La ratification par les socialistes du TSCG signé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sans la moindre modification est un manquement grave à la parole donnée aux électeurs de François Hollande. Mais le comble de l'ignominie est atteint lorsque s'ouvre la chasse aux "nonistes" ...
Vous rappelez-vous ? C’était il y a quelques mois. La campagne électorale battait son plein. François Hollande représentait l’espoir d’un changement. Il était plein d’audace. Au Bourget, il défiait le monde de la finance. On allait voir ce qu’on allait voir ! En Europe, il défiait l’Allemagne et sa chancelière. On allait voir ce qu’on allait voir !
Le point n° 11 de son programme proclamait :
"Je proposerai à nos partenaires un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance pour sortir de la crise et de la spirale d’austérité qui l’aggrave. Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction. Je proposerai de créer des euro-obligations. Je défendrai une association pleine et entière des parlements nationaux et européen à ces décisions. "
Nous savons tous que cette promesse n’a pas été tenue.
Pour la galerie, le nouveau Président a fait quelques temps le fier en prétendant avoir brillamment négocié et imposé un volet croissance devant contrebalancer la rigueur budgétaire induite par le Traité. On eut beau lui faire remarquer que cette goutte d’eau de 120 milliards d’euros représentait 0,85 % de PIB de l'Union Européenne (14000 milliards) et était sensiblement moins consistante que les …. 1.000 milliards prêtés aux banques fin 2011, que l’essentiel de la somme n’était que le redéploiement de fonds déjà existants, François Hollande était très content de lui, même s’il avait piteusement renoncé à renégocier le traité.
Tant pis pour les promesses du candidat qui annonçait quelques semaines plus tôt qu’il refuserait de faire ratifier le traité, indiquant qu’« il n'y aura pas de retour à l'équilibre si le traité n'est qu'un traité budgétaire, c'est-à-dire n'est qu'un traité de disciplines, de sanctions, qui deviendront vite des austérités pour tous les peuples »
Aujourd’hui, qu’il est loin le temps des audaces ….
Nous sommes début octobre et le traité signé par Angela Merckel et Nicolas Sarkozy est désormais défendu par le gouvernement et le PS …
Alors que le vote au parlement approchait, des voix de la majorité ont commencé à se faire entendre.
Chez EELV d’abord. Les alliés du PS se rappelaient encore des promesses du candidat Hollande auxquels ils s’étaient ralliés en vertu d’un accord leur promettant des sièges de députés et des marocains de ministres. Malgré la gêne évidente de la ministre Cécile Duflot, le parti écologiste se prononçait contre la ratification.
Puis au sein même du PS … Rapidement, des pompiers ont été désignés pour aller « calmer » les irresponsables qui osaient mettre en péril la cohésion de la majorité. On a vu Bruno Le Roux, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, adresser un courrier ferme aux députés socialistes leur rappelant que les membres du groupe devaient voter la ratification comme un seul homme :
« Je tiens à te rappeler que l'article 17 de notre Règlement prévoit que l'unité de vote est la règle.
Les députés qui adhérent au Groupe s'engagent à adopter et respecter un mode de fonctionnement collectif.
Les questions qui engagent le groupe sont librement débattues mais une fois la position du Groupe arrêtée, la discipline de vote et d'expression est une règle impérative. »
On notera au passage que Bruno Le Roux semble ignorer l’article 27 de notre Constitution qui dispose que « tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. »
Après un discours creux et sans conviction du Premier Ministre, le vote a eu lieu le 9 octobre à l’Assemblée. Le traité est ratifié à une large majorité. 477 députés ont voté pour et 70 contre. L’UMP triomphe : le traité signé par Nicolas Sarkozy est ratifié sans la moindre modification. Le PS fanfaronne : les voix de gauche ont suffi pour atteindre la majorité absolue.
François Hollande clame que « la gauche s’est réunie pour voter ce traité et qu’elle n’aurait pas eu besoin des voix de la droite pour le faire adopter même s’il est bon et bien que la droite, l’opposition, une large partie d’entre elle, ait également voté ce traité ».
Le PS considère donc que réussir à faire ratifier le traité voulu par Nicolas Sarkozy sans avoir besoin des voix de l’UMP serait une victoire … Mieux, si on comprend bien le Président, ce serait presque la droite qui aurait baissé culotte en votant la ratification !
C’est tellement gros que ça passe ! Les médias amis relaient le communiqué triomphant sans relever le paradoxe.
On pourrait s’arrêter là et simplement constater que François Hollande et le PS se sont renier, que le traité libéral est voté et que la gauche sociale-démocrate est désormais alignée sur les positions de la droite libérale européenne. On pourrait dire que certains à la gauche de la « gauche » voient, avec désespoir, leurs prédictions se réaliser …
Mais, le PS a décidé de poser la cerise sur le gâteau. On apprend, en effet, que les 20 députés socialistes ayant osé voter non malgré l’amicale pression de leurs amis sont désormais l’objet de représailles venant de leur propre camp. On les appelle déjà dans les médias, avec un certain mépris, les « nonistes ». On notera au passage que les partisans du oui ne sont pas qualifiés de « ouiouistes » … et pourtant …
L’inénarrable Bruno Le Roux annonce que "ça [voter non] ne restera pas sans conséquence" … Voilà une menace à peine voilée. En coulisse, on dit qu’il serait désormais inenvisageable pour les récalcitrants de devenir rapporteur d’un texte de loi. Autre vexation envisagée : les priver de questions au gouvernement. Ils ne devraient donc pas être prioritaires pour bénéficier de l’exposition médiatique que peut offrir cet exercice.
Après 10 ans de pouvoir de la droite, on pouvait légitimement attendre de l’alternance une bouffée de fraîcheur démocratique … Après 5 mois, on a la nausée.
François Hollande et le PS se sont reniés et ont ratifié le traité Merkozy sans en changer une virgule alors qu’ils avaient clamé haut et fort que ce traité était inacceptable et qu’ils refuseraient de le ratifier.
Mieux, les élus fidèles à la parole du candidat Hollande sont mis au ban du parti et menacés de devenir des députés de seconde zone, mis au rebut d’un quinquennat qui commence bien mal.
C’est à pleurer. Les élus qui sont fidèles à leurs convictions sont mis au pilori. On n’ose pas encore les qualifier de traitres … Peut-être que les traites, les vrais, sentent confusément au fond de leurs consciences que si le mot était lâché il pourrait bien leur revenir en pleine face ….

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Je trouve l’article des Bulles une nouvelle fois précis et argumenté sans outrance. Il (...)
23/10 07:57 - Jean-Pierre LovichiTout à fait d’accord . Tout est très clairement dit . Juste une mise au point , 56% de (...)
17/10 12:30 - JP94@Romain... je n’ai pas parlé du fond, j’ai parlé de la forme... quand il y a 3 (...)
14/10 19:56 - HELIOSHe leroi Vous devriez utilisez des liens plutôt que de mettre une tartine (en double en plus). (...)
14/10 15:00 - Romain DesboisNon, c’est de la résignation après les constatations que rien ne change sauf le pire qui (...)
14/10 13:29 - taberleroiOui, vous avez raison. REVOLTEZ –VOUS ! Dans notre société, le capitalisme (...)
14/10 12:06 - taberleroi
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