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Quand l’Eglise s’égare dans la politique

Le Figaro vient de nous gratifier d’un article faisant écho aux travaux des évêques catholiques réunis à Lourdes. Au-delà d’une certaine lucidité, on voit bien, dans le catholicisme français actuel, une forme de dérapage séculier et une laïcisation des esprits.

Tout d’abord, la crise doit être bien grave pour que l’Eglise aujourd’hui se permette d’intervenir sur le terrain politique. Pour une institution en général plutôt discrète, cela en dit long sur les souffrances qui attendent notre société. Si, de plus, on imagine qu’il reste de par le monde, quelques hommes politiques sincèrement catholiques qui seraient allés confesser leur désarroi face aux événements, on peut effectivement penser que dans certaines sphères, c’est l’affolement général. Dans un tel contexte, l’analyse de la situation décrite par Monseigneur vingt-trois est plutôt de bon aloi et quand il sous-entend que le temps sera long à recouvrer une santé économique si tant est que cela soit possible dans le système actuel, on ne peut que craindre qu’il ait raison.

Nous ne le suivrons cependant pas sur quelques points qui nous semblent essentiels. Chronologiquement, dans l’article, nous commencerons par penser, contrairement à lui, que la personnalité qui sera issue des urnes en mai 2012 est un élément important pour notre pays. En effet, l’économie actuelle est en grande partie basée sur la confiance et celui ou celle qui sera élu doit incarner une personne en qui l’on peut faire confiance. Tous les candidats ne sont pas à égalité sur ce point… D’autre part, dans un état qui depuis bien trop longtemps à supprimé le commissariat général au plan, avoir un programme me semble être une bonne chose. Bien entendu, un plan n’est pas fait pour être respecté à la lettre quels que soient les événements, mais il sert à pointer la direction dans laquelle on va aller. D’ailleurs, dans le domaine militaire, on ne concevrait pas un général qui n’aurait pas de plan de bataille. On ne voit pas pourquoi la politique devrait échapper à une règle aussi élémentaire et les évêques de France feraient bien d’y réfléchir à deux fois avant de dire n’importe quoi.

Mais là où nous serons le plus critique, c’est concernant la fin de l’article dont nous reproduisons ci-dessous un large extrait.

Il n'est plus question, a-t-il insisté, de « laisser croire que nous pouvons indéfiniment continuer de vivre à crédit ». Certes, « la consommation est un des leviers de la croissance » mais « nous ne pouvons pas continuer de laisser dépendre toute l'activité économique d'une énième relance de cette consommation par l'aggravation de la dette publique ». Il lui paraît judicieux d'avoir « le courage de mettre en œuvre » de « nouveaux modes de vie » et une « consommation plus raisonnable et plus équitable ». Quant à l'Europe, il lui paraît capital de lutter contre « les tentations de repli et de fermeture » comme la crise grecque vient de le montrer. « La solution de fermer nos portes pour préserver notre petite zone de relative prospérité » ne lui paraît pas viable : « Veillons, a-t-il lancé, à ne pas nous laisser entraîner dans la spirale de l'égoïsme, de l'isolationnisme ou de la xénophobie. »

Pour le fait que nous ne saurions éternellement vivre à crédit, nous serons seulement partiellement d’accord. Nous remarquerons que la dette actuelle est le résultat d’une accumulation. Le problème fondamental ne date donc pas d’aujourd’hui et l’on n’a guère entendu qui que ce soit, à part quelques rares personnes, critiquer la croissance de la dette dans les temps passé et l’Eglise a été bien muette sur ce point. On remarquera aussi que lorsque la richesse mondiale créée annuellement est de l’ordre de 43000 milliards de dollars alors que les paris sur l’augmentation de cette somme (produits dérivés) sont de l’ordre de 800000 milliards de dollars, soit vingt fois plus, il y a un déséquilibre systémique clair qui n’a rien à voir avec de la dette. En réalité il y a trop d’argent et beaucoup d’acteurs ont fabriqué de la fausse monnaie comme le disait feu Maurice Allais. En conséquence, ce sont bien aujourd’hui des pauvres qui vont « crever » de manque d’argent dans un monde où ceux qui tiennent le système sont les plus grands faussaires de tous les siècles. Il faudrait donc commencer par attaquer le mal à sa racine avant de se concentrer sur la dette. Enfin, toujours sur le même sujet, l’argent n’a de maître que César pour rependre l’expression de l’Evangile. L’argent est attaché à l’Etat, aujourd’hui encore plus que du temps de Rome, car l’argent s’est dématérialisé ; il est passé des métaux précieux au papier puis, plus récemment, à la forme informatique. C’est donc l’Etat qui est le garant ultime de l’argent et de sa valeur. En conséquence, César n’a qu’à s’occuper de ce qui le regarde, ce qu’il ne fait hélas plus depuis trop longtemps et ce qui explique en grande partie la situation dans laquelle nous sommes.

Continuons notre critique. L’Eglise voudrait mettre en œuvre de nouveaux modes de vie. Si l’on lit entre les lignes, on se rapproche du programme d’Eva Joly ! Là, c’est une erreur monumentale. Nous avons une population de 7 milliards d’habitants qu’il faut bien nourrir. Depuis l’aube de l’humanité, nous consommons toujours plus. Certains experts considèrent qu’aujourd’hui, en termes d’énergie, nous avons en moyenne, au niveau mondial, l’équivalent de 800 esclaves par habitant. Et malgré cela nous avons encore de la misère. Est-ce que l’Eglise, de concert avec les Verts, voudrait nous faire revenir en arrière ? Il me semble qu’il existe une dérive importante dans l’Eglise actuelle qui, au prétexte de respect de la Création, a en réalité emboîté le pas aux écologistes qui, eux, sont entrés dans une voie bien connue qui consiste à déifier la Terre et la nature. C’est le fameux mythe de Gaïa. L’Eglise, en les suivant et les soutenant, commet un pêché fondamental, celui de la confusion entre le Créateur et la Création.

Finissons par le sempiternel couplet éculé sur le repli sur soi et la xénophobie. J’entendais encore récemment qu’une rose cultivée en en Provence revient à 0,4€ pour un salaire de 1100€/ mois pour le pauvre salarié agricole, alors que la même rose cultivée au Kenya revient à 0,08€ et qu’elle est donc concurrentielle en terme de prix lorsqu’elle est vendue sur le marché européen (même avec le coût du transport). Du coup, ce sont les nôtres qui sont grugés. Ils ne peuvent pas être compétitifs avec des gens payés « un bol de riz par jour » et qui sont odieusement exploités. De plus, les transports pour amener les roses du Kenya en Europe consomment de l’énergie, objectivement, pour pas grand-chose. Alors oui, une forme de repli sur soi ne me paraît pas nécessairement délétère. Un principe de subsidiarité économique qui dirait que l’on doit consommer en priorité ce qui a été produit localement me semblerait même salutaire. Et si les Kenyans ou autres peuples s’en portent plus mal, qu’ils balaient devant leur porte d’abord. Lorsque l’Europe a décollé en créant la révolution industrielle, elle n’a pas, à l’époque, bénéficié de marchés d’exportation solvables. Il a bien fallu qu’elle se débrouille par elle-même. Pourquoi les autres n’en feraient-ils pas autant ? Par ailleurs, tous les intermédiaires dans la chaîne qui gagnent de l’argent sans réelle création de richesse et qui rançonnent les peuples des deux côtés en créant des esclaves d’une part (chaussures de sport à prix de revient à 5€ l’unité et revendues à 150€ !) et des chômeurs de l’autre, sont bien entendu les profiteurs du système et créent, eux aussi, de l’argent indu. Quant à la xénophobie, on en parle beaucoup plus qu’elle n’existe réellement en notre pays. Par contre, pour reprendre les termes de Michel Rocard, nous ne pouvons pas accorder l’asile en France ni même en Europe, à toute la misère du monde. Or, les moyens de transport actuels, permettraient d’amener les 7 milliards d’habitants et de les concentrer en Europe en environ 1 an. La question de l’immigration, même si elle est à traiter avec humanité, restera donc cruciale dans les années à venir. Nous sommes sur une pente démographique potentiellement descendante en Europe, mais rappelons-nous que notre industrie, celle qui n’a pas été délocalisée, gagne environ 7% par an en productivité. Que la population s’adapte en partie à ce rythme ne paraît pas complètement aberrant ; Que l’âge de la retraite recule quand on gagne 1 trimestre d’espérance de vie par an ne paraît pas non plus scandaleux, etc. En nous mettant la pression sur l’immigration des populations du monde entier parce que nous avons des moyens de transport ad hoc, l’Eglise nous met dans une situation impossible. La solidarité avec l’étranger à l’époque romaine se faisait dans un tout autre contexte. On ne peut plus avoir les mêmes règles qu’alors.

Au final, l’Eglise s’égare en entrant sur le terrain politique, une fois de plus si l’on peut dire. Clairement, son royaume n’est pas de ce monde. Qu’elle s’occupe des principes fondamentaux de la morale soit, qu’elle rappelle à chacun, en occident notamment, les fondements chrétiens de notre civilisation soit. Qu’elle appelle à l’humanité dans les situations de crise et même dans la vie courante, soit. Mais qu’elle s’en arrête là ! Elle n’a rien à dire, a priori, sur la consommation d’énergie de l’humanité. D’ailleurs, concernant cet exemple qui sera pris en termes de conclusion, la seule chose que pourrait dire l’Eglise sur l’énergie, c’est qu’à l’échelle de l’homme, l’énergie disponible dans l’univers est infinie d’une part et que d’autre part, comme nous avons été créés à l’image du Créateur, notre intelligence, sans limite, nous permettra a priori d’exploiter cette ressource infinie[1]. Convaincre les dirigeants de transformer cela en bien pour le plus grand nombre, voilà qui est du ressort de l’Eglise… Si elle veut bien s’occuper de ses affaires.

Enfin, quoi qu’en pensent certains, le scientifique dira que l’énergie est une quantité qui se conserve. Dans ce cadre, l’économiser ne rime à rien du strict point de vue de la physique.


[1] Rappelons à toutes fins utiles qu’aujourd’hui, si nous passions en 100% électrique dans le monde entier en énergie nucléaire de surgénération de type Super Phénix avec le couple U235/Pu239, à 10% de croissance mondiale par an, nous avons des réserves connues pour 6700 ans ! Si nous utilisions le couple U233/Th, nous passerions alors à 21000 ans supplémentaires ! De quoi attendre la mort de notre civilisation bien avant…


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3 réactions à cet article    


  • misajour 7 novembre 2011 15:22

    Ces catho nous engluent la politique, bien obligé de toléré l’intolérable mais delà à leur consacrer un article fleuve, même critique, c’est trop d’honneur consacré à cette secte à bout de souffle..... 


    •  C BARRATIER C BARRATIER 7 novembre 2011 17:45

      Le catholique de base ne mélange pas politique et religion. L’église, elle, ne fait que cela, et tend à le faire de plus en plus. L’église (sa hiérarchie, avec la grosse influence des fondamentalstes et de leur pape) relaient la politique libérale, déjà soutiennent LE PEN et SARKOZY pour 2012, l’Opus Déi rêve à nouveau de prendre le pouvoir dont il n’a jamais été si proche, les officines relais comme SOS Education proposent la suppression de l’école publique par une privatisation générale. Ils sont masqués, mais on sait qui ils sont et les liens libéralisme anti républicain et intégrismes sont dévoilés ici.

      Voir « République : Résister à la pieuvre libérale et intégriste »

       

       http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=204


      • tikhomir 7 novembre 2011 18:12

        Vite, vite, aux aaaaaarmes citoyens ! Formeeeeez vos bataillons ! Sortons la guillotine révolutionnaire ! C’est un complot et les vilains catholiques nous menacent !

        Vous avez un problème C BARRATIER, vous souhaitez dissocier les catholiques, de l’Eglise catholique... En gros, vous voulez des catholiques pas catholiques... C’est franchement n’importe quoi (si on omet en plus vos délires limite complotistes).

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