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Pourquoi le Royaume-Uni est le pays de l’impossible populisme ?

Il n’est pas facile d’être considéré comme extrémiste en Angleterre. La plus vieille démocratie du monde n’a jamais été un terrain favorable au développement de mouvements populistes. Si nous revenons en arrière, même des politiques comme Enoch Powell, qui dénonça les dangers d’une immigration asiatique massive, resta un membre, certes radical, du Parti conservateur. Pour les partis de gauche, on peut faire la même constatation avec un Ken « le rouge » Livingstone, le maire de Londres. Sa mise à pied de six mois, suite à ses propos qualifiant un journaliste de « gardien de camp de concentration », n’a pas remis en question son adhésion au Parti travailliste. Même le tribun du Parti unioniste d’Irlande du Nord, le révérend Paisley, anti-catholique virulent, qui a passé toute sa carrière politique à dénoncer le complot « Poppish » et les espions jésuites, est un membre du Parti conservateur et, oh ! Surprise, il vient de prendre le mois dernier le thé avec l’archevêque d’Armagh ! Enfin, même notre Tariq Ramadan en est réduit à être méprisé et insulté par les radicaux religieux du Londonistan devant les caméras de Channel 4.

On pourrait désespérer en matière de populisme de l’Angleterre s’il n’y avait le British National Party et le Parti respect pour exprimer un populisme à l’anglaise.


Le BNP est issu des différentes mutations du nationalisme anglais, du British Union Fascists d’Oswald Mosley créé dans les années 30 et dissout durant la Seconde Guerre mondiale, en passant par la League of Empire Loyalist des années 50 créé par Arthur K Chesterton, qui donna le jour en 1967 au National Front, qui expira dans les années 80, et donna le jour au BNP de John Tyndall. On peut observer que l’histoire du fascisme en Angleterre est une suite de naissances de partis suivies d’agonies rapides, et de reformations. Mais remarquons que depuis Mosley il y a une permanence du nationalisme en Grande-Bretagne.

Aujourd’hui, le parti d’extrême droite ne compte aucun député au Parlement. On y trouve, à peine, 53 conseillers dans divers gouvernements locaux sur un total de 20 000 pour les îles. Dirigé par Nick Griffith, le Parti est ouvertement populiste, ethnique et nationaliste, il est enregistré dans le groupe Euro Nat au Parlement européen, aux côtés du Front national français et de la Fiamma tricolore italienne. L’électeur du BNP est issu de la « working classe » et se situe en milieu urbain et industriel, le plus souvent perdu en plein milieu de ghettos pakistanais ou jamaïcains. Le parti par ses statuts est réservé aux « natifs caucasiens ». Ce qui posa des problèmes à Sharon Ebanks, conseillère BNP de Birmingham, à qui certains cadres du parti reprochèrent un père jamaïcain. Cette dernière, après un démenti, prit ses distances avec le parti. La stratégie du BNP est essentiellement médiatique, par la provocation, voire les procédures juridiques. Il a bien tous les symptômes du populisme. Il se fait le défenseur « du droit des blancs », émet des doutes sur l’existence de l’holocauste, et il est ainsi ouvertement antisémite et anti-islamique.
Quel avenir pour le BNP ? Aujourd’hui le Parti nationaliste essaie de trouver un électorat en faisant des approches vers le Parti indépendantiste européen (UKIP), espérant faire une apparition à la prochaine élection européenne dans le paysage populiste européen. S’il survit ! Oui, s’il survit, car le BNP compte 6 502 membres dans toute l’Angleterre, et les dettes du parti avoisinent les 52 512 £. C’est pourquoi, on peut présager une nouvelle mort du parti, suivie d’une énième reformation ou, à l’exception des précédentes, on pourrait voir une alliance : une fusion avec UKIP, l’un apporterait sa représentation européenne et l’autre sa représentation nationale. Toute alliance n’est pas pour le moment envisageable, compte tenu des positions négationnistes du BNP et de son image de parti « skin head » qui lui colle à la peau, ce qui le rend infréquentable.

Avec le Parti respect de George Galloway, nous sommes aussi dans un populisme, mais, cette fois-ci, à tendance « people » altermondialiste. Galloway a été un des protagonistes « houses mates », du « Celebrities Big Brother », l’équivalent anglais de la « Ferme célébrités ». Un bon client pour les médias.
Il est le politique que l’on aime détester, il a un parfum de soufre. Il a été mis à la porte du Parti travailliste à la suite de ses propos violents contre la politique de Blair en Irak. Il a visité Saddam Hussein à plusieurs reprises et il ne fait pas mystère de ses opinions antisionistes. On peut noter aussi qu’il est très proche de l’opposition pakistanaise représentée par Benazir Bhutto.
Le Parti respect tient son nom de la chanson d’Aretha Flanklin qui accompagna la lutte des droits civiques du pasteur Martin Luther King. C’est une référence constante des partis populistes de gauche, reprise par le mouvement de Dieudonné et elle est présente dans les discours de Tarik Ramadan. On pourrait résumer le programme de Respect par l’acrostiche de : Respect, Equality, Socialism, Peace, Environment, Community, & Trade union.
Galloway est l’unique représentant de son parti à la Chambre des communes. Il a été élu après une campagne médiatique et polémique dans la circonscription de Londres de Benthal Green & Bow, un quartier de Londres à forte population d’origine pakistanaise.
« Respect » regroupe dans une sorte d’alliance hybride et hétérogène, un mélange où l’on trouve : le Parti des travailleurs sociaux, l’Association des musulmans britanniques, le réalisateur Ken Loach, l’écrivain Harold Pinter, le groupe socialiste international, les résistants socialistes et les communistes révolutionnaires britanniques.
Galloway retrouve à la tête d’une coalition hétéroclite, de groupes gauchistes, en passant par quelques dissidents écologiques et d’associations islamistes. C’est Mai-68 qui a rencontré la Charia, les Bobos et les Imans. Cette alliance n’est pas sans problème, il y a eu des tensions au sein du parti à propos du mariage gay. Galloway va-t-il pouvoir faire cohabiter les libertaires altermondialiste et les moralistes censeurs musulmans ? On ne peut pas lui prévoir un avenir national. « Respect » a une implantation limitée à la circonscription de Galloway, une représentation microscopique et il est marqué socio-culturellement. De plus, le leader du parti est plus considéré comme un « people » du grand carnaval médiatique qu’un politique sérieux. Sa prestation dans « Celebrities Big Brother » a fait grand bruit certes dans la presse, par pour sa prestation, mais par son abandon pendant deux semaines de son siège au Parlement. Considéré comme un irRESPECT de sa fonction élective.

Ces deux partis ont fait leur lit dans le communautarisme qui, aujourd’hui est remis en question de plus en plus en Angleterre. Ils ne sont que des phénomènes épidermiques qui sont symptomatiques du dysfonctionnement de la société multiculturaliste.
Aussi, le populisme à l’anglaise est plus médiatique que politique et n’arrive pas à décoller dans les sondages.
À quoi devons-nous cela ? Il y aurait deux facteurs défavorables au développement du populisme : d’abord, l’Angleterre est le pays de la libre expression, j’en veux pour exemple les speakers d’Hyde Park et les Imans du Londonistan, ainsi la liberté est absolue et incontestable, bien qu’à la suite des attentats terroristes et à la conjoncture internationale, cette liberté soit légèrement contrôlée. La provocation politique qui est symptomatique des mouvements populistes n’a pas prise sur un électorat pragmatique et flegmatique. Il faut convaincre pour être élu et non faire peur. Au mieux le BNP et Respect sont admis comme des mouvements politiques excentriques. Excentricité que les Anglais admettent assez bien traditionnellement.
De plus, les deux partis principaux Labour et Torys, sont des formations ayant une capacité de rassemblement assez large. Pour exemple, le Labour regroupe le libéral Tony Blair et le rouge Ken Livingstone. Et le Parti conservateur fait cohabiter le catholique commissaire européen Chris Patten et un Ian Paisley, protestant et unioniste irlandais.
La deuxième raison est sûrement le fait que la Grande-Bretagne est dirigée par une reine qui incarne la nation et reste incontestée dans son royaume. Il est donc très difficile pour le BNP d’être plus nationaliste que la reine. Le patriotisme étant un sentiment assez profond dans l’âme britannique, ce fort sentiment national est une résistance face au nihilisme inhérent aux altermondialistes. Les Britanniques aiment leur pays, leur culture, leur « way of life ». Ils en sont fiers qu’ils soient Ecossais, Gallois, Irlandais ou bien Anglais, Asiatiques ou West Indies. C’est cela, le Commonwealth : une union de différents peuples autour d’une valeur supérieure la monarchie, la couronne.
On peut donc faire ce constat : peu d’avenir pour le populisme en Grande-Bretagne, quitte à décevoir l’extrême droite française, en quête perpétuelle d’alliés européens. Depuis Cromwell, le pays se méfie des inspirés et des pourfendeurs de justice. Alors : « No futur », pas d’avenir pour le BNP, pas d’avenir pour le People Respect. Peut-être qu’à la télévision, on pourrait réunir les deux pour un show de télé-réalité ! Cela devrait faire de l’audience !


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4 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 23 janvier 2008 13:17

    Oui,c’est bien connu qu’en Angleterre les gens ne s’entretuaient pas dans les stade de foot

    Combien de morts déja ????????????????????????????????

    ==> merci d’indiquer un chiffre ici pour l’Anglettre

    ==> mettre ici le chiffre en France

     


    • Djanel 23 janvier 2008 13:32

      Lerma premier arrivé premier servi

       


    • Daniel Roux Daniel R 23 janvier 2008 20:25

      Je ne pense pas qu’un parti plus à droite soit vraiment nécessaire en Grande Bretagne.

      Vous savez déjà que le gouvernement travailliste, probablement au nom des ses électeurs, a refuser d’adhérer à la charte des droits fondamentaux du nouveau traité européen ?

      Ce que vous ne savez sans doute pas, c’est que les anglais ont également refusé d’améliorer le statut des salariés intérimaires européens.

      Sous quel prétexte me demandez-vous ?

      Ils ont avancé un argument irréfutable : Si les intérimaires disposaient des mêmes droits que les salariés normaux, ils n’auraient plus de raison d’être.

      Blocage et report sur le sujet, comme d’hab.

       


      • Andoni Casares 24 janvier 2008 10:59

        Stupefiant, ce Lerma... Comment fait-il ... Un phénomène... Le road runner de la vacuité... Il n’y a qu’à AV qu’on voit ces émotifs du clavier...

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