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Pour une régulation des hautes rémunérations

Depuis le début de la crise, le discours sur les hautes rémunérations a changé : on les explique et on les excuse de moins en moins. Les qualificatifs abondent :
« extravagantes », « indécentes », « scandaleuses », « anormales »… Cette dénonciation déborde de la gauche jusqu’à la droite. Elle a toutefois été peu suivie d’effets : pendant cette période où la crise s’est aggravée et où les plus hautes rémunérations ont continué à flamber, la seule réaction collective, tardive et timide, a été celle de quelques hauts patrons appelant à être davantage imposés. Le rapport de Terra Nova "Pour une régulation des hautes rémunérations", issu des travaux d'un groupe présidé par Martin Hirsch et Gaby Bonnand, montre que l’existence d’écarts aussi élevés entre les rémunérations pose des problèmes de justice sociale, de gestion des risques et d’efficacité économique, notamment au niveau de leur impact sur les dépenses publiques et les déficits. Il examine les différents leviers disponibles pour encadrer les plus hautes rémunérations et propose, pour les réguler, une palette de mesures complétant l’outil fiscal.

Depuis le début de la crise, le discours sur les hautes rémunérations a changé : on les explique et on les excuse de moins en moins. Les qualificatifs abondent : « extravagantes », « indécentes », « scandaleuses », « excessives », « anormales », « goinfres ». Cette dénonciation n’est plus le monopole de l’aile gauche de la gauche. Elle a été un thème fédérateur dans la primaire socialiste et elle déborde de la gauche jusqu’à la droite. On retrouve aussi cette condamnation dans la bouche du Premier ministre, François Fillon, du ministre de l’emploi, du ministre de l’économie et des finances, de parlementaires de la majorité. La présidente du MEDEF, elle-même, a eu à plusieurs reprises des mots durs lorsqu’elle a été confrontée à cette situation, notamment au moment de la révélation du montant de certains parachutes dorés, utilisant des termes dignes des indignés. Dans les débats, les principaux économistes, comme le président du Cercle des économistes, Jean-Hervé Lorenzi, ou le banquier Charles-Henri Filippi, ne cherchent pas d’arguments pour défendre les plus hautes rémunérations : ils reconnaissent qu’elles sont excessives. Fin août 2011, certains des plus hauts dirigeants des grandes entreprises françaises ont appelé à être « surtaxés » en soulignant la nécessité de leur contribution à l’effort national[1].
Cette unanimité pourrait cependant n’être que de façade.
 
D’abord les marques d’indignation ne datent pas d’hier. Leur force n’a pas eu, jusqu’à présent, d’impact sur la réalité. Les « plus jamais ça » ont retenti, avec force trémolos dans la voix, depuis six ans, environ tous les six mois : notamment au moment du parachute doré du patron de Carrefour (2005), des conditions de départ de celui de Vinci (2006), de celui de l’équipementier automobile Valéo (2009), du patron de la Société générale au moment où un trader faisait partir en fumée près de 5 milliards d’euros. Et puis l’unanimité s’est faite pour dénoncer le montant des bonus à partir de l’automne 2008. Si ces marques d’indignation ont parfois – pas toujours – conduit certains de ceux qui étaient pointés du doigt à renoncer à une partie de leurs avantages, cela n’a eu aucune influence sur les tendances générales. A se demander si les dénonciations n’étaient pas d’autant plus violentes que, focalisées sur tel ou tel cas individuel, elles évitaient de remettre en cause les émoluments de ceux qui n’étaient pas sous le feu immédiat et direct des projecteurs.
 
Qui se souvient qu’un « tsar » des hautes rémunérations a été nommé, en la personne de Michel Camdessus, ancien directeur du trésor, gouverneur de la banque de France, directeur général du FMI avec comme mission de vérifier les rémunérations des opérateurs de marchés des établissements bancaires ayant bénéficié du soutien des pouvoirs publics ? Dans son premier rapport annuel, il indiquait que le montant total des bonus distribué au titre de 2009 dans les établissements bancaires sous son contrôle atteignait 3 milliards d’euros, en diminution par rapport à l’avant crise, mais en augmentation par rapport à l’année précédente. Il estimait que les nouvelles règles adoptées avaient eu un impact sur 20 % du montant total de ces bonus. Selon lui « des progrès demeurent possibles et le retour aux pratiques antérieures demeure un risque ». En août 2010, les banques sont sermonnées sur le montant des bonus. Des règles sont établies lors d’un G20, car les acteurs faisaient valoir le risque pour la compétitivité si des mesures étaient prises dans un seul pays. On connaît le résultat. Plus de contraintes sur les rémunérations variables ont conduit à une envolée des rémunérations fixes !
 
Les rémunérations dans ce secteur ont augmenté de 45 % d’une année sur l’autre, en pleine crise[2].
 
Les dénonciations ont pris la forme de livres : On peutciter Le patron, le footballeur et le smicard de Philippe Villemus, Le temps des riches de Thierry Pech, Pour en finir avec les riches (et les pauvres) de la revue Mouvements, des tribunes nombreuses dans les journaux, des discours enflammés.
 
Mais ces dénonciations ont été peu suivies d’effets.
 
Pendant cette période où la crise s’est aggravée et où les plus hautes rémunérations ont continué à flamber, la seule réaction collective, tardive et timide, est celle de quelques hauts patrons appelant à être davantage imposés.
 
Pourquoi ajouter une nouvelle contribution à cette profusion de déclarations ou de publications ? Pour trois raisons principales :
 
- D’abord, parce que le maintien d’écarts aussi élevés entre les rémunérations pose un problème de justice sociale d’autant plus sensible que la crise dure. Ces écarts exacerbent les divisions dans la société française, accroissent les ressentiments, et affaiblissent la légitimité des décisions nécessaires au rétablissement des finances publiques et à l’amélioration de la compétitivité.
 
- Ensuite, pour examiner le problème sous un angle peu fréquemment abordé : l’impact de ces hautes rémunérations sur les dépenses publiques et les déficits. La question des plus hautes rémunérations n’est plus un problème anecdotique ou marginal. Il ne s’agit plus simplement d’un problème moral, mais bien d’un problème économique, social, de finances publiques.
 
- Enfin, parce que si les dénonciations sont nombreuses et diverses, les propositions sont plus rares. On peut émettre un doute sur la faisabilité juridique d’un « salaire maximum », fréquemment avancé. On remarquera d’ailleurs que le Parti socialiste n’a retenu cette hypothèse que pour les entreprises publiques, laissant entière la question des autres très hautes rémunérations. Du coup, la plupart des solutions proposées tourne autour de la fiscalité. Il ne s’agirait plus directement de faire baisser les hautes rémunérations, mais d’en prendre acte et d’augmenter la part prélevée sur ces hautes rémunérations. Il nous a semblé utile de nous demander si seule la fiscalité était une réponse aux problèmes des hautes rémunérations ou si d’autres leviers pouvaient être actionnés.
 
Revenons sur ces trois points.
 
La déformation de la courbe des salaires dans sa pointe supérieure nourrit un sentiment d’injustice sociale. Il ne repose pas sur des fantasmes, mais sur des réalités que les données statistiques les plus récentes et leurs évolutions dans le temps étayent. Les décisions des pouvoirs publics pour maîtriser les dépenses publiques sont en permanence questionnées dans leur légitimité et dans leur équité par les plus hautes rémunérations. Il en va de même pour les décisions des entreprises, en matière d’emploi, de politique salariale ou de localisation des activités. On entend de plus en plus souvent contester l’idée que les impératifs de la concurrence internationale imposent de maintenir bas les salaires les plus faibles et de maintenir élevés les plus hauts salaires. Et, dans la crise, le besoin de ressentir que l’effort est équitablement partagé est d’autant plus criant.
 
On pourrait considérer que la question de justice sociale est un motif suffisant pour « traiter » la question des hautes rémunérations. Mais désormais, les hautes rémunérations posent aussi problème pour les équilibres macro-économiques.
 
Quand les bénéficiaires des hautes rémunérations ou ceux qui les défendent sont appelés à se prononcer sur ce sujet, et sur une perspective d’imposition supplémentaire, ils rétorquent généralement que telle n’est pas la priorité, qu’il ne faut pas lever d’impôts supplémentaires, mais que la France a un problème de dépenses publiques trop élevées. La réplique est systématique et souvent fait mouche : il est vrai que le niveau de dépenses publiques en France est élevé, singulièrement les dépenses sociales, et que leur efficacité peut être améliorée.
 
Pourtant ce raisonnement a une faille : il exonère les hautes rémunérations de toute responsabilité dans l’évolution des dépenses publiques. Or, ce point n’est jamais souligné : on peut affirmer et démontrer que les plus hautes rémunérations sont l’un des facteurs à l’origine de dépenses publiques élevées, y compris des dépenses sociales. Ce point est fondamental parce qu’il brise le raisonnement qui consiste à dire « soyez bon gestionnaires, commencez par mettre de l’ordre dans les dépenses publiques excessives et ensuite il sera temps de vous pencher sur nous, créateurs de richesses ».
 
En réalité, l’explosion des plus hautes rémunérations a des conséquences sur le niveau des dépenses publiques et sur le niveau des déficits publics. Certaines conséquences sont directes, d’autres sont indirectes.
 
C’est le message qu’exprimaient cet été les salariés d’une grande entreprise du textile, dont le siège est à Roubaix, par l’interpellation qu’ils nous ont adressée. Ils ne comprenaient pas pourquoi la plupart des salariés de cette entreprise étaient éligibles au revenu de solidarité active en complément de leur salaire, alors qu’ils avaient lu que leur patron figurait au top du palmarès des rémunérations de Challenges, avec pour l’année 2008, stock options comprises, une rémunération de 23 millions d’euros. Eux-mêmes avec 15 ou 20 ans d’ancienneté étaient rémunérés à peine plus que le SMIC, ce qui les conduisait à percevoir entre 50 et 200 euros de RSA par mois, en fonction de leur situation familiale. Ils avaient fait un calcul simple : si la rémunération de leur patron avait été réduite à 1 million d’euros et le surplus réparti entre les salariés, c’est l’entreprise qui aurait versé l’ensemble de leurs revenus et non pas, pour partie, la solidarité nationale. Ainsi, dans un certain nombre d’entreprises, à masse salariale égale, une meilleure répartition des rémunérations aboutirait à réduire la part des prestations sociales versées aux salariés les plus modestes. Cela ne signifie pas qu’une diminution de la rémunération des plus hauts dirigeants se traduirait automatiquement par un rehaussement des plus faibles rémunérations, mais cela illustre bien que les choix en matière de rémunérations ne sont pas neutres sur le niveau des dépenses publiques.
 
Il y a peu, on prétendait encore qu’il était absurde de raisonner sur les conséquences d’une meilleure répartition de la masse salariale, à partir d’une modération des plus hautes rémunérations. Les ordres de grandeur n’avaient rien à voir, nous disait-on.
 
Un calcul réalisé dans un grand groupe international a montré qu’une diminution de 30 % pour 1 % des salariés les mieux payés (ils gagneraient toujours en moyenne quelques centaines de milliers d’euros par an) permettrait, à masse salariale égale, de doubler la rémunération des 20 % des salaires les plus faibles, soit plusieurs dizaines de milliers d’employés par entreprise en moyenne, pour l’essentiel dans les pays en voie de développement.
 
Si l’on revient en France, il faut se fonder sur ce que démontre le très sérieux rapport du Conseil d’analyse économique, « Le partage des fruits de la croissance en France »[3]. Au cours des vingt dernières années, les 10 % des rémunérations les plus élevées ont capté trois quarts de l’augmentation de la valeur ajoutée. Dans le même temps, l’augmentation du SMIC a permis une amélioration du revenu des 10 % des salariés les plus modestes, alors que la situation relative de 80 % des salariés se détériorait[4]. Un tel étirement des revenus a donc des conséquences sur les dépenses publiques, puisque lorsque les salaires ne suivent pas la création de valeur, il faut compenser par des prestations sociales qui remplacent du salaire. On est rattrapé par une réalité élémentaire. Lorsque les plus riches captent une part trop grande de la richesse créée, il n’y a pas trente-six solutions pour que le reste de la population ne voie pas son pouvoir d’achat se dégrader. Il y en a deux : la première est le recours à l’endettement, c’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis avec les subprimes, réponse au fait que 1 % de la population avait capté l’essentiel des fruits de la croissance. La deuxième est l’augmentation des prestations sociales, ce qui a eu lieu en France.
 
Robert Reich, l’ancien ministre du travail de Clinton, a dans ses derniers ouvrages montré quelles ont été les conséquences sur l’économie américaine de la divergence entre les plus hauts salaires et le reste des rémunérations, augmentant moins vite que les gains de productivité que dégageait l’économie dans son ensemble[5]. Le phénomène, bien documenté aux Etats-Unis, s’est produit dans une moindre mesure en France.
 
On peut trouver d’autres exemples plus sectoriels : c’est la redevance qui paye les rémunérations confortables des animateurs et des producteurs de la télévision publique. Ce sont les cotisations maladie qui payent les rémunérations des dirigeants de l’industrie pharmaceutique. Si on prend les 100 plus hautes rémunérations des groupes d’énergie, on tombe sur des ordres de grandeur qui représentent une part non négligeable de ce que l’Etat verse pour compenser le tarif social du gaz ou de l’électricité.
 
Il n’y a donc pas d’un côté des dépenses publiques galopantes et de l’autre des hautes rémunérations exorbitantes, comme deux phénomènes indépendants. Il y a une explosion des hautes rémunérations qui contribue à déclencher des dépenses sociales supplémentaires. Réduire les plus hautes rémunérations, c’est aussi participer, via la réduction des inégalités, à la réduction des dépenses publiques.
 
A ces effets directs des hautes rémunérations sur les dépenses publiques, on peut ajouter des effets indirects, liés aux conflits d’intérêts. Lorsque certains responsables publics, qu’ils soient parlementaires ou experts, gagnent davantage d’argent à travers leurs rémunérations privées qu’à travers leurs émoluments publics, il en résulte que, dans les décisions qu’ils sont conduits à prendre et les avis qu’ils rendent, ils peuvent, consciemment ou inconsciemment, faire pencher l’aiguille davantage du côté des intérêts privés. Ils sont ainsi susceptibles de produire de la dépense publique, déclenchée par leur rémunération privée. Ainsi les experts qui, sous contrat avec un laboratoire pharmaceutique, influencent les commissions qui se prononcent sur le taux de remboursement d’un médicament ou sur sa mise sur le marché, créent un lien entre une rémunération élevée et une dépense publique.
 
Autre effet indirect sur les dépenses publiques, désormais mieux connu : le mode de rémunération des traders, lorsqu’ils spéculent sur les dettes publiques. Il est indéniable que le coût de la déconfiture de la banque Dexia supporté par les dépenses publiques est en partie lié aux mécanismes et aux montants des plus hautes rémunérations de cet établissement bancaire.
 
Peut-on objecter que les plus hautes rémunérations sont aujourd’hui tellement imposées qu’elles font rentrer dans les caisses publiques des montants supérieurs aux coûts qu’elles engendrent ? Non, certainement pas. Le barème de l’impôt sur le revenu, conjugué aux niches fiscales, et complété par la plus faible imposition de certains éléments de rémunération, conduit à des taux marginaux d’imposition qui sont relativement faibles. Autrement dit, si on « déplaçait » un milliard d’euros de très hautes rémunérations pour les reverser à des cadres moyens, à barème d’imposition inchangé, la perte fiscale serait nulle pour les caisses de l’Etat. Ce milliard continuerait à être imposé à la tranche marginale la plus élevée de l’impôt sur le revenu. Il y aurait probablement d’ailleurs un gain pour les finances publiques, car il générerait davantage de TVA et davantage de cotisations sociales, tout en bénéficiant de moins de niches fiscales.
 
On ne peut pas non plus dire que « faire payer les riches » serait en rapport avec les besoins d’une puissance publique faisant face à des déficits colossaux. Si la taxe de 3 %, instaurée par la loi de finances pour 2012, ne rapporte que 300 millions d’euros par an, il s’avère qu’un nouveau barème prévoyant une taxation à 50 % des revenus supérieurs à 100 000 € et à 60 % pour les revenus supérieurs à 300 000 € (au lieu de 41 %) rapporterait chaque année 1,3 milliards d’euros.
 
L’arme fiscale est sans conteste un moyen efficace de compenser les effets des hautes rémunérations. On est loin d’en avoir épuisé les potentialités. Est-elle pour autant le seul instrument à utiliser ?
 
Il y a quelque chose d’insatisfaisant à maintenir un aussi fort étirement de l’échelle des salaires, dans la société en général comme dans chacune des entreprises, que l’on se contenterait de corriger par l’effet de la taxation. Psychologiquement, l’effet n’est pas le même de réduire les plus hautes rémunérations que de les taxer. Ni pour les bénéficiaires des plus hautes rémunérations qui auraient le sentiment d’être spoliés du fruit juteux de leur travail. Ni pour le reste de la société, qui verrait les écarts persister, le même affichage du montant des hautes rémunérations, et qui serait accusé de dépendre en partie des effets de compensation de l’Etat providence.
 
Notre conviction est que l’outil fiscal doit aller de pair avec d’autres leviers.
 
Dans l’entreprise, il faut tout d’abord contrer l’effet « cercle fermé » lié à ce que les plus hautes rémunérations sont de fait fixées par des comités de rémunération constitués d’un nombre restreint d’administrateurs, cumulant souvent plusieurs mandats, et que l’ensemble du conseil n’ose contredire. Sur la place de Paris, quelques dizaines d’administrateurs ont une influence sur plusieurs centaines de millions de rémunérations. Pour neutraliser cet effet, nous proposons deux mesures : l’une consiste à obliger les plus hautes rémunérations à être soumises à l’assemblée générale des actionnaires, après que le comité d’entreprise a été appelé à émettre un avis sur les critères de rémunération. La deuxième mesure, de portée plus large, devrait être de limiter le nombre de mandats pouvant être détenu par un même administrateur. 3 devrait être un maximum, et un deuxième mandat d’administrateur devrait être incompatible avec un mandat exécutif.
 
La rémunération devrait nettement distinguer ce qui relève du salaire de ce qui correspond à des éléments d’intéressement. Au-dessus d’une certaine somme, la rémunération correspondant à la création de valeur ne devrait être constituée que d’une participation à long terme dans l’entreprise. Ceci permettrait d’éviter ces situations dans lesquelles les conséquences d’une mauvaise gestion sont révélées a posteriori, situations illustrées récemment par le cas de la banque Dexia.
 
Il devrait également être mis fin aux autres formes de rémunérations pouvant donner lieu à des opportunités fiscales, lorsqu’elles ne sont pas soumises aux mêmes règles d’imposition que les salaires. Les retraites chapeaux n’ont pas été supprimées avec la réforme des retraites. Elles se traduisent par un supplément de rémunération moins imposé que ne le serait l’équivalent versé en salaire, transformé par son bénéficiaire en produits d’épargne. Les retraites chapeaux sont un beau symbole d’un raisonnement spécieux : ceux qui cumulent, quand ils sont au faîte d’une entreprise, rémunérations et distributions d’actions, anticipent une baisse de pouvoir d’achat avec la retraite de droit commun. Au lieu de considérer que les rémunérations élevées incluent une part de salaire différé, ils considèrent que c’est à leur employeur de garantir un bon niveau de revenu de remplacement. Ils s’exonèrent à la fois du système de retraite par répartition et du système de retraite par capitalisation. Ce n’est plus une pension, c’est purement une rente sans fait générateur contributif !
 
Au-delà de ces règles spécifiques aux très hauts salaires dans les entreprises cotées, l’imposition des hautes rémunérations serait renforcée pour tous les très hauts revenus. Il est incohérent de se déclarer choqué par les très hautes rémunérations et d’être en même temps hostile à des taux d’imposition supérieurs à 50 % au-dessus d’un certain montant de revenus. Pour justifier le bouclier fiscal, il était courant de dire qu’il était choquant de travailler plus d’un jour sur deux pour l’Etat. Mais que signifie cela pour ceux qui en un semestre peuvent percevoir un siècle de salaire minimum ? Quelles sont les normes acceptables en matière de rémunérations ? Et comment les déterminer ?
 
Il serait logique que la question des hautes rémunérations fasse enfin l’objet d’une délibération collective. Dès lors que l’on admet que le montant des hautes rémunérations, avant et après impôt, a un impact sur l’ensemble de la société, il est légitime de ne pas laisser les seuls intéressés délibérer de ce sujet. Une conférence sur les hautes rémunérations, donnant lieu à un débat entre partenaires sociaux, élus, pouvoirs publics et économistes, pourrait être instaurée pour éclairer les décisions qu’il reviendrait aux entreprises de prendre sur le montant des rémunérations, et celles qu’il appartient aux pouvoirs publics de prendre en matière d’imposition. Les travaux de cette conférence seraient nourris par des études précises, sur l’évolution des hautes rémunérations, sur leur poids dans l’économie, sur la réalité du taux d’imposition, sur les comparaisons internationales. La conférence pourrait par exemple se prononcer sur les seuils de revenus à prendre en compte pour l’établissement du nouveau barème de l’impôt sur le revenu. Elle pourrait également proposer des ordres de grandeur ou donner un avis sur le niveau de rémunération au-delà duquel les rémunérations des dirigeants ne pourraient être constituées que de participations au capital de l’entreprise, qu’ils seraient tenus de conserver cinq ans après avoir quitté leurs fonctions.
 
Ces mesures devraient être complétées par une clarification des rémunérations des responsables publics. La transparence théorique, fondée pour la fonction publique sur une échelle des indices, et, pour les mandats électifs, par un plafond de cumul, est mise à mal par le jeu des primes, des indemnités diverses et variées, des rémunérations annexes exclues du plafond de cumul, des avantages spécifiques pour la retraite. Pour ceux qui sont investis de mandats ou de responsabilités publiques, rien ne s’oppose à ce que le montant réel des rémunérations soit public et corresponde à des barèmes dont les règles soient connues de tous, auxquels s’appliquent des plafonds tout compris.
 
Est-ce qu’adopter ces mesures aurait comme conséquence qu’il serait impossible de devenir riche en France ? La réponse est bien évidemment non. Il serait toujours possible de le devenir, mais en créant de la valeur. Un peintre pourrait devenir riche si ses toiles ont du succès, un écrivain si ses livres se vendent. Un créateur d’entreprises pourrait devenir riche si sa start-up devient grande. Et un dirigeant d’entreprise pourrait devenir riche si ses participations dans l’entreprise qu’il dirige prennent de la valeur sur le long terme, par l’effet des décisions stratégiques pertinentes qu’il aura prises.
 
Ce ne serait pas la fin de la richesse. Ce serait simplement la fin d’une certaine forme de rente.

Lire le rapport intégral


[1] Appel publié dans Le Nouvel Observateur du jeudi 25 août :
http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20110823.OBS8954/exclusif-l-appel-de-tres-riches-francais-taxez-nous.html
[2] Etude du cabinet AlphaValue, publiée dans La Tribune du 19 octobre 2011 : « en France […] la rémunération moyenne des dirigeants de banques a bondi de 44,8 %, en 2010, alors que leurs homologues britanniques ont dû se contenter d'une hausse de 8,3 %. »
[3] Gilbert CETTE, Jacques DELPLA, Arnaud SYLVAIN, « Le partage des fruits de la croissance en France », rapport du Conseil d’analyse économique n°85, 17 juillet 2009 : http://www.cae.gouv.fr/IMG/pdf/085.pdf
[4] Ibid. p. 39
[5] Robert REICH, Aftershock : The Next Economy And America’s Future, Random House, 2011.

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10 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 21 décembre 2011 15:22

    Dans notre société riche jusqu’à l’obésité, la pauvreté n’est pas seulement inacceptable, elle est surtout aberrante. Les « grands » patrons français gagnent l’équivalent de plusieurs milliers de SMIC par mois, et côtoient les 5 millions de français survivants sous le seuil de pauvreté....

    http://2ccr.unblog.fr/2010/11/25/revenu-maximum-autorise/



    • J ’ACCUSE...

      -nos banksters de NULLITé...a 15 jours de noel une centaine voir plus de comptes bancaires ont été

       piratés et delester de belles sommes ...idam pour les cartes bleures (MON CAS 517 EUROS...A 15 JOURS DE NOEL QUE FAIS JE OFFRIR A MES PETITS ENFANTS)

      non contents de se faire renflouer 2 fois par nos impots.ils ne sont pas capables de se payer
      un systeme de protection efficace.

      HIER A L ASSEMBLEE NATIONALEle texte sur le rattachement de LA LOIRE ATLANTIQUE A LA BRETAGNE A ETE VOTE ...il y avait si peu de députés QUE le texte grace a nos deputes bretons est passe

      que vont faire ces TRAITRES DE SARKO ET GUEANT OU LE RENARD ACCOYER...TOUT ANNULER COMME D’ HAB QUITTE A ETRE ENCORE UNE FOIS ridicules

      TOUT EST VRAIMENT POURRI DANS DE ROYAUME SARKOZIEN

      VIVE LA REPUBLIQUE VIVE LA BRATAGNE A 5 DEPARTEMENT N EN DEPLAISE AUX JACOBINS DE L UMP PARIS...DES NULS


    • Patrick Samba Patrick Samba 21 décembre 2011 16:50

      Bonjour,

      Terra Nova est bien ce « think tank progressiste, INDÉPENDANT », financée à 80% par le mécénat d’entreprise et par la cotisation des adhérents ? (source : Wikipédia) Liste des mécènes ayant effectué un don à Terra Nova :

      Acticall[8 ]Areva[8]BPI[8]Caisse des Dépôts et des Consignations[8]Cap Gemini[8]EADS[8]EDF[8]Euro RSCG[8Fred & Farid[8]German Marshall Fund of the United States[8]La Netscouade[8]Microsoft[9]Publicis[9]RTESAP AG[8]SNCF[8]Total[8

      Comme Terra Nova « veut contribuer à la rénovation intellectuelle et à la modernisation des idées progressistes », peut-on profiter de sa définition rénovée et modernisée de l’indépendance ? En vous remerciant.



      • IL EST INADMISSIBLE QUE DES GENS COMME PROGLIO OU ANELKA GAFNENT PLUS DE

        100 MILLIONS D EUROS PAR MOIS..............

        que nos senateurs et deputes puissent etre de plus marchands de biens...avocats d’affaires ou gerants de SCI (ex sci bron buchmann 75016 °°)
        cope et lellouche et des centaines d autres qui cumulent mandats nationaux..ministres...députés....sénateurs
        CELA SUFFIT....CA VA PETER §§§§§


        • lloreen 21 décembre 2011 17:53

          C’est nouveau ? Ca vient des states ?Encore une de ces techniques bien rabâchées de l’enfumage pré électoral....
          Vous savez mieux que quiconque que ce genre de « manoeuvre » se contourne plus vite qu’il ne faut pour l’écrire....Et vous allez contrôler cela comment ?Par implantation de la micro-puce Rfid ?
          C’est vraiment pathétique ...


          • kiouty 21 décembre 2011 23:12

            Ha haaaaaaaaaaa ! Notre Think Tank le plus détesté revient pour enfoncer des grosses portes bien bien bien ouvertes.

            Déjà, rien que le titre est d’une nullité Hollandienne. C’est une régulation tout court qu’il faut, pas seulement des hautes rémunérations.

            Bref, je n’ai bien entendu rien lu du tout de l’article, soyons rationnels, mais je prends du temps pour le dire !


            • TSS 21 décembre 2011 23:34

              @terranova

              Ne reprenez pas (en moins bien) ce que Melenchon repete depuis 1 an !

              grille des salaires de 1 à 20 maximum c’est à dire au 1/01/2012 :

              le SMIC à env 1430 €/mois donc le salaire le + elevé 28600 €/mois,

              c’est beaucoup mais comparé à ce qui se fait maintenant c’est peu mais

              surtout indexation du salaire minimum sur le salaire maximum... !!
               


              • ddacoudre ddacoudre 22 décembre 2011 10:00

                bonjour terra nova

                j’aurai envie de dire boff, mais j’apprécie toujours ceux qui essaient d’apporter une solution ou une réflexion.

                quand la lutte de classe existait, avec un syndicalisme fort, les négociations sur les salaires comportaient toujours deux volet l’évolution des basse rémunération en pourcentage et celui des hautes en valeur. je comprend que l’état régulateur ait une action, j’ai toujours été un keynésien.

                mais la transformation idéologique que nous avons vécu à été fondatrice des reproches qui sont exprimé aujourd’hui, ce n’est pas votre président qui dira le contraire.
                nous avons choisit un ordre de vie issus de l’entreprise que nous avons importé à l’Europe et au sommet de l’état.
                nous avons sans cesse dénigré la fonction sociale des prélèvements présentés comme des charges, un langage éminemment comptable.
                il est indéniable qu’une limitation des hauts revenus auraient une incidence, mais si pour beaucoup les milliards annoncés rapporté à leur salaire parait fabuleux, il ne sont rien par rapport au gain que rapportent les dépôt à vu et ce qu’il permettent (notamment de faire glisser le pouvoir du peuple aux banques ou aux marchés au choix).
                en une vie de militantisme syndical et politique chez mes ex amis socialistes que j’ai quitté lorsqu’ils ont reconnu la loi du marché, il n’a pas manqué d’interrogations ni de recherches de solutions pour en arriver ou nous en sommes, c’est dans le fil du déroulement de cette histoire qu’il faut rechercher ou l’on a failli.
                en 1973 j’ai réclamé la 5è semaine de congé et les 35h, il a fallu 20 ans pour y parvenir, et ce n’étaient pas seulement le patronat qui s’y refusait, mais les salarié qui n’y croyaient pas.
                dans l’entreprise où je travaillais nous l’avons eu en 1974, j’étais quasiment le seul à y croire et j’ai du convaincre jusqu’à la CGT que les gains de productivité et la technologique le permettait. ceci pour dire seulement que l’information distillée au prés des citoyens peut être un frein. ( c’est l’inox actuelle, la ruine si l’on ne sauve pas l’euro, comme A.Smith au 17 siécle)
                en 81 un ami socialiste me demandait pourquoi je n’était pas exubérant comme la population, je répondis que j’étais content pour un ami qui avait milité sa vie durant et avait peur de mourir sans voir la gauche arriver au pouvoir mais que les cailles ne tombent pas rôties. le futur ma donné raison.
                 certainement une anecdote émotionnelle, mais ce qui l’était moins c’est que Mitterrand fut élu sur un malentendu, car il fut l’acteur de l’abandon de la lutte de classe, c’est a dire du moyen qu’on ceux qui sont « exploités’ de rétablir une certaine égalité économique dans les antagonismes d’intérêts de classe.
                ceci ne signifie pas qu’il ne soient pas interdépendant..
                alors vous pouvaient chercher toutes les solutions pour palier à cela, si vous ne donnez pas aux populations le moyen d’une stabilisation des inégalités de pouvoir économique, tous ce que vous élaboreraient sera contestés ou effacés.
                les socialistes ont instauré l’obligation de négociation annuelle sur les salaires, est-ce que cela a empêchait les injustices de rémunération que vous soulevez.

                en 82 je posais par une aporie le dilemme suivant, si dans une société moderne la technologie permet de produire nos besoins avec seulement 10 millions de personnes ,où les autres trouverons leurs sources de revenus. la réponse vous la connaissez, transfert d’activité, services, croissance par le crédit, surconsommation (production du jetable), revenu du capital.

                j’ai mis 17 ans pour envisager une réponse, créer des universités d’enseignements pour adultes, créer ce que j’ai appelé rémunérer les hommes pour apprendre ou » le Marché de l’intelligence"
                notre nature culturelle baigne dans le Savoir qui s’empile depuis des Siècles. les découvertes liées à la mécanique quantique démontrent que nous avons une potentialité cérébrale énorme.
                ce n’est pas pour autant que nous sachions l’utiliser pour sortir des blocages fondateurs (l’homme bloqué). dans notre cerveau nous avons donc la richesse la plus abondante qui soit, et nous savons qu’attiré par la rareté nous rejetons comme insignifiant ce qui est abondant, jusqu’à ce qu’en, en ayant fait une denrée rare il présente un intérêts pour posséder ce que l’autre désirera et attirer la femelle( rien de plus basique qui tient dans le cerveau reptilien) comme quoi.

                nous pouvons donc envisager d’en faire une source de revenu complémentaire à l’activité travail avec deux objectifs nourrir notre esprit de savoirs et maintenir ses acquis, ouvrir l’esprit au discernement et à la critique, permettre au cerveau d’avoir un magasin de connaissant dont l’homme fera un usage reptilien en changeant les paradigmes de la société par des innovations que l’environnement et ses désirs lui suggèreront.

                deuxièmement plus personne ne sera sans un revenu(mais il ne faut pas en faire une denrée abondante), et l’on peut se rendre dans une université comme l’on se rend au travail.
                cela est compatible et nécessaire au développement de l’éco-économie. sinon elle sera rejeté et s’imposera par la catastrophe comme toujours.
                ddacoudre.over-blog.com .
                cordialement.


                • lisée 22 décembre 2011 11:51

                  Selon moi la fixation des montants salariaux doit rester libre. Par contre, l’impôt sur le revenu doit être bien davantage progressif. De plus, suppression du bouclier fiscal et contrôle fiscal renforcé. En outre, les non résidents fiscaux doivent voir, par la loi, leur fiscalité alignée sur celle de tous Français,à charge pour eux de renoncer à la nationalité Française s’ils le veulent. Mais dans ce cas, quand ils viennent chercher des sous en France : prélèvement à la source !
                  Lisée.


                  • lemouton lemouton 22 décembre 2011 11:58

                    Je vous avoue qu’à chaque fois que je lis un article sur les hauts salaires, me vient la question
                    - mais qui payent ces salaires ?..

                    si ce sont des entreprises privées, qu’ai je à dire si les conseils d’administration sont assez c**s pour payer ces sommes à des « irremplaçables » ??  smiley

                    Aprés, sur un autre plan, il y a évidemment toute la fiscalité française à revoir, dés que le squatter de l’élysée aura été éjecté dans les limbes.. smiley

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