Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Pour faire moderne ...

Pour faire moderne ...

... Trahis ta culture.

Une fois encore, je m’indigne qu’une manifestation, sans doute aidée par quelques subsides publics, porte haut et s'exprime en anglais sur l’affiche. Je comprends aisément que les gens sans culture trouvent désormais refuge dans cette bouillie informe et mondialisée que constitue le globish. La sonorité de la chose force l’admiration des gogos ; on devine immédiatement qu’on pénètre au royaume de la futilité et que la prise de tête est totalement exclue.

Alors, pas de problème : on sacrifie la langue de Molière, de Rabelais, de Genevoix, de Devos sur l’autel sacré du billet vert, de la communication et du jeunisme. Tout ce qui veut avoir l’air doit désormais se priver d’un titre ou d’un slogan en français. C’est bien la marque d’une trahison en rase campagne, d’un abandon des valeurs et d’une génuflexion devant le modèle dominant.

Les plus tolérants me diront alors que c’est leur problème, que la liberté autorise ce genre de dérive langagière. Ils ont sans doute raison. Il suffit de laisser faire et notre culture finira par se dissoudre dans le vaste ensemble économique et inhumain que souhaite mettre en place le grand empire du libéralisme triomphant. Nous devrions pourtant savoir que la langue est le vecteur de la pensée et qu’il conviendrait de n’en sacrifier aucune, à commencer par la sienne.

Ce qui me chagrine le plus c’est qu’il existe une loi qui interdit ce genre de pratique. Les radios, les télévisions, les journaux, les services publics et les institutions sont censés n’user que de notre belle langue. Vous pouvez mesurer le respect de cette règle en écoutant ou en regardant les médias. C’est la grande foire aux termes sophistiqués qui fleurent bon les nouvelles technologies, la tendance et le pédantisme d’initiés. C’est bien simple, il est désormais des sujets dont la compréhension n’est accessible qu’à ceux qui baignent dans le microcosme.

Quand un organisateur donne un nom tonitruant, avec l’anglais comme bannière, pour se donner l’air d’être dans le vent, il devrait sentir celui du boulet. Refus poli mais ferme de la puissance publique d’utiliser son espace ou d’aspirer à bénéficier d’une subvention. Il en va là du respect d’une loi de la République après tout, qui selon moi, grand nostalgique imbécile et archaïque, pense qu’elle est en danger devant ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier.

Nous serions bien ennuyés de n’avoir plus ni Race, Black, Pitch, Live, Shop, Center et autres fadaises du même niveau pour définir ce qui, semble-t-il, ne peut plus se concevoir en français. Le sport ne pourrait plus décrire les mille et une prouesses de ses champions, le commerce ne saurait plus où donner de l’enseigne, les manifestations culturelles seraient contraintes de retomber dans la platitude d’une langue qu’on méprise au point de lui préférer sa rivale dès qu’il s’agit de la chanter.

Je ne vous dis pas ce que serait le désert langagier s’il s’agissait de décrire un produit ou une manifestation des nouvelles technologies. Nous avons, en la matière, une lettre agonisante, bientôt morte de ne pas être en mesure de nommer ce qui vient du numérique. Évidemment, c’est par paresse, conformisme, facilité et irresponsabilité que beaucoup agissent ainsi. C’est le penchant naturel de l’humain que de se vautrer dans la facilité.

Mais que diable ! il serait grand temps d’exiger le minimum, de réclamer que tout ce qui s’affiche dans nos rues, s’expose et se réclame à notre curiosité ou notre bon plaisir s’exprime enfin et uniquement dans notre langue. Je la trouve si chargée, si martyrisée, si humiliée avec ces mots qui sont sans nuance, brefs comme des coups de trique, tristes et vulgaires, que j’en ai la gueule de bois et le vague à l’âme. Pire encore : je ne supporte plus les petits crétins prétentieux qui se gaussent de mes protestations et sont strictement incapables de comprendre les quelques mots un peu plus élaborés dont j’use parfois. C’est à ceux-là et aux félons qui se bouchent les oreilles devant leurs écarts de langage que je dédie ce pamphlet salutaire.

Francophonement leur.

plan2016.png

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.64/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

30 réactions à cet article    


  • Jean-Marc B 15 septembre 14:22

    Très bien dit. Et très juste. Voici deux phrases non verbales, non verbeuses , qui me semblent appropriées pour évoquer votre texte. Surtout , continuez à écrire. Merci pour votre prose.


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 septembre 14:44

      @Jean-Marc B

      Je continuerai contre vents et navrés

      Merci


    • Robert Lavigue Robert Lavigue 15 septembre 15:05

      « Je vous apprends, (mais peut-être le savez-vous aussi bien que moi) que c’est un fanfaron de Vertu, de Doctrine et d’Éloquence ; qu’il parle et écrit galimatias en perfection, qu’il a fait imprimer un volume de sottises mesurées et que s’il est mauvais Orateur, il est encore plus mauvais Poëte (...) »
      Guez de Balzac - Lettre à Conrart - 1653

      Pour ce qui est de la langue de Rabelais... cf « Rabelais, il a raté son coup » de L.F. Céline (1957)


      • C'est Nabum C’est Nabum 15 septembre 17:22

        @Robert Lavigue

        Ainsi donc j’échappe à la posture.
        J’en suis navré


      • piera 15 septembre 15:27

        Comme toujours une jolie musique qui « trahit » sa culture comme il faudrait le faire ; trahir au sens de révéler bien sûr smiley


        • C'est Nabum C’est Nabum 15 septembre 17:22

          @piera

          Merci
          Voilà douce trahison à mes oreilles


        • Yanleroc Yanleroc 15 septembre 15:29

          La pensée crée le verbe 
          et le verbe crée l’action.

          Une mauvaise pensée crée donc le vocable idoine et l’ action forcément négative qui en découle !

          Avec le Globish, on passe directement à l’acte, sans penser. C’est tout-à-fait adapté dans un monde consumériste ou seuls comptent la rentabilité et l’aptitude à divertir.
          Le Globish est une forme de Novlangue , qui est «  la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État
          l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’ idée même de cette critique ».

          Hannah Arendt, écrivait : «  Il y a beaucoup de grands auteurs du passé qui ont survécu à des siècles d’oubli et de négligence, mais la question est encore ouverte, de savoir s’ils arriveront à survivre à une version divertissante de ce qu’ils ont à dire ! » car aujourd’hui il faut divertir (diversion) et non pas instruire.

          • Yanleroc Yanleroc 15 septembre 16:00

            Mais tout n’est pas perdu, 

            voici le contre-poids trouvé par Najat V. B. pour faire face à la « déculturation » : Le réaménagement des ELCO. Les profs ne mouftent pas, et pour cause !!



            « ...donc effectivement dans les écoles où cela sera mis en place, le temps scolaire des élèves ne variant pas, ce sera au détriment d’autres apprentissages fondamentaux, français, maths, histoire, etc... Et, réduction du temps de travail des enseignants ? puisqu’à priori l’immense majorité d’entre eux sont totalement incompétents pour assurer l’apprentissage de ces langues exotiques ?? ?.... » (NjaMa).

            M’en fous, mon fils, en seconde, a choisi Latin..
            ..pour avoir des points en plus pour le bac ! 
            Quand je disais que tout n’était pas perdu smiley 


          • C'est Nabum C’est Nabum 15 septembre 17:24

            @Yanleroc

            Le seul acte qui soit et qui vaille la peine est l’acte d’achat
            Le formatage langagier est une aliénation libérale


          • Yanleroc Yanleroc 16 septembre 20:19

            @C’est Nabum
            Même avant le Libéralisme.


          • C'est Nabum C’est Nabum 16 septembre 21:04

            @Yanleroc

            Sans doute avec une accélération du phénomène selon moi


          • Parrhesia Parrhesia 21 septembre 11:54
            @C’est Nabum
            Bonjour C’est Nabum

            >>> Sans doute avec une accélération du phénomène selon moi<<<

            A mon modeste avis, vous pointez-là du doigt l’un des facteurs les plus déterminants de l’action mondialiste actuelle : l’accélération de la course poursuite qu’ils ont engagée entre la grosse explosion populaire qui menace de plus en plus précisément de leur botter les fesses et l’aboutissement des phases d’hypnose et de submersion ethnique des populations européennes qu’ils ont engagées afin de les désarmer !
            Deux exemples lumineux :
            1) Le fantastique coup d’accélérateur donné à l’invasion de l’Europe par les « migrants » de madame Merkel (dont il est d’ailleurs permis de se demander si, personnellement, elle a bien réalisé ce qu’elle a fait ...)
            2) L’accélération des saccages de l’anglais d’Oxford au profit du « pidgin » et du français de Molière au profit de l’on ne sait même plus quoi, même si nous savons de plus en plus clairement au profit de qui !

            Bonne journée à vous, C’est Nabum !


          • C'est Nabum C’est Nabum 21 septembre 14:15

            @Parrhesia

            Belle analyse, il n’y a rien à ajouter hélas

            Bonne journée à vous aussi


          • juluch juluch 15 septembre 17:13

            bien d’accord.... smiley


            Le franglais est à la mode comme beaucoup d’autres conneries !

            Apres tout, c’est aux communes à y mettre un frein...pas compliqué !

            • C'est Nabum C’est Nabum 15 septembre 17:24

              @juluch

              Oh que si c’est complique par ce que ces gens n’ont plus aucune patrie


            • Parrhesia Parrhesia 21 septembre 11:19
              @juluch
              Il suffit d’observer par qui et comment les communes sont désormais majoritairement gérées (très exactement comme le reste, d’ailleurs) pour douter que cela soit aussi simple que cela...

              Mais bonne journée à vous quand même !!!

            • ZenZoe ZenZoe 16 septembre 09:10

              Il faut soigner la racine du mal, pas les symptômes.
              Un pays affaibli est un pays dont la culture ne rayonne plus et s’étiole, c’est aussi simple que ça. Je parle de l’affaiblissement général, de notre perte de repères, du foulement aux pieds de nos lois par ceux-là même qui sont censés les appliquer, du non respect des citoyens par les « élites » etc..
              La langue est le reflet d’un état général, la conséquence d’un pays malade, pas la cause.
              Remettez le pays sur pattes et la langue suivra.


              • C'est Nabum C’est Nabum 16 septembre 11:32

                @ZenZoe

                Le pays en marche : une douce illusion
                Il est tenu par des traitres et dirigé par des fêlons

                Le mal est si profond que ceux qui aspirent à le gouverner sans de tristes pantins sans culture


              • zygzornifle zygzornifle 16 septembre 14:26

                bah avec tous les milliers de migrants qui débarquent chaque jour la langue française finira au musée de cire .....


                • C'est Nabum C’est Nabum 16 septembre 15:27

                  @zygzornifle

                  C’est une manière de voir et d’accélérer le processus car ils arrivent avec l’anglais pour passeport


                • Samson Samson 16 septembre 22:25

                  "La sonorité de la chose force l’admiration des gogos ; on devine immédiatement qu’on pénètre au royaume de la futilité et que la prise de tête est totalement exclue.« 
                  Rassurez-vous Nabum, le gouvernement veille !
                  Pour vous consoler, je vous offre bien volontiers la »jatte", comme on dit encore dans mon petit coin de francophoniesmiley


                  • C'est Nabum C’est Nabum 17 septembre 05:29

                    @Samson

                    Offrez mon cher cousin !
                    Nous devons nous tenir les coudes tout comme notre langue
                    Nous sommes cernés


                  • Jean-Marc B 17 septembre 10:40

                    @C’est Nabum
                    Nous devons tenir notre langue ?
                    Non, non. Parlons-en ! Car nous avons des coudes ... (j’ai osé ce mauvais jeu de mots franchouillard, ne m’en voulez pas)


                  • C'est Nabum C’est Nabum 17 septembre 11:02

                    @Jean-Marc B

                    Tenons nous les coudes alors


                  • Jean-Marc B 17 septembre 11:52

                    @C’est Nabum


                    J’utilise ce nouveau langage ici . Un « smiley » en espérant qu’il n’y aura pas de « bug ». Quel renoncement à ma culture ! ....


                  • C'est Nabum C’est Nabum 17 septembre 13:52

                    @Jean-Marc B

                    C’est de l’hébreu pour moi !


                  • Jean-Marc B 17 septembre 12:19

                    Il y a eu un bug. Les dessins ne sont pas passés . Même le logiciel d’Agoravox n’aime pas mes « smileys ». !!!! Finalement c’est de la censure judicieuse...
                    Le premier dessin, en tête du texte, était un sourire. Le deuxième, en toute fin de texte, était un visage en colère.


                    • C'est Nabum C’est Nabum 17 septembre 13:53

                      @Jean-Marc B

                      Voilà qu’Agoravox fait un pas vers la sagesse


                    • Intelle Intelle 17 septembre 13:41

                      Un grand merci, Nabum, pour votre article. Je suis de tout coeur avec les défenseurs de notre belle langue. Malheureusement les anglicismes qui envahissent nos écrits ne sont pas les seuls « parasites » à éliminer, il faut aussi écouter le parler. Quand nous regardons notre télévision, notamment aux infos et dans les magazines, le langage est parfois digne d’analphabètes, le début d’une phrase « bah oui, ben non », des expressions comme « en fait »...langage pratiqué aussi par des « célébrités ».

                      Je n’ai pas la prétention de juger ceux qui s’expriment en mauvais français, mais au moins quand ils sont en public, qu’ils donnent l’exemple et l’envie à notre jeunesse de bien écrire et parler.


                      • C'est Nabum C’est Nabum 17 septembre 13:55

                        @Intelle

                        C’est la faillite du système éducatif qui s’exprime par le truchement de ces journalistes au piètre langage. Ne leur jetez pas la pierre, ils ne sont coupables que de ne rien vouloir changer à leur déplorable prose ...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès