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Précis de recomposition politique française

Il souffle un air de printemps déjà, un renouveau semble possible en France. Lassés par les mensonges d’Etat et par l’histrionisme des élites autoproclamées qui rempilent à chaque élection depuis les années 1960, les essayistes écrivaient hier des livres du déclin. Ce n’étaient que « France qui tombe » et autres « Trente piteuses », « Grand gaspillage », « Malheur français », « Obsession anti-américaine », «  Crépuscule des petits dieux » et « Illusions gauloises »... Yves Michaud, professeur d’université philosophe, créateur de l’Université de tous les savoirs et protagoniste de l’émission « L’esprit public » animée par Philippe Meyer chaque dimanche sur France Culture, a failli être de ceux-là. Mais il nuance, dans la préface de son nouveau livre : «  La France n’est pas en déclin, elle est en décomposition parce que les choses se sont désaccordées, déglinguées, parce qu’un système mauvais d’institutions a montré toutes ses tares. » (p.11) La dernière institution s’appelle d’ailleurs Jacques Chirac. Mais l’auteur est trop savoureux pour le Vieux ; je prendrai le temps de l’évoquer en une autre note.

yves-michaud-precis-de-recomposition-politique.jpgLa perspective biologique donne désormais des chances de plus en plus grandes d’être débarrassé de qui « pourrit l’exercice du pouvoir » (p.171) depuis quarante-cinq ans. Si le « déclin » suppose une perspective historique qui, dans le cas de la France, n’apporte rien de neuf, la «  décomposition » tient à la structure institutionnelle française, servie par « des hommes médiocres ». Dans la gabegie, chacun tire à soi la couverture pour conserver ou augmenter ses « petits » avantages - au détriment de la collectivité. Le changement de génération qui se profile en politique sera l’heure du bilan : soit l’élitisme et le copinage perdurent dans l’immobilisme, et les forces vives vont quitter le navire (jeunes à l’étranger, seniors se laissant aller aux avantages sociaux, riches en Suisse, fonctionnaires arc-boutés servis par des syndicats en surenchère, patronat les deux pieds sur le frein de l’investissement et de l’emploi)  ; soit la nouvelle génération parviendra à insuffler une dynamique nouvelle pour corriger ce qui grippe. La politique pourra alors reprendre ses droits, au sens d’Aristote : « La communauté politique se forme pour permettre de vivre, mais elle permet, une fois qu’elle existe, de mener une vie heureuse dans la justice et l’amitié. » (p.12) Car Yves Michaud sous-titre son essai ainsi : « Des incivismes à la française et de quelques manières d’y remédier. »

Il tente un essai de philosophie politique appliquée, ce qui apparaît très rare dans la production éditoriale française actuelle - et d’autant plus digne d’intérêt ! Chaque mot compte : essai car le ton est celui du pamphlet, pas de la pesante thèse universitaire ; philosophie politique car l’exercice du pouvoir dans la cité nécessite un projet, donc des décisions ; appliquée parce que l’auteur se garde bien de rester dans les généralités, si faciles aux critiques, pour amorcer des pistes et sortir des ornières. Bien qu’il s’agisse d’une mise en cohérence d’une suite d’articles et de chroniques écrits depuis plusieurs années, le ton en est souvent jubilatoire, sans jamais tomber dans le jargon ni dans la langue de bois. Sachez que je m’en suis régalé.

La très française « défaillance du futur » s’exprime en quatre parts :

1/ dans la société par des fractures sociales croissantes, un service public à l’abandon, des responsabilités à envergure variable, divers corporatismes dont celui de la magistrature outré avec Outreau, une écologie d’illusionniste symbolisée par l’ourse Cannelle, enfin un capitalisme « de cabinet » issu de l’Ena plutôt que des détenteurs de capitaux.

2/ dans les institutions par la déglingue des principales, les dé-moralisations successives (abaissement des normes morales qui conduit à démoraliser les gens et à les inciter à l’incivisme), sous la haute présidence depuis des années de « l’escroc plutôt que le facho », enfin l’Europe encalminée par la démagogie.

3/ dans la communauté par la recherche groupusculaire d’identités, les incivilités au quotidien, la remise en cause du sentiment d’être Français, la dilution de la loi en normes et des politiciens en « experts », enfin l’attitude du seul refus comme fondation du futur.

4/ dans la culture par la communication qui dégénère en complaisance, « de Chagall à Sharon Stone », une politique internationale de l’esbroufe, des coquetteries littéraires ministérielles, enfin la disparition de la figure de l’intellectuel dans la pose médiatique.

yves-michaud-photo.jpg

Plus aucun projet politique pour le pays, plus aucune identité pour la nation, plus guère de préoccupations pour les atteints du système : nous sommes en 2006 à l’ère de la non-politique. La France éclatée est réputée ingouvernable, mais c’est par la démission des incapables, due, selon Michaud, à l’âge autant qu’à l’illusionnisme. « On » ne change rien pour ne mécontenter personne ; « on » histrionne en rajoutant des piles selon l’air du temps (taxe écolo, taxe sur les billets d’avion, lamento télévisuel des stars de « la nature » - arrivées au studio en 4×4 ou filmant les espèces menacées en hélicoptère). Rien ne va plus entre jeunes et vieux, de souche et immigrés, possédants et non-possédants, à statut protégé et précaires, la courte élite à l’abri et la masse subissant de plein fouet l’insécurité physique, professionnelle et sociale.

Les remèdes ? Les pistes en sont fournies à la fin de chaque chapitre. Elles tombent parfois sous le sens, elles sont parfois originales. Je laisse le lecteur les découvrir car il faut d’abord avoir lu le réquisitoire impitoyable d’Yves Michaud, percutant par son sens de la formule, pour apprécier en connaisseur ce qu’il propose pour changer.

Distancié, lucide, allègre, ce rare essai se lit comme un roman !

Yves Michaud, Précis de recomposition politique, collection Climats, Flammarion 2006, 298 pages.


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7 réactions à cet article    


  • (---.---.7.126) 26 décembre 2006 15:54

    Alexis de Tocqueville dans son précis visionnaire « la démocratie en Amérique » analyse précisèment les causes de l’émergence d’une « médiocratie » qui conduit à sa perte toute une organisation sociale.

    La défaillance du futur à la Française est aussi causé par ce système généralisé de clientèlisme à nulle autre égal ailleurs dans le monde et qui ne s’observe, mais de manière moins sophistiquée, que dans les pays où nous avons laissé un héritage.

    Ce système dévoie les mécanismes naturels, économiques de l’ascenseur social.

    Système mafieux, légal, arrogant qui organise la traite du droit au travail et à la considération sociale, et qui ignore les notions de compétences ou de qualification. La seule règle est de faire allégeance un liftier et de devenir soi même ultérieurement liftier si possible.

    Malheur à ceux, jeunes ou plus vieux qui ne bénéficient pas de la protection d’un liftier détenteur des clés de cet ascenseur.


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 26 décembre 2006 21:57

      «  »« La perspective biologique donne désormais des chances de plus en plus grandes d’être débarrassé de qui « pourrit l’exercice du pouvoir » (p.171) depuis quarante-cinq ans. »«  »

       ??????????????????????

      Drôle de jeu,

      Ce passage nécessite quelques explications, Argoul !


      • Le péripate Le péripate 26 décembre 2006 22:39

        Manque le prix de cet ouvrage indispensable, qui traite de, si j’ai bien compris, de la décompositionologie...

        Le Peripate.


        • dégeuloir (---.---.90.44) 27 décembre 2006 00:52

          c’est quoi ton article ? de la pub pour un bouquin ? une information est censé nous apprendre quelque chose,hors,point de ce qu’on y lit que l’on sache déjà..... smiley


          • axion (---.---.174.250) 27 décembre 2006 08:28

            Article informationnelle osant presque ne pas se prétendre défenseur de thèse.

            J’adhère totalement au contenu. Et ressens notre futur politique comme discriminant : soit la population française se réveille, et décide de fournir quelques efforts collectifs, soit nous nous endormons tous dans un confort clientéliste et ronchonnant, et les meilleurs d’entre-nous, écoeurés, partiront avec raison et fierté.

            Mais je ne suis pas convaincu que notre avenir soit rose. D’autres de gens pensent que tout est la faute de l’état, et que c’est à lui de tout faire, trop de gens ronchonnent.

            Combien pour quitter leurs illusions ? Combien pour savoir que la meilleure manière d’arraser une montagne, c’est qu’on s’y mette tous, et que pour peu que l’on soit des millions, cela ne va prendre longtemps ?

            Nous sommes trop dans le confort, l’assistanat, l’inutile, le futile, les paroles de comptoire, le « tout est de la faute de : * »

            * : remplir par : capitalistes, chinois, mondialisation, usa, état français, comportement non citoyen, etc ...

            Il nous reste cependant ...

            ... l’espoir !

            Axion.


            • Claude D (---.---.105.115) 27 décembre 2006 10:24

              Je ne lirai pas ce précis. En effet, ou je n’ai rien compris ou le rédacteur de la note n’a pas été clair. Mais j’ai cru comprendre qu’un politologue doublé d’un esprit de philosophe (ou l’inverse !), expliquait la situation actuelle à partir des cinq dernières années de la vie politique française. Si c’est vraiment le cas, ce précis constitue une revue de ce que la quasi totalité de nos médias développent à l’envi : inutile d’en faire un bouquin, fût-il un « essai de philosophie appliquée » !


              • Internaute (---.---.122.100) 27 décembre 2006 13:10

                Je n’ai pas bien compris l’article et aurais apprécié quelques indices sur les solutions proposées par Mr. Michaud.

                Ce sont les circonstances qui créent les grands hommes et le tournant des générations n’a rien à voir là-dedans. D’ailleurs, le tournant n’existe pas car les générations ne passent pas l’une aprés l’autre mais elles se superposent, toutes les classes d’âge étant représentées à chaque instant.

                Pour ce qu’on peut observer la classe politique jeune ne vaut pas mieux que la vieille. Au moins Giscard et Rocard étaient d’une intelligence et d’une vivacité d’esprit supérieure ce qui donnait des débats intéressants.

                Le principal mal dont nous souffrons vient de ce qu’on n’apprécie que ce qui coûte. Comme la « nouvelle » génération a tout eu en cadeau il lui semble évident que les congés payés, la retraite, le RMI, les routes sans nid de poule et l’électricité sans coupure sont des bienfaits qui tombent tout seul du ciel et qui n’ont aucune valeur. Elle est convaincue qu’on peut donc les donner à la terre entière sans risque d’en manquer. C’est ce principal vice de fond qui nous conduit à abaisser nos défenses et accepter le mondialisme et la dilution par immigration massive sans rechigner.

                Avant d’avoir le droit de voter, chaque citoyen devrait essayer de gagner sa vie tout seul pendant trois ans, à partir de rien et sans aide, dans un pays du tiers-monde. Je pense qu’il y aurait beaucoup de tabous et d’illusions qui tomberaient. Le sentiment d’appeatenir à la France s’en trouverait grandement renforcé.

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Argoul

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