Voici donc ma copie du week-end, Bobbygre. Je vais tacher de vous répondre point par point.
A l’exécrable exception de Chirac qui fit voter des électeurs bidons pour gagner les municipales dans tous les arrondissements de Paris, nos autorités ne s’asseyent aucunement sur l’expression du peuple souverain. Sarkozy a clairement annoncé durant la campagne présidentielle que s’il était élu, il ferait voter le parlement sur la Constitution européenne. Il a tenu sa promesse. Rien n’interdit d’ailleurs un élu de faire voter la même loi autant de fois qu’il lui siéra. Les lois ne sont jamais votées une fois pour toutes et c’est heureux, car dans le cas contraire notre pays en serait sans doute encore au stade d’une monarchie constitutionnelle autorisant la peine de mort et criminalisant l’homosexualité, l’avortement, etc. Libre au corps électoral d’estimer ridicule une majorité qui tenterait de faire passer en force une loi en la faisant voter et revoter chaque jour et ne plus élire cette majorité par la suite.
Le fait que par le biais de la nomination des magistrats du Parquet par la Chancellerie, le pouvoir judiciaire ne soit pas totalement indépendant du pouvoir exécutif, demeure en effet un manquement démocratique fondamental que notre pays n’a jamais remis en cause. Aucun chef suprême de l’exécutif français, depuis la chute de la monarchie jusqu’à aujourd’hui, n’a osé encore donner une totale indépendance au pouvoir judiciaire, ainsi qu’il en est le cas par exemple aux Etats-Unis. Sarkozy peut donc et doit être critiqué sur ce point, sur lequel il ne se différencie aucunement de l’ensemble de ses prédécesseurs. Son intention de remplacer le juge d’instruction par un juge de l’instruction, c’est à dire de permettre à l’instruction d’être menée tant par l’accusation que par la défense, ne coupe certes toujours pas ce cordon, mais va cependant dans le sens d’une justice plus équilibrée.
Tout le monde est libre de s’exprimer en France et d’ailleurs, vous pourrez noter qu’aucune loi n’a permis d’interdire la liste de Dieudonné pour les européennes, car elle ne relève pas de l’antisémitisme, qui est quant à lui illégal. Quant au fait que la plupart des médias ne défendent pas les thèses dites "complotistes" sur les attentats du 11 septembre, il n’accrédite en rien l’idée que nous vivons sous je ne sais quel diktat, mais l’idée que ces thèses demeurent très minoritaires, au même titre par exemple que l’est mon souhait de voir l’établissement d’un revenu maximal, qui est tout autant très peu discuté dans nos médias, etc.
Le lynchage médiatique ? Sarkozy est le président de la République qui en aura été le plus victime à ce jour. Depuis son élection, il ne se passe en effet pas une seule journée sans qu’il soit plus que de mesure vilipendé pour un oui pour un non dans la presse ou, même si moins fréquemment, à la télévision nationale et je pense en écrivant cela à Patrick Rambaud, venu en direct parler sur le plateau du Soir 3 de son livre satirique "Chronique du règne de Nicolas 1er". Je n’imagine pas que la même chose eût été possible sous Mitterrand ou pour le moins, je ne l’ai jamais vue.
Les journaliste dont l’indépendance est anéantie par la peur du chômage n’exercent pas leur mission qui est d’exercer le quatrième pouvoir, que j’appelle l’oublié de Montesquieu, à savoir : l’information. C’est là, à mon avis, que le bât blesse le plus en France d’un point de vue démocratique. Nos journalistes sont au même titre que nos députés, nos ministres et nos juges, les garants d’une démocratie digne de ce nom et ils n’en ont pas conscience à un point tel que leurs petits intérêts personnels passent avant les devoirs conférés par leur charge. La faute leur en incombe avant tout, tant il est vrai qu’en France, ils ne risquent aucunement d’être assassinés, d’être emprisonnés ou de mourir de faim. S’ils souhaitent avoir un emploi totalement pépère et entre nous soit dit, inexistant tant il est vrai que toute gloire, tout salaire méritent labeur, qu’ils changent de métier ! Journaliste, c’est pas fonctionnaire municipal marseillais et je sais de quoi je parle quand je parle de ces derniers... Conclusion : notre presse est avant tout voyeuriste et de ragots, avant d’être de nature informative et une simple comparaison avec un ou deux articles fondés sur des enquêtes étayées de la grande presse anglo-saxone le démontre amplement.
Les décisions importantes, en France, ne sont pas prises en catimini mais donnent lieu à maints débats publics au sein d’innombrables institutions et associations dont la moindre ballade dans les rues de nos villes, les moindres lectures de la presse ou surfs sur internet permettent de prendre l’ampleur. Je précise au passage que ce n’est pas le Parlement européen qui décide de nos lois d’origine européenne, mais des conseils de ministres de l’ensemble des pays qui composent l’Union, car ces derniers ne sont pas encore prêts à abandonner définitivement leurs prérogatives législatives nationales aux députés élus de l’ensemble du continent. C’est une situation qui relève plus ou moins de celle qui prévalait au Moyen âge lorsque chaque petit seigneur avait à coeur de défendre son petit bout de territoire, enfin passons... Mais pour ce qui me concerne, je n’aurais qu’un mot : la Terre n’est qu’un seul pays et il serait temps d’en prendre davantage conscience en France.
Vous parlez de la loi Hadopi comme de quelque chose d’imposé prouvant l’état de dictature de notre pays. Permettez que je vous précise que nombre de français, dont moi-même, approuvent cette loi qui a été votée par une majorité parlementaire élue au suffrage universel. Qu’eussiez-vous souhaité ? Que cette loi ne fut pas votée par la majorité élue qui la défendait parce qu’elle ne vous convenait pas ? Si tel avait été le cas, alors oui, vous auriez pu affirmer que nous sommes en dictature. La démocratie, c’est d’abord et avant tout savoir renoncer à son choix personnel pour celui de la majorité élue de ses concitoyens. Nombre de lois votées me débectent, mais je me battrai toujours pour qu’elles puissent être votées si tel est le choix de la majorité. Je suis un démocrate.
La France serait une "dictature molle". Autant dire du dur mou. Non, cela ne tient pas ! Ou vous êtes libre de vous exprimer, ou vous ne l’êtes pas. Ou vous subissez les affres de la dictature, ou vous ne les subissez pas. La France n’est en aucun cas une dictature. Que la loi y interdise la diffamation et autre propos racistes ne fait pas de la France une dictature.
Autrement les français ne sont pas des "veaux", mais des êtres humains. Nul ne les mène à l’abattoir. L’état d’un pays ressort de sa population, de l’histoire, la culture et la psychologie de cette dernière. Vous n’apprendrez pas en un claquement de doigts à quiconque à jeter son papier dans la poubelle s’il vient d’un pays où il n’y a pas de poubelles, à un Saoudien à grimper aux arbres tel un Pygmée, à un RMiste à diriger Total, à un français à voter chaque quinzaine ainsi qu’un Suisse pour l’aménagement d’un bout de trottoir, etc. Les choses évoluent lentement et à ce titre, permettez-moi de remarquer que notre pays est beaucoup plus libre politiquement et culturellement qu’il ne l’était du temps ou mon père avait mon âge, de même qu’il l’était déjà beaucoup plus alors qu’il l’était du temps où le sien avait également mon âge, etc. Le mouvement peut également aller peu à peu dans le sens d’une liberté moindre et cela, pour diverses raisons relevant tant d’évènements internationaux que des moeurs, ainsi et par exemple du fait d’une jeunesse qui aujourd’hui a peu ou prou perdu les codes de l’autorité du fait qu’elle vienne - et je pense en disant cela, qui n’est qu’un exemple, aux enfants issus de l’immigration Maghrebine - d’une région du Monde où l’autorité paternelle était beaucoup plus marquée, ce qui n’est bien entendu pas condamnable, mais ce qui est, point. Tout ça pour dire qu’une civilisation, c’est complexe, multiforme, cela évolue peu à peu et vous ne pouvez comme ça, d’un coup, déclarer que la France connaît les affres du despotisme. La France connaît une histoire, à laquelle vous prenez part afin de la faire abonder dans un sens plutôt que dans un autre, etc. Participez ! Le pouvoir est entre vos mains, mais vous n’êtes pas tout seul.
Dernier point : ce qui pêche le plus en France du point de vue de la démocratie, c’est à mes yeux, en plus de l’incompétence de nos journalistes peu ou prou inconscients de leur rôle, égotistes et couards, l’éducation civique : rien n’est fait à l’école pour faire de nous des citoyens consciencieux, au faîte de la connaissance des institutions et des hommes qui les font vivre, laissant grand ouvert le débat citoyen aux pires rumeurs et vilenies et il suffit de surfer sur le web pour s’en rendre compte. C’est bien souvent du grand n’importe quoi ! L’ENA devrait commencer dés l’école primaire ! Je vous prie d’inscrire ce dernier slogan au programme du parti politique que vous allez sans aucun doute fonder dés ce lundi.
Voilà voilà, bien à vous, Arthur Mage.