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Politique : et si on changeait la donne ?

A propos de « La Province, c’est capital », par J.-P. Allenbach (Paris, L’Archipel, 2006, 239 p.).

Pour qui a pu voyager, donc comparer, et la fréquenter d’un peu près, la démocratie à la française ne donne pas un spectacle franchement engageant. D’un côté, notre régime présente mieux que les caricatures de démocratie qui monopolisent des continents entiers, mais, d’un autre côté, qu’il est loin, notre pays, du modèle d’une démocratie authentique : monarchisme présidentiel, imité, un rang en dessous, par les ministres et les hauts fonctionnaires ; inamovibilité du personnel politique, qu’elle soit de droit (les hauts fonctionnaires en question qui ne font que migrer d’un poste à l’autre sans jamais quitter les ors de la République), ou de fait (les représentants du peuple qui cumulent les mandats dans l’espace et dans le temps) ; irresponsabilité de la fonction publique en général, à l’abri derrière ses protections statutaires.

Inutile de dire que ces travers, dans lesquels nous semblons nous enfoncer de plus en plus, ne sont pas pour rien dans la désaffection de nombre de nos concitoyens à l’égard non de la politique, mais de notre manière de faire de la politique. La preuve en est que si nous votons plutôt massivement - pour un pays où le vote est facultatif -, nous votons le plus souvent contre : contre la majorité sortante (la pratique de l’alternance) et contre les engagements qu’on prétend prendre en notre nom (le projet de constitution européenne).

Face à ce constat, on peut soit se résigner, ce qui est la pratique la plus courante, soit essayer de proposer autre chose. Telle est la démarche de J.-P. Allenbach (JPA), fondateur, en 1996, du Parti fédéraliste (français) et qui entend aujourd’hui se présenter aux prochaines présidentielles comme le candidat des régions, avec à son programme non plus tant la construction d’une fédération européenne (même si cet article n’a pas complètement disparu) que la constitution d’un fédéralisme intérieur, avec un renforcement notable des prérogatives des régions et l’affaiblissement corrélatif des attributs de l’Etat.

Que notre système politique donne des signes d’essoufflement n’est plus à démontrer. Mais la proposition de JPA soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’auteur fait le pari que les questions d’intérêt public seront mieux traitées au plus proche des citoyens. Conformément au principe dit de subsidiarité, il suggère donc de confier à la commune une compétence générale et de ne déléguer aux échelons dits supérieurs (région, Etat, Europe et au-delà) que les compétences pour lesquelles ces échelons s’avèrent plus performants. Quant aux départements, à la fois trop petits pour exprimer une véritable identité et trop grands pour traiter les problèmes de proximité, ils n’auraient pas vocation à subsister.

Suivant le principe de subsidiarité, il serait hors de question, par exemple, de confier aux communes la charge d’organiser la défense contre d’éventuels ennemis extérieurs. L’exemple, quoique trivial, n’est pas choisi au hasard. Il confirme que notre organisation actuelle est loin d’être optimale : il n’y a plus en effet aucune justification pour que la France entretienne à grands frais une force de dissuasion nucléaire, et, si tant est qu’elle soit aujourd’hui réellement nécessaire, elle devrait être, à l’évidence, gérée et financée au niveau de l’Europe, ou, de préférence, de l’Alliance atlantique (puisqu’il n’est pas imaginable qu’un pays comme la France puisse brandir la menace nucléaire contre un autre pays de l’Europe ou de l’Alliance).

Dans un cas comme celui-ci, la théorie fédéraliste de la répartition des pouvoirs semble sans défaut. Mais la réforme institutionnelle - sans doute utile - doit-elle se fonder sur le seul principe de subsidiarité ? L’argument principal de JPA consiste dans une comparaison de la France avec un certain nombre de pays étrangers qui possèdent une structure fédérale de droit ou de fait, et qui, incontestablement, obtiennent de meilleures résultats que la France sur de nombreux plans (croissance, commerce extérieur, emploi, éducation, etc.). Est-ce pour autant la preuve que notre pays serait mieux gouverné si l’on allait au bout de la logique décentralisatrice ?

JPA n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser la classe politique française, par quoi il entend celle qui exerce des responsabilités au plan national. Néanmoins lui-même constate qu’il n’y a pas vraiment de césure entre cette classe-là et les élus locaux. Dès lors, on ne voit pas par quel miracle le fait d’exercer un mandat local infléchirait sensiblement le comportement de nos élus. Certes, en théorie, les élus locaux étant directement sous l’œil du

peuple devraient mieux servir ses intérêts. Il faut pourtant reconnaître que ce fameux peuple demeure une entité abstraite, qu’il n’est pas personnellement présent en face des responsables politiques. Il se manifeste concrètement sous la forme d’individus ou de groupes qui font pression le plus souvent en vue de conforter leurs intérêts particuliers. Dès lors il est plutôt à craindre que les élus locaux se montrent plus accessibles aux pressions en tout genre, dans la mesure où il s’avère plus difficile de dire non à son voisin qu’à un étranger. Le fait est, en tout cas, que, lorsqu’on a l’occasion d’interroger un observateur averti, détaché de tout intérêt électoral, sur le comportement de nos politiciens aux plans national et local, la comparaison n’est pas en général au bénéfice de ceux qui sont le plus proches de leurs concitoyens.


Tout cela prouve que s’il y a incontestablement des pays mieux gouvernés que d’autres, l’explication est à chercher bien au-delà du cadre institutionnel. Les idiosyncrasies nationales sont plus ou moins favorables à l’instauration d’un régime politique « décent » (suivant la terminologie du philosophe John Rawls dans son dernier ouvrage, Le droit des peuples). Et l’on ne change pas une culture nationale simplement en changeant les institutions - même si, évidemment, à culture constante, certaines institutions sont meilleures que d’autres.

On ne saurait affirmer pour autant qu’un peuple ait nécessairement les gouvernants qu’il mérite. Le lien entre les deux est dialectique et il est imaginable que surgisse un homme exceptionnel capable d’entraîner un peuple au-delà de lui-même, de le transformer en dépit de ses pesanteurs, de le rendre par exemple plus conscient et plus soucieux de l’intérêt général. Il faut compter aussi avec le travail de sape des idéologues : les nobles du royaume de France n’auraient jamais renoncé à leurs privilèges, lors de la fameuse nuit du 4 août 1789, s’il n’y avait eu, tout au long du XVIIIe siècle, le travail de sape de la philosophie des Lumières.

Le plus souvent, cependant, les changements sont le résultat d’un rapport de forces favorable. De ce point de vue, on est bien obligé de constater que l’on ne perçoit pas aujourd’hui où seraient les forces de progrès capables de faire advenir un changement en profondeur de la société française, quel que soit d’ailleurs le sens de ce changement, qu’il s’agisse de renforcer les solidarités, ou, au contraire, de compter davantage sur la responsabilité individuelle.


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8 réactions à cet article    


  • bernard29 candidat 007 9 janvier 2007 18:11

    Un pessimisme lucide ne doit cependant pas décourager les volontés réformatrices. Dans une démocratie que l’on voudrait ou que l’on rêve apaisée ou sereine, il faut bien admettre que la principale caractéristique d’un combat démocratique doit être la permanence des évolutions et des adaptations. La lutte démocratique est un combat sans fin, et nécessite donc un pessimisme relatif.

    Vous dites donc que pour obtenir un changement en profondeur il reste imaginable « que surgisse un homme exceptionnel capable d’entraîner un peuple au-delà de lui-même » ;

    Ceci dans la France actuelle ne me paraît pas envisageable. . Et à mon avis c’est un bien.

    Vous dites aussi « que l’on ne perçoit pas aujourd’hui où seraient les forces de progrès capables de faire advenir un changement en profondeur de la société française, » .

    De cela, je n’en suis pas sûr. Aujourd’hui nous sommes au bout de quelque chose. le 22 avril 2002, le référendum sur le TCE, les taux d’abstentions, Clearstream, Outreau, la pauvreté, la précarité, le ras le bol général sont passés par là. La preuve tous les partis promettent soit une nouvelle république, soit des réformes de notre système insitutionnel. Changer les régles, ce n’est surement pas suffisant, mais la démocratie c’est aussi le droit.

    Aujourd’hui nos pouvoirs ont peur de sursauts sociétaux mis en valeur par les médias (pacte écologique, Charte du canal Saint martin) et suivent au plus près les mouvements d’opinion, ; Ils sont pris a la gorge et réagissent dans l’urgence. Ca ne pourra durer sauf à déconsidérer considérablement la politique. Et les résultats devront être là sinon que se passera t’il ?

    Oui, a mon avis ça bouge. Ca se cherche encore, mais il faudra bien des réponses démocratiques à la hauteur.


    • Gwendal L (---.---.73.200) 10 janvier 2007 12:10

      Ce matin, un chroniqueur des matins de France Culture évoquait les polémiques actuelles au sujet des temps d’antennes réservés aux différents candidats pour la présidentielle.

      Les chaînes de télévision mais aussi tous les média cherchent à imposer un deuxième tour PS / UMP, et ne donnent la parole qu’à ces deux candidats.

      Ce même chroniqueur disait la veille, parlant de la cohabitation américaine : « On pourrait dire qu’il existe (aux US) des démocrates de droite et des républicains de gauche. Les capacités de négociation du président s’en trouvent donc accrues. »

      Si la première partie de cette assertion est incontestable, la conclusion mérite réflexion.

      On pourrait dire aussi bien qu’il existe (en France) une droite démocrate et une gauche républicaine. ou bien qu’il y a autant de protectionnistes ou de libre échangiste à droite comme à gauche ; qu’il existe une droite anti-libérale et une gauche très libérale ; ou encore une droite progressiste et une gauche conservatrice, etc.

      Je conteste donc que notre clivage droite/ gauche soit politiquement, idéologiquement plus prononcé que le clivage US républicain/démocrates, et donc la conclusion que le clivage US ainsi défini permette de meilleurs consensus que chez nous.

      Je soutiens que si notre cohabitation est stérile voire pire, ce n’est pas parce que le clivage politique français serait de nature idéologique. J’y vois une toute autre raison, et en premier lieu, une raison historique. Au fil du temps, la société a beaucoup changé, les esprits aussi. Mais sont demeurés les partis, les intérêts égoïstes, les clans (Les guerres claniques sont toujours plus violentes que les guerres idéologiques).

      C’est ce qui est clairement apparu lors du référendum sur le TCE. Le vrai clivage ne se trouve pas entre les partis politiques, mais entre ceux-ci et les électeurs. Les cassandres qui disent à longueur d’antennes que « Ce pays n’est décidément pas réformable » n’ont pas tout à fait tort : la classe politique, ne veut pas, ne sait pas se réformer.

      Aujourd’hui la candidate PS , cela a été dit, est le « candidat préféré de la droite » ! l’autre matin, Laurent Fabius disait sur RTL qu’il n’est pas associé à l’élaboration de son programme ! L’on se demande combien de 21 avril faudra à la « gauche » pour se recomposer et présenter enfin une offre politique moderne.

      Pour préciser mon propos, je précise que selon moi, il y a deux sortes d’antilibéraux : les anti-libéraux déclarés, et les parasites. Ces derniers sont des libéraux autoproclamés parmi les plus fervents. On vérifiera aisément qu’il n’y a pas d’anti-libéraux déclarés, ni au PS ni à l’UMP, et plus difficilement qu’il s’y trouve autant de parasites. J’ajoute que c’est à cause de ceux là qu’en France le libéralisme n’a pas bonne presse (!). JL


      • Internaute (---.---.113.160) 10 janvier 2007 18:00

        Les institutions de la V° république sont foncièrement bonnes. Elles mettent en avant un président de la République, élu par le peuple et qui n’a de compte à rendre qu’à celui-ci. Comme le dit Villepin mais sans en tirer les conclusions qui s’imposent, l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un peuple.

        La condition du bon fonctionnement de la V° république est que le président en exercice s’en aille dès qu’il n’est plus en phase avec l’opinion. Par conséquent, la cohabitation est exclue d’office et l’alternance ne peut se faire qu’en bloc. Le problème est que les hommes qui ont suivi Pompidou sont plus intéressés par leur survie financière et leur gloire personnelle que par le bon fonctionnement du pays.

        Sous la V°, le premier ministre présente un gouvernement qui est nommé par le Président. Le parlement joue un rôle secondaire de contrôle. Lorsque cela est bien compris, le gouvernement est aux mains de gens qui ne sont pas issus des partis (ou en tout cas c’est secondaire) et qui sont là pour leur expérience et leur compétence au service du pays.

        Les fallots qui ont suivi Pompidou ont détourné ce système à tel point qu’il s’élève maintenant trop de voix pour réclamer un retour au régime parlementaire de la IV° ou une « démocratie citoyenne ». Le régime parlementaire est essentiellement un régime de pots-de-vins, de compromissions et dans le meilleur des cas de clientélisme. Comme le montre l’auteur, un élu local n’est pas apte à prendre des décisions nationales.

        On confond la délocalisation des décisions et la démocratie participative. Tout d’abord, ayons conscience que les grandes décisions de portée nationale ne peuvent pas être prises en ne prenant en compte que la partie majoritaire de l’opinion. Je crois qu’aujourd’hui le choix du nucléaire ou le TGV, pour ne prendre que ces deux exemples, sont reconnus comme de sages décisions. Comment voulez-vous qu’un ramassis d’élus locaux et de députés puissent engendrer de tels programmes alors que si l’idée vient de l’UMP tout le PS va voter contre et vice-versa ? C’est totalement impossible.

        La seule chose que peuvent engendrer les députés et la « démocratie citoyenne » est une augmentation démesurée des impôts en ne prenant en compte que les avantages immédiats des intéressés. Par exemple, les députés laissés à eux-mêmes pourraient trés facilement décider le doublement du Smig ou la prise en charge par la collectivité des frais d’assurance automobile.

        Pour alléger l’Etat et le rendre plus efficace il faut au contraire éliminer les étages intermédiares tels que communes, départements, régions et renforcer les ministères. Il n’y a qu’en éliminant les étages intermédiaires que l’on pourra rapprocher le citoyen de ses gouvernants. La suppression du Sénat est une mesure immédiate à prendre et il ne faut pas plus de 50 députés pour un pays comme la France.

        Sauvons la V°.


        • La Taverne des Poètes 10 janvier 2007 18:14

          Villepin n’a pas de leçon de démocratie à nous donner, lui qui, avec son CPE, avait pris en otage le Peuple et son Président !


        • www.jean-brice.fr (---.---.111.19) 10 janvier 2007 18:26

          Votre commentaire tient la route : la Constitution actuelle n’a pas besoin d’être changée, mais seulement rétablie dans son ESPRIT. Le Général DE GAULLE voulait que ce soit le PEUPLE FRANCAIS qui nomme son dirigeant suprême. Mais malheureusement, les PARTIS ne l’entendaient pas ainsi, d’où une loi SCELERATE (18/6/76) pour lui oter ce pouvoir. Pour en savoir plus, allez sur www.jean-brice.fr


        • Gwendal L (---.---.73.200) 11 janvier 2007 13:04

          à internaute, vous pouvez voir plus bas une réponse à votre intervention. smiley

          JL


        • Gwendal L (---.---.73.200) 11 janvier 2007 13:02

          à internaute, si parlant de la cohabitation, vous faites un peu allusion à mon propos, veuillez noter que je n’avais pas l’intention de prôner ce que vous rejetez fort bien, et je vous suis sur ce point.

          Concernant le Sénat, un édito d’Ouest France disait un jour qu’il est la quille du voilier France. Les métaphores valent ce qu’on veut, mais celle-ci aurait du vrai, si les sénateurs faisaient correctement leur travail.

          Par exemple, concernant le référendum pour le TCE, il a été dit des choses concernant l’intérêt de la France que le sénat aurait du dire. seul J.L. Mélenchon à ma connaissance a été dans son rôle. Il a fallut que ce soit le peuple qui intervienne pour éviter une capitulation de la souveraineté nationale sans contrepartie. Des irresponsables, tels des vents fous l’avaient déjà bradé. JL


          • ACARCASSONNE 1er février 2009 19:57

            On peut malheureusement constater aujourd’hui que l’ensemble des partis politiques nationaux sont totalement déconnectés des citoyens et davantage préocupés de promouvoir des promotions à leurs "éléphants" pour se constituer une ressource financière que de répondre aux besoins de nos sociétés.

            En cela je vous rejoins, et je serais très intéressé de pouvoir vous contacter directement pour évoquer d’éventuelles solutions à terme qui pourraient redonner plus de démocratie à nos sociétés, à commencer par l’Europe que les politiques ont abandonnés aux technocrates des institutions européennes et aux hobbies du Nouvel Ordre économique financier et sociétal. Comment allons nous voter en juin 2009 pour le Parlement européen ? Y aurait-il place pour un nouveau parti trans national européen soucieux de réelle démocratie ? NEWROPEANS pourrait-il être cette voie ?

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