Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Pour que l’élection présidentielle serve enfin à quelque chose (...)

Pour que l’élection présidentielle serve enfin à quelque chose !

On entend beaucoup dire en France qu’il ne sera plus possible de mener de grands projets avant l’élection présidentielle, qui clarifiera les options du pays en permettant un choix. Cette vision ne me paraît pas correspondre à la réalité. Il suffit pour cela de regarder les précédentes campagnes présidentielles victorieuses.

En 1988, François Mitterrand, échaudé par les coûteuses promesses de 1981, prend soin de ne pas se lier. Utilisant le précédent du général de Gaulle qui s’était déclaré un mois avant le premier tour, il ne se déclare que le 22 mars, le premier tour étant fixé au 24 avril. Retrouvant ses souvenirs de jeunesse, il fera campagne autour des thèmes lénifiants de la " France unie ", "Maréchal nous voilà", et dénoncera l’Etat RPR, afin de favoriser Jacques Chirac, qu’il sait ne pas avoir à redouter, contre Raymond Barre, puis il favorisera, dans un second temps Jean-Marie le Pen contre Jacques Chirac, en plaçant au centre de la campagne la question du droit de vote des étrangers aux élections locales (le fait que cette réforme n’ait jamais été mise en œuvre montre s’il en est besoin le caractère cynique et opportuniste de cette proposition).

L’éclatement des droites en trois tronçons, dont aucun ne parvient à 20%, lui facilite la tâche. Il est élu sans problème. Son programme développé dans la Lettre à tous les Français se résume à quelques propos lénifiants, à l’annonce d’une politique de renforcement des moyens de l’éducation nationale, et au " ni privatisations, ni nationalisations". Rien sur le chômage. Aucune option claire sur l’avenir du pays.

En 1995, la campagne de Jacques Chirac est induite par la nécessité politique de se démarquer d’Edouard Balladur. Il compte également sur le discrédit qui frappe alors la gauche. D’où la campagne sur la fracture sociale, et des promesses à n’en plus finir. La recette fonctionne, mais avec plus de difficultés. Dès l’automne 1995, les promesses sont jetées aux orties, ce qui déclenchera une vague de manifestations continuelles jusqu’à la fin de l’année et le retrait important d’une partie du plan Juppé. Bref, les Français ont été trompés. Mais ne le voulaient-ils pas ? Lorsqu’on est cocu, on en est toujours un peu responsable.

En 2002, est-il besoin de rappeler le caractère indigent de la campagne électorale ?

Jacques Chirac ne fait campagne que sur l’insécurité. Lionel Jospin, qui n’a pas réussi à vaincre le chômage de masse, même si le taux de chômage est passé entre novembre 2000 et avril 2002 au dessous de 9% de la population active, ne parvient pas à imposer ses thèmes de campagne, est éliminé dans les conditions que l’on sait. Le soir du 21 avril, la campagne est en fait terminée, la France va jouer une parodie de lutte contre un danger fasciste, et nombre de ceux qui n’ont pas voté au premier tour vont s’autoproclamer résistants. On croirait revoir les résistants de la onzième heure en 1944, souvent les plus virulents à pratiquer l’épuration, mais le tragique en moins, heureusement.

Critiquer les responsables politiques est de bon ton par les temps qui courent. Il faut pourtant aller plus loin que ces propos de café du commerce. N’oublions pas que nous avons les politiques que nous méritons, que nous les élisons et qu’ils disent ce que nous voulons entendre. Regardons-nous dans la glace et répondons à cette question : combien d’entre nous seraient prêts à élire un candidat proposant des sacrifices ? Mais aussi un but à atteindre ? La croyance au père Noël n’est pas morte.

Quelques pistes de réflexion :

1) Sur le plan institutionnel :

Aucune modification de la constitution, à l’exception de l’interdiction d’exercer plus de deux mandats présidentiels (modèle américain). Ce n’est pas parce que ceux qui sont au sommet de l’Etat ne sont pas à la hauteur qu’il faut changer les règles du jeu.

Mettre fin à la professionnalisation de la politique par des mesures drastiques :

  • Interdiction de cumuler plus de deux mandats électifs quels qu’ils soient, député européen compris.
  • Interdiction d’exercer plus de deux mandats de président d’exécutifs locaux (maires, présidents de conseils généraux, régionaux).
  • Obligation pour tout fonctionnaire élu de démissionner de la fonction publique sans espoir de retour.
  • Revalorisation des indemnités des élus, qui seront versées pendant un an, voire plus, afin de faciliter les reconversions. La démocratie a un coût. N’oublions pas que la question de l’indemnité parlementaire a été une revendication permanente de la gauche tout au long du XIXe siècle.

2) Sur le plan économique et social :

  • Les réformes ne peuvent être abordées que dans une étroite concertation, sur le modèle de la politique contractuelle initiée par Jacques Chaban-Delmas et son conseiller Jacques Delors en 1969/1972. Elles devraient aborder principalement la question de la formation continue, des retraites, du financement du chômage, dans une perspective globale.
  • En effet, l’allongement de la durée de vie, l’amélioration de l’état de santé rendent stupide la séparation entre vie active et retraite. D’autre part, les carrières linéaires ne seront plus la norme. Il faut alors inventer des systèmes permettant de combiner ces financements, tout en étudiant finement les possibilités par grands secteurs d’activité.

3) Sur le plan des projets d’avenir :

  • Renforcement des moyens de l’université et sélection dès l’entrée, ou au moins la première année. Il est temps de cesser de considérer l’université comme un parking de jeunes qui ne trouveront aucun débouché dans certaines filières.
  • Une politique de la recherche plus active. La réforme mise en œuvre est-elle suffisante ? Des avis de connaisseurs seraient intéressants.

Ce ne sont que quelques pistes, mais elles pourraient servir de grille d’analyse des discours politiques. Et aussi de choix. Plutôt que de se contenter de slogans stupides et creux du style : "la rupture" ou " votez pour une femme car c’est nouveau".


Moyenne des avis sur cet article :  4.65/5   (23 votes)




Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • Blue (---.---.73.58) 12 avril 2006 13:54

    « Regardons-nous dans la glace et répondons à cette question : combien d’entre nous seraient prêts à élire un candidat proposant des sacrifices ? Mais aussi un but à atteindre ? »

    Bien sur que oui, nous sommes prêts à faire des sacrifices ... à conditions que cela ne nous concerne pas ! Des réformes ? évidemment, il faut changer ça ... mais pas mon mode / niveau de vie.

    Tout le monde s’accorde à dire que les conditions générales se dégradent, mais personne ne veut accepter que pour qu’un jour ça aille mieux, il va falloir TOUS se serrer encore un peu la ceinture. Les mesurettes qui sont prises, sur les retraites, la sécurité sociale, etc, sont au mieux une tentative de combler les déficits des années précédentes, au pire de la démagogie, mais en aucun cas une anticipation de la situation à venir, qui n’en doutons pas, sera pire.

    On (que ce soit les politiques ou la majorité de la population) ne réagit que quand on est au pied du mur. Mais c’est déjà trop tard. Les réformes sur les retraites, par exemple, auraient déjà du être entamées il y a 20 ans, en prévision du départ en retraite de la classe du baby boom. Ca aurait fait un peu mal, mais sans doute moins que celles qui sont aujourd’hui nécessaires si on veut (mais le veut on ?) que ce système continue à fonctionner. Et plus on avancera, plus il sera dur d’entamer ces réformes. S’il y a 20 ans aucun politique n’a osé annoncer qu’il faudrait enlever une écharde et que ça allait faire un peu mal, qui aujourd’hui osera dire que comme la gangrène s’y est mis il va falloir amputer au coude ? et surtout sera t’on assez lucides pour élire ce courageux ?

    Quand une vision à long terme d’un politique (de tout bord) se limite au mieux à la durée de son mandat, pourquoi s’étonner alors de la dégradation depuis 30 ans de la société / économie / écologie.

    Est-ce qu’on peut dire alors « tous pourris » ? je dirais plutot « tous humains ». Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’hommes (et de femmes) capables de ne pas se laisser tenter par les sirènes du pouvoir et de la pseudo gloire, et de ne pas faire passer leur intérêt avant leur fonction. Et que n’importe qui, placé dans les mêmes conditions de pression finirait un jour ou l’autre par sombrer dans les mêmes travers.

    Bref, ce n’est pas très reluisant, et je pense qu’on continuera à retrouver dans les prochaines élections, les mêmes choses, des candidats qui promettront tous plus ou moins la même chose (du pain et des jeux), qui ne se départagerons que par leur critère sympathie dans les médias ... avec un peu de chance, la crise que causera la disparition du pétrole dans 20 ou 30 ans (non anticipée évidemment, ça fait quand même largement 4 ou 5 mandats présidentiels) donnera peut être un nouveau souffle pour repartir de zéro ... bof, j’y crois même pas ...


    • (---.---.38.140) 12 avril 2006 14:12

      Le probleme c’est que la france d’en bas et celle d’en haut ne se féquentent pas et ne partagent rien ensemble.

      je ne suis pas sur que l’on se serre la ceinture de la meme façon...


      • Blue (---.---.199.186) 12 avril 2006 14:55

        C’est bien le problème ... une solution globale doit impliquer que tout le monde. Or ce qu’il se passe, comme je disais, c’est qu’on veut bien des sacrifices, à condition que ce soit son voisin qui en fasse plus que soi (et si on peut même éviter d’en faire ça sera mieux).

        Et quand on ramène ça de façon simpliste à l’opposition gauche-droite ça donne « ceux qui doivent faire des sacrifices sont ceux qui ne sont pas dans ma base électorale ». On risque pas d’avancer comme ça ...


      • ifelhim (---.---.113.143) 12 avril 2006 15:35

        Bien entendu que la France d’en haut devra faire des sacrifices, mais les fonctionnaires aussi, tout comme les salariés du privé et les entreprises...

        Ceci dit, je vais vous concéder un point : Si les hommes politiques veulent que les gens fassent des sacrifices, ils devront être les premiers à donner l’exemple. Cependant, les syndicats devront aussi mettre de l’eau dans leur vin car actuellement, ils defendent plus les lobbies que l’interet des salariés (fonctionnaires ET du privé) dans leur ensemble.

        Actuellement, si on écoute les syndicats et les politiques, l’opposition gauche-droite est celle des fonctionnaires et des ouvriers contres les multinationales ; Les employés administratifs, les bas et moyens cadres, les artisans (avec leurs apprentis) et commerçants, les indépendants et petits patrons (et leurs employés) sont les parents pauvres des débats alors que ce sont eux qui payent l’essentiel des impots (revenus, TVA et charges patronales)... Il me semble qu’il y a là un déséquilibre dont on devrait s’inquieter.


      • Al-Capone (---.---.50.232) 12 avril 2006 17:46

        la france d’en bas et celle d’en haut ne se féquentent pas .

        Oui tout a fait ! Une petite piste, enfin je pense

        Est ce que le service militaire obligatoire remplissait ce role de brassage de population ? Certainement !

        Est ce qu’il ne serait pas interessant de reintroduire un service civile, ou citoyen obligatoire !

        Pour plusieurs raisons

        - mixité sociale
        - reapprendre la citoyennete, l’appartenance à un groupe identitaire
        - reapprendre les droits et les devoirs de citoyen

        Je ne sais pas si on peut faire un corrolaire entre la fin du service obligatoire, et toutes les fractures sociales en augmentation. (je ne pense pas non plus que seulement la fin du service est cause de tous les maux d’aujourd’hui)

        Je pense profondemment que ce service obligatoire avait un role federateur dans notre société, et que cela manque enormemment pour une cohesion sociale plus forte.

        Je ne dis pas du tout qu’il s’agit de LA solution, mais a regarder de pres, ce service militaire obligatoire devait tres certainement avoir bcp avantages, autre que celui de tenir un Famas.


      • Z (---.---.107.66) 13 avril 2006 12:27

        « Si les hommes politiques veulent que les gens fassent des sacrifices »

        Il faut aussi arrêter de poser le problème en ces termes. S’il y a des sacrifices légitimes à faire, ce ne peut être que pour le bien de la communauté (donc de chacun de nous) et non pour faire plaisir aux politiques.


      • GS (---.---.198.45) 12 avril 2006 20:13

        Je suis globalement d’accord avec les constats exprimés dans cet article.

        Aux prochaines élections, je ne souhaite pas voter pour un candidat beau parleur, je souhaite voter pour un *projet* auquel je puisse adhérer.

        Il est étonnant de lire les tracts des partis politiques de tous bords :
        - tel parti se fixe pour objectif de réduire le chômage,
        - tel autre promet de réduire le chômage,
        - un troisième clame son engagement en faveur d’une réduction du chômage

        Aucun ne nous explique par quels moyens il compte atteindre cet objectif. Tous les Français adhèrent évidemment à l’idée d’agir en faveur de l’emploi ; en revanche, nous divergeons sur le choix des moyens à employer. Comment voter intelligemment si les candidats ne font aucun effort pour clarifier leurs divergences ?

        On constate qu’un candidat se présente avec des « intentions », de belles promesses, des objectifs consensuels visant à réunir l’électorat le plus large possible, mais aucun « projet » construit et argumenté.

        Je trouve tout à fait anormal de mettre au pouvoir quelqu’un sans avoir eu au préalable des explications précises sur les mesures qu’il a l’intention de prendre.


        • faxtronic (---.---.127.73) 14 avril 2006 10:17

          AUCUN SACRIFICE A FAIRE !!! C’est pas avec ce genre de programme que quelqu’un se fera elire « Votez pour moi, je faire un sacrifice ». Au contraire il faut que les gens vivent mieux. Explique que si ils abandonnent ceci, ils auront cela, qui est mieux. Tu peux dire « Je precarise l’emploi, mais vous verrez cela induira¨moitié de chomage en moins, des meilleures salaires, et finalement un meilleur mode de vie », ok. Si tu y vas et tu dis, il faut faire des sacrifices car il faut faire des sacrifices, cela prouve deux choses :
          - Que ta n’a rien compris, que tu fais un scrifice en esperant que cela aille mieux.
          - Que franchement t’a pas envie de te faire elire, mais juste mousser.

          Jamais personne se fera elire en promettant des larmes et du sang sans aucun benefices pour la population, et c’est tant mieux.


          • Néolithique (---.---.16.24) 18 avril 2006 16:56

            Beati pauperes spiritu. Autrement dit : heureux les pauvres en esprit.


          • www.jean-brice.fr (---.---.234.203) 30 avril 2006 15:28

            Ce qu’il nous manque, c’est avant tout une POLITIQUE qui soit compréhensible par l’ensemble des Français et appuyée par la majorité d’entre eux : OR, CELLE CI EXISTE, mais est refusée par l’ACTUELLE CLASSE DIRIGEANTE pour des raisons dogmatiques et surtout à cause de sa LACHETE. CETTE POLITIQUE A ETE LANCEE LE 4/2/65 PAR DE GAULLE ET RUEFF, mais comme les anglo-saxons n’en veulent pas, M. GISCARD D’ESTAING A PREFERE LE CHOMAGE A LA PROSPERITE ...


            • papymouzo (---.---.248.17) 5 juin 2006 16:14

              S.V.P.

              1). Prendre connaissance du manifeste pour une République

              Sociale.

              2).Cette semaine « Le Monde »’ à publiéun bon papier sur le front populaire de 1936 ,et sur la conduite des affaires de la République par le gouvrnement de Léon Blum.

              3).S’investire en politique,locale,régionale,nationale.

              Salut et fraternité.

              Papymouzo

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès