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Accueil du site > Actualités > Politique > Pinar Selek : Asile Académique à Strasbourg

Pinar Selek : Asile Académique à Strasbourg

Le président de l’Université de Strasbourg, Alain Beretz - les 3 universités ont fusionné - est un forcené de l’innovation. Bien que scientifique de formation, il sait qu’accorder l’Asile Académique n’est pas juridiquement correct. On lui accordera quand même volontiers une mention « summa cum laude » car c’est une très belle innovation que celle-là. A défaut d’être un soutien juridique, elle est hautement morale ou symbolique, au secours d’une victime inénarrable de l’injustice apparemment gratuite d’une justice égarée, devenue folle. Folle d’elle même ? Sûrement pas.

 

Quinze ans de cauchemar et d’espoir, en alternance.

Pinar Selek risque, bien malgré elle, de devenir une icône comme son insupportable destin pousse ses ardents défenseurs à la considérer. Sacré bout de femme turque, d’une solidité à toute épreuve ! Torturée, plus de deux ans de prison, ballotée de procès en procès, tour à tour innocentée et accusée derechef et là, lundi soir, au cinéma l’Odyssée où on lui fait une fête d’encouragement, elle arbore un sourire réconfortant pour ses amis et défenseurs.

Les édiles, maire en tête et surtout l’Université avec des professeurs éminents, des chercheurs, des étudiants tous très engagés derrière le président étaient là pour la soutenir avant un nouveau procès, peut-être le dernier avant la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. A moins qu’elle soit à nouveau innocentée, définitivement cette fois.

La jeune femme doctorante en sociologie et chercheur à l’Université de Strasbourg s’est particulièrement intéressée aux minorités dans son pays, la Turquie et surtout aux militants du PKK. Un travail d’enquête quasi journalistique qui lui vaudra une incarcération en 1998 parce qu’elle refuse de donner ses sources, de dénoncer les personnes qu’elle a interrogées pour sa thèse.

Devant cette courageuse obstination, son cas va s’aggraver opportunément : elle apprend par la télévision, en prison, qu’elle est accusée d’avoir participé à un attentant terroriste (une bombe) au marché aux épices d’Istambul.

On croit la tenir désormais mais une enquête judiciaire scientifique conclut à une explosion due à une fuite de gaz. Pschitt et ouf ! On la libère mais qu’à cela ne tienne, il y aura un procès tout de même puis un deuxième et un troisième.

 Conclure à l’innocence ne suffit pas, même par trois fois, et la voilà à nouveau condamnée le 24 janvier dernier, cette fois à la prison à vie avec 36 ans de sûreté. Incroyable !

 

Du jamais vu : un scandale absolu.

Devant une salle comble, les intervenants dans cette soirée et parmi eux un collectif qui s’était rendu à Istambul pour le procès, ressassent les arguments, martèlent leur consternation et souvent, reprennent les propos définitifs de Günther Wallraff. Le très célèbre journaliste d’investigation allemand, une fois de plus, méthode d’immersion obligeant, s’est rendu au procès. Ses mots reproduits partiellement ici et enregistrés par BWB ( Bloggers without Borders) font la synthèse, en traduction libre : « Il s’agissait en effet d’un procès kafkaïen, un procès public en droit mais un huis-clos fantomatique (ein gespensterlicher Geheimprozess), des centaines de personnes devant le tribunal et une cinquantaine admises à l’intérieur, des juges qui murmurent entre eux, pas de débat clair, de multiples interruptions, un juge qui pâlit à vue d’œil –on apprendra qu’il voulait se porter malade et que c’est celui qui avait innocenté l’accusée- il servira le simulacre d’un jugement prononcé par deux juges sur trois. » La Turquie de Mustapha Kemal serait-elle entrain de s’effacer devant les succès économiques et les ambitions d’un pouvoir à teinture islamo-militaire ? Et ses aspirations à entrer dans l’Union Européenne ? La fin de la guerre froide et celle d’une Turquie chouchoutée par l’Occident ( OTAN) a-t-elle grandement modifié les rapports ? La France particulièrement hostile à son entrée dans l ‘UE sans qu’elle remplisse des conditions draconiennes, est-elle plus précisément ciblée ? On a entendu au Conseil de l’Europe, M.Erdogan fustiger la France en réponse à une interpellation d’une députée française Mme Marland-Mitello concernant le traitement des minorités ethniques ou religieuses.

Cf Mediapart du 23/06/2011

 http://blogs.mediapart.fr/blog/aspohr/230611/turquie-et-ue-oui-non-peut-etre-quand

Extrait :

« A côté de cela, on trouve un homme qui se veut ouvert. En témoigne le discours du premier ministre turc, à Strasbourg lors de la présidence turque du Conseil de l'Europe, en avril dernier, un bijou éclatant de bonnes intentions et de tolérance, malheureusement vite terni par une réponse à une remarque de Mme Marland-Mitello, députée de Nice qui osait rappeler que « la question des minorités religieuses était encore d'actualité... ». La réponse avait été cinglante ; en voici un extrait « Vous êtes française, mais je crois que vous ne connaissez pas du tout la Turquie. Dans mon pays, quand on voit quelqu'un qui ne connaît pas le contexte, on dit qu'il vient de France, pour exprimer qu'il est en décalage. Je vois bien, dans ce contexte, que vous êtes quelqu'un qui vient de France. ». L'hémicycle en reste figé. ». Eh oui !

Mais pour le moment il s’agit de secourir et de sauver Pinar Selek, pour elle et son père, vieil avocat qui depuis cinquante ans défend les opprimés dans son pays. Il est présent à Strasbourg, exemplaire de dignité. Une émouvante tendresse entre ces deux combattants là !

Mais le moment de la conclusion appartient à Pinar Selek : elle a choisi de lire les paroles d’une chanson oubliée de François Béranger :

Refrain :

Vous n'aurez pas ma fleur

Celle qui me pousse à l'intérieur

Fleur cérébrale et fleur de cœur, ma fleur

Fleur de cœur, ma fleur

Vous êtes les plus forts

Mais tous, vous êtes morts

Et je vous emmerde !

 

 

http://www.maxilyrics.com/fran&ccedil ;ois-b&eacute ;ranger-vous-n%27aurez-pas-ma-fleur-video-bed6.html

 

Article paru également sur Médiapart

Antoine Spohr.

 


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