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Pourquoi Mélenchon fait partie du système

Jean-Luc Mélenchon a tranché. En vue de sa campagne pour 2012, à la tête du Front de Gauche, on pouvait s’attendre à ce que toute son énergie soit consacrée à la lutte contre le système capitaliste, la suprématie des banques ou le patronat. Et bien non, son objectif est tout autre. « Mon adversaire, c’est elle ! » a-t-il prévenu.

Elle, c’est… Marine Le Pen, présidente du Front National. Devant ce sens des priorités pour le moins farfelu, on en vient à se demander qui est au pouvoir (politique) depuis des décennies. Est-ce le Front National ou la fausse alternance UMPS qui occupe le trône surplombant le tas de ruine qu’est devenue la France ? Et comment se fait-il qu’un prétendu adversaire du système ait les mêmes ennemis prioritaires que ce dernier ? Analysons.

Qu’est-ce que le système ?

Si l’on regarde la situation d’un œil conceptuel : l’antithèse (ici, le PS) s’oppose à la thèse (l’UMP). Au fur et à mesure que l’affrontement dure – et cela fait déjà bien longtemps -, les deux blocs parviennent petit à petit à des compromis, s’influencent l’un l’autre, se mêlent, et finissent au final par ne faire qu’un, ou presque. De cette fusion naît la synthèse. Cette synthèse, c’est l’UMPS d’aujourd’hui.

Car mis à part quelques sujets de société, force est de constater que les deux forces politiques dominantes sont en parfait accord, bien que tout cela soit habilement dissimulé, sur l’essentiel de leurs positions (à ne pas confondre avec leurs postures). La même politique économique libérale, européiste, soumise à la finance internationale. La même politique étrangère interventionniste, impérialiste et atlantiste. Je passe sur bien des points, sur lesquels souvent, seul le discours varie.

Tel est l’UMPS, telle est la synthèse, tel est le système. Mais ce dernier ne se résume pas qu’à ses seules forces majoritaires. Tout corps périphérique se soumettant, s’alliant, ou négociant avec l’une de ces deux forces fait, de facto, partie intégrante du système. Et aujourd’hui, nombre de formations politiques (Nouveau Centre, Modem, EELV…) font, par intérêt sans doute, corps avec lui. Jean-Luc Mélenchon, aussi, en fait partie.

Qui est vraiment Mélenchon ?

Car pour ceux qui ne le savaient pas encore, Jean-Luc Mélenchon n’est pas « le bruit et la fureur », la voix du peuple en colère. Il n’est rien d’autre que l’agitateur de l’aile gauche du PS, tout au mieux. Car si en 2012 – c’est un fait objectif – ses chances d’accéder au second tour sont minces : qu’importe, puisque cela fait partie du projet. Attirer, à coups de grands discours, la petite jeunesse perturbée, les universitaires idéalistes, les déçus du Parti Socialiste, les jeunes bobos, l’esprit plein de rêves révolutionnaires, qui soulageraient ainsi leur conscience de petits bourgeois des centres-villes.

Les attirer, pour leur offrir cette impression d’air nouveau. Un air, qui ne sera pourtant nouveau que le temps d’un premier tour. Ceci fait, sous couvert de négociations – bien que perdues d’avance -, le leader du Front de Gauche en appellera à ses ouailles : il faut faire barrage à la droite, se rassembler à gauche. En d’autres termes : voter PS. Bien faible projet, pour un révolutionnaire.

Révolutionnaire, qui plus est au passé douteux. Ancien ministre et député socialiste, il a tout dernièrement encore validé l’intervention militaire en Libye, ce qui a fait se demander à Pierre Carles, journaliste dissident, si sa posture révolutionnaire n’avait pas ses limites. Il y a peu encore, l’ancien éléphant du PS, dont certains soupçonnent des liens avec la franc-maçonnerie, avait également nié connaître l’existence du dîner du Siècle… Peu crédible. Enfin, il ne faut pas oublier ses projets d’alliance avec Cohn-Bendit (oui, l’ultra-mondialiste) en 2009, et son vote en faveur du « oui » à Maastricht en 1992.

Malgré tout ce qui vient d’être exposé, on pourrait croire, à l’écoute des discours populistes et démagogiques de Jean-Luc Mélenchon, grand orateur qu’il est, que le Front de Gauche est hors du système. Il n’en est rien. L’extrême gauche, sous influence trotskyste, fait depuis des années, avec ses rêves internationalistes d’abolition des frontières et de régularisation massive des sans-papiers, le jeu du patronat. Comme si cela n’était pas encore assez, cette même extrême gauche complice se voit dirigée par des gens qui, à l’image de Mélenchon, s’empresseront au second tour de diriger leurs électeurs, en criant au rassemblement de la gauche, vers le Parti Socialiste, partie intégrante du système.

L’épouvantail FN

Autre connivence avec ce système, et non des moindres : ils agitent un même épouvantail nommé Front National – la bête immonde. Lors de leur université d’été, les militants du Parti de Gauche ont même planché en atelier spécial sur les moyens de contrer l’ascension de Marine Le Pen. Dans leur esprit, le vilain système capitaliste est déjà loin. Il s’agit désormais de s’allier à lui pour faire face à la menace fasciste. Comprenez que la candidate frontiste a toutes ses chances d’accéder au second tour de la présidentielle, et que sa présence est l’alibi idéal pour qu’une alliance avec le PS ne soit pas trop mal perçue.

Jean-Luc Mélenchon l’avait dit à Marine Le Pen lors du débat qui les a opposés sur BFM TV : « Contre vous, on fera tous bloc à gauche ». Ce à quoi la présidente du FN avait rétorqué qu’« il y a toujours des bonnes excuses pour aller au soutien de la gauche ». Une gauche, « qui se regroupe depuis 200 ans » rappellera plus tard Mélenchon (discours du 29 août 2011), en « priant » (lui, l’anticlérical acharné) ses « camarades socialistes » de débattre – et de s’entendre – avec lui.

On en appelle à l’alliance suprême de la gauche, parfois même au Front Républicain, bien plus large, pour défier l’infâme extrême-droite. La stratégie fonctionne, et les naïfs électeurs du Front de Gauche se prennent déjà pour des résistants alors qu’ils ne sont, en réalité, et bien malgré eux, que de simples idiots-utiles qu’on garde de côté, au cas où. Ils ne savent pas que la véritable fracture se trouve ailleurs. Le patriotisme face au mondialisme, telle est la véritable opposition.

Mais ceci n’est pas, on l’a vu, dans l’intérêt de Jean-Luc Mélenchon, fidèle rabatteur socialiste. Avec des révolutionnaires de la sorte, les oligarques peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Car pour reprendre ses propres paroles, qui parlent d’elles-mêmes : l’adversaire, l’ennemi prioritaire, la cible ultime, ce ne sont pas eux, « c’est elle ». Cherchez l’erreur…

Christopher Lings ( Enquête & Débat )




par Christopher Lings (son site) mercredi 7 septembre 2011 - 120 réactions
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  • Par Daniel Roux (---.---.---.99) 7 septembre 2011 10:47
    Daniel Roux

    L’auteur dénonce à juste titre le système UMPS. C’est la partie la plus intéressante et la plus convaincante. Je l’ai moi-même évoquée dans plusieurs articles :

    http://www.agoravox.fr/actualites/p...

    http://www.agoravox.fr/actualites/p...

    Thèse, anti-thèse, synthèse.

    Logiquement, (mais s’en rend-il compte ?), l’auteur reproduit le même schéma en opposant le Front National et le Front de Gauche comme s’il considérait que les 2 partis ne sont pas si éloignés et qu’ils partagent le même électorat.

    Le plus curieux parce que paradoxal, est la façon dont l’auteur décrit cet électorat du candidat Mélenchon au discours démagogique et populiste :

     "la petite jeunesse perturbée, les universitaires idéalistes, les déçus du Parti Socialiste, les jeunes bobos, l’esprit plein de rêves révolutionnaires, qui soulageraient ainsi leur conscience de petits bourgeois des centres-villes".

    Il serait plaisant de savoir comment Mélenchon voit l’électorat du FN.

    Quoi qu’il en soit, tous les partis font partie du système y compris le FN. Le nier n’est que posture politique ou alors que le FN annonce publiquement un projet de société et de nouvelle Constitution en rupture avec le système actuel dans l’hypothèse où il deviendrait majoritaire à l’assemblée nationale après la victoire au présidentielle.

    A ce sujet, si par un nouveau coup ironique du destin, il fallait choisir entre la peste et le choléra, c’est à dire Sarkozy et Le Pen au 2ème tour, j’invite les électeurs de gauche à voter pour Le Pen puis à se mobiliser pour gagner les législatives, car ne l’oublions pas, c’est le premier ministre qui gouverne sous le contrôle du parlement.

  • Par chapoutier (---.---.---.91) 7 septembre 2011 11:09

    Loin de défendre « les petits contre les gros », le programme du FN aggrave les inégalités, favorise les plus riches et en fait supporter les charges aux plus modestes. Qu’iraient donc faire les salariés dans cette galère si contraire à leurs intérêts ? Dans tous les pays d’Europe où des partis populistes ou de droite extrême ont participé à un gouvernement (Italie, Autriche, Pays Bas ...), les politiques mises en oeuvre ont été les mêmes : Accélération de la destruction du droit du travail, remise en cause des droits des chômeurs, du droit des femmes (droit à la contraception et à l’avortement notamment), démantèlement des services publics et, dans le même temps, assouplissement des législations et des contrôles en matière de transparence financière. Les alliances de la droite et de l’extrême droite ont toujours travaillé et travaillent toujours pour les plus riches.



  • Par xtf17 (---.---.---.9) 7 septembre 2011 14:33
    Xtf17

    vu que le Front de Gauche a été créé en 2009...
    vu que la gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002...
    vu que Mélenchon a quitté le PS fin 2008 pour créer le Parti de Gauche qu’il préside depuis...
    vu que le Front de Gauche n’est pas un parti mais une alliance de plusieurs partis, donc n’est pas à Mélenchon qui n’en est que le candidat commun désigné depuis cet été...
    vu que protester sans gouverner, bah je vois pas l’intérêt...
    vu l’enfilage d’erreurs dans ce commentaire...
    Bref le PS n’aura plus mon vote, et LO et NPA qui boudent dans leur coin et bien qu’ils y restent.
    La démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple : pas que pour les ouvriers, les urbains, les bobos, les riches, ou les blancs...
    A nous de décider au lieu de faire les autruches ou les moutons.

  • Par Cassino (---.---.---.251) 7 septembre 2011 12:34
    Cassino

    Vous ce qu’il vous faudrait de plus, c’est de lire le programme du Front de gauche ; on se renseigne d’abord et puis on écrit des articles sur AV et non l’inverse. Des charlots comme vous décrédibilisent totalement la Presse citoyenne.

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