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Précaution aviaire

Le drame du sang contaminé, et les tragiques conséquences de la gestion empirique de ce dossier par l’administration et le gouvernement, ont conduit ces derniers à décrire et imposer la notion de principe de précaution, principe désormais érigé par la loi en mode de gouvernement. La menace de grippe aviaire nous en inflige une nouvelle démonstration à très haute dose.

Difficile de garder une vision claire dans le contexte ambiant. Personne n’a vraiment envie en effet de subir le sort peu enviable de l’humain contaminé par le gallinacé du voisin, et pire, sans pouvoir n’en faire porter la responsabilité qu’au tragique aléa de son destin. On nous dit que c’est d’ailleurs très fortement improbable, si nous ne changeons rien à nos habitudes, à savoir, éviter d’avoir des poulets dans son lit et de les manger crus.

Mais à voir les mesures prises depuis la fin tragique du canard des Dombes, nous nous posons tous la même question : et si on en faisait un peu trop ? Les chiffres d’abord. Bien qu’il soit difficile d’être absolument péremptoire, on ne recense « que » cent victimes du virus H5N1 en 3 ans, de la Chine à la Turquie. Tandis que 3000 de nos concitoyens décèdent, hélas, chaque année en France, des conséquences fatales du virus de la grippe non aviaire. Ne parlons pas des maladies nosocomiales, qui mettent les accidents de la route au rayon des petits faiseurs. Aucune contamination du virus H5N1 de l’homme à l’homme n’a jamais été constatée, même si, prudents, les scientifiques nous disent que c’est sinon impossible, du moins improbable. La aussi, précaution oblige. Et on en empile, des précautions. Masques à gaz, vaccins, même inopérants sur un risque direct, produits décontaminants, procédures de ramassage et d’abattage massif. Tout est répertorié, organisé, géré pour le combat du siècle. Les bureaucrates s’en donnent évidemment à cœur joie, et empilent procédures et contrôles. Les préfets refilent aux maires la patate chaude, et les médias gravent une peur de plus dans l’esprit des Français qui, tout juste remis de la vache folle, se détournent avec crainte de leurs poulets rôtis. Les cellules de support psychologique sans lesquelles il n’y a pas de vrai drame aujourd’hui sont également prêtes à être déployées. Je lisais ici-même, dans un récent article, que dans le Bourbonnais, les coqs étaient déjà déclarés prioritaires dans le faitout familial. Une manière de limiter par précaution l’essor démographique de ces colonies plumées.

Mais dans le fond, le principe de précaution est une aubaine pour les politiques. D’abord, parce qu’ils font l’unanimité en préparant des solutions d’autant plus adaptées au pire que ce dernier n’est jamais certain. Et que dans ce rôle maternel, ils trouvent beaucoup plus de légitimité que dans la mise en œuvre bien plus paternelle de réformes difficiles. Voilà qui plaît aux Français. C’est facile à mette en œuvre, et cela ne coûte que de l’argent.

Donc ils en rajoutent, et se donnent le beau rôle. Au point que M. Bussereau, qui est plutôt un bon ministre d’ailleurs, a déjà pris la précaution de se plaindre auprès de la Commission sur les conséquences économiques désastreuses d’une éventuelle désaffection définitive des consommateurs pour la filière aviaire française. Une demande aussi populaire que la TVA réduite pour les restaurateurs, et donc assurée, auprès des autorités européennes, du même succès d’estime.

Car enfin, que pourrions-nous vraiment faire, si le pire devenait certain ? On le voit bien avec le chikungunhia. Pas grand-chose. Envoyer la troupe, dont on sait qu’elle est entraînée pour cela, éradiquer les volatiles après les moustiques, et espérer que tout s’arrange sans doute ; ce qui relève de la précaution élémentaire. Je ne suis pas sûr, en effet, que les grandes pandémies puissent se développer si vite sous nos latitudes et dans nos conditions sanitaires. Mais c’est vrai, je ne suis absolument pas compétent pour en parler. Aurions-nous pu éradiquer le chikungunhia en intervenant plus vite ? Sans doute, mais à quel prix et avec quelles autres conséquences ?

Pour ce qui concerne l’ Afrique, par contre, où les risques me paraissent bien entendu bien plus importants, je ne vois guère de début de commencement d’un principe d’assistance qui serait étudié par précaution...

Vaste débat, qui nous laisse un peu sur notre faim. Dans le domaine militaire, la théorie parlait de riposte graduée. En matière aviaire, il me semble qu’on a choisi la dissuasion. Reste à savoir si le H5N1 se laissera impressionner, et si le malheureux canard des Dombes restera longtemps le héros, malgré lui, de Beaucoup de bruit pour rien.


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2 réactions à cet article    


  • éric (---.---.48.137) 22 février 2006 18:51

    Contrairement à vos informations, les experts de l’O.M.S ont recencé 15 cas de contamination qui ne peuvent s’expliquer que par une transmission interhumaine du virus.

    Je vous renvoie à mon billet sur l’analyse du rapport du parlement français publié ces dernières semaines.

    http://classemoyenne.hautetfort.com/archive/2006/02/19/commentaires-sur-le-rapport-parlementaire-traitant-de-la-gri.html

    Vous y trouverez aussi le rapport en téléchargement.


    • Roues Libres Claude DP 24 février 2006 17:47

      Il me semble que si des transmissions inter-humaines avaient été identifiées, les vaccins seraient actuellement en cours de développement, ce qui ne semble pas être le cas. Ce virus semble cependant se diffuser de manière assez étrange. Y compris dans des ensembles confinés. A suivre donc..

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