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Pourquoi il faut s’emparer du débat sur l’identité nationale

Faux débat, celui de l’identité nationale ? Bien des réactions au projet annoncé par Éric Besson – en pleine polémique sur, entre autres, l’expulsion de clandestins afghans – d’organiser un « grand débat » sur ce délicat sujet tendent à le considérer comme du temps perdu, évoquent le syndrome d’une France malade qui ferait bien de s’aérer en ouvrant les fenêtres plutôt que de s’enfermer au grenier, quand ils n’y voient pas un ersatz allégé de la « lepénisation des esprits » en sinistre vogue au cours des années 1980. Le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire accréditerait même presque explicitement ce soupçon en affirmant comme il le fait que l’intention est légitime de ramener dans le giron républicain – entendez à l’UMP – les « braves gens » égarés dans le vote frontiste.

Le Pen light ?

Quel serait alors la nouvelle formule de cette mixture Le Pen light ? Le liquide est toujours trouble et présente la même saveur discrètement acide. En guise d’édulcorant, l’étranger n’est pas stigmatisé en soi mais atteint de biais, indirectement, à travers des images mises en avant de manière spectaculaire. Il y a celle du clandestin que l’on raccompagne – attention, avec humanité – dans son pays, fût-il en guerre, à qui l’on paye quelques jours d’hôtel et fournit un petit pécule qui contribuera à rétribuer le passeur qui lui permettra peut-être de tenter à nouveau sa chance quelque part dans l’espace Shenghen. Le clandestin – différent du sans-papier, lequel n’est clandestin que par la faute de la loi ou de ceux qui l’exécutent – fait l’objet de mesures de regroupement et d’éloignement, tandis que les préfectures tiennent un registre des expulsions pour remplir les objectifs assignés par le ministère de l’Intérieur. Occupant tout l’espace médiatique à la remorque de la vulgate gouvernementale, le clandestin éclipse l’immigré régulier et devient la représentation même de l’immigré.

L’autre image brandie dans les médias est celle de l’intégriste, couplée à son complément dialectique : la femme opprimée par l’intégriste. Dans la patrie de la laïcité et de l’égalité, quel meilleur client pour le rejet que le musulman traditionaliste imposant à sa femme le port de la burqa ? Qu’importe que ces femmes fantômes, si affligeant soit leur sort, ne se comptent que par quelques centaines, au pire quelques milliers en France : c’est un sujet majeur car voilà un coin enfoncé dans notre pacte républicain, un voile d’obscurantisme couvrant notre rayonnante identité nationale. Vient à leur suite, mystérieux et menaçant, cet « islam des caves » qui rappelle les chrétiens des catacombes, avant-garde plus illuminée qu’éclairée d’une nouvelle civilisation appliquant avec autant de résolution que d’hypocrisie, sa stratégie de conquête de l’Occident.

Il est étrange ici de constater que l’immigré « haïssable » n’est plus celui qui « mange le pain des Français », ni celui qui dans les barres HLM, dérange son voisinage par ses comportements domestiques – « le bruit et l’odeur », comme disait un homme politique du XXe siècle. Ce n’est plus du Le Pen, c’est autre chose. Ce glissement des discours et des représentations qui s’y associent peut trouver deux types d’explication : soit les causes de ces discours ont disparu (les immigrés ont pris l’habitude de chuchoter et de tout cuire à la vapeur, le taux de chômage est descendu au minimum frictionnel et la concurrence pour les emplois n’est donc plus un enjeu pour personne, la coexistence d’individus de cultures différentes dans une promiscuité délabrée s’est miraculeusement apaisée, la peur du déclassement s’est brusquement évanouie, les zones péri-urbaines ont été réhabilitées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire...), soit la coupure entre les élites et le peuple est telle que les ressentis populaires sur l’immigration font désormais l’objet d’un déni absolu. En fait, l’explication empreinte ces deux pistes : quarante ans de cohabitation et de métissage dans les quartiers populaires ont permis en effet de réduire les préjugés réciproques et de faire progresser, considérablement, le « vivre-ensemble ». Cependant cette tendance, à ne surtout pas confondre avec celle, opposée, de la paupérisation économique et culturelle, de la précarité matérielle et de l’insécurité, ne caractérise nullement le « vivre-ensemble », au sens de la mise en partage permanente et constamment renouvelée de ce qui forme la communauté des citoyens. Le fossé entre gagnants et perdants de la mondialisation se creuse chaque jour et rend béante une nouvelle question sociale soigneusement évacuée des programmes des partis de gouvernement, de droite comme de gauche [1].

Dans ce contexte, un débat sur l’identité nationale est-il si superflu ? En aucun cas s’il permet, laissant de côté les questions stupides – faut-il chanter la Marseillaise en classe ? peut-on planter un drapeau tricolore dans son jardin ? – et réaffirmant en revanche le rejet sans condition ni compromission du racisme et de la xénophobie, de s’interroger collectivement sur le pacte unitaire de la nation, c’est-à-dire d’une part ce que nous avons en partage, ce qui, oui, au milieu du monde, nous distingue en tant que Français, d’autre part ce qui alimente au jour le jour de manière très prosaïque la conscience nationale, à savoir la solidarité entre les groupes sociaux et entre les territoires.


Les ressorts du grand débat sur l’identité nationale sont cousus de fil blanc. C’est pour en découdre qu’il faut s’en emparer.

Alors certes, Éric Besson est un brillant cynique parmi d’autres brillants cyniques, agissant sur commande. Personne ne peut, tant elle est grosse, manquer la ficelle qui commande les pantins à figure de Marianne, Jeanne d’Arc, Renan et consorts. À quelques mois maintenant des élections régionales, prévues en mars 2010, les motivations de ce grand débat sur l’identité nationale qui va occuper le terrain en janvier et février dans chaque département [2], sont démasquées.

En 2007, Nicolas Sarkozy a su capter une part sensible de l’électorat protestataire en agitant quelques chiffons habilement choisis et en mimant la proximité avec le monde ouvrier. Durant sa campagne, seul à droite ou presque, il a pu et su, en somme, parler au peuple sans craindre de rompre avec l’électorat traditionnel de l’UMP. Aujourd’hui, ce pacte implicite entre le peuple et les élites se nourrit plutôt, dans l’opinion, de désillusions. La crise économique, le chômage persistant, les réformes enlisées, les oripeaux monarchiques, les tendances dynastiques cadrent mal avec les promesses du candidat. Que dire aussi de l’obsession sécuritaire du pouvoir qui se perçoit non par un État protégeant les citoyens que par un État se protégeant des citoyens. Quelle rupture symbolique plus forte que ce sentiment populaire d’être hors de la place-forte, exposé à toutes les menaces, quand le pouvoir, paranoïaque, consolide les remparts autour de lui-même – image qui renvoie évidemment à celle de l’opposition entre centre-ville embourgeoisé et périphérie paupérisée.

À cette désillusion s’ajoute la confusion largement alimentée par le président de la République au début de son mandat dans sa rhétorique de la diversité. De propos ambigus en nominations maladroitement justifiées, il a tenté d’exploiter une veine qui, dans une nation de tradition unitaire et égalitaire, expose à tous les dangers, à commencer par celui de se faire accuser, en filigrane, de favoritisme envers l’immigré aux dépens du « peuple » – entendu ici comme « Français de souche ».

En somme, la rupture du pacte à l’épreuve du pouvoir, observable dans les enquêtes d’opinion, se transforme trivialement en problème électoral [3]. Ses données sont relativement simples : les élections régionales auront lieu en mars 2010 ; la gauche est aujourd’hui majoritaire dans vingt régions sur vingt-deux ; dans un grand nombre de régions, la majorité de gauche ne tient que par la forte position du Front national ; l’alliance avec le parti de Jean-Marie Le Pen est, bien entendu, exclue. Rien de nouveau sous le soleil : le FN est encore l’arbitre de cette élection dont l’enjeu est majeur. Reconquérir massivement les régions perdues en 2004, c’est se mettre en position de force pour poursuivre les réformes voulues par le président de la République et aborder plus sereinement la présidentielle ; échouer, c’est risquer de fournir à la gauche un levier opportuniste pour amorcer sa réunification et sa relégitimation dans la perspective de 2012.

Dans ce scrutin régional, la gauche a tout intérêt à focaliser le débat à deux niveaux : valoriser le bilan des équipes sortantes et brandir la nécessité d’opposer à l’hyper-présidence sarkozienne un contre-pouvoir robuste. Pour le Parti socialiste et ses proches, le terrain est donc local et institutionnel. Pour l’UMP, privée en partie du ressort du bilan de la présidence Sarkozy – plombé de surcroît par la réforme mal emmanchée des collectivités territoriales et de la fiscalité locale – et de fait en incapacité de présenter des bilans locaux, l’enjeu est d’attirer le débat sur des thématiques lointaines : ainsi le grand emprunt projette la France à dix ans et le débat sur l’identité nationale l’élève à l’éternité de son existence historique et de son essence mythologique.

Le souhait de contrecarrer la stratégie politicienne de l’UMP forme-t-il une raison suffisante pour refuser le débat sur l’identité nationale ? À l’évidence non, cette raison étant tout aussi superficielle que l’initiative du ministre Besson. En revanche, rien ne serait pire que de rester dans le cadre factice du débat tel que posé par le gouvernement ou, en refusant de s’en saisir, de laisser aux communicants du pouvoir la main sur sa conduite. On a vu plus haut que soulever la question de l’identité nationale, ce n’est pas seulement agiter des grigris tricolores – auxquels on peut être, par ailleurs, très légitimement attaché. Ce grand débat est aussi une occasion à saisir pour poser la question de la solidarité nationale (et de l’avenir des services publics), celle de la souveraineté nationale et populaire (et de l’Europe supranationale), de la conformité de la politique étrangère française à ses valeurs, du sens et de l’avenir de la francophonie... Comment choisir, en ignorant ostensiblement la perche tendue par le ministre Besson, en abîmant la perspective d’un large questionnement dans le cloaque politicien, en abandonnant cet espace aux manipulateurs d’opinion, de négliger de tels sujets qui sont, en réalité, le cœur du sujet ?

 

[1] Voir à ce sujet l’ouvrage de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, Recherche le peuple désespérément, Paris, Bourin éd., 2009.

[2] Voir le communiqué de presse.

[3] Un [sondage publié par Le Nouvel observateur indique que Nicolas Sarkozy perdrait aujourd’hui près de 20 % de l’électorat qu’il avait rassemblé au premier tour de l’élection présidentielle de 2007. D’autres études circulent selon lesquelles la droite pourrait même perdre les deux seules régions qu’elle détient.

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Politique Intégration

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    Par Romain Desbois (xxx.xxx.xxx.104) 10 novembre 2009 12:15
    Romain Desbois

    Je suis d’accord, débattons tout en sachant les arrières pensées. Ainsi ci-dessous ma contribution, envoyée cinq fois sur le site ad hoc et qui n’a jamais été publiée.

    Je suis FRANCAIS, moi monsieur !

    Etre français c’est :
    - considérer que les droits de l’humain sont compatibles avec les intérêts de la France
    - voter sans qu’ensuite nos élus votent le contraire
    - croire en la démocratie participative confisquée par une majorité représentant à peine 20% des électeurs.
    - ne pas s’avilir à pactiser avec des dictatures, fut-elle chinoise
    - défendre l’autodémination des peuples et ne pas considérer que c’est juste un problème interne comme pour le Tibet
    - ne pas faire la guerre à un peuple au nom des droits de l’homme comme en Irak et en Afghanistan
    - considérer que la vie d’un français ne vaut pas plus que celle d’un autre humain
    - ne pas violer les droits de l’homme et particulièrement l’article 18 (voile,burqa et bermudas)
    - toujours aider les plus démunis avant de privilégier les autres
    - privilégier la prévention avant la guérison
    - privilégier le logement avant la douche superflue
    - partager plus pour travailler tous
    - ne pas sauver les "bankters" avec l’argent des Français à leur détriment

     protéger et accueillir ceux qui fuient la misère et la guerre et ne pas les renvoyer sous prétexte qu’un humain devrait avoir des papiers pour avoir le droit de vivre.
    - ne pas subventionner les exportations pour faire de la fausse croissance tout en créant la misère ailleurs
    - prendre sa part et même au delà de toute la misère du monde
    - interdire les poisons plutôt que d’engraisser les labos
    - croire que la véritable liberté est la liberté de choix
    - penser que "la neutralité sert toujours l’oppresseur, jamais l’opprimé" ElieWiesel
    Etre Français c’est tout l’inverse de ce que fait le gvt !

  • vote :
    Par clostra (xxx.xxx.xxx.60) 10 novembre 2009 12:40

    Ah ! oui, je vois !

    C’est que les cris de l’équipe au pouvoir pour enfin entendre l’opposition ne sont pas assez efficaces ! Pourtant ils sont là, dans le gouvernement, mais coupés de leur base ils n’ont plus d’idées (ou de légitimité pour les exprimer).

    L’opposition n’est pas au rendez-vous des copieurs.

    Très astucieux de lancer un débat sur l’identité nationale pour faire ressortir ces fameuses idées qui manquent au gouvernement.

    S’il en est une, une seule : voyez ! remplacer 100 000 postes d’enseignants par 100 000 postes de policiers, c’est une erreur de goût, vous savez, ce bon goût français du terroir !

    C’est que les enseignants votent plus facilement à gauche et qu’ils sont - peut-être - plus, euh disons, cultivés. ils ont également plus de chance d’apprendre aux petits français au teint clair ou aux cheveux crépus, ce qu’est un honnête homme.

    Pourtant dans la tradition française, l’ascenseur social fonctionnait sur 2 ou 3 générations, de l’employé de mairie à l’industriel, en passant par le maître d’école et ceux qui faisaient leurs "humanités", enfin, les grandes écoles.

    Il y avait bien ceux destinés à faire de la chair à canon échappant par chance aux honneurs de la France (lire "aux horreurs de la guerre"), faisant belle carrière dans l’armée. Ceux-là n’étaient sans doute pas issus de famille d’instituteurs.

    Et puis, il y avait le garde champêtre qui savait rouler du tambour et même lire les "avis à la population" et parfois courir - pas trop vite - après les glaneurs et les braconniers. Dans les villes, les gardiens de square etc

    Douce France, le pays de mon enfance...

    On ne veut rien vous dire, on veut que vous trouviez tout seul, et si vous ne trouvez pas c’est que vous n’êtes pas français !

  • vote :
    Par citoyen (xxx.xxx.xxx.21) 10 novembre 2009 14:44

    Mais Mr Desbois , ce que vous énoncez là , c’est une profession de foi , une façon de voir les choses , pas une définition . Il y a bien des gens qui ne sont pas du tout commme vous dites et qui sont français quand même , voyons ! voyons ! Vous n’aimez pas Le Pen , je pense (moi non plus d’ailleurs ) , et il est aux antipodes de votre description : il ne serait pas un Français , alors ? il serait quoi ? Papou ? Aztéque ?

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