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Accueil du site > Actualités > Politique > Pierre Mendès France (3/4) : gouverner, c’est choisir

Pierre Mendès France (3/4) : gouverner, c’est choisir

PMF, jeune prodige de la politique française, dans la lignée des Gambetta, Ferry, Clemenceau et Jaurès, héritier de Poincaré, Blum et De Gaulle, a incarné plus que tout autre, parfois à ses dépens, la conscience républicaine de la nation. Nombreux sont ceux qui se réclament de lui aujourd’hui. Troisième partie.

Après avoir retracé le début de la carrière politique de Pierre Mendès France, voici le vif du sujet, ce qui fait que l’homme de réflexion se conjugue avec l’homme d’action.


Une tentative avortée

Le 3 juin 1953, désigné par le Président Vincent Auriol, il manqua de peu d’être investi Président du Conseil (treize députés lui firent défaut pour cela). Dans son discours, il évoqua sa méthode de gouvernement : « L’exécutif doit être en état de gouverner et d’administrer et de prendre ses responsabilités sans quatre préoccupation que la réalisation du programme fixé en plein accord avec l’Assemblée Nationale. (…) Le gouvernement doit, à chaque instant, pouvoir agir comme s’il était assuré de durer vingt ans. » (un discours qu’il avait déjà esquissé dès octobre 1949 pour le cas où !).

Avant lui, Paul Reynaud et après lui, Georges Bidault et André Marie tentèrent en vain leur chance comme lui. Finalement, Joseph Laniel fut investi à sa place le 28 juin 1953 et fut renversé le 12 juin 1954 à cause de l’Indochine.


Enfin investi pour Matignon

La chute de Dien Bien Phu (le 7 mai 1954) changea la donne. Pressenti par le Président René Coty (1882-1962), il fut (enfin) investi Président du Conseil le 17 juin 1954 (419 députés lui firent confiance contre 47 et 143 abstentions).

Dans son gouvernement, il écarta les personnalités de premier plan (sauf Edgar Faure) et nomma en particulier François Mitterrand à l’Intérieur, Jacques Chaban-Delmas aux Travaux publics, Edgar Faure aux Finances, le général Pierre Koenig à la Défense, Eugène Claudius-Petit au Travail, et des Secrétaires d’État, notamment André Bettencourt, Jean Raffarin (le père de Jean-Pierre Raffarin) ainsi que Raymond Mondon. La plupart des ministres ne l’étaient pas du précédent gouvernement et n’allaient plus l’être dans le gouvernement suivant. Claude Cheysson (qui vient de disparaître le 15 octobre 2012) fut son chef de cabinet.

Dans son discours d’investiture, ses engagement furent convaincants : « Si le conflit d’Indochine n’est pas réglé, et réglé très vite, c’est le risque de la guerre, de la guerre internationale et peut-être atomique, qu’il faut envisager. (…) J’ai étudié le dossier longuement et avec gravité. J’ai consulté les experts militaires et diplomatiques les plus qualifiés. Ma conviction en a été confirmée qu’un règlement pacifique du conflit est possible. Il faut donc que le cessez-le-feu intervienne rapidement. (…) Nous sommes aujourd’hui le 17 juin. Je me présenterai devant vous avant le 20 juillet et je vous rendrai compte des résultats obtenus. Si aucune solution satisfaisante n’a pu aboutir à cette date, vous serez libérés du contrat qui nous aura liés et mon gouvernement remettra sa démission à monsieur le Président de la République. ».

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Le deal que Mendès France a passé avec les députés fut assez audacieux et original : « Je vous demande une réponse claire. Si elle est affirmative, elle implique que, durant une période qui sera brève, mais combien chargée pour le chef du gouvernement, l’Assemblée s’efforcera de ne pas alourdir sa tâche et qu’elle renoncera volontairement, pendant ce court délai, à détourner son attention qui sera concentrée sur ses responsabilités dans une négociation décisive. Mesdames, Messieurs, je vous offre un contrat. Chacun de vous pèsera en conscience les sacrifices que je lui demande, mais aussi les chances que je peux apporter au pays. ».

L’objectif fixé de sa politique économique était ambitieux et reste toujours d’actualité : « Notre but est de refaire de la France une nation forte et prospère dont le progrès soit une promesse de justice et de bonheur à sa jeunesse impatiente. ».


La paix en un mois

En un mois, il signa effectivement les Accords de Genève (le 20 juillet 1954) pour mettre fin à la guerre d’Indochine et proposa le 31 juillet 1954 l’autonomie à la Tunisie. Le 14 août 1954, il obtint les pleins pouvoirs qu’il n’avait pas réussi à avoir en 1946. Dans sa déclaration à l’Assemblée Nationale du 22 juillet 1954, il rendait compte du contenu des Accords de Genève : « La déclaration finale stipule que les libertés fondamentales devront être garanties dans les deux zones, qu’aucune représailles ne sera exercée et qu’une large amnistie sera prononcée afin d’éviter les vengeances ou les mauvais traitements dont la population risquerait d’être victime. Enfin, le droit d’opinion a été proclamé et organisé (…). ».

La Communauté Européenne de Défense (CED) fut rejetée le 30 août 1954 par les députés français (le projet de ratification de ce traité européen avait pollué la vie politique pendant plusieurs mois, donnant une image déplorable de la classe politique notamment avec les treize tours de scrutin qui furent nécessaires pour élire René Coty à l’Élysée). Les Accords de Londres et de Paris créant l’Union de l’Europe occidentale furent ratifiés le 30 décembre 1954 par les députés (ce qui a permis le réarmement de l’Allemagne).

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Une gouvernance moderne

Pierre Mendès France a inauguré un mode de gouvernance assez moderne à l’époque. Basé sur un contrat de gouvernement, des objectifs clairement définis et datés (la paix en Indochine par exemple) et aussi sur un service après-vente médiatique : les médias et l’opinion publique sont devenus des éléments majeurs qu’il ne fallait plus négliger pour gouverner et réussir l’action politique. Ainsi, il décida de s’adresser tous les mois à la radio aux Français "au coin du feu". Méthode qu’imita Laurent Fabius à Matignon entre juillet 1984 et mars 1986 avec un quart d’heure mensuel d’interview télévisé avec le journaliste Jean Lanzi.

Le 30 novembre 1954, Mendès France fit adopter par les parlementaires la révision constitutionnelle du 7 décembre 1954 sur la procédure d’investiture du Président du Conseil qui devrait désormais se présenter aux députés seulement après avoir désigné ses ministres et pas avant. Cela pour éviter les marchandages interminables.

C’est sous son gouvernement que l’encouragement à boire du lait fut médiatisé (cette idée trottait déjà en mai 1935 avec des subventions de sa mairie de Louviers et aussi par une proposition de loi en novembre 1937), que la Commission supérieure des applications militaires de l’énergie atomique fut créée (le 26 octobre 1954), première marche de la dissuasion nucléaire française, et aussi que la guerre d’Algérie a commencé (le 1er novembre 1954).


Renversé par l’Algérie

Le 5 février 1955, après sept mois et demi, le gouvernement Mendès France fut renversé par 319 députés (contre 273) sur la question du statuts de l’Algérie française (le 9 novembre 1954, il résuma sa position : « L’Algérie, c’est la France, et non un pays étranger… On ne transige pas quand il s’agit de défendre la paix intérieure d’une nation, l’unité et l’intégrité de la République. » mais la remit en cause trois jours plus tard).


Front républicain et fausse victoire

Dès le 50e congrès du parti radical, le 4 mai 1955, Mendès France prit la tête du parti dans un objectif de rénovation soutenu notamment par Daladier et beaucoup de jeunes, dont Charles Hernu (1923-1990). Il engagea les radicaux dans une alliance avec les socialistes de la SFIO en créant le 8 décembre 1955 le Front républicain pour les élections législatives du 2 janvier 1956.

Ces élections avaient été anticipées par le radical Edgar Faure (1908-1988), son successeur, qui avait dissout la chambre le 2 décembre 1955, trois jours après son renversement, et qui s’était opposé à la stratégie du Front républicain (Edgar Faure fut même exclu du parti radical pour cette raison le 1er décembre 1955).

La victoire du Front républicain aurait dû faire revenir Pierre Mendès France à Matignon. Cependant, René Coty adopta une autre logique, celle des appareils et désigna le chef du parti le plus important de la coalition, à savoir Guy Mollet (1906-1975), secrétaire général de la SFIO, qui fut investi le 2 février 1956. Dans ce nouveau gouvernement, Pierre Mendès France fut nommé Ministre d’État sans portefeuille mais il démissionna le 23 mai 1956 en désaccord complet avec la politique algérienne de Mollet.


Dans le dernier article, j’évoquerai son éloignement progressif du parti radical et sa marginalisation dans les nouvelles institutions.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu

(Source principale : Assemblée Nationale).

Pour aller plus loin :

Parmi les nombreuses biographies, on retiendra celle de Jean Lacouture (1981) et celle d’Éric Roussel (2007), président de l’Institut Pierre-Mendès-France depuis 2007.

Radioscopie du 16 décembre 1977.
François Mitterrand le 10 mai 1981.
Claude Cheysson.
Général De Gaulle.
Accords de Genève pour la paix en Indochine.
Activité parlementaire de Pierre Mendès France (1932-1968).

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1 réactions à cet article    


  • Henri Diacono alias Henri François 20 octobre 2012 10:31

    A l’auteur,
    Un grand merci d’avoir fait revivre un homme politique essentiel à la France et qui aurait été très utile au pays s’il n’avait été trahi par les siens.
    Remis en selle par le Président de la République il aurait arrêté la guerre d’Algérie (malgré le lobby des Sérigny et consort) évitant ainsi une rupture sanglante et totale avec ce pays. 
    Je n’ai jamais pardonné à Miterrand de ne pas avoir fait appel à lui en 1981. Il est vrai que cet honnête homme qu’était Mendès n’aurait jamais pu vivre dans ce vivier politicard qui n’a cessé de ronger la France depuis.

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