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Présidentielle : pour une campagne plus équitable

Les candidats favoris de la présidentielle 2012 sont satisfaits des temps de parole qui leur sont accordés dans les grands médias. On le serait à moins. Les outsiders se montrent nettement plus critiques et dénoncent, non sans raisons, l’accaparation des moyens audiovisuels par les premiers nommés. Quant aux petits candidats, leur présence dans les médias est réduite à une portion si congrue qu’elle en est presqu’indécente dans un processus prétendument démocratique. Il serait pourtant nécessaire de remettre de l’équité dans le système...

 De nombreux articles ont été consacrés à ce sujet, tant sur AgoraVox que sur d’autres sites de journalisme citoyen, sans oublier les nombreux blogs tenus par des internautes impliqués dans la vie politique de notre pays. Tous ou presque soulignent le différentiel important de présence dans les médias entre les candidats, selon qu’ils appartiennent à un grand parti de gouvernement, à une formation plus modeste, ou a fortiori à un mouvement politique marginal ou émergent.

Qu’il y ait, comme cela a été dit et écrit, y compris sous la plume d’éditorialistes lucides et critiques vis-à-vis de leur corporation, ici un désir inconscient, là une volonté consciente de favoriser la bipolarisation ne fait guère de doute. Mais cela n’explique pas tout car les règles du CSA contribuent très largement à engendrer elles-mêmes des dérives attentatoires aux principes démocratiques les plus élémentaires. Ces règles déterminent en effet trois périodes bien distinctes en matière de répartition des temps de parole.

La 1ère période s’achèvera le 19 mars. Elle est caractérisée par ce que le CSA nomme improprement un principe d’équité. Une équité très discutable car si elle s’appuie sur les résultats électoraux obtenus par les partis lors des précédents scrutins, ce qui est contestable mais non dénué de sens, elle s’appuie également sur les intentions de vote exprimées dans les enquêtes d’opinion réalisées par les instituts de sondage, ce qui est nettement plus contestable. Autrement dit, ce curieux « principe d’équité » accentue de facto les effets auto-réalisateurs : plus un candidat est haut dans les enquêtes, et plus les médias lui sont ouverts ! Du pain béni pour les favoris, en l’occurrence Hollande et Sarkozy, chacun de ces deux là étant beaucoup mieux servi par le système en place que la réunion de tous les autres adversaires appartenant aux 2e et 3e cercle des candidatures.

La 2e période commencera le lendemain de la proclamation de la liste officielle des candidats par le Conseil constitutionnel, autrement dit le 20 mars, pour s’achever le 8 avril. Elle sera régie par un principe d’égalité relative. Durant cette période, les temps de parole des candidats et de leurs collaborateurs seront décomptés afin d’offrir à chaque équipe validée par le Conseil constitutionnel une égalité stricte dans les médias audiovisuels. Mais cette égalité ne vaudra ni pour les commentaires, ni pour les éditoriaux, pas plus que pour les analyses des politologues ou des experts qui continueront d’être soumises aux règles du principe d’équité en vigueur durant la période précédente. En clair, Hollande et Sarkozy – ainsi que leurs porte-paroles – seront désormais mis sur le même plan que Cheminade et Poutou, mais les « chiens de garde  » des grands médias pourront continuer d’accaparer les temps d’antenne au profit des favoris de la course à l’Élysée.

Viendra enfin la 3e période, caractérisée par un principe d’égalité stricte. Cette dernière ligne droite avant le premier tour courra du 9 au 21 avril. Durant cette période, tout le monde, y compris les journalistes et les politologues, sera concerné par l’obligation d’égalité stricte de prise de parole dans les médias audiovisuels relativement aux candidatures validées par le Conseil constitutionnel. Ce qui signifie que toute minute d’antenne consacrée à un candidat, quel qu’il soit, devra donner lieu à un temps d’antenne équivalent au bénéfice de tous les autres candidats, aussi nombreux soient-ils.

On le voit, le système avantage considérablement les candidatures des « grands » candidats, et cela d’autant plus que la fameuse cristallisation des intentions de vote intervient, en règle générale, bien en amont de la période d’égalité stricte censée donner des chances égales à tous dans le respect des principes démocratiques.

Á l’évidence, ce système devrait évoluer pour aller vers une plus grande équité. Á titre personnel, je serais favorable à une réforme du calendrier permettant, d’une part de connaître plus tôt la liste officielle des candidats*, d’autre part d’allonger la période d’égalité stricte de telle façon que la cristallisation n’intervienne qu’après que les Français aient pu commencer à entendre, à égalité de temps d’antenne, les engagements programmatiques des uns et des autres. D’où cette proposition de calendrier :

– du 1er janvier au 31 janvier : période d’égalité relative basée sur les résultats antérieurs mais à l’exclusion de toute prise en compte des sondages ;

– le 28 janvier : date de clôture du dépôt des dossiers de candidatures au Conseil constitutionnel ;

– le 31 janvier : annonce par le Conseil constitutionnel de la liste officielle des candidats ;

– du 1er février à la veille du 1er tour : période d’égalité stricte.

Tendre vers un système électoral plus équitable ne devrait pas être du domaine du rêve démocratique, mais de la réalité dans un pays qui prétend trop souvent donner des leçons à la planète entière. Il est pourtant à craindre que les grands partis, sans lesquels de telles dispositions ne pourraient être prises, soient vent debout contre ce type de proposition. Les grands partis, mais aussi les médias audiovisuels qui entretiennent une si étroite connivence avec les leaders politiques. Á nous internautes et citoyens, avec nos moyens, aussi limités soient-ils, de peser pour briser ce consensus de la parole confisquée.

* quel que soit le système qui sera mis en place dans l’avenir pour sélectionner les candidats




par Fergus vendredi 9 mars 2012 - 111 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Croa (---.---.---.66) 9 mars 2012 10:37
    Croa

    Ce système est complètement inique : Nous ne voyons et n’entendons que les gens que tout le monde connait !

    Dans une vraie démocratie il y aurait des émissions spéciales pour présenter les nouveaux et surtout leurs idées ! (Je sais : Trop dangereux ! smiley )

  • Par cevennevive (---.---.---.197) 9 mars 2012 10:55
    cevennevive

    Bonjour à tous,

    Bien d’accord avec vous !

    De plus, lorsque l’on « invite » un petit candidat, comme ce matin sur fr.inter, on se moque ouvertement de lui hors micro qui plus est...

    Jacques Cheminade était ce matin sur Inter, « invité » par Pascale Clark. Avant son arrivée, Patrick Cohen et Pascale Clark ont fait des commentaires ignobles sur ce Monsieur, commentaires accompagnés de rires gras...

    Puis, à l’antenne, Madame Clark ne l’a pas du tout laissé parler, et l’a traité avec une hauteur insupportable. Une « grande Dame » devant un galopin de banlieue, alors que ce Monsieur a récolté les signatures règlementaires, qu’il a 70 ans, et qu’il est autant respectable que n’importe quel candidat. Lamentable.

    Cordialement.

  • Par Yvance77 (---.---.---.54) 9 mars 2012 10:22
    Yvance77

    Salut,

    Ces derniers jours au menu du Pipole 1er accompagné de sauce hollandaise, et ce jusqu’a en vomir ses tripes.

    Promotion sur les plateaux télé, micros tendus dans les coursives, sur les trottoirs et dans les radios, meeting télévisés sur les chaînes BFM, iTélé etc... n’en jetez plus la cours est pleine.

    Asselineau lui doit être comme ces fameux caviars Béluga ou Orcières, un met tellement rare que l’on en a jamais à sa table. Cela doit être réservé à quelques uns qui ont la chance de pouvoir l’entendre discourir.

    Dans des élections majeures (celle-ci en l’occurence) les temps de paroles devraient être respectés 6 mois avant le premier tour. Cela laisserait aux gens le temps de se forger une opinion sérieuse, et d’avoir face à l’indécision un possibilité de choix mesuré.

    Mais là autant réver que Papa Noël existe.

    Et, je me demande toujours pourquoi nous payons un CSA, qui n’a finalement aucune mesure de coercition.

  • Par ROBERT GIL (---.---.---.190) 9 mars 2012 10:28

    il vont pas inviter trop souvent un type qui dit que la politique ne doit pas etre un metier, que les elus doivent etre revocable, que les mandats doivent etre limité et que les elus doivent toucher le salaire moyens des français.....

    http://2ccr.unblog.fr/2011/11/02/un-candidat-sans-artifice/

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