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Accueil du site > Actualités > Politique > Quelle est la (vraie) cote de confiance de Jacques Chirac ?

Quelle est la (vraie) cote de confiance de Jacques Chirac ?

Combien de Français « font-ils confiance » à Jacques Chirac ? 39% selon le CSA, 25% selon la SOFRES... Où est l’erreur ?

L’importance du choix des mots et des échelles pour mesurer un phénomène est, tous les mois, illustrée par les baromètres politiques de confiance ou de sympathie des hommes politiques.

Prenons l’exemple du président de la République Jacques Chirac. Deux baromètres mesurent sa cote de confiance. Au mois de février 2007, deux sondages, pratiquement réalisés le même jour, sont publiés sur sa cote de confiance (1). Deux formulations légèrement différentes qui donnent des résultats incroyablement différents.

Faut-il protéger ou exposer le président ?

Le baromètre CSA (2) est construit sur la question suivante : « Faites-vous confiance ou pas confiance au président de la République, Jacques CHIRAC pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays ? ». Le baromètre Tns Sofrès (3) est basé sur une question un peu différente mais portant également sur la confiance : « Faites-vous tout à fait confiance, plutôt confiance, plutôt pas confiance ou pas du tout confiance à Jacques CHIRAC pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement ? ».

Passons les deux phrases au filtre de l’analyse. Dans la première formulation on parle de confiance « au président de la République, Jacques Chirac ». L’homme arrive derrière la fonction présidentielle. A l’évidence, la confiance exprimée, est une confiance en la fonction et en l’homme. Par ailleurs on parle "d’affronter efficacement". La pugnacité étant une des caractéristiques de Jacques Chirac, on peut penser que le qualificatif « affronter » ne va pas le désavantager. Le point le plus subtil est probablement le dernier mot : les problèmes qui se posent « au pays ». Le mot nous inclut dans une communauté, « le pays » dont nous faisons partie et dont Jacques Chirac est le président. C’est presque un indice de confiance institutionnel. Dernier point, il s’agit d’une échelle en deux positions : confiance ou pas confiance.

La deuxième formulation est subtilement différente bien qu’il s’agisse toujours d’une cote de confiance. On remarque immédiatement que la fonction présidentielle a disparu ; ne subsiste que l’homme Jacques Chirac, étrangement nu, dépouillé de sa fonction. La deuxième différence est un plus subtile, il ne s’agit pas « d’affronter efficacement », il s’agit de « résoudre les problèmes » ; il y a là plus qu’une nuance que les personnes enquêtées ne vont pas relever, mais qu’ils entendront. Dernière différence sémantique, il n’y a pas de référence « au pays » qui nous inclut, mais une référence à « la France actuellement », ce qui introduit une relativité temporelle qui - au contraire de la première formulation - vient « dé-solenniser » le jugement. L’échelle est une échelle en quatre positions qui donne plus de possibilités de nuances.

Que pensez-vous que donneront ces deux formulations ?

A la même période, l’indice de confiance CSA est de 39% de confiance. L’indice de confiance Sofres est de 25%. L’écart entre les deux baromètres a même été beaucoup plus important puisqu’en juillet 2006, il était de 21 points : 37% de confiance pour le CSA, 16% de confiance pour la Sofrès...

On pourra rétorquer qu’un baromètre mesure surtout les évolutions d’une cote de confiance et on aura raison, mais que va-t-on retenir, qu’est-ce qui sera mis en exergue ? Un chiffre... et entre 39% et 25% la signification n’est pas la même... Pour les Français et pour Jacques Chirac.

Je ne doute pas des constructions d’échantillon de part et d’autre, je n’ai pas d’avis précis sur les intentions des concepteurs, mais à l’évidence, un des indices favorise la fonction présidentielle, l’autre la désavantage.

(1) Le baromètre CSA/La Vie/France Info, réalisé le 24 janvier sur un échantillon de 1004 personnes et le baromètre Tns Sofrès / Figaro Magazine, réalisé sur 1000 personnes du 24 au 26 janvier 2007.

(2) CSA 

(3) http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/020207_barofig_r.htm


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11 réactions à cet article    


  • non666 (---.---.7.210) 6 février 2007 14:45

    On peut chercher dans la semantique, le resultat a ces sondages.

    On peut aussi se demander si, objectivement, ces resultats nous semblent coherents, juste et sinceres.

    Pendant 5 ans, la droites et les institutionnels nous ont expliqué que Chirac etait « OUT », qu’il etait temps de tourner la page. Pire, a lui seul, Chirac etait responsable de tous les maux, de toutes les corruptions de la politique française et le seul parjure...

    Il faut dire la grogne montait chez les electeurs et qu’en 2002, cela s’est vu. Les electeurs demandaient du changement de tete et finalement on leur sert le meme, les memes...

    L’UMP et d’autres nous ont donc servi le programme minimum dans le changement : Chirac etait l’ancien regime, le coupable ultime et les autres etaient blancs comme neige, responsables mais pas coupables...

    Aujourd’hui, la chevauchée solitaire de sarkozy semble a son terme. Quand on a tenté de creer un parti unique de droite et d’eliminer les autres, on peut difficilement les rallier...

    On va donc nous ressortir du Chirac, finalement moins dangeureux que l’ami des etats unis. Parce que sinon, au rythme ou montent Bayrou et LePen, la question du ralliement de leurs electeurs vers Sarkozy ne se posera pas. Au contraire, il faudra se demander vers qui l’electorat UMP devra se tourner...au deuxieme tour


    • Romain Baudry 6 février 2007 15:14

      L’observation est très intéressante. Les deux questions semblent avoir le même sens, mais les nuances qui existent entre elles sont en fin de compte importantes.

      Je pense qu’il y a une raison supplémentaire pour laquelle les résultats de ces sondages sont si différents : c’est que Jacques Chirac est plus ou moins sur la touche en ce qui concerne la politique nationale et qu’il va de toute façon bientôt quitter son siège. Cette situation de fin de règne fait qu’il n’y a plus grand-monde à penser qu’il puisse « résoudre » les problèmes du pays. En revanche, il ne mène plus de politique offensive qui puisse générer une forte contestation et se tient nettement plus en retrait qu’à une époque. Davantage de gens sont donc disposés à penser qu’il « affronte efficacement » les problèmes en question dans la mesure des moyens qui lui restent.


      • dégeuloir (---.---.164.223) 7 février 2007 00:11

        Peu de temps avant sa première entrée au gouvernement italien, Gianfranco Fini déclarait encore en 1994 que « Mussolini a été le plus grand homme d’Etat du 20ième siècle ».

        Mais peu de temps après, M. Fini commença à prendre ces distances avec Mussolini et les néo-fascistes. C’est lors du congrès de Fiuggi (25-29 janvier 1995) qu’il change le nom du parti en Alliance nationale et en prend la présidence. Gianfranco Fini a recentré son parti, abandonnant peu à peu toute référence au fascisme et faisant d’Alliance nationale un parti de droite modérée. L’aile la plus dure de l’ex-MSI a abandonné le mouvement pour se regrouper dans d’autres formations.

        Toutefois les propos plus ouvert de M. Fini continuent à secouer de temps à autre son parti dont les membres non pas tous complètement oubliés leur ancien courant de pensées. Alessandra Mussolini (petite-fille de Benito Mussolini et membre d’Alliance nationale jusqu’en 2003) quitta le parti avec quelques éclats peu après les propos en Israël de Gianfranco Fini qui déclarait alors que le fascisme « fut le mal absolu » du 20ième siècle et que le règne de Mussolini fut « un chapitre honteux de l’Histoire de notre peuple » (italien).

        Certains de ses opposants, comme Francesco Storace alors leader de la région du Latium, décrivent cet éloignement comme une manœuvre politique et médiatique, mais que dans le fond l’opinion de M. Fini d’avant 1995 est restée inchangée.

        Reprise d’un commentaire anonyme sur le Web (à vérifier, donc :

        La version italienne du livre de Nicolas Sarkozy “Témoignages” a été préfacée par Gianfranco Fini.

        Cela avait déjà été le cas pour son livre”La République, les religions, l’espérance” ...

        Nicolas Sarkozy a donc accepté 2 fois une préface du leader post-fasciste, dirigeant de l’ Alliance Nationale...


      • Dragoncat Dragoncat 7 février 2007 04:01

        Dis donc Dégueuloir (avec un « u »)

        T’as pas l’impression que ton commentaire est légèrement hors-sujet ?

        Tu t’es trompé de fil ou tu fais une fixette ?


      • faxtronic (---.---.127.45) 7 février 2007 10:03

        il s’est juste trompé de fil


      • moebius (---.---.133.132) 6 février 2007 22:18

        Terrible ! le probléme c’est que tout le monde s’en fout de la cote de popularité de Chirac


        • jrr (---.---.4.121) 6 février 2007 22:38

          Chirac a fait son temps.


          • Romain Baudry 7 février 2007 02:50

            Il devient visiblement de plus en plus difficile d’avoir des commentaires intelligents qui portent vraiment sur le sujet de l’article auquel ils sont censés répondre.


            • Dragoncat Dragoncat 7 février 2007 04:07

              L’article est intéressant - merci à l’auteur.

              Il donne pour commencer un aperçu assez effrayant de la fiabilité des sondages. Selon la constitution du panel, les intentions des concepteurs et la formulation retenue, on obtient des résultats radicalement différents.

              Mais, pour l’auteur, votre question - de pure forme - trouve réponse dans le corps de votre article. Vous avez parfaitement détaillé les différences de formulation des deux sondages, et les nuances d’interprétation qu’elles induisent.

              Quand on parle de la fonction et du pays, ça accroche plus. Quand on met l’homme face à son bilan, après douze années d’exercice, puisque c’est de cela qu’il s’agit ; la réalité est évidemment plus cruelle.

              Le fond du problème ici, c’est qu’entre la vacuité de ses actions, le nombre de promesses non tenues et l’absence de vision de notre président, il est étonnant qu’il trouve encore 25% (a fortiori 39) de gens pour lui faire confiance.

              De quoi nous ramener à l’absence de mémoire collective, même à court terme. Cette même mémoire devrait avant tout nous rappeler que les sondages des dernières échéances importantes se sont ramassés dans les grandes largeurs... smiley


              • Romain Baudry 7 février 2007 16:35

                Malheureusement, les grands journaux qui reprennent ensuite ces résultats ont tendance à négliger ce genre de détails pour tirer des conclusions tellement simplificatrices qu’elles en deviennent fausses.


              • LeoParis (---.---.101.120) 8 février 2007 13:30

                Comme quoi, la question posée devrait toujours etre incluse. On ne devrait jamais simplifier en disant « la cote de confiance est de tant » mais toujours formuler « A la question blabla tel pourcentage a dit +oui+ » Cela dit, au vu de l’article l’énoncé de la sofres semble plus neutre. ce qui est ntéressant car je n’aurais pas soupçonné l’autre d’etre partisan.

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