PMF, jeune prodige de la politique française, dans la lignée des Gambetta, Ferry, Clemenceau et Jaurès, héritier de Poincaré, Blum et De Gaulle, a incarné plus que tout autre, parfois à ses dépens, la conscience républicaine de la nation. Nombreux sont ceux qui se réclament de lui aujourd’hui. Deuxième partie.
Pierre Mendès France est mort il y a trente ans.
Revenons sur sa trajectoire.
Né le 11 janvier 1907 à Paris, Pierre Mendès France fut d’abord un enfant précoce qui a obtenu le bac à 15 ans. Contrairement à son image à la fin de sa vie qui montrait un vétéran acquis de sagesse, il fut longtemps un très jeune responsable dans la vie publique : militant radical à 16 ans car séduit par un discours d’Édouard Herriot, avocat à 19 ans après des études dans l’école qui deviendra Science Po Paris, docteur en droit à 21 ans, premier ouvrage publié à 23 ans au titre évocateur : "La Banque internationale, contribution à l’étude des États-Unis d’Europe", député à 25 ans (plus jeune député de France, Marion Maréchal-Le Pen l’a "dépassé" en se faisant élire le 17 juin 2012 à 22 ans).
"Jeune Turc" du parti radical
À partir du 29e congrès du parti radical à Toulouse (du 3 au 6 novembre 1932), Pierre Mendès France, qui y avait prononcé un discours très remarqué, fit partie, à 25 ans, des "Jeunes Turcs" du parti radical aux côtés notamment de Jean Zay (28 ans), futur Ministre de l’Éducation de Léon Blum et assassiné le 20 juillet 1944 par des miliciens de Vichy, Pierre Cot (37 ans), député depuis 1928 et aussi futur ministre de Blum, etc. Pierre Mendès France lui-même avait gagné immédiatement, dans les rangs radicaux, la réputation d’économiste compétent, ce qui était assez rare dans les partis politiques de gauche (à part Joseph Caillaux).
Ce groupe des "Jeunes Turcs" formait un courant interne rénovateur pour s’opposer à Édouard Herriot, pour demander un peu plus d’interventionnisme de l’État dans l’économie, pour soutenir le fédéralisme européen et les tentatives de paix internationale (SDN, initiatives d’Aristide Briand, qui venait de mourir le 7 mars 1932, etc.), et pour proposer une profonde réforme des institutions et de l’État : retour au droit de dissolution, renforcement de l’exécutif par rapport au législatif, et rationalisation du fonctionnement des services publics (en clair, ce que la LOLF puis la RGPP proposent maintenant au pays depuis une douzaine d’années).
Pierre Mendès France a lu dès 1937 la fameuse "Théorie générale de l’emploi et de la monnaie" de John Keynes (1883-1946), ouvrage publié l’année précédente et traduit en français en 1942. Il sympathisa d’ailleurs avec Keynes en été 1944 lors des négociations de Bretton Woods (accords signés le 22 juillet 1944).
Économiste bientôt ministre
À 29 ans, spécialisé dans l’économie et les finances, il fut désigné comme président de commission à l’Assemblée Nationale après sa réélection le 3 mai 1936, élections qui couronnèrent le Front populaire. Pour se faire réélire, il s’expliquait ainsi : « Demain comme hier, je resterai dans les rangs de ceux qui entendent maintenir à la foi la République libérale, laïque, largement tolérante, menacée par les factieux, et la paix, menacée par les dictatures étrangères et ceux qui les soutiennent. Je partage ici l’opinion des anciens combattants (pour la défense desquels je voterai demain comme je l’ai toujours fait hier) et des jeunes qui ne veulent pas revoir les horreurs qui ont assombri leurs premières années. ».
À 31 ans, Léon Blum le nomma Sous-secrétaire d’État au Trésor dans son éphémère deuxième gouvernement, du 13 mars au 10 avril 1938. Le gouvernement a été justement renversé par les sénateurs à cause d’un projet de loi que Pierre Mendès France avait rédigé avec le directeur de cabinet de Blum, Georges Boris (1888-1960), sur un plan de relance par la demande et par le crédit qui serait le premier texte d’inspiration keynésienne qui s’appuyait sur la théorie du "circuit monétaire" et qui évoquait le "plein emploi". Georges Boris, devenu son ami, le conseilla plus tard lorsqu’il fut à Matignon.
La guerre, l’arrestation, la Résistance
Après sa mobilisation en septembre 1939, il embarqua dans le fameux "Massilia" le 21 juin 1940 mais fut arrêté le 31 août 1940 à Casablanca et condamné le 9 mai 1941 à six ans de prison pour "désertion" par le régime de Vichy (ce jugement fut formellement cassé par l’arrêt du 30 avril 1954 de la Cour de cassation). Il réussit cependant à s’évader le 22 juin 1941 et s’est engagé aux côtés du Général De Gaulle le 27 février 1942.
Pour remplacer Maurice Couve de Murville, De Gaulle le nomma Commissaire aux finances puis Ministre de l’Économie du gouvernement provisoire de novembre 1943 à avril 1945. Mendès France démissionna le 6 avril 1945 avec fracas pour désapprouver la politique financière conduite par son collègue aux Finances René Pleven (1901-1993).


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