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Accueil du site > Actualités > Politique > Politique et web social : je t’aime, moi non plus

Politique et web social : je t’aime, moi non plus

Le réseau social est-il une bête noire pour la classe politique ? Loin de profiter du filon, les partis exposent contre leur gré les limites du genre.

La Coopol, les Créateurs de Possibles, Epicentres, les Démocrates, Europe Ecologie, tous ou presque se sont laissés tenter. Créer son propre média social plutôt qu’exploiter un Facebook banalisé n’a plus rien de révolutionnaire, c’est une ambition nécessaire. En 2010, on aurait du mal à imaginer un service de communication occulter le web social sans risquer la faute professionnelle. Et pourtant, l’audience de ces plateformes ‘tout en un’ semble contrarier l’évidence. Ces sites ne fonctionnent pas, l’enthousiasme tant attendu par l’UMP notamment est loin d’être au rendez-vous. Pourquoi une telle désillusion ? Le manque de pertinence de l’outil dans ce domaine, la faiblesse de son champ d’action et la lassitude des internautes sont autant d’explications possibles.

Connecté pour rien

Bien sûr le web, on en fait ce qu’on en veut. Mais tout de même. Transformer un site de rencontre classique en agence matrimoniale pour ado c’est possible, mais mettez-y une touche d’engagement partisan ("sexycentriste" de l’UDF en 2007), et ce n’est plus qu’un buzz. Vouloir relooker un média social pour en faire un outil de militantisme est une entreprise risquée. Certains utilisateurs y verront un manque d’utilité : « après tout je peux faire à peu près la même chose sur Facebook » ; d’autres y trouveront un ostensible outil de propagande : « adhérer, adhérer, toujours adhérer ». En outre vouloir utiliser le web pour faire vivre un parti tout en prétendant s’ouvrir au reste des citoyens est une hypocrisie, parce que les deux notions sont antinomiques. Il faut choisir : le média social partisan peut-être formellement neutre et une vitrine vers l’extérieur, c’est-à-dire vers l’électorat encore non-acquis à sa cause. C’est le cas de la plateforme de l’UMP avec un double revers : en frôlant du gros orteil le bain de la neutralité il déçoit ses fans sans pour autant toucher hors de son camp, ce ni chaud ni froid ne dupant personne. L’autre stratégie est alors de se tourner radicalement vers l’intérieur, vers les sympathisants et militants déjà convaincus. Alors le média social n’est plus que communautaire mais il est au moins utile pour rassembler les siens. Cette deuxième hypothèse, plus cohérente, est celle de la Coopol du Parti Socialiste notamment. Le mérite de l’honnêteté ne lui octroyant cependant qu’un avantage relatif au vu des autres défauts inhérents à l’outil.

Ils partirent 500 mais en arrivant au port (…) ils n’étaient pas plus.

7000 inscris pour lescréateursdepossibles, 2500 pour lesdemocrates.fr, 800 à peine pour le média du Nouveau Centre. On va jusqu’à douter des 10 000 de la Coopol, annoncés par des administrateurs sans doute généreux. L’audience n’est pas au rendez-vous. Ce n’est pourtant pas faute d’y avoir mis des moyens car aucun parti n’est en reste dans le fond comme la forme : mettre en avant des « initiatives » plutôt que des membres, créer des cartes interactives d’événements, il n’y a là que des bonnes idées chaque fois emballées dans un package plutôt design. Mais pour quel public ? Voilà le problème. Les partis n’ont plus la cote, les partis de masse ont fait leur temps. Les jeunes, principaux utilisateurs et moteurs de l’Internet 2.0 s’en désintéressent et les plus de cinquante ans qui forment la majeure partie des rangs militants se limitent souvent au strict nécessaire : leur boîte mail. De fait l’audience ne peut pas être au rendez-vous parce que la cible est trop étroite ! Avec peu d’inscrits spontanés (beaucoup de jeunes UMP ayant par exemple été enjoints de s’inscrire aux créateurs de possibles) et une capacité de développement quasi-nulle hors du milieu très fermé des militants réguliers, le média social politique fait plus la démonstration d’un potentiel inexploitée que d’un véritable lieu de vie. Voilà des constructeurs automobiles exposant des prototypes qui ne rouleront jamais, des vitrines Internet de luxe commandées au prix fort à des prestataires chevronnés (500 000€ versés par le parti de la majorité) sans qu’il ait été analysé l’essentiel : leur utilisation. Et pour aggraver ce manque de lucidité, voilà que ces réseaux pâtissent de la baisse d’engouement pour les médias sociaux en général.

L’inscription de trop

Être présent sur un média social est un choix. Mais le fait de s’inscrire l’est rarement. Que vous souhaitiez écouter de la musique, acheter un livre ou commenter les articles d’un quotidien, le même impératif se répand sur Internet : il faut se connecter. Cela implique de posséder un compte, de s’être identifié, de retenir un mot de passe et un identifiant déjà utilisés vingt fois et dont on a de plus en plus peur, à chaque inscription supplémentaire, qu’ils soient soumis à un webmaster peu scrupuleux. En trois ans la personnalisation à gogo, le téléchargement d’un avatar et choix d’un pseudo sont passés du statut d’innovation plaisante à celui d’habitude lassante. Les principaux sites sociaux l’ont compris et font tout aujourd’hui pour mutualiser leurs interfaces. Vous pouvez ainsi poster un article sur votre blog tout en le mettant en ligne sur Facebook et afficher automatiquement son lien sur Twitter. Cela n’évite pas le désenchantement bien présent chez les habitués du web, par définition seuls concernés par les médias sociaux et d’autant plus seuls concernés par les médias sociaux spécialisés dont il est question ici. La politique n’échappe pas à la règle : s’inscrire n’est plus un geste évident, on le mesure. On tente désormais de ne plus éparpiller ses coordonnées personnelles et ses contributions alors même qu’être membre d’un site partisan implique la dynamique inverse ! L’identité y est justement essentielle et le contact primordial pour faire bouger la vie militante. La multiplication des ces plateformes d’échange n’est donc pas à l’avantage du politique qui ne produit qu’un site supplémentaire en marge d’un Facebook devenu lui, élémentaire.

Aucun espoir pour la politique 2.0 ?

On ne peut pas nier que les défauts intrinsèques de la Politique partisane 2.0 soient un sérieux handicap. Pour autant est-ce qu’une autre forme de webpolitique ne serait pas possible à l’extérieur des partis ?

Très peu d’initiatives existent en la matière. On pourrait citer MaPolitique.fr, nouveau né du genre. Sans être un réseau social à proprement parler, ce site permet à n’importe qui de découvrir, annoncer, agrémenter tout type d’événement politique, partisan ou non. Il mise autant sur la société civile que les partis ce qui est une idée, mais n’est pas encore assez alimenté en événements pour peser. Pour autant restons dans cette dynamique, hors du champ partisan. Il est intéressant par exemple de constater l’engouement né autour du réseau dédié à Dominique de Villepin. Les chiffres ne sont pas mirobolants, le style graphique un peu dépassé et le phénomène assez parisien mais la relaxe si médiatisée de l’ancien premier ministre a tout de même multiplié par vingt le nombre de membres du site et fait saturer son serveur avec une pointe à 1000 connexions par minute. Le caractère exceptionnel de l’événement et l’absence d’étiquette apparaissent bien comme deux facteurs de réussite. Pour autant ne nous faisons pas d’illusions : miser sur un coup d’éclat c’est profiter du web pour mieux en pâtir, la retombée pouvant être aussi rapide et fracassante que la percée. Difficile donc de savoir quel sera l’avenir de ce type de réseaux conjoncturels à visée électorale assumée.

Finalement qu’il est compliqué de rester optimiste et de prédire un destin valable à ces réseaux partisans, soumis sur Internet à une défiance politique bien réelle. La course à l’innovation s’est changée en course à la pérennité alors qu’ils luttent tant bien que mal contre l’épidémie tant redoutée : une inactivité chronique qui relèguera(it) doucement mais sûrement ces vitrines technologiques au rang d’exhibition peu flatteuse du désamour que les français ont pour l’engagement politique et les partis dans leur ensemble.


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4 réactions à cet article    


  • Kristen Kristen 8 mars 2010 12:20


    le net n est que le reflet du désamour des françaises et françaises pour les mouvements politik...et non pas de la Politik...
    interrogez autour de vous ce qu ils en pensent ..tous les mêmes seul le pouvoir les intéressent .et non la cause publik...

    à quoi servent les partis devriez vous demandez si ce n est qu une machine à investiture....
    en consèquence celle celui qui voudrait obtenir ce sésame préférent les agissements en secret que de venir sur le net afficher ces promesses qu il reniera au gré du vent....
    quant au militants à quoi bon essayer de se faire entendre surnet ou ailleurs de toute façon ils ne sont jamais écoutés par les directions ...
    iln y adonc aucune surprise des ces echecs....s exprimer et echnager n a d interet si on est écouté et pris en compte c est la base des réseaux sociaux...


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 8 mars 2010 14:55

      Bonjour, « Face de book banalisé n’a plus rien de révolutionnaire »

      tout le profit sera d’abord pour la pub et ce fameux rendez-vous des mouches sur le fumant gâteau tout nouveau tout chaud, Touiteur, car comme le précédent cité, ils exigent vos inscriptions pour que vous ayez le droit ultime de pouvoir entrer dans le grand tournez-manège-infernal, et inutile de vous dire le nombre de pubs qui vont envahir votre boite mail dès le clic final d’inscription. C’est simple, toutes les stars à la mode sont maintenant incitées à y ouvrir un compte au point qu’il devient difficile d’entendre parler de ces sites sans qu’ils soient assimilés à l’une d’elles...et réciproquement, car le contraire est aussi vrai.


      http://envoye-special.france2.fr/index-fr.php?page=reportage-bonus&id_article=2075 ou comment emboiter le pas des stars du paf et les retrouver bêêêêtement sur le net !


      • mokhtar h 8 mars 2010 16:15


        Ce n’est pas pour des prunes que tout le monde politique, médiatique et économique, et scientifique officiel, se méfie comme du web de la peste et que nul parmi ces gens là ne lui ménage ses attaques et ses ruades, en vain.

        Les peuples ont récupéré le système ’information qui était le monopole des dirigeants. Il faut bien constater aujourd’hui des milliers , sinon des centaines de médecins et scientifiques honnêtes ont, grâce au Web, i-réseaux sociaux et i-forums , dénoncé à temps la farce de la grippe porcine et la complicité de l’Oms avec les grands labos pharmaceutiques mondiaux .

        Que, grâce au Web, i-réseaux sociaux et i-forums encore, et depuis l’année 2003, où 59% des Européens sont convaincus que les dangers à la paix mondiale sont bien les Etats Unis, et Israel , avant l’Iran et la Corée du Nord. 

        Que grâce au Web, i-réseaux sociaux et i-forums encore et encore, les responsabilités de la crise mondiale ont bien été délimitées et imputées aux Banksters et escrocs de la finance avec la complicité des Etats et des hommes politiques.. Et que les gens commencent à penser par eux même, en dénonçant abondamment et généreusement les experts de service et les économistes à la petite semaine qui peuplent les journaux TV et écrits.

        Avec toutes ses limites, le web permet aux gens de trouver d’autres formes d’organisation pour se défendre et défendre leurs intérêts. Des formes d’organisation et de luttes populaires entre autres, auxquelles ces organisations économiques, politiques et médiatiques sont impuissantes à endiguer avec leur formes traditionnelles d’embrigadement des populations et de verrouillage complet des dispositifs de surveillance, de dévoiement, de détournement des aspirations des populations et même de leur répression (Partis, Etats, presse et experts de service, polices, armées, syndicats, assemblées élues, lobbies, et associations patronales et associations civiles privées et subventionnées, etc). Que grâce au Web, i-réseaux sociaux et i-forums, un cordon sanitaire mondial est peu à peu en train d’être établi contre les Ogm et Monsanto, qui projette ni plus ni moins, d’organiser un chantage alimentaire et semencier à toute la planète, sans exception aucune.

        Electoralement parlant cependant, le Web peut être d’une quelconque utilité pour un parti qui vient avec des formules et séductions nouvelles, mais çà ne dure que le temps d’une campagne électorale au maximum : Exemple, la campane électorale d’Obama ou le Web a été d’un grand secours. Mais je serais étonné de savoir que la formule peut encore être utilisée.

        Il faut, à chaque campagne ou à la veille de chaque évènement, des idées nouvelles pour çà : et les organisations traditionnelles (Partis, Etats, presse et experts de service, polices, armées, syndicats, assemblées élues, lobbies, et associations patronales et associations civiles privées et subventionnées, etc) habituées à la propagande sommaire et mensongère sont définitivement en panne d’idées nouvelles.


        • apopi apopi 9 mars 2010 00:55

          Merci pour cet article, c"est sûr que les partis politiques traditionnels n’ont toujours rien compris ou pas grand chose à internet. Maintenant est ce un mal ou un moyen efficace de les ringardiser un peu plus, je pencherai plutôt pour la seconde solution.

          Quant à Francis Lalalalane il est peut retourner tranquillement sur Alpha du Centaure vu que 99,9999999 % des internautes ne savent pas qui c’est. Bon voyage citoyen et attention aux extinctions de voix pendant le voyage.

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