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Accueil du site > Actualités > Politique > Pierre Mendès France (4/4) : pédagogue de l’idée républicaine

Pierre Mendès France (4/4) : pédagogue de l’idée républicaine

PMF, jeune prodige de la politique française, dans la lignée des Gambetta, Ferry, Clemenceau et Jaurès, héritier de Poincaré, Blum et De Gaulle, a incarné plus que tout autre, parfois à ses dépens, la conscience républicaine de la nation. Nombreux sont ceux qui se réclament de lui aujourd’hui. Quatrième et dernière partie.

Après le sommet de sa carrière politique à Matignon, j’évoque la cohabitation tumultueuse entre Pierre Mendès France et la Ve République.


Isolement progressif

De plus en plus isolé politiquement, il a dû quitter la direction du parti radical le 23 mai 1957 après une division du groupe parlementaire et il s’opposa aux Traités de Rome. Dans une intervention le 18 janvier 1958, Mendès France refusait de déléguer la démocratie « à une autorité extérieure laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale et finalement une politique, au sens large du mot, nationale et internationale ». Il avait pourtant prôné dès 1932 les idées du fédéralisme européen et du pacifisme développé par Aristide Briand.

L’antisémitisme, celui qui ne se considérait ni "juif de religion", ni "juif de race" l’a subi dès sa première campagne en 1932. Le 11 février 1958, un jeune député poujadiste n’hésita pas à développer odieusement : « Vous savez bien, Monsieur Mendès France, quel est votre réel pouvoir sur le pays. Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques. ». C’était Jean-Marie Le Pen. Ne doutons pas qu’en dehors de ses frasques sexuelles, s’il avait été en position pour 2012, Dominique Strauss-Kahn aurait subi le même type d’injure…


Antigaulliste primaire

Mendès France refusa catégoriquement le retour au pouvoir de De Gaulle le 1er juin 1958 : « Quoiqu’il en coûte aux sentiments que j’éprouve pour la personne et pour le passé du Général De Gaulle, je ne voterai pas en faveur de son investiture ; et il n’en sera ni surpris, ni offensé. (…) Puisse l’Histoire dire un jour que De Gaulle a éliminé le péril fasciste, qu’il a maintenu et restauré les libertés, qu’il a rétabli la discipline dans l’administration et dans l’armée, en un mot, qu’il a consolidé et assaini la République. Alors, mais alors seulement, le Général De Gaulle incarnera la légitimité. » (De Gaulle qualifia dans ses "Mémoires d’espoir" ce discours de "malveillant").

Il fit campagne contre la Ve République. Il fut battu aux élections législatives du 30 novembre 1958 et démissionna de tous ses mandats locaux. L’éditorialiste Maurice Clavel le compara à Victor Hugo : « Se jucher, prendre des poses à Guernesey pour que De Gaulle soit forcé d’être Bonaparte. Pour avoir raison, Cassandre brûlerait Troie elle-même. » ("Combat" du 30 novembre 1958).


Dérive à gauche

Il se fit exclure du parti radical lorsqu’il adhéra au parti socialiste autonome (PSA) en octobre 1959 sur une initiative de Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006), PSA qui se transforma le 3 avril 1960 en parti socialiste unifié (PSU) dont furent membres également Michel Rocard, Édouard Depreux, Charles Hernu, Alain Savary (1918-1988), Gilles Martinet et Laurent Schwartz. Après son refus du suffrage direct pour l’élection présidentielle, il fut de nouveau battu aux élections législatives du 25 novembre 1962 (par Jean de Broglie), puis a soutenu la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de décembre 1965.

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Pour la première fois depuis le début de la Ve République, Pierre Mendès France fut élu député à Grenoble le 12 mars 1967. La campagne électorale fut assez éprouvante et marquée par le débat entre le candidat Mendès France et le Premier Ministre Georges Pompidou le 27 février 1967 à la patinoire de Grenoble. Pompidou lui reprocha : « Vous êtes un homme de la IIIe République ! » et Mendès France riposta ainsi : « Et vous, vous me faites penser au Second Empire ! ». Il rencontra une dernière fois De Gaulle le 6 février 1968, à l’ouverture des Jeux Olympiques de Grenoble.

Il s’impliqua très mollement dans la révolte étudiante de mai 1968 et fut présent au rassemblement du 27 mai 1967 au stade Charléty à Paris (son silence lui fut reproché), alors que François Mitterrand s’imaginait déjà de prendre les rênes du pouvoir. Mitterrand préférait l’écarter des centres de décision.

Aux législatives du 30 juin 1968, il fut battu (de justesse, avec 132 voix de retard) à Grenoble par Jean-Marcel Jeanneney qui était pourtant politiquement assez proche de lui et qui avait même refusé de se présenter contre lui en 1967.

Mendès France fut donc pendant vingt et un ans député (1932 à 1940, 1946 à 1958 et 1967 à 1968). Sa première intervention fut le dépôt en 1933 d’une proposition de loi pour réprimer les fraudes fiscales commises à l’instigation d’agents d’affaires et autres spécialistes faisant profession de tenir ou d’aider à tenir les écritures comptables des contribuables (n°1209) et sa dernière concerna la demande d’une commission d’enquête sur le mouvement étudiant dans un débat consécutif à une déclaration du Ministre de l’Éducation Alain Peyrefitte le 14 mai 1968.


L’incompatibilité avec l’union de la gauche

Après son aventure présidentielle avec Gaston Defferre en 1969, Mendès France renonça pour raison de santé à se représenter aux législatives de 1973 puis aux suivantes.

Alors que Pierre Mendès France a toujours soutenu François Mitterrand en décembre 1965, en mai 1974 et en mai 1981, ce dernier s’est éloigné de plus en plus de lui pour des raisons politiciennes. En effet, la stratégie d’union de la gauche qui nécessitait une alliance avec les communistes nécessitait d’impliquer le moins possible Pierre Mendès France détesté par ces mêmes communistes (Mendès France avait refusé de compter leurs voix lors de son investiture en 1954). De là s’est développée une incompréhension mutuelle qui n’a toutefois pas entamé leur estime réciproque.

Ni alliance avec les gaullistes, ni union de la gauche, l'espace politique de Pierre Mendès France s'était beaucoup rétréci à cause de ces deux logiques majoritaires.


Toujours la recherche de la paix

Pierre Mendès France continua cependant à œuvrer pour la paix dans les années 1970 en rencontrant notamment Begin et Sadate à Jérusalem : « Son rayonnement, son goût politique, sa confiance dans la vocation internationale de la France le conduisirent, au soir de sa vie, à participer activement à la recherche de la paix dans cet épicentre des conflits du monde qu’est le Proche-Orient. » disait Jean-Louis Debré, alors Président de l’Assemblée Nationale, quand il rendait hommage à l’homme, le 17 juin 2004 pour le cinquantenaire de son investiture et qu’il le considérait comme « parmi les meilleurs pédagogues de l’idée républicaine ».


Personnage historique

Dans "Le Monde" du 20 octobre 1982, l’ancien ministre Maurice Schumann avait témoigné dans le même sens que Mauriac en 1966 : « La dernière fois que j’ai vu le Général De Gaulle, trois jours avant le référendum qui devait l’éloigner du pouvoir, il m’a dit textuellement : "J’ai toujours regretté que Mendès France n’ait pas voulu travailler avec nous. (…) C’est un homme d’État". Il ajouta sur un ton qui ne lui était pas habituel : "Et pourtant, je l’avais soutenu en 1954". ».

Pierre Mendès France fut effectivement un homme politique exceptionnel, résultat du mérite républicain et promoteur du volontarisme en politique. À la fois moderne dans sa manière de gouverner, il fut néanmoins dépassé par les nouvelles institutions qui le rendirent passif pendant les vingt dernières années de sa vie. L’Histoire a de toute façon tranché, il restera dans les livres d’histoire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu

(Source principale : Assemblée Nationale).

Pour aller plus loin :

Parmi les nombreuses biographies, on retiendra celle de Jean Lacouture (1981) et celle d’Éric Roussel (2007), président de l’Institut Pierre-Mendès-France depuis 2007.

Radioscopie du 16 décembre 1977.
François Mitterrand le 10 mai 1981.
Claude Cheysson.
Général De Gaulle.
Accords de Genève pour la paix en Indochine.
Activité parlementaire de Pierre Mendès France (1932-1968).

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3 réactions à cet article    


  • Pyrathome Pyrathome 22 octobre 2012 14:51

    smileysmileysmiley......


    • non667 22 octobre 2012 15:18


      à sylvain
      C’était Jean-Marie Le Pen. Ne doutons pas qu’en dehors de ses frasques sexuelles, s’il avait été en position pour 2012, Dominique Strauss-Kahn aurait subi le même type d’injure…

      D.S.K. ? c’est pas celui qui à un journal juif déclarait que tout les matins il se posait la question de savoir ce qu’il pourrait faire pour Israël ?
      on l’a échappé belle !

      quoiqu’avec sarko et flamby, les commensaux du crijf on en est pas loin !
      mendès itou ??????????????


      • laertes laertes 22 octobre 2012 20:01

        Dire que Mendès France a pleuré qd le grand menteur est devenu président.................. maintenant, avec le recul on peut comprendre pourquoi il a pleuré !!
        Mendès France................un homme merveilleux ! a lui seul il est arrivé à donner une petite teinte d’espoir ds les hommes politiques.
        Quel courage ! quelle force ! quel honneur, quel exemple !
        L’inverse d’un DSK Sarkozy et al............
        J’irai me recueillir sur sa tombe..............

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