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Accueil du site > Actualités > Politique > Protectionnisme ou système national d’innovation ?

Protectionnisme ou système national d’innovation ?

 La dette publique était jusqu’il y a quelques jours le mal absolu : confronté au principe de réalité, ce mythe vole en éclats. Il est aussitôt remplacé par une autre mythe : la peur du protectionnisme, assimilé à toute forme de "patriotisme économique" et d’intervention de l’Etat.
La crise est aussi le moment de mettre à bas les dogmes qui nous ont mené à cette situation et de revenir vers quelques vérités premières.

« Tout sauf le protectionnisme » tel est le cri qui saisit nos élites face au nécessaire retour de l’Etat pour remettre un peu d’ordre dans le monde supposé harmonieux du « marché auto-régulateur ». Mais de quoi parle-t-on ?

Comment a-t-on tué la croissance ?

La croissance a été tuée en Europe par les politiques monétaires assassines : les taux d’intérêts réels, en raison de la poursuite des objectifs du Pacte de stabilité se sont situés bien au-dessus des taux de croissance depuis une quinzaine d’années. Ils ont amené un déficit durable d’investissement depuis 1990 au moment même où les Etats-Unis comprenaient la nature de la troisième révolution industrielle et investissaient massivement dans la nouvelle vague des technologies de l’information qui allait assurer leur domination sur l’économie numérique. Et nous sommes entrés dans un cercle vicieux  : le sous-investissement a entraîné une faible augmentation de la productivité, une augmentation du chômage et une progression de la pauvreté, avec faible progression des recettes fiscales et forte progression des dépenses sociales qui mettent les budgets publics sous tension. Il en résulte un faible investissement public dans l’éducation et dans la recherche qui accroît le retard technologique. Il faut aujourd’hui casser ce cercle vicieux impulsé par des considérations uniquement financières pour revenir à une économie de production.

A l’origine, un dogme : celui de la « valeur actionnariale ». Ce principe s’est développé en France suite au rapport Viénot sur le gouvernement d’entreprise (1995), validé par les gouvernements socialistes. Ce principe contraint l’entreprise à maximiser les dividendes, ceux-ci étant anticipés par les marchés financiers qui obligent en retour l’entreprise à ne pas les décevoir. Pratiquement, cela oblige les entreprises à avoir un rendement de leurs actifs supérieur au rendement du capital. Cela ne peut se faire qu’en sacrifiant l’investissement, notamment dans la R&D, et, bien sûr, les salaires. De plus, l’innovation en période de rupture technologique (actuellement celle des TI) consiste surtout en de nouvelles formes d’organisation, de nouveaux systèmes de production qui sont difficilement comptabilisables : tout cet immatériel, qui fait la compétitivité réelle des entreprises, est donc sacrifié car non valorisable à court terme par les marchés financiers.

Les pays scandinaves qui sont restés à un gouvernement d’entreprise partenarial et non actionnarial, ont échappé à la malédiction du déclin économique et social qui frappe l’Europe depuis une décennie.

Ce dogme de la valeur actionnariale est au cœur de la globalisation et est devenu une doctrine politique devenue dominante avec la révolution conservatrice aux États-Unis et en Grande-Bretagne, en réaction aux politiques de protection sociale.

Le retour de la Chine ? Les mêmes recettes que pour l’essor de l’Occident

L’impact négatif de ce dogme et de l’ouverture des frontières a été accru par le retour de la Chine qui a fait entrer sur le marché mondial une armée de réserve de main-d’œuvre qualifiée à bas coût, ce qui a accru la rentabilité du capital et diminué le pouvoir de négociation des salariés dans tous les pays développés. Le projet de la Chine est exactement le même que celui qu’ont eut tous les pays aujourd’hui développés au début de leur développement : accumuler la technologie par une politique active de rattrapage qui va de l’envoi d’étudiants dans tous les pays développés, à l’accueil d’entreprises de pointe moyennant le transfert de technologies, sans omettre l’espionnage industriel.

Parallèlement, la Chine a eu l’intelligence de ne pas ouvrir ses marchés financiers – comme le lui demandait le FMI – et d’accumuler les réserves en dollars qui lui permettent de sous-évaluer sa monnaie et de contrôler l’économie américaine. En outre, elle assure une transition en douceur du système communiste au système capitaliste en n’ouvrant pas brutalement ses secteurs dits « non – compétifs » à la concurrence internationale, comme l’a fait la Russie. Mieux vaut avoir une industrie « non-compétitive » que pas d’industrie du tout ! Les pays d’Afrique et d’Amérique latine qui se voient spécialisés dans la production de produits primaires à faible valeur ajoutée et qui stagnent dans la pauvreté pour avoir appliquée les politiques d’ouverture du FMI et de la Banque mondiale en savent quelque chose !

Que faire ? Vers un système national d’économie politique

Les clés du développement économique et social n’ont pas changé depuis trois siècles – et même en pratique depuis le début de l’ère industrielle qui commence avec la Renaissance – et ont été résumées en quatre étapes par le grand économiste Friedrich List en 1841 dans son ouvrage Le Système National d’Economie Politique, qui sera à l’origine du développement des Etats-Unis puis de la Prusse :

- L’ouverture des frontières est utile pour un pays en décollage pour permettre l’installation d’industries en provenance de pays plus développés.

- Il faut ensuite protéger par des droits de douane les « industries dans l’enfance » jusqu’au moment où elles seront capables d’affronter la concurrence des pays les plus avancés.

- Il faut progressivement accroître la part de marché de ces industries par des traités de commerce ou des unions douanières avec des pays de même niveau de développement afin de rechercher des synergies et de permettre à ces industries d’atteindre la taille critique.

- On peut ensuite passer à une politique de libre-échange une fois ces industries devenues adultes.

Il n’y a là aucun esprit doctrinaire qui considérerait que le libre-échange est un bien en lui-même ou que le protectionnisme est l’arme absolue contre la désindustrialisation.

On peut comparer cette approche à un parent qui apprend son enfant à faire du vélo : au début il faut mettre des petites roulettes au vélo, puis tenir la selle, accroître les distances parcourues et enfin seulement lâcher la selle. Si l’on tient pas la selle, l’enfant n’apprendra jamais et si l(on ne lâche pas la selle il restera un assisté incapable de s’affronter au monde. La France a eu raison de vouloir utiliser la dépense publique pour construire une industrie informatique. Elle a eu tort en la laissant vivre des commandes publiques et en ne la rendant pas capable d’affronter la concurrence internationale.

Le Marché commun à six, puis à neuf, voire à 15 pouvait s’inscrire dans une logique correspondant à la troisième étape de F. List puisqu’elle créait une coopération entre pays de même niveau de développement. L’ouverture à 27, 30 et plus vers des pays de développement inégal est un non-sens est une démarche perdant-perdant qui va appauvrir les pays développés (par des transferts financiers et en créant une concurrence des pays à bas salaires) ainsi que les pays en voie de développement (en les empêchant de développer leurs industries nationales comme l’a fait avec intelligence l’Irlande). C’est, comme l’a analyse l’ethnologue Robert Paine au Canada à propos des relations avec les populations Inuits du colonialisme du bien-être  : on veut imposer par les subventions un niveau de vie semblable aux populations en retard, et de ce fait on les cantonne dans un assistanat qui bloque leur développement et les rend tout aussi agressive contre le colonisateur que dans le cas du colonialisme classique.

Quels peuvent donc être les axes stratégiques d’une politique industrielle ?

définir des zones de coopération entre pays d’égal développement en Europe permettant une coordination politiques fiscales et budgétaires, avec rétablissement de la préférence communautaire aux frontières par des droits de douane et en faisant cotiser les produits importés des pays à bas salaires à la protection sociale des pays développés – par l’instauration de la TVA sur les importations (ce qu’a fait l’Allemagne) - afin de neutraliser leur avantage-coût.

Investir à long terme dans les industries d’avenir. Dans « développement durable » il y a d’abord « développement ». Ces industries nous montre le chemin de la reconversion de nos vieux appareils industriels hérités de la II° révolution industrielle, et sont une opportunité pour relever de nouveaux défis technologiques.

Pour assurer cet investissement, il faut rediscipliner le capitalisme financier et assécher la finance apatride et prédatrice. Avant tout les déficits publics doivent servir à financer les investissements dans l’avenir : Education, recherche, innovation, soutien aux PME innovantes, y compris en leur réservant un part non négligeable de l’achat public comme cela se fait aux Etats-Unis et est totalement impossible dans l’Europe de Maastricht.

Deux séries de mesure peuvent être envisagées :

o Lancer un grand emprunt européen entre pays ayant des intérêts communs (développement des infrastructures, grands projets de R&D, grands travaux comme la traversée des Alpes et des Pyrénées, développement durable…). Cet emprunt mobilisera l’épargne des ménages qui reste un grand atout de la France alors qu’elle est négative aux Etats-Unis, et évitera qu’elle s’oriente vers la spéculation immobilière ou boursière.

Réformer la Banque Centrale Européenne : Comme le propose Patrick Artus[1], une banque centrale moderne est une banque qui est responsable devant les gouvernements pour les orientations de la politique monétaire et n’a pas pour unique objet la lutte contre une inflation qui n’est absolument plus le problème aujourd’hui. On lui laissera le choix des moyens (émission de monnaie, gestion contra-cyclique des taux à court, moyen et long terme), mais pas celui des fins. En pratique, une telle réforme est impossible dans l’UE à 27 et dans le cadre du Traité de Maastricht. Compte tenu des effets de la crise financière, les rares avantages de l’euro (mobilité des capitaux permettant d’absorber les différentiels de croissance et de financer les déficits) vont diminuer tandis que ses inconvénients (incapacité d’amortir les différentiels de croissance entre pays par absence de fédéralisme fiscal et de mobilité de la main-d’œuvre) vont s’accroître. La mort de l’euro est d’ores et déjà annoncée.


[1] « Les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », 2008


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19 réactions à cet article    


  • Le pirate des caraibes 27 novembre 2008 14:13

    Interessant article et constat.

    L’approche du "tout technologique" de notre president semble completement erronée (surtout quand ses ministres veulent flicquer l’internet à tout va). On ne va quand meme pas tous travailler dans l’aerospatial ?!

    " Il faut aujourd’hui casser ce cercle vicieux impulsé par des considérations uniquement financières pour revenir à une économie de production."

    En effet, on a voulu supprimer les industries traditions (les vieilles industries comme on les appele), qui sont desormais le fer de lance de pays comme la chine ou l’inde (textile, siderurgie).
    On a ensuite voulu supprimer l’industrie considerée comme "sale" comme un "sous metier", en favorisant les services.

    Mais qu’en reste il ? Comment garder des services (notamment public) quand la demande industrielle n’existe plus ? C’est le tissu economique qui s’effondre lentement et avec lui une augmentation des chomages, des deficits, qui eux meme en entrainent d’autres.


    Je ne suis pas à 100 % d’accord avec votre idee du bienfait du libre echange.
    Le libre echange n’est valable que si chaque partenaire ou pays subit les memes contraintes.
    Or le probleme de la mondialisation c’est justement le desequilibre entre les salaires, les charges sociales, les conditions de travail et les normes envirronnementales entre les pays.

    Comment se battre contre un concurrent qui paye 10 fois moins cher ses ouvriers et ses charges ?
    C’est impossible !!!! Et les "plans de relances" ne changeront rien à cette realité mathematique !

    Le protectionnisme (à geometrie variable) est alors la seule solution :

    - des taxes à l’importation suivant l’origine des produits pour les mettre au niveau de nos prix de production.

    - la supppression de la tva sur les produits francais afin de les privilegier.


    Cordialement.





    • faxtronic faxtronic 28 novembre 2008 12:13

      10 fois, t es gentil. Hier il y a eu une emeute en chine dans l usine de jouet Hasbro, car les salarie voulait une indemnite de licenciement. D apres Hasbro, les salaires sont trop hauts : ils sont a 88 dollars par mois.

      point barre


    • Le pirate des caraibes 28 novembre 2008 12:20

      Un jour viendra, plus personne ne pourra rien acheter car le salaire sera trop faible et les prix trop hauts.

      Les grands patrons viendront miauler à la TV pour qu’on les aide et qu’on leur file des subventions.
      Ce jour là est malheureusement pour bientot si la france (et le truc inutile appelé europe) ne change pas sa politique.


    • xbrossard 28 novembre 2008 14:45

      88 dollars ? avec ça en Françe, on aurait à peine de quoi s’acheter à manger...j’en déduit donc que tout les ouvriers d’Hasbro vive à la rue, sans toit sur la tête ? ce qui prouve bien la stupidité de la comparaison des salaire en valeur absolu ; le prix d’un logement en chine n’a rien à voir avec le prix en Françe, donc, on ne peut pas comparer les salaires directement.

      Chaque fois que j’entend ce discours, que ce soit par nos patrons pour dire qu’il faut réduire les salaires pour être concurrentiel, ou par les altermondialistes pour dire que c’est infaisable, je rigole.

      En fait, le problème de concurrence déloyable pas nécessairement par une politique de parité des monnaies à revoir complètement...et serait bien plus efficace que de chnager les salaires...


    • Thierry JACOB 27 novembre 2008 14:48

      les échanges se font en trés grande partie en Europe ...entre nous ...
      HARMONISONS..(y compris au niveau social...par le haut) pour aller ensemble sur les marchés Asiatiques, Américains, Africains...


      • Le pirate des caraibes 27 novembre 2008 14:58

        "pour aller ensemble "

        impossible ! C’est la faille de l’europe : Elle a tellement grandit que ses membres ont des objectifs differents.
        Dès le debut, les dés etaient pipés. La GB ne desirant pas en faire reellement partie.

        L’europe actuelle ne sert à rien si ce n’est de faire passer la pillule de la mondialisation et du "libre echange" (eux vers nous), qui arrange bien les lobbys et le grand capitalisme.

        L’euro a d’ailleurs été remarquable à ce niveau.
        Pendant que tout le monde s’interessait à la couleur des billets, la mesure de conversion allait permettre une inflation masquée tout en donnant au peuple le sentiment d’un progrès... du travail d’orfevre  smiley


      • Peretz Peretz 27 novembre 2008 16:58

        J’ignorais que l’Allemagne avait instauré une TVA à l’importation. (depuis quand ? Est-elle la seule ?)Tout- à -fait d’accord sur cette analyse. Le protectionnisme existe pour la plupart des pays, mais tout dépend dans quel sens se font les échanges, import-export pays par pays des marchandises, des hommes et des capitaux. D’autre part l’accent n’a pas été mis sur les différences de cotation des monnaies qui sont en grande partie responsables des déséquilibres. Qui fait la côte ? Sur quelle base ? Quel a été le rôle du GATT et ensuite de l’OMC ? Quels sont les influences des lobbys ? Enfin les économistes, à ma connaissance, n’abordent pas suffisamment l’étude de l’économie en dynamique, c’est-à-dire avec l’influence qu’a le temps, sur les différentes forces qui la font bouger. Trop complexe ?


        • Forest Ent Forest Ent 27 novembre 2008 18:05

          Il est saisissant de voir avec quelle précision nous reparcourons le chemin de 1929. Le libre-échange crée la crise, le retour brutal au protectionnisme la transformera en crise géopolitique. Et puis goodby Sally et bonjour Verdun. Aucune chance que l’UE rebondisse vers une union sociale et économique : les intérêts y sont devenus trop divergents.


          • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 27 novembre 2008 18:34

            Allais propose la préférence communautaire (zone euro maintenant) pour au minimum 80% des volumes (je dis bien en volume, pas en “prix”) de chaque produit que nous savons fabriquer et les 20% restant par mise aux enchères entre les importateurs.


            • Proto Proto 27 novembre 2008 20:54

              Je trouve cela étonnant qu’un professeur universitaire expert des mécanismes économiques puisse encore tenir un discours aussi anti-européen et néolibéral, vous en savez pourtant long sur le mythe de la croissance indéfinie d’une société de consommation qui amène la planète à saturation…

              Donc vous nous dites que le protectionnisme peut aider la France si cela peut protéger ses pauvres petites innovations sur les marchés, un peu comme la Chine qui ouvre progressivement les siens, ce qui n’est pas du tout la même chose il faut bien le dire.
              Vous prêchez donc une privatisation totale qui attend que les industries soient « adultes » avant de les libéraliser complètement, en condamnant dans votre exemple les telecoms français au passage qui ont attendu trop longtemps selon vous.
              Vous préconisez aussi à la France une balkanisation de la structure économique européenne en privilégiant des « partners » communautaires parmi d’autres.
              Vous voulez faire perdurer une société qui se construit par le phénomène de l’endettement massif en lançant de grands travaux d’infrastructures, plus sûrs pour les petits épargnants, mais aussi rediscipliner « le capitalisme financier et assécher la finance apatride et prédatrice », réformer la banque européenne qui va changer le statut de perdant-perdant en winner-winner pour la France parmi les autres.

              Bref je crois que vous rêvez doucement en croyant que la France a une marge de manœuvre dans sa vassalisation au système économique mondial en opérant un réel retour en arrière, en tuant l’euro comme vous le suggérez, mais surtout sur le fait que la société de consommation tel que l’on la connaît aujourd’hui aurait encore un avenir à court terme dans son contexte géopolitique, et puis les vertus de la privatisation des entreprises publiques on les connaît : inverses de celles chantées par les politiques.

              Donc au lieu de nous bricoler un protectionnisme grégaire en le dénommant « système national d’innovation », vous devriez plutôt rechercher ce qui est réellement innovant dans la conception même de redistribution des richesses et de nationalisation des besoins communs, des idées de service civil ou d’étalon honoraire, mais pas essayer de nous faire croire aux lendemains qui chantent par des mesures obsolètes.

              Non je ne parviens pas à apprécier ce darwinisme économique que vous prêchez.


              • Claude Rochet Claude 27 novembre 2008 21:51

                 Je ne vois pas où j’ai écrit çà ! Vous ne devez pas avoir lu l’article que j’ai écrit. smiley


              • Tarouilan Tarouilan 29 novembre 2008 18:46

                Le protectionnisme ....... c’est trop tard cher monsieur, si l’occident l’applique ...... les prix des produits remanufacturés localement seront multipliés par dix.... le téléviseur plat à 10 000€ ..... je vous en met combien....


              • Marc Bruxman 27 novembre 2008 21:10

                Je ne serai pas vraiment d’accord avec votre analyse. 

                D’une part si les USA ont massivement investis dans l’informatique et les télécoms durant les années 90 c’est avant tout grâce ou à cause de la financiarisation de l’économie. La quasi totalité des investissements étaient la bas le fait des "venture capitalists" puis des introductions en bourse. L’éfficacité de ce système est radicale en terme d’innovation technologique mais produit souvent une mauvaise allocation de ressources. On l’a notamment vu dans le cas des télécoms à la fin des années 90

                En Europe l’accès aux VC est plus difficile et l’a toujours été. L’économie financière est moins dans notre culture. Par contre on a des projets collaboratifs type "projets européens" (framework program dans le jargon de l’union européenne). Les résultats de ces projets sont variables. Certains ont conduits à des résultats exceptionnels (comme le MP3 issu d’un tel projet). D’autres ont coutés très cher au contribuable sans apporter de contribution valable. La aussi l’allocation de ressource est généralement mauvaise. Le gros défaut étant que certaines idées ne plaisent pas forcément aux politiques et ne verront donc pas le jour dans un tel cadre. Alors que le VC est généralement moins obtus. Aurions nous du papier électronique sans VC ? Probablement pas ! Les politiques veulent trop chouchouter la presse classique pour qu’ils investissent la dedans. Pourtant cela sera surement la star de la fin des années 2000 (et du début des années 2010). 

                Et puis à coté de tout ca il y a l’entreprise technologique "à l’ancienne" qui se développe avec son propre capital. Et qui s’en sort bien aussi. Pas de mauvaise allocation de capital, mais peu d’innovation. Ce dernier type d’acteurs est donc dépendent d’un des deux premiers. Car ce n’est pas rare qu’ils piquent l’idée d’un VC ou d’un projet européens et réussissent par une meilleure gestion à l’implémenter proprement. Et puis c’est pareil, VC et projets européens interagissent parfois intelligemment. Le MP3 a certes était inventé dans le cadre d’un projet européen, mais il devait à l’origine servir à diffuser des programmes audiovisuels via satellite. L’idée de génie d’utiliser ce format pour autre chose est le fruit d’autres acteurs moins institutionnels. 

                Mais le plus important c’est qu’il n’y a pas spécialement besoin de pousser l’investissement technologique en période de crise. Au contraire, la contraction des capitaux disponibles poussent les entreprises à améliorer leur productivité. Et l’innovation est généralement importante durant ces périodes. 

                Généralement le cycle de l’innovation se fait comme suit :

                • Innovation très forte en période de crise mais dont peu de gens profitent directement. L’innovation démarre généralement quelques temps après le début de la crise, le temps que les effets psychologiques de celle-ci soient en place. A cet effet, on peut s’attendre à de forts gains de productivité dès la mi 2009 et jusqu’en 2010. 
                • Innovation plus ralentie en période de reprise mais les innovations techniques de la période de crise précédentes se diffusent aidant ainsi à la reprise. La productivité continue à augmenter fortement en début de reprise, puis se stabilise alors que les entreprises récoltent les fruit des augmentations de productivités passées. 
                Ainsi, la plupart des boites pionniéres de l’internet aux Etats-Unis se sont notamment crées durant la crise centrée autour de 1993 qui a été pourtant une crise très violente aux Etats Unis avec déja la faillite de nombreuses banques. Netscape et Amazon se sont crées en 1994

                Pour ce qui est de la crise actuelle, les technos suivantes sont "chaudes" :
                • Cloud computing : Très très chaud, mais probablement pas de résultats tangibles avant 2010 - 2011. Sera probablement la prochaine vrai révolution du marché de l’informatique. 
                • Virtualisation : La encore très chaud et une explosion du marché est en cours. 
                • RFID : Chaud, explosion du marché déja bien entamée (depuis la crise de 2001). Va se généraliser et se démocratiser encore plus vite. 
                • Internet Mobile : Chaud. L’arrivée à maturité de l’iphone a fait décolé ce marché jusque la quasi inexistant. En quelque mois développeur d’applications mobile est passé du stade de la veille technologique (largement financée) à un truc super hot. 
                • Papier Electronique : Tiède, invention révolutionnaire, dont la sortie en masse est prévue pour 2009. La crise financière risque de ralentir le déploiement de masse des terminaux auprès du grand public mais cela reste à surveiller. 
                • Energie : Tiède du fait de la baisse des couts de l’énergie. Devrait toutefois se poursuivre du fait du changement de mentalité durable des consommateurs et de nécéssités techniques dans d’autres secteurs comme l’informatique. (Le cloud computing nécéssite une réduction de la consommation énergétique des serveurs pour être viable). 
                Et bien sur tout le reste, mais qui devrait rester confidentiel .... jusqu’à la crise de 201X ;)

                • Claude Rochet Claude 27 novembre 2008 21:55

                   Non, le succès des EU dans les TI est avant tout du aux investissements publics fédéraux dans la recherche. Les capitaux risqueurs intervienne en aval du processus, bien en aval.
                  Le succès des E.U est le résultat d’uns stratégie intelligente et bien conduite de "l’apprentissage de la bicyclette : l’Etat tient le vélo pendant la période d’apprentissage puis le lâche quand l’entreprise est mûre pour affronter le marché. smiley


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 28 novembre 2008 16:29

                  Quand l’état lâche la bride au capital financier, prédateur de l’économie réelle, on voit où cela mène : à la crise systémique et à l’étatisation du système bancaire pour tenter d’en sortir.

                  Ce que peut faire l’état US , l’état français, seul, ne peut le faire, compte tenu du marché commun, de la monnaie unique et de la libre circulation des biens , des capitaux et des personnes en Europe des 27.

                  On n’avancera pas en faisant marche arrière.


                • philou 28 novembre 2008 09:03

                  Très bon article.
                  Ce qui est vrai en économie est aussi vrai dans d’autres domaines, comme le sport, l’éducation ; on ne peut progresser que dans un groupe homogène.


                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 28 novembre 2008 16:22

                    Article pertinent dans la définition des problèmes mais paradoxal dans les propositions qu’il avance pour les traiter :

                    L’auteur fait de l’Europe des 15 la seule base d’une possible régulation des échanges sur fond de préférence européenne, mais il refuse deux choses : l’Europe des 27 qui est pourtant fortement économiquement intégrée à l’Europe des 15 et surtout il ne fait pas de la supranationalité et donc de la délégation de souveraineté un élément indisopensable du protectionnisme euroopéen soft et d’une dynamique politique commune qu’il appelle de ses voeux. L’auteur veut la fin sans les moyens politiques supra-nationaux indispensables.

                    En cela son refus de la monnaie unique est absurde et l’objet d’un argument rhétorique contestable qui consiste à faire d’un voeux pieux discutable un fait indiscuble, alors même que les états européens qui, jusqu’alors étaient hors de la zone euro, demandent à s’y intégrer pour réduire les effets de la crise monétaires générés par la crise monétaire et du crédit.

                    Pas de régulation mondiale possible sans une Europe souveraine plus intégrée politiquement, socialement et économiquement. On ne peut traiter les problèmes mondiaux et européen d’aujourd’hui par un retour au national-étatiste du passé.


                    • Le pirate des caraibes 1er décembre 2008 09:29

                      "Pas de régulation mondiale possible sans une Europe souveraine plus intégrée politiquement, socialement et économiquement"

                      Quelle connerie !

                      Cela fait des dizaines d’années que votre europe existe et elle n’a rien apporté, et ne sert à rien.

                      Elle ne prend aucun decision du point de vue commercial, militaire, securitaire, geopolitique...
                      L’europe c’est une machine à vent pour politicards sur le declin !

                      Ne voyez donc vous pas que l’europe regule deja l’economie pour profiter aux plus riches ?


                    • L'équipe AgoraVox L’équipe AgoraVox 15 décembre 2008 15:56

                      Bonjour Jules Dupont,

                      La rédaction d’AgoraVox souhaite rentrer en contact avec vous, pourriez-vous vous manifester via le formulaire contact ou renseigner votre mail dans votre fiche rédacteur ?
                      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=320

                      Merci,

                      Cordialement,
                      L’Equipe AgoraVox




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Claude Rochet

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