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Présidentielles 2007 : stratégies de campagne comparées

Sarko Bayrou Sgo




La science politique emprunte beaucoup au domaine stratégique, réservé à l’origine aux questions militaires. Elle en utilise même toute la terminologie : ainsi l’on parle de « campagnes électorales », de « victoires et de défaites » politiques, de chefs de « troupes » partisanes, d’ « armée et de logistique » de militants, de « stratégie et de tactique » politiques, voire de « trahison et de désertion ».

Parmi les précurseurs, l’on peut bien évidemment citer Sun Tzu et son célèbre livre sur L’Art de la guerre, qui se voulait un traité à l’usage des meneurs d’hommes et des généraux. Machiavel et son Prince, parfois caricaturé, destiné à aider Laurent de Médicis a construire une république laïque après l’épisode douloureux du moine Savonarole. Ou encore le cardinal de Mazarin et son savoureux Bréviaire à l’usage des politiciens, qui devrait être le livre de chevet de tout homme politique ayant une quelconque ambition politique.

A l’appui de ces penseurs et de ma propre expérience au sens du think tank américain, Leadership Institute dont l’objectif est de former les futurs hommes politiques américains, des concepts idéologiques jusqu’aux stratégies de communication politique, nous pouvons identifier six facteurs stratégiques clés pour réussir une campagne électorale :

1) Un leadership incontesté

Une armée de militants est d’autant plus efficace et motivée qu’elle a à sa tête un général incontesté et légitime. Le général Bonaparte ou le général Lee plutôt que le général Sherman.

En politique, on parle plutôt du leader charismatique.

2) Un corpus idéologique solide

Il s’agit pour ceux qui s’engagent dans la bataille politique de savoir où ils vont, et de connaître les bases sur lesquelles reposent le programme.

On a souvent cru que la politique n’était que communication politique aux mains des spin doctors, que l’on vendait une politique comme l’on vend un paquet de lessive. L’idée ici est que la politique reprend tous ses droits, par la mise en avant de la communication comme découlant de la stratégie politique et non la communication comme façonnant le politique.

Ce point clé repose sur l’enseignement des raisons profondes qui ont conduit aux révolutions libérales en Angleterre et aux Etats-Unis autour des années 80.

3) Un positionnement stratégique clair

Cela suppose des objectifs énoncés clairement et une cohérence entre ces objectifs et les moyens utilisés pour les atteindre.

4) Une structure de parti suffisante et efficace

Une bonne logistique, par ses moyens financiers et humains, est indispensable pour gagner une élection.

5) Un espace politique

L’offre politique doit correspondre à une demande politique existante.

Il y a une différence entre une simple politique marketing qui cherche à adapter un produit aux besoins des consommateurs et la recherche d’un espace politique en fonction de ses convictions propres et des aspirations des citoyens.

6) Une action parallèle des réseaux et des relais d’opinion

Ce point, souvent négligé en France, est de première importance dans un pays comme les Etats-Unis. La démocratie américaine repose en effet sur un maillage de think tanks (appelées aussi « universités sans étudiants »), à mi-chemin entre les universités et les partis politiques et qui nourrissent le débat politique par des innovations en termes de concepts théoriques ou de politiques publiques à engager.

Si nous analysons la campagne électorale présidentielle, nous pouvons dessiner une matrice des points forts et des points faibles pour chacun des trois principaux candidats.

Matrice stratégique :


Nicolas Sarkozy

Ségolène Royal

François Bayrou

Un leadership incontesté

1

1

1

Un corpus idéologique solide

1

3

2

Un positionnement stratégique clair

1

3

1

Une structure de parti suffisante et efficace

1

1

2

Un espace politique

1

2

2

Une action parallèle des réseaux et des relais d’opinion

2

2

3

1 : Point fort

2 : Point encore insuffisant

3 : Point faible

NICOLAS SARKOZY

Nicolas Sarkozy semble avoir rempli les principaux critères nécessaires pour gagner cette élection. Son autorité et son leadership se sont plus contestés à l’intérieur de son parti. Et l’UMP a construit un programme électoral sur la base des Conventions de l’UMP engagées depuis 2004. Pour autant ces conventions n’ont pas la même portée que les think tanks et groupes de pression que l’on retrouve dans les pays anglo-saxons et dans d’autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Espagne.

Les thèmes sur le travail, l’immigration, l’identité nationale semblent avoir trouvé un écho très favorable dans l’opinion, comme en témoignent les enquêtes d’opinion qualitatives.

Le candidat de l’UMP dispose en outre d’une structure militante importante dotée de moyens financiers conséquents.

SEGOLENE ROYAL

Même si elle a été élue avec plus de 60% des voix aux élections primaires du Parti socialiste, la candidature Ségolène Royal doit sans cesse prouver sa légitimité dans l’opinion et au sein de son parti où elle trouve nombre d’oppositions et de réserves.

Elle bénéfice de la structure militante du PS, mais a développé sa propre structure, Désirs d’Avenir, au risque de créer des dissensions et des incohérences entre les deux états-majors.

Le corpus idéologique est son grand point faible. Le Parti socialiste n’a pas fait son aggiornamento politique et n’a pas su renouveler son contenu idéologique pour faire face aux défis du modèle social-démocrate et de la mondialisation.

Enfin les discours à géométrie variable, les propositions avancées puis retirées, les changements de tactiques dans les alliances partisanes ont brouillé les pistes sur la stratégie adoptée, et désorienté nombre d’électeurs.

FRANCOIS BAYROU

François Bayrou fait l’analyse correcte que les structures partisanes actuelles ne correspondent pas aux clivages idéologiques réels. Une recomposition politique est en marche, Nicolas Sarkozy ayant amorcé celle-ci à droite, François Bayrou tente de la pousser au centre. L’idée de troisième voie, théorisée entre autres par Anthony Giddens, met en avant un « centrisme radical » et s’autonomise des idéologies toutes faites. François Bayrou devra s’attacher à aller plus loin qu’une simple stratégie de faire travailler ensemble des gens de droite et de gauche. Son succès politique ne sera possible que sur une véritable réflexion idéologique et la construction d’un corpus intellectuel et programmatique solide.

Autre point faible : l’UDF est un parti avec un nombre encore insuffisant de militants, le challenge du nouveau Parti démocrate sera d’être capable de doter le mouvement d’un structure de parti conséquente sur tout le territoire national.

Christophe Arvis


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1 réactions à cet article    


  • Rosanera 3 juin 2007 12:25

    Vos propos sont justes, il reste néanmoins un point à éclaircir. Comment créer en France le système de relais d’opinions ? autres qu’adhérent (député ?!?). J’adhère complément sur le principe tout en sachant qu’il est tout difficile exprimé ces opinions sans être taxé d’une étiquette (tabou de droite, gauche caviar et j’en passe...)

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