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Quand l’école deviendra une prison

Vous vous souvenez surement de ce fait divers qui a tant agité les médias, cette histoire d’un étudiant qui avait poignardé son professeur en plein cours. Vous vous souvenez aussi de la réaction de l’ancien ministre de l’éducation nationale qui avait estimé nécessaire l’installation de portiques de sécurité afin d’éviter la détention d’armes blanches dans les écoles.Pensez-vous que ce serait efficace ? Les déboires du modèle ultra-sécuritaire des écoles aux USA laissent planer un doute.

 C’est dans le « Monde diplomatique » que j’ai trouvé un article très intéressant (comme toujours) sur le résultat de la politique ultra-sécuritaire dans les écoles de New York.

C’est en 1998 que Rudolph Giuliani (ancien maire de New York) eut la brillante idée, face à une montée de violence dans les établissements scolaires, de transférer la sécurité des écoles à la police municipale : le NYPD (New York Police District). Le bougre pensait alors qu’un élan sécuritaire allait stopper les violences juvéniles.

On a alors commencé à voir les premiers effets (néfastes) de ces mesures.

Ces faits croustillants pourraient être comiques s’ils n’étaient pas réels :

  • Le 17 novembre 2006, ce sont deux enfants de 4 ans qui furent menottés pour avoir refusé de faire la sieste.
  • Le 9 octobre 2007, une étudiante d’un lycée de Manhattan, qui avait rendez-vous avec un professeur avant l’ouverture de l’établissement, s’était vu refusée l’accès par un policier. Le principal, qui s’était alors interposé pour prendre la défense de son élève, se retrouva menotté et placé en garde à vue.
  • Le 17 janvier 2008, un enfant de 5 ans qui avait une mauvaise conduite s’était vu lui aussi menotté et emmené dans un hôpital psychiatrique pour subir une évaluation.
  • En avril 2010, une adolescente de 12 ans se retrouva menottée par un policer pour avoir gribouillé un message sur son bureau.

Bref si vous voulez trouver d’autres faits comme ça n’hésitez pas à chercher sur internet.

Le sénateur américain Eric Adams, interrogé par les journalistes sur ces différentes affaires, avait déclaré que « les menottes métalliques n’étaient sans doute pas appropriées pour un enfant de 5 ans« . En effet, il préconisait plutôt « l’utilisation de menottes en Velcro« . (article ici)

Cela peut nous choquer, en tant que français, avec notre système d’éducation qui tient encore la route (pour combien de temps ?) de voir de tels excès. Même si nous avons nous aussi eu droit à nos premiers baptêmes de police scolaire en France (un exemple et un autre).

Ce qui cloche à mon goût :

Tout d’abord je ne crois pas qu’il soit possible de guérir la violence par une répression systématique, on peut illustrer ce problème avec ce qui se passe dans les banlieues : la politique sarkozyste de « karchérisation » n’a pas eu l’effet (soit disant) souhaité de réduire les violences. Mais politiquement vous vous doutez qu’il est plus simple d’envoyer un car de CRS pour calmer les ardeurs de quelques délinquants, que de se lancer dans des politiques sociales, plus coûteuses certes, mais tellement plus efficaces sur du long terme. Car le problème est là ! Les politiques (qu’ils soient français, américains ou autres) réfléchissent trop souvent, voir tout le temps, sur du court terme.

Il a été prouvé que l’adoption, dans les écoles new-yorkaise, d’une approche différente de la discipline, même dans les quartiers les plus populaires, entraînait une diminution significative du nombre de violences, et cela sans utiliser la force et la police. Pour reprendre ce que dit Jeffrey Sprague, spécialiste en discipline scolaire : « Lorsque la police entre à l’école, le taux de criminalité triple. »

Comment voulez vous que des élèves agissent comme des citoyens modèles quand vous les traitez de délinquants en leur demandant chaque matin de vider leur sac et de passer sous un portique de sécurité ?

Il faut réellement en finir avec ces politiques purement clientélistes, qui a l’approche de chaque élection, font ressortir le spectre d’une violence marginale dans le but d’inquiéter l’honnête citoyen, de stigmatiser les jeunes des banlieues et de légitimer les décisions des politiques qui ne voient, malheureusement, pas plus loin que le bout de leur mandat.

Victor Hugo il y a 200 ans de cela résumait déjà bien le problème :

« Ouvrir une école, c’est fermer une prison.« 

Consultez mon blog : Culture-Monde.com

Sources :

  • « New York remet en cause le tout-sécuritaire à l’école » – Le Monde diplomatique de Juin 2010
  •  

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10 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 18 juin 2010 11:23

    Le but du libéralisme est de s’enrichir quelqu’en soit les conséquences. Pour cela il lui faut créer une société liberticide en faisant régner la peur. Cela commence à la base, dans les écoles ! Les moyens qu’ils mettent en œuvre pour arriver à leurs fins sont : Le chômage de masse, la peur de l’autre (Religion, terrorisme), l’appauvrissement intellectuel en fermant des écoles et en supprimant les subventions à la recherche, la destruction du socle social par l’anéantissement des aides et autres prestations, l’engourdissement des facultés d’analyse des citoyens par le biais des médias complices diffusant de fausses nouvelles alarmistes ou des télé-réalité à la con …Bilan, à terme l’école deviendra une prison à formater les esprits afin qu’ils accepte leur condition d’esclave. Elle est loin la pensée du vieil Hugo : « A chaque fois qu’on ouvre une école on ferme une prison ».


      • WINSTON WINSTON 18 juin 2010 14:12

        Dommage que cet article vire au tract. 


        • l’arbre 18 juin 2010 20:06

          Les tracts c’est efficace contre la barbarie ( voir la résistance au ’’’’bon vieux temps de pétain , laval et compagnie ) réponse à winston ( le 18 juin !!!!!!!!!)


        • non667 18 juin 2010 21:32

          a auteur
          trop gros pour que j’avale ça ,l’anar  :smiley


          • Maxdel26 Maxdel26 18 juin 2010 21:40

            dans ce cas je vous propose de lire le Monde Diplomatique daté de ce mois ci.


            Et je ne suis ni communiste, ni anarchiste (ça ne marche pas ensemble quand on fait une école de commerce...), je pense seulement qu’il faut défendre certaines valeurs et notamment celle que je considère comme la plus importante dans une société démocratique : l’éducation.



          • Hanoho Hanoho 18 juin 2010 22:59

            Eh oui, la violence est voulue et rien n’est fait pour l’endiguée au contraire... jusqu’à ce que la population menacée dans son intégrité se jette dans les bras du répressif.

            Le but du jeu c’est de nous placer dans l’étau entre le flicage carcérale intempestif ou la délinquance nihiliste décérabralisée.

            Faites vos jeux, rien ne va plus.

             

            « Lorsqu’un peuple assoiffé de liberté se trouve des échansons qui lui en verse autant qu’il souhaite, jusqu’à l’enivrer, il arrive qu’on appelle des despotes les gouvernements empressés de satisfaire les exigences de leurs sujets toujours plus exigeants. Il arrive que celui qui se montre discipliné soit décrit en terme d’homme sans caractère et de serviteur. Il arrive que le père effrayé finisse par traité ses fils comme des pairs et qu’il ne soit plus respecté, que le maître n’ose plus réprimander ses élèves et qu’ils se moquent de lui, que les jeunes revendiquent les mêmes droits que les vieux, et que les vieux acceptent de les leur accorder pour ne pas paraître trop sévères. Sous un tel climat de liberté, au nom de celle-ci, il n’y a plus de respect ni d’égard pour personne. Et au sein de cette licence pousse et se développe une mauvaise herbe : la tyrannie« . République de Platon – livre VIII.


            • Hanoho Hanoho 19 juin 2010 00:48

              Si j’ai bien compris le texte smiley
              Non ce n’est pas du second degré, j’ai d’ailleurs voté (-)

              Je suis bien désolé de la société policière que l’on est en train de créer...
              Mais je suis aussi conscient du dénie de la réalité réalisé par certains, et notamment par le monde diplo dont j’ai été abonné un an...

              Il est totalement criminel de dénier la violence à laquelle est confronté le corps enseignant et de prétendre qu’il s’agit d’une propagande orchestrée par le pouvoir. Il n’y a pas de propagande, au contraire, les faits sont passés sous silence pour ne pas « stigmatiser » une population de plus en plus agressive. Je me méfie de plus en plus de ce qui dénient la réalité. Le nombre de profs ayant tirés la sonnette d’alarme est pléthore. (exemple1 exemple2)

              Ce que beaucoup n’ont pas compris (ou feignent ne pas comprendre) c’est que prétendre qu’il y a de la violence, s’il n’y en a pas... ça fait feu de paille. C’est comme crier au loup, ça ne sert à rien.

              Évidemment, on est d’accord sur un point : l’objectif c’est l’instauration d’un état policier. Mais pour y parvenir, la violence ne doit pas être fantasmée mais être orchestrée. Ceux qui prétendent qu’elle n’existe pas, font en quelque sorte le jeu de l’engrenage dans lequel nous sommes, ils en voient la finalité mais ne voient pas (ou prétendent ne pas voir) le chemin qui y mène.

              Serge Halimi, à la direction du diplo depuis 2008, en est l’exemple type. Je partage ses idées, je suis d’accord avec tout ce qu’il dit. C’est ce qu’il ne dit pas qui me dérange, c’est ce qu’il ne dénonce pas qui me dérange. Ses silences sont plus parlant que ses écrits.

              Ce qui me dérange, c’est la constance avec laquelle il pointe du doigt l’autorité et fait de tous les agents du désordre des victimes. Lorsque l’on confond liberté et licence, qu’il n’y a plus aucun respect pour l’autorité, c’est le désordre total. Face à ce désordre, les tensions s’exacerbent et la moindre tentative pour restaurer l’ordre est ressentie comme insupportable.

              Parallèlement, un tel climat d’insécurité impose à la population de chercher un chef qui leur promette le retour à l’ordre. Et ORDRE devient le mot à la mode sur les lèvres de tous les démagogues. « Méfiez-vous de celui qui vient mettre de l’ordre » disait Diderot. Ce nouveau sauveur endossera sa mission à condition d’avoir tous les pouvoirs. C’est le tyran. Nos gouvernants connaissent bien ces théories. Ils ne l’emploient pas tant qu’ils se soucient du bien être de la population et non leur propre intérêt. Est-ce toujours valable alors que la société de consommation – qu’ils subissent au moins autant que nous – incite chaque jour davantage à l’égoïsme ? La position du tyran est la seule qui puisse véritablement assouvir leur soif de pouvoir et nous y allons tout droit.

              Le plus drôle, ou le plus triste, c’est que ceux qui prétendent « lutter contre le système » en refusant toute forme d’autorité, rejetée en tant que puissance oppressante, hypocrite et malfaisante, en sont, au contraire, les promoteurs. C’est l’héritage de mai 68. Si demain nous vivons dans un état policier, nous pourrons, en partie, les en remercier.


            • Hanoho Hanoho 19 juin 2010 09:52

              @alchimie

              Vous remarquerez que mon commentaire qui commence par « Eh oui » a été plussé, tandis que les vôtres qui récusent la vision « bisounours » ont été moinsé.

              Pourtant nous affirmons la même chose... Bien la preuve de l’état pitoyable de certains lecteurs : je vote et ensuite de cherche à savoir de quoi ça parle...


            • Hermes Hermes 21 juin 2010 16:56

              Tous les élèves violents (à une petite échelle dans l’école rpimaire que fréquentent mes enfants), tous sans exceptions sont ceux qui ont une situation familiale déstructurée. Père absent (définitivement ou à répétition), décès, abandon, divorce en cours, violences ou irrespect à la maison, etc.
              Bien qu’ils soient extrèmement minoritaires, les instituteurs ont beaucoup de mal à les gérer, car ils n’ont pas été formés pour cela. Ceux qui réussissent, c’est uniquement par leurs qualités humaines personnelles qui leur permettent savoir faire partager le respect réciproque.

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