Premier débat entre les concurrents socialistes. Rien de très nouveau sinon que l’enjeu est bel et bien un match entre François Hollande et Martine Aubry et que Manuel Valls révèle un très grand talent de débatteur, certainement prometteur.
Toujours en tête de la course dans les sondages (qui ont un peu de mal à se baser sur la future réalité électorale), François Hollande est apparu un peu comme le gentil Nounours qui borde les Pimprenelle et Nicolas que sont les téléspectateurs ce jeudi 15 septembre 2011.
Sans avoir jamais été ministre de la République, François Hollande a réussi le tour de force d’être l’incontournable candidat socialiste, à tel point que je connais même de (très) vieux militants du Front national qui se préparent, en raison de la haine viscérale qu’ils vouent à l’UMP en général et à Nicolas Sarkozy en particulier, à voter au second tour pour François Hollande, faute de mieux. Esprit corrézien probablement ?
Hexadébat
C’était une sorte de "Questions pour un champion" un peu particulier, à moins que ce fût le "Maillon faible" qui se jouait le jour où Nicolas Sarkozy et David Cameron se rendaient en Libye récolter les fruits de leur audace militaire.
Revenons sur ce premier débat de la primaire des socialistes diffusé en direct sur France 2. Commandant de bord, le présentateur David Pujadas, qui a repris l’émission d’Arlette Chabot, a essayé avec ses questions habituelles de diriger le grand paquebot socialiste.
Ils étaient six protagonistes à y participer, tous parlementaires sauf Ségolène Royal : François Hollande (57 ans), le favori des sondages, président du Conseil général de Corrèze, Martine Aubry (61 ans), sa véritable concurrente, maire de Lille (contre le cumul mais n’hésitant pas à ne pas l’appliquer pour elle en restant députée et première secrétaire du PS en titre mis en retrait pour cette campagne), Ségolène Royal (57 ans), la troisième "grande" candidate, présidente du Conseil régional du Poitou-Charentes (sans cumul), et enfin trois candidats de témoignage, Manuel Valls (49 ans), maire d’Évry, Arnaud Montebourg (48 ans), président du Conseil général de Saône-et-Loire, et Jean-Michel Baylet (64 ans), président du Conseil général du Tarn-et-Garonne et président du PRG.
Tout ce petit monde a été très courtois et a gardé une certaine tenue, ce qui, en définitive, est un bon point pour le PS qui peut ainsi préserver ses chances de se ressouder à l’issue de la bataille interne.
Monotribunes
Après une partie d’introduction (genre propagande électorale officielle), chaque candidat est passé à la moulinette des trois journalistes présents. Inutile de dire que cet exercice n’était pas très intéressant puisqu’il n’y avait pas débat mais interview classique.
Avec sa focalisation sur la "démondialisation" et ses attaques contre le système bancaire international, Arnaud Montebourg s’est beaucoup mélenchonisé (son ton de plus en plus populiste a renforcé ce sentiment) en se plaçant à l’aile gauche des candidats (tout heureux de rappeler qu’il avait voté contre le Traité de Maastricht en 1992). Il a certainement compté mobilisé des électeurs hors du PS.
Dans cette partie, Jean-Michel Baylet y a surtout développé des idées polémiques en faveur de la légalisation du cannabis et de l’autorisation de l’euthanasie active (sans avoir nécessairement la volonté effective de la personne en fin de vie !), deux mesures qui sont à des années lumière des préoccupations quotidiennes des citoyens (emploi, logement, éducation, sécurité) mais qui lui ont permis de se donner une coloration spécifique facilement identifiable.
Je reste d’ailleurs d’autant plus étonné de la candidature très peu médiatique de Jean-Michel Baylet (qui est capable, autour de vous, de le citer parmi les six candidats à la primaire ?) qu’il pourrait être l’homme clef du scrutin sénatorial. Avec ses sénateurs radicaux de gauche, il pourrait en effet aider le Président du Sénat Gérard Larcher à sa réélection ou faire basculer le Sénat à gauche, en échange… d’une présidence de commission par exemple.
Ségolène Royal s’est voulu très professionnelle et n’a sorti aucune mesure surprenante, se focalisant sur sa crédibilité et son sourire. Son discours était bien rodé, même si la voix est un peu trop monocorde, et donne un sérieux et une aisance qui l’ont placée d’emblée parmi les "grands" candidats. Son collier un peu trop voyant ne m’a pas paru très adapté en attirant l’attention sur son cou qui déclinait quelques signes de la rudesse des temps.
De son côté, François Hollande, qui avait tout à perdre, n’a pas vraiment convaincu. Ayant abandonné son côté sympathique pour une posture de gravité ("gravitude" je pourrais même écrire), il est apparu presque agressif dans ses intonations saccadées même s’il a prouvé une excellente connaissance de la pratique politique.
Manuel Valls a probablement fait la meilleure prestation de la soirée, sûr de son discours, à la communication lisse et alerte. Il a développé de nombreux arguments, s’est placé dans une dynamique personnelle cohérente et a été aussi celui qui a cherché le plus à se différencier de ses concurrents. Très précis dans ses propositions, Manuel Valls a même sorti un néologisme en prônant une "TVA protectivité" de l’ordre de 1 à 2%. Proposition casse-cou qui avait coûté une cinquantaine de députés à l’UMP en juin 2007.
Manuel Valls a par ailleurs exprimé son adhésion totale à l’esprit de la Ve République qui veut qu’avec l’élection présidentielle, ce soit un homme (ou une femme) qui doit incarner un projet collectif, chose difficile à comprendre au PS qui joue plus "collectif" au contraire de la droite et du centre où les partis sont avant tout des écuries pour présidentiables.
Enfin, Martine Aubry, au visage ressemblant de plus en plus à son père Jacques Delors, s’est montrée égale à elle-même, forte dans le travail de groupe, solide dans ses convictions, prompte à détailler le projet socialiste au risque de s’oublier. Alors que ses prédécesseurs à la tribune usaient sans arrêt du "je", elle utilisait le "nous" jusqu’au moment où, en réponse à une question, elle s’est reprise : « Nous supprimons… euh, je supprime… ».
C’est sûr que le "nous" est un facteur très favorable d’esprit collectif et de travail en groupe, mais il ne renforce pas sa crédibilité sur son "envie" d’être Présidente de la République même si elle ne cesse de la clamer depuis le début de l’été (et encore à plusieurs reprise dans cette émission).
Dans le fond, il y a peu de choses qui distinguent les concurrents si ce n’est leur personnalité très différente. Ainsi, l’argument sur le fait de plus imposer les grandes entreprises du CAC 40 et d’aider les PME, de favoriser la recherche, l’innovation… est un discours régulièrement tenu par le PS depuis plus d’une décennie et qui a été ressassé ce soir par François Hollande, Ségolène Royal, Manuel Valls et Martine Aubry, ces deux derniers racontant même leur rencontre avec des chefs d’entreprise, l’un à Lyon et l’autre à Évian (si j’ai bien entendu).
Martine Aubry était très au point sur le fond des dossiers. Sa mécanique programmatique était parfaitement huilée et elle parlait avec naturel et spontanéité, au contraire de François Hollande. En revanche, peut-être à cause du manque de sourire, elle n’a pas été très charismatique, surtout en refusant de prendre des engagements sur les déficits publics en 2017. Rien ne fait vibrer. C’est plus du rocardisme en version moderne.
En raison de la situation financière internationale très grave, le centre des discussions tournait autour de la dette public et de la réduction des déficits, une sorte de victoire (j’allais ajouter "posthume" !) du candidat François Bayrou qui en avait fait son cheval de bataille dans sa campagne de 2007, totalement ignoré par les médias de l’époque. Tous les candidats sont d’ailleurs d’accord sur le principe de la règle d’or mais vont quand même voter contre le projet de Nicolas Sarkozy.
Un peu d’animation
La troisième partie était plus intéressante puisqu’il s’agissait d’une "confrontation" à six. Hélas, les deux tiers du temps n’était que des monologues (« sans relief » dira Christian Jacob) mais il y a eu aussi quelques "débats" à deux, bref, quelques interactions un peu moins téléphonées. Par exemple, les deux "jeunes" Arnaud Montebourg et Manuel Valls ont voulu souligner leur antagonisme sur bien des sujets… sauf sur la dépénalisation du cannabis.
David Pujadas n’a d’ailleurs pas été très inspiré en posant une question sur le profil du bon candidat socialiste (pour battre Nicolas Sarkozy), car il avait en face de lui six personnes qui voulaient justement l’être. Donc, leur seule réponse sincère aurait dû être : le bon candidat, c’est moi !
François Hollande a joué le rôle de Monsieur Loyal, l’ours en peluche qui fait le sage en rappelant qu’il ne faut pas parler du second tour mais d’abord du premier tour. C’est vrai que 2002 reste une expérience amère. Une sorte de rabat-joie parental même s’il serait difficile de le placer dans le rôle du père. Amusante conclusion d’Arnaud Montebourg : il a trouvé que ce débat plaisant installait les candidats du PS dans une sorte de famille et qu’il était heureux car il était le "père" de cette primaire ; c’est le benjamin qui a revendiqué le rôle patriarche ! Quant au doyen, Jean-Michel Baylet, il semblerait plutôt jouer le rôle de l’oncle d’Amérique, un peu lointain mais toujours sympathique à revoir, avec son accent du Sud-Ouest très chaleureux.

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