ségolène Royal a déclaré au journal télévisé de 20h de TF1 que son frère Gérard ne lui avait jamais parlé de l’opération car "il respectait les lois de son service". Mais cette affirmation ne saurait être crédible car, ayant été à l’époque chargée de mission de la présidence de la République, Ségolène Royal peut s’estimer elle-même liée par le secret, y compris sur son propre rôle éventuel. Ce que, étrangement, aucun journaliste ni politique ne semble avoir rappelé. La même objection s’applique d’ailleurs à Laurent Fabius qui, devant TVNZ, s’est plaint de ne pas avoir été informé en temps utile. La seule manière de faire émerger toute la vérité serait d’ordonner une enquête officielle et publique, avec levée du secret, mais à ce jour, aucun parti politique ne semble l’avoir réclamée. Les médias influents non plus.

Ségolène Royal a même ajouté qu’au moment de l’attentat contre le Rainbow Warrior, elle était favorable à l’action de Greenpeace contre les essais nucléaires français. C’est encore moins crédible, compte tenu du rôle et des obligations d’une chargée de mission de la présidence de la République qui ne pouvait agir ni s’exprimer en dehors d’instructions précises de la présidence, et qui n’aurait jamais été nommée ou maintenue dans ses fonctions en présence de divergences aussi profondes. Mais c’est vrai qu’avec le consensus politique et l’opacité qui entourent ce dossier, alliés à la cécité des médias, on peut se permettre de tout dire. La candidate à la candidature socialiste rend responsable de cet incident un "Etat qui fonctionne mal", mais d’après celui qui était alors directeur général de la DGSE, l’amiral Pierre Lacoste, le feu vert au sabotage du Rainbow Warrior avait été donné par François Mitterrand en personne. Il s’agit donc d’une décision politique au sommet, pas d’un dysfonctionnement de l’Etat. Ce qui n’empêche pas Ségolène Royal de se réclamer de la "lignée mitterrandienne".

Et ainsi de suite, et Ségolène Royal n’est qu’un échantillon de l’actuelle classe politique.

Soixante ans passés après la création de l’ENA, le système de la politique gagne-pain tourne à plein rendement. La corporation des politiciens professionnels s’est emparée des affaires du pays au détriment des citoyens, et entend rester longtemps en place. Elle a étendu son emprise à de nombreuses fonctions bien rémunérées dont la définition n’est pas politique et où la neutralité devrait être la règle, mais qui sont devenues une réserve à la disposition des politiques, de leurs proches conseillers, de ceux qui les soutiennent... Plus des légions de responsables à tous les échelons qui doivent leur carrière à leurs relations politiques ou au lobbying imposé par l’irruption du monde politique dans les milieux professionnels. Une situation qui n’est étrangère, ni à la fuite des cerveaux, ni à la décadence de plus en plus perceptible du pays dans les domaines industriel, scientifique, technologique... Sous-produit catastrophique de ce système hermétique où la politique métier génère autour d’elle la politique tremplin et où, au lieu de pouvoir se prononcer sur des véritables alternatives politiques, l’électeur se trouve malgré lui confiné à voter pour déterminer quel groupe accèdera à une énorme brochette de postes influents et lucratifs. Ce qui n’enlève rien à l’ardeur des campagnes électorales.

Encore un terrain où il serait inexcusablement opportuniste de ne pas évoquer la responsabilité collective des citoyens eux-mêmes, qui n’avaient pas besoin de se laisser entraîner dans la logique suiviste qui a mis le pays au bord du gouffre. 2007 sera-t-elle l’année du sursaut ? C’est peut-être la dernière chance. Après, la France risque de ne plus être un pays indépendant.


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98 réactions à cet article    


  • Monique (---.---.65.59) 9 octobre 2006 11:20

    Si Royal, Fabius et d’autres responsbales de l’époque veulent faire des déclarations sur l’affaire du Rainbow Warrior, c’est très simple : ils n’ont qu’à demander une enquête en bonne et due forme, la levée totale du secret d’Etat et la publication de l’ensemble du matériel. Autrement, c’est trop facile de dire ce que bon leur semble.

    Déjà, les déclarations de l’Amiral Lacoste ne semblent pas avoir suivi une procédure normale, même si on doit penser qu’il avait eu le feu vert pour cela. Et force est de constater qu’il se base sur un rapport officiel de l’époque et qu’il n’a pas été désavoué ni démenti. Mais pour Fabius et Royal, c’est différent : on est dans le domaine du « je dis ce que je veux » et de l’invérifiable.

    LE SECRET EST-IL LEVE, OUI OU NON ? SI OUI, IL FAUT UNE COMMISSION D’ENQUETE ET UNE TOTALE PUBLICITE DU DOSSIER.

    Autrement, les déclarations « par la bande » ne pourront que poser problème.


    • CP (---.---.241.148) 9 octobre 2006 11:29

      On a créé une sorte de faux service public de la politique où les dés sont pipés par la pensée unique et où les prestataires ont un statut de hauts fonctionnaires.


      • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 11:39

        La video de Bourdieu est un Must à ne pas manquer...

        C’est une analyse très efficace, claire et sincère de la réalité politique contemporaine.


        • sijepuis (---.---.61.160) 9 octobre 2006 23:48

          Oui, comme vous dites, c’est un ’must’.

          Je recolle l’url ici afin qu’on n’ait pas besoin de le rechercher plus haut http://www.zalea.org/spip.php?article791


        • ZEN zen 9 octobre 2006 11:45

          Article trés intéressant, foisonnant et posant les problèmes de fond sur la classe politique de notre pays.Le problème revient bien à se demander : qu’est-ce qu’être de gauche ?...Vaste programme !

          Bourdieu n’a pas donné de réponse. En tant que sociologue, il a seulement tenté de décrypter le fonctionnement des institutions reproduisant les élites. Charge à nous de changer les choses à cette lumière.


          • La Taverne des Poètes 9 octobre 2006 12:09

            1ère réaction (car je reviendrai...) :

            Mitterrand n’a pas « lancé l’opération de promotion du FN ». Il s’est porté garant du pluralisme d’opinions en France, et l’a rendu effectif dans ce cas précis. Il l’a fait aussi en libérant les media du pouvoir politique.


            • Niveleur (---.---.112.129) 9 octobre 2006 12:22

              Faux. Mitterrand n’était pas un « grand homme de la politique » mais un personnage peu clair issu de l’extrême-droite et qui avait toujours gardé des liens avec elle, notamment via son attaché de presse l’ancien doriotiste Jean-André Faucher.

              Lors du procés de Salan, Mitterand avait été témoin de la défense à côté entre autres de Le Pen et à la demande de son ami Tixier-Vigancour dont Le Pen était un proche collaborateur.

              Depuis les présidentielles de 1965, Mitterrand bénéficiera systématiquement des voix du spectre politique Tixier-Vigancour - Le Pen et plus tard FN - Parti des Forces Nouvelles, etc... Avant le deuxième tour des présidentielles de 1981, Mitterrand en personne avait rencontré des militants de ces courants au Syndicat de la Présse Parisienne et négocié également en cachette le soutien de Salan et des putschistes d’Alger.

              L’opération de promotion du parti de Le Pen lancée en 1982 n’était donc qu’un renvoi d’ascenseur calculé.

              En 1988, c’est Roland Dumas qui rencontrera le dirigeant du FN Roland Gaucher chez Jean-André Faucher.

              Lire : « La main droite de Dieu », Seuil 1994.


            • (---.---.83.156) 9 octobre 2006 13:55

              Comme Royal et plein d’autres, Mitterrand aussi ce fut la politique gagne-pain. Sa trajectoire en témoigne largement. Y compris le financement qu’il recevait de son employeur Eugène Schueller au début de l’après-guerre.


            • Mizo (---.---.83.156) 9 octobre 2006 13:58

              Et quand Mitterrand se proclama « socialiste », ce fut bien parce que c’était le créneau où il y a avait une place stratégique à prendre pour quelqu’un comme lui.

              Comme le dit l’article, Mitterrand fut l’homme du rassemblement anti-gaulliste sans autre définition réelle.


            • La Taverne des Poètes 9 octobre 2006 19:58

              à niveleur :

              Mitterrand a bel et bien libéré les medias de l’emprise du pouvoir et favorisé le pluralisme d’expression et d’opinions (notamment par l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle dans le scrutin parlementaire). Ces grandes actions ont été profitables à la Nation. Les intrigues et les calculs politiciens et électoraux, c’est autre chose... Il a cru pouvoir instrumentaliser facilement l’Extrême-Droite et ce fut l’une de ses erreurs.

              Il est faux et même mensonger de dire qu’il a fait la « promotion » du FN". Je ne retire donc pas ma remarque sur ce point.


            • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:10

              Mitterrand et ses copains ont mis la main sur les médias, c’est justement de cette période que date leur mise au pas systématique. Surtout, après les sursauts de l’affaire du Rainbow Warrior.

              Par la suite, les médias ont été très gentils avec Mitterrand et très discrets sur ses combines avec l’extrême-droite, par exemple en 1988. Mais ils l’avaient déjà été en 1981. A-t-on vu en 1981 le Canard Enchaîné parler des contacts de Mitterrand avec l’extrême-droite ou avec Salan ? Mitterrand n’aurait jamais été élu si ces transactions avaient été connues. Il ne l’aurait pas été, non plus, si son passé avait été rappelé.

              Depuis les années 1980, les médias français sont devenus de simples figurants, alors que les combines du monde politique sentaient de plus en plus mauvais.

              Lire « La main droite de Dieu », déjà cité par d’autres internautes.

              Ajoutons qu’un lieu d’influence comme le Siècle fonctionnait déjà très bien, et les patrons de la presse de même que le PS y étaient fortement représentés.


            • ohlala (---.---.124.230) 9 octobre 2006 12:13

              Ce que vous voulez dire et / ou dénoncer est perceptible, mais il faut s’accrocher pour rester avec vous. (Trop de liens tue Le lien ;=))

              Bourdieu pour l’intro, OK, mais suivre avec Blum (? ) pour arriver à la caste de l’ENA omniprésente, et > politique gagne-pain, disons plus cyniquement marketing, je suppose que vous voulez traiter de l’arrivisme, OK > Ségole / Rainbow warrior... euh, là je ne suis plus. Je crois que Bourdieu non plus.

              Je ne sais comment comprendre mais note rapidement, que ces dernières années les USA se sont offert un vieil acteur hollywoodien, un fils à papa, la russie un maître espion, l’Italie un roi de la télé. Vous auriez préféré que Tapie nous revienne en grande forme ?

              (en passant, à Athènes, un citoyen élu devait abandonner son job)


              • Niveleur (---.---.112.129) 9 octobre 2006 12:25

                « Vous auriez préféré que Tapie nous revienne en grande forme ? »

                Quel rapport ? Je pense que l’article est très clair : la classe politique forme un lobby soudé. Elle fait d’ailleurs partie d’un milieu d’influence plus vaste, et c’est l’ensemble que nous devons refuser de suivre.

                Quant à Tapie, de toute façon il a rencontré des appuis partout et se porte très bien...


              • ohlala (---.---.124.230) 9 octobre 2006 13:04

                Millexcuses, pas de problème, l’aventure de ceux (hors énarques) qui se sont aventurés dans le panier de crabes, s’est mal terminée. ex. Beregovoy.

                Et les ministres nommés au titre de « la société civile » n’ont pas fait long feu.


              • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:12

                Léon Blum fait partie de la sociale-démocratie qui a participé à la « cogestion » de la première guerre mondiale.


              • Emmanuel (---.---.87.194) 9 octobre 2006 14:05

                Je crois que tout le monde est d’accord aujourd’hui sur l’affligeant constat écologique et politique qu’on peut dresser.

                Ceux qui s’expriment savent donc très bien dire ce que ceux qui écoutent veulent entendre.

                Pour ce qui est d’agir il est par contre dans leur nature (tel le crocodile qui fait traverser le fleuve) d’agir comme ils ont été formés à le faire. C’est comme ça que Chirac peut prononcer son discours de Johanesburg « La maison brûle et nous regardons ailleurs... » et regarder effectivement ailleurs voire activer l’incendie dès lors que son discours est prononcé.

                Ces gens-là sortent tous du même moule et il en va de même pour ceux qui les contrôlent (les juges), ou ceux qui les montrent (les journalistes).

                C’est dans cette fracture entre le dire et le faire que l’extrêmisme fait son beurre.

                Il faut adopter des solutions radicales pour renouveller le jeu politique. Quelques idées :

                - Des mandats correctement salariés pour permettre à tous d’y accéder (jeunes, femmes, personnes de tous les milieux) en vacance de leur emploi habituel.
                - Des mandats uniques pour élargir le personnel politique.
                - Des mandats non renouvelables pour permettre aux idées de se rafraîchir.
                - Des mandats impératifs obligeant à tenir ses engagements.
                - Des mandats tirés au sort comme dans la démocratie Athénienne dans laquelle les représentants du peuple étaient élus pour éviter la professionnalisation de la politique.
                - Des mandats revocables par réferendum à tout moment comme au Vénezuela.
                - Un système de vote permettant de voter contre certains candidats.
                - Un système de vote permettant de voter pour des contre-pouvoirs et notamment les media d’informations qui ne seraient plus dépendant de marchands d’armes, de béton ou de financiers mais du nombre de personnes qui auraient voté pour eux.


                • FYI (---.---.33.228) 28 novembre 2006 16:25

                  N’oublie pas tout ceci, sous la proportionnelle intégrale smiley


                • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 14:39

                  Pierre Bourdieu avait analysé en profondeur le phénomène de l’ENA dans son imposant bouquin : « Noblesse d’Etat ».

                  Oui, la Monarchie Républicaine, c’est la Noblesse d’Etat au pouvoir.

                  Faut-il rappeler ici que la Constitution de la Vème République a été rédigée par une « Comité d’experts » qui étaient tous Haut-Fonctionnaires ?

                  Oui, nous sommes gouvernés par l’ENA. Le président, le premier ministre sont énarques. Il est complètement absurde de penser que la PS puisse présenter un(e) candidat(e) qui ne soit pas énarque.

                  La vrai logique « démocratique » de la Vème République c’est d’avoir le choix entre un énarque de droite et un énarque de gauche, comme en 1995 et 2002.

                  Nicolas Sarkozy, qui n’est pas énarque, est une erreur de la nature. Normalement c’est Alain Juppé (énarque) qui devrait diriger l’UMP. A défaut, Dominique de Villepin (énarque) aurait normalement dû être le candidat de la droite. Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu.


                  • (---.---.107.65) 9 octobre 2006 16:54

                    « Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu. »

                    Affirmation gratuite, à première vue.

                    Pourquoi pensez-vous que le fait qu’il soit énarque ou non influencera le vote des Français, sachant que ceux-ci ne savent pas (en grande majorité) s’il l’est ou non, et s’en contrefichent pas mal à vrai dire ? Insinuez-vous que le fait qu’il n’est pas énarque l’empêchera tout bonnement d’être le candidat de l’UMP aux élections présidentielles prochaines ?


                  • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 10 octobre 2006 12:02

                    Au contraire, si Sarko n’est pas de l’ENA, vu la réputation de cette « écurie à élites » ça lui fait un avantage énorme sur tous les autres...


                  • (---.---.117.27) 11 octobre 2006 14:15

                    Mais il s’agit des soutiens dont chacun disposera au moment décisif. De ce point de vue, l’ENA pèse lourd.


                  • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 16:05

                    Mitterrand n’était pas énarque à ce que je sache et cela ne l’a pas empêché de diriger le pays pendant 14 ans, record de longévité sous la Ve République.

                    Cette histoire d’ « énarque » n’a pas grand sens, ce qui compte réellement c’est le carriérisme et surtout l’asservissement aux grands lobbies.

                    L’ENA est une école d’asservissement (aux grands lobbies et à la pensée unique), et c’est pour cela qu’elle constitue un vivier de premier choix : en fait ce sont des purs produits du système qui quittent généralement les bancs de l’ENA.

                    Mais pour autant d’autres candidats peuvent fort bien avoir un blanc-seing (des lobbies) sans passer par l’ENA, mais en passant par des réseaux parallèles et/ou étrangers comme c’est le cas pour Sarkozy...

                    Le reste c’est l’affaire des réseaux médiatiques qui vont manipuler l’opinion publique pour que seuls les candidats ayant obtenu le blanc-seing des lobbies puissent avoir une chance de remporter l’élection.

                    Les autres sont diabolisés, extrêmisés ou tout simplement ignorés ou marginalisés par les médias (organes officiels et publics des lobbies).


                    • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 16:15

                      « Cette histoire d’ »énarque« n’a pas grand sens... »

                      En effet, si Ségolène Royal, François Hollande, Laurent Fabius, pour le PS, c’est à dire deux des 3 prétendants dont celui ou celle qui sera obligatoire désigné comme candidat du PS, si le Président de la République ET son premier ministre sont tous énarques, c’est par un concours de circonstance tout à fait fortuit, un hasard tout à fait étonnant qui ne mérite même pas qu’on s’y attarde un seul instant.

                      Dors en paix.


                    • (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:32

                      « Mitterrand n’était pas énarque à ce que je sache... »

                      Non, bien sûr. Car l’ENA, fondée en 1945, N’EXISTAIT PAS lorsqu’il a fait ses études.

                      Mitterrand a fait la fac de droit qui, avant la création de l’ENA, constituait la principale pépinière de politiciens. C’est vrai de toute sa génération.

                      L’hégémonie de l’ENA commence à ’installer avec la génération suivante, celle de Chirac, et deviendra quasiment totale au cours des années 1980 et par la suite.


                    • Ingrid (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:38

                      « Mais pour autant d’autres candidats peuvent fort bien avoir un blanc-seing (des lobbies) sans passer par l’ENA, mais en passant par des réseaux parallèles et/ou étrangers comme c’est le cas pour Sarkozy... »

                      Apparemment, Sarkozy a fait l’IEP mais n’a pas eu des bons résultats. L’accès à l’ENA étant problématique, il a dû se rabattre sur le « nex best to it » qu’est la filière universitaire du Droit suivie de la mise en place d’un cabinet d’avocat. Mais ça n’enlève rien, globalement, au rôle de l’ENA.


                    • Ingrid (---.---.6.199) 9 octobre 2006 16:42

                      En matière de « next best to it » par rapport à l’ENA, il y a en effet les avocats d’affaires et les consultants influents, pour qui en ce moment ça se passe très bien. Mais la séparation avec les énarques n’est pas nette.

                      Par exemple, Ségolène Royal qui est énarque et juge administrative à l’origine, est devenue avocate, et elle n’est pas la seule.


                    • Niveleur (---.---.114.185) 9 octobre 2006 17:00

                      La décadence de l’Etat français aura sans doute, à terme, des conséquences pour l’ENA. Mais ça ne change rien à l’analyse que fait l’article de son rôle et de son focntionnement, et qui est certainement juste.

                      D’ailleurs, l’ENA s’est déjà adaptée à la nouvelle situation.

                      En direction de l’Europe, par le changement de son appelation « Ecole Nationale d’Administration » devenue « école européenne de gouvernance ».

                      En direction du secteur privé, en lui fournissant de nombreux dirigeants : Michel Pébereau ou Serge Weinberg, par exemple, et il y en a plein d’autres. Même parmi ceux qui n’ont pas bien fini, comme Jean-Marie Messier qui d’ailleurs est en même temps polytechnicien. Qui dit plus ?


                    • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 19:33

                      Pour répondre à Arturh notamment :

                      Cette histoire d’Ena me rappelle le proverbe :

                      « Quand le sage montre la lune, le fou regarde le doigt ».

                      Bien entendu que l’Ena est lécole mise en palce par les lobbies pour asseoir leur gouvernance, mais il est tout-à-fait envisageable qu’un candidat « par correspondance » puisse obtenir un blanc-seing.

                      Pour ce qui est de Mitterrand, il est évident qu’il était soutenu par le sérail (l’affaire du terrorisme d’Etat du Rainbow warrior en est une verrue parmi d’autres).

                      Mais cela rappelle, ne serait-ce que par la force des choses ou du temps en l’occurence, que les lobbies n’ont pas toujours eu l’ENA pour choisir leurs poulains... et qu’ils sont capables de s’en affranchir si nécessaire.

                      Sarkozy a donné suffisamment de gages par le passé pour avoir leur soutien plein et entier.


                    • (---.---.107.65) 9 octobre 2006 16:43

                      « Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas énarque fait qu’il n’a aucune chance d’être élu. »

                      Affirmation gratuite, à première vue.

                      Pourquoi pensez-vous que le fait qu’il soit énarque ou non influencera le vote des Français, sachant que ceux-ci ne savent pas (en grande majorité) s’il l’est ou non, et s’en contrefichent pas mal à vrai dire ? Insinuez-vous que le fait qu’il n’est pas énarque l’empêchera tout bonnement d’être le candidat de l’UMP aux élections présidentielles prochaines ?


                      • (---.---.114.185) 9 octobre 2006 16:52

                        Le commentaire se réfère sans doute aux APPUIS dont Sarkozy disposera au moment décisif. Au sein même de l’UMP, la situation n’est pas claire.


                      • arturh (---.---.119.98) 9 octobre 2006 17:38

                        Non, je fais référence à la pure logique du système. Si le Parti Socialiste est dirigé par des énarques, si le candidat socialiste sera obligatoirement énarque, c’est parce que c’est conforme à la logique du système politique de la Vème République. Cette logique est la même pour les deux partis de gouvernement.

                        Le fait que Chirac soit énarque n’a pas influencé le vote des français. Le fait qu’il soit énarque a influencé le fait qu’il se soit retrouvé en position favorable pour obtenir leurs votes.

                        De la même manière, quand Ségolène Royal sera élu, ce qui est probable, ce ne sera pas du au fait que son diplôme de l’ENA a influencé le vote des Français. Par contre le fait qu’elle soit énarque influence ceux qui voteront pour qu’elle soit la candidate du PS.


                      • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:15

                        Ce qui aidera Royal, c’est surtout le soutien des milieux financiers et du lobby colonial qui, eux, font confiance à une énarque mouillé jusqu’au cou dans les combines à Mitterrand. Elle a été sa chargée de mission pendant six ans, ensuite députée parachutée et très rapidement ministre, etc...


                      • (---.---.99.52) 13 octobre 2006 07:19

                        Le suicide de Bernard Hanse a eu lieu le soir du 10 juin 1997. Le lendemain, Le Monde diffusait cette dépêche :

                        http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-268822,0.html

                        L’éducation nationale sera « aux côtés des enfants et des familles », dans les affaires de pédophilie, a déclaré Ségolène Royal, ministre délégué à l’éducation nationale, mercredi 11 juin sur Europe 1. « Il faut que la parole des enfants soit entendue, qu’ils soient crus », a ajouté madame le ministre.


                      • ropib (---.---.27.229) 9 octobre 2006 16:54

                        Je n’ai pas compris... c’est une réflexion sur Bourdieu vis à vis de Royal ? une affirmation : « tous pourris ! » ? une recherche de principes plus ou moins divins (universels, définitifs, qui seraient causes d’eux-mêmes) ?

                        Bon alors je dirais qu’en effet la modélisation gauche/droite est une invention humaine et ne décrit pas toute la richesse des raisonnements qui sont à la base de l’engagement politique.

                        Je me permets de dire « Bourdieu est un scientifique du 18è siècle » de la même façon qu’il se permettait de dire des trucs et des bidules.

                        L’ENA est un thème qui existait un siècle avant sa création... (et quid de la volonté générale de techniciser la pensée ?)

                        Par définition le pouvoir exécutif ne change pas le régime en place (!).

                        Un positionnement et une lisibilité stratégique empêchent-ils l’engagement politique réel ?

                        A vous lire Royal dénie l’héritage de gauche lorsqu’elle est en rupture et est un produit du système lorsque « tous pourris ». C’est un peu facile.

                        Pour les sujets de sécurité intérieur vous êtes complètement dans le cliché qui l’oblige à faire de telles déclarations... et puis elle est pourrie, la preuve : « tous pourris », cqfd

                        Quant au rapport à l’argent... je pense sincèrement que là n’est pas le problème et que, si les politiques ne sont pas contre l’argent, ce n’est pas du tout leur principal moteur.

                        Enfin bref, j’ai l’impression que votre article c’est un peu « Tous pourris ! La preuve : un tel, un tel et un tel sont pourris parce que tous pourris. J’en conclue tous pourris. Même Bourdieu l’a dit. » On peut d’ailleurs supputer que s’il avait dit le contraire vous auriez dit qu’il était pourri.


                        • Niveleur (---.---.114.185) 9 octobre 2006 17:15

                          Il faut arrêter de crier à la propagande du « Tous pourris » dès que quelque’un montre, à juste titre, comment tous ces polyticiens sont au service d’un système et pas à celui des citoyens. L’article a raison de dénoncer la politique gagne-pain devenue une véritable gangrène du pays.

                          D’ailleurs, ce fut Mitterrand, un vétéran de la politique gagne-pain, qui mit le FN en orbite et qui ensuite s’en servit comme d’un épouvantail, notamment pour traiter ensuite de lepénistes ceux qui dénonçaient les magouilles et la dégénérescence de la classe politique.

                          Je vais faire comme d’autres internautes. Rappeler un extrait de l’ouvrage « La main droite de Dieu » de Faux, Pérez et Legrand, Seuil 1994, tiré du premier chapitre et accessible sur la toile à l’adresse :

                          http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf

                          Voici un « petit morceau » de cet extrait :

                          Chapitre I : LA POLITIQUE DU FRONT FORT

                          Sous chapitre 1 : L’OMBRE DE L’ÉLYSÉE

                          Au début du premier septennat, un « ami commun » de Jean-Marie Le Pen et de François de Grossouvre met en contact le leader d’extrême droite et le conseiller du président de la République. C’est François de Grossouvre qui est demandeur. « Bien sûr, j’ai accepté, c’était un vrai patriote, explique aujourd’hui Le Pen. On a parlé de la France, de problèmes de politique étrangère, du Maroc, du Liban. Je l’ai rencontré deux fois dans la décennie. Quelque temps avant sa mort, notre ami commun m’avait dit qu’il souhaitait me revoir, et puis ça ne s’est pas fait, il y avait la campagne pour les européennes, on se dit qu’on aurait le temps de le voir après. Aujourd’hui, je le regrette. » Mais François de Grossouvre n’est pas le seul dans l’entourage élyséen à connaître le chef de l’extrême droite française.

                          « L’unité nationale, ce n’est pas l’uniformité, c’est le pluralisme des opinions, le choc des idées. » Ce 8 mai 1982, Jean-Marie Le Pen écoute le discours que François Mitterrand prononce à Orléans. Il décide de saisir la balle au bond. Le Front national n’en finit pas de végéter : 0,2 % des voix aux élections législatives de juin 1981 et pas mieux aux cantonales de mars 1982. Conséquence : aucune chaîne de télévision n’a pris la peine de se déplacer pour le congrès du FN qui vient de s’achever en cette fête de Jeanne d’Arc. Jean Marie Le Pen n’apprécie pas cette absence. Et il le fait savoir en écrivant à l’Élysée. L’appel présidentiel au respect du pluralisme vient à point nommé.

                          « Monsieur le président, notre mouvement vient de tenir à Paris son VIe congrès. Si vous ne disposiez, comme moyen d’information, que de la télévision d’État, vous n’en auriez rien su [...]. En effet, cette situation faite aux formations politiques non représentées à l’Assemblée nationale, déjà très injuste avant vous, s’est encore aggravée [...]. » En quelques mots, dans sa lettre du 26 mai 1982, le dirigeant d’extrême droite enjoint à François Mitterrand d’intervenir en sa faveur auprès des directions de chaîne. Encore lui fautil trouver la solution pour que son message soit lu par son destinataire. Jean-Marie Le Pen a une idée en tête : contacter GuyPenne.

                          Pour le leader du Front national, le conseiller du président de la République chargé des Affaires africaines est une vieille connaissance : tous deux se sont fréquentés dans les années 1953-1954 au sein de la grande UNEF. Jean-Marie Le Pen dirigeait à l’époque la Corpo de droit, sous-ensemble du syndicat UNEF, présidé par Guy Penne. Depuis, ils ne se sont revus qu’une fois, à l’occasion d’un dîner chez le président des étudiants de Dentaire, René Égas.

                          Coup de fil

                          " Guy, est-ce que je peux te voir ?

                          - C’est urgent ?

                          - Écoute, j’aimerais bien parler de l’Afrique avec toi, parce que je n’y connais rien... Et puis, surtout, j’ai une lettre à faire passer au président, je voudrais te la remettre...

                          - Passe me voir samedi ! "

                          Rendez-vous est pris. Le samedi 29 mai 1982 au matin, Jean-Marie Le Pen arrive donc à l’Élysée avec son bras droit Michel Collinot, qui attendra dans la voiture le retour du chef. Au premier étage, le président du Front national tombe sur trois ministres africains qui font antichambre.

                          Guy Penne surgit

                          " Ah, t’es là, Jean-Marie ? Entre !

                          - Je crois que ces messieurs étaient avant moi...

                          - Vas-y, entre... (Puis, une fois la porte fermée :) De toute façon, ils viennent chercher du fric, c’est toujours pareil ! "

                          « Dans mon bureau, se souvient Guy Penne, il commence par me dire que son ennemi mortel, c’est Giscard. On en discute un peu, puis il me remet la lettre non cachetée à l’attention du président en me disant : »Écoute, tiens, c’est pour le président. Je te la donne parce que j’ai confiance. J’ai peur qu’en passant par la secrétaire il ne l’ait jamais !« Je lui promets que le président la lira. Et puis on parle de l’Afrique... »

                          C’est alors que l’amiral Lacoste, futur patron de la DGSE, pousse la porte du conseiller aux Affaires africaines. Guy Penne l’apostrophe en désignant Le Pen :

                          " Tu vois, celui-là, il faut le mettre au trou !

                          - Ah non, lui, jamais ! ", répond l’amiral du tac au tac.

                          Avant de prendre congé, Jean-Marie Le Pen lance une invitation à son interlocuteur : « Viens dîner à la maison, à SaintCloud, un de ces soirs. » Invitation à laquelle Guy Penne ne répondra finalement pas.

                          A cette date, François Mitterrand a d’autres soucis en tête. Avec son Premier ministre, Pierre Mauroy, il s’apprête à engager la France dans quatre mois de blocage des prix et des salaires. Le débat gouvernemental est tranché. La rigueur commence. Ce premier tournant du septennat annonce une période de vaches maigres pour le PS. Déjà, aux cantonales, la gauche est repassée sous la barre des 50 %, tandis que la droite semblait doucement sortir de son coma du printemps 1981. Les municipales s’annoncent mal pour l’équipe au pouvoir.

                          Sur les conseils de Michel Charasse, François Mitterrand s igne, le 22 juin, une réponse écrite à Jean-Marie Le Pen : « Il est regrettable que le congrès d’un parti soit ignoré par Radio-Télévision. [...] Elle ne saurait méconnaître l’obligation de pluralisme qui lui incombe [...]. L’incident que vous signalez ne devrait donc plus se reproduire. Mais d’ores déjà, je demande à Monsieur le Ministre de la Communication d’appeler l’attention des responsables des sociétés Radio-Télévision sur le manquement dont vous m’avez saisi. » Au cours d’un point de presse organisé peu après Michel Collinot salue, au nom du Front national, la « courtoisie du chef de l’État » qui a bien voulu répondre à la missive de Jean-Marie Le Pen. Contrairement, précise-t-il, aux lettes restées sans réponse sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. La presse écrite se fera l’écho discret de cet échange épistolaire. La courtoisie présidentielle se double d’une grande efficacité. Dès le lendemain, mardi 29 juin l’invité du journal du soir de TF1 en direct sur le plate est... Jean Marie Le Pen !

                          Entre la lettre de François Mitterrand et cette interview télévisée, une semaine seulement s’est écoulée. L’Élysée n’a pas perdu de temps. Coup de téléphone à Georges Fillioud. Le ministre de la Communication est chargé de faire passer le message aux présidents de TF1, A2 et FR3, qu’il va bien réunir, comme il le fait régulièrement. L’intervention du chef de l’État est justifiée par un laconique : « Il convient dans souci d’équité de ne pas oublier le Front national. » Chacun enregistre la consigne tout en expliquant l’absence d’invitation faite, jusqu’à ce jour, au leader du Front national par la faible représentativité du parti.

                          (...)

                          [fin du morceau d’extrait]


                        • ropib (---.---.27.229) 9 octobre 2006 17:32

                          @Niveleur

                          « Il faut arrêter de crier à la propagande du »Tous pourris« dès que quelque’un montre, à juste titre, comment tous ces polyticiens sont au service d’un système et pas à celui des citoyens. » Je suis bluffé.

                          Bon alors je ne vais pas faire d’ironie ce serait trop facile, l’extrait m’importe peu je pense qu’il n’est pas pertinent dans le débat. Vous posez la question, finalement, du système et de ceux qui en sont les garants... Comme dans tous les systèmes ce ne sont pas ceux qui en sont dépositaires qui peuvent modifier l’ordre en place, c’est à dire que s’ils essayent ils vont retomber forcément dessus. C’est pareil pour les citoyens qui ne veulent pas « cracher dans la soupe » : c’est un peu facile de taper sur des gens qui sont un peu fait pour ça, on est révolutionnaire ou on ne l’est pas. Je veux bien qu’on me dise que les politiques sont pourris mais il faudrait d’abord le prouver, comprendre comment une « fabrique » de gens déconnectés d’après vous des aspirations des vrais gens a pu se mettre en place, et savoir comment finalement ne pas retomber dans les mêmes travers. Au final on a le choix entre LCP-AN et le BigDil... sans véritable volonté de trancher dans le lard ce sera toujours le BigDil qui sera vaincqueur dans un système de démocratie molle qui est appelé par la plupart des citoyens.

                          En fait voilà mon opinion : les politiques sont des gens courageux qui s’engagent pour ce qu’ils croient juste (après il faut s’entendre sur l’idée de justice), notre système n’est pas suffisamment déstabilisé pour transformer les citoyens en énergie capable de faire sauter le pouvoir (même si en la matière le gouvernement actuel est d’une efficacité etonnante).


                        • (---.---.160.174) 9 octobre 2006 18:35

                          « l’extrait m’importe peu je pense qu’il n’est pas pertinent dans le débate »

                          Ah bon ! Et les politiques seraient des gens courageux ? Combien d’électeurs étaient au courant, en 1981 ou 1988, de ce genre de transactions de Mitterrand ? Les politiques le savaient et n’ont rien dit.

                          Cacher la vérité, se faire élire avec des engagements qu’on ne tient jamais, et le tout avec des revenus plus que très confortables, je ne vois pas où est le « courage ».

                          Et si un extrait comme celui-ci « vous importe peu », je trouve que c’est grave...


                        • CP (---.---.160.174) 9 octobre 2006 18:43

                          « les politiques sont des gens courageux qui s’engagent pour ce qu’ils croient juste... »

                          Les politiques font dans la pratique le contraire de ce qu’ils disent lors des campagnes électorales. Je ne vois pas très bien où est la notion de « ce qui est juste ».

                          Par exemple, Ségolène Royal a été chargée de mission de Mitterrand entre 1982 et 1988. Elle a donc cautionné l’opération de promotion du FN, plus la « rigueur » de Mauroy et l’ « austérité » de Fabius, ou encore le sabotage du Rainbow Warrior, la désinformation nucléaire... Ensuite, elle a été députée parachutée par Mitterrand et ministre sous Bérégovoy et Jospin. Sous Jospin, il y a eu les poursuites qui ont amené en prison José Bové, etc...

                          Ce qui intéresse les politiques, c’est leur carrière et l’argent. Le reste...


                        • duong (---.---.123.107) 9 octobre 2006 19:30

                          Jusqu’à ces dernières années, la plupart des propositions faites avant l’élection ont été effectivement mises en oeuvre au gouvernement,

                          qu’il s’agisse des 110 propositions de Mitterrand dont la très grande majorité ont été mises en oeuvre, du programme de la gauche plurielle de 95-97, de ce qu’a fait la droite en 86 et 93 ... avec Chirac, c’est beaucoup moins net, mais encore l’impôt sur le revenu a bien considérablement baissé.

                          Mais bon cette idée est passée dans l’opinion que les propositions concrètes ne servent à rien car elles sont rarement mises en oeuvre ... et du coup, on préfère accorder un blanc-seing sur du « vent » ... tout en leur reprochant de dire du « vent ».

                          Mais évidemment comme tout homme ou femme politique qui fait des propositions se voit rembarré avec un « les programmes, les catalogues, ça sert à rien, de toute façon vous ne les tenez jamais » (alors que comme je viens de le dire, c’était presque toujours faux), ils ne vont plus se fouler maintenant : vosu demandez du vent, vous aurez du vent !

                          Ceci en dehors du fond de l’article, qui s’intéresse à beaucoup de questions dont l’importance « ad vitam aeternam » du diplôme dans la carrière et en dehors de toutes compétences prouvées par la pratique en France (mais qui va bien au-delà du seul monde politique !)... en passant par l’absence de convictions politiques, qui n’est guère étonnante, quand les citoyens ne demandent que du « vent » : on a des professionnels pour « faire du vent » ... et le duo Sarkozy-Royal est passé maître dans la façon de produire un « vent » adapté à l’époque moderne, quelles que soient leur formation.


                        • José w (---.---.25.142) 9 octobre 2006 19:38

                          L’amalgame en creux fait par ropib entre Bourdieu et Le Pen est un peu ridicule et surtout peu crédible : on croirait lire la presse hexagonale en lisant vos commentaires.

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