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Quelques réflexions sur une campagne printanière

Bien que déclarée inintéressante par la presse, certains points de la campagne électorale qui s'achève méritent d'être relevés à quelques jours du premier tour de l'élection.

La question européenne, crise aidant, s'est imposée. Même si elle n'a pas été traitée de façon très satisfaisante. Elle risque de revenir rapidement sur le devant de la scène dans le jours qui suivront l'élection. Quel que soit l'élu.

Aucun candidat n'a élevé la voix pour faire entendre sa satisfaction sur le fonctionnement ou la politique de l'UE, même pas ceux qui ont voté tous les traités. L'un des candidats théoriquement les plus européens a pu parler de fabriquer et d'acheter français comme solution à la crise, ce qui, bien sûr a fait école !!! Et ceux qui veulent changer les institutions ou la politique de l'Union n'ont guère présenté les forces sur lesquelles ils comptaient s'appuyer pour faire aboutir leur volonté de réforme. Pourtant rien n'est possible sans alliés, sauf à sortir de l'Union.

Nicolas Sarkozy, l'Européen, a fait un duo télévisé avec Angela Merkel mais la réunion publique commune prévue n'a pas eu lieu. Parce qu'il s'est aperçu que le soutien d'Angela Merkel risquait d'apparaître comme la corde soutenant le pendu ? Parce qu'il n'aurait pu s'attaquer à l'Europe pour dégager sa responsabilité ? Ou parce que Angela Merkel ne pouvait cautionner un ami aux positions si inconstantes qui, dans l'espoir de gagner quelques voix, s'aligne sur des positions d'extrême droite ? Et, qui plus est, risque d'être remplacé à court terme ? Nicolas Sarkozy a, tout à coup, découvert que seuls les citoyens français étaient électeurs...
Finalement la tonalité des prises de position sur l'Union européenne ont été plutôt nationales ou nationalistes qu'européennes.

Durant le quinquennat, N.Sarkozy a été l'agité perpétuel et a imposé son rythme par de constantes nouvelles annonces, parfois sans suite et contradictoires. Cela semblait lui réussir. Beaucoup moins à l'approche de l'élection.

Dans toutes les campagnes, les candidats avancent des programmes, des promesses qui peuvent être discutables et qui donnent lieu à des accusations de mensonge. Dans celle-ci, N.Sarkozy a constamment traité ses adversaires de menteurs. Malheureusement pour lui, deux ou trois journaux, qui peuvent même appartenir à ses amis, ont montré que c'était lui qui s'éloignait le plus, et de très loin, de la réalité (voir ici, et ).

Au point qu'on peut penser que cette propension au mensonge est maladive surtout quand il s'agit de faits, récents, facilement contrôlables, évidemment contrôlés, sans réel intérêt si ce n'est de jouer les bateleurs. Ce qui conduit à être contredit par les siens d'abord et à reconnaître son mensonge ensuite.

Les sondages ont eu une place encore plus importante que dans les élections précédentes avec la parution de multiples sondages périodiques sur le pronostic (11 sondages publiés dans les 13 premiers jours d'avril par les 8 officines de sondages) et même un sondage quotidien depuis le 12 janvier et jusqu'à la veille du second tour.

Quelle influence ont ces sondages sur les résultats ? Bien difficile à dire. Mais si personne n'y croit quand ils sont défavorables, ils font des heureux dans le cas contraire. Surtout, ils installent peu à peu un état d'esprit qui s'impose à tous. Y compris à ceux qui disent ne jamais les regarder. Et d'autant plus que le terme approche. Pour les 2 favoris, c'est aveuglant en écoutant leurs discours, en lisant les rumeurs : aujourd'hui, personne ne se pose la question de savoir qui sera Premier ministre de Nicolas Sarkozy...

Durant la campagne, les commentaires sont au moins aussi importants que les résultats des sondages pour essayer d'influencer les votes. Si nécessaire, il est possible de les rendre plus favorables qu'ils ne sont. Ainsi, l'Observatoire des sondages a relevé, entre le 7 juin 2011 et le 22 mars 2012, 33 titres qui annoncent une remontée de Sarkozy et/ou un décrochage de Hollande. Ce volontarisme éditorial a-t-il joué un rôle ?

Cette connivence journalistique avec le pouvoir en place dans l'interprétation des sondages se retrouve dans les commentaires, tables rondes et autres émissions politiques. L'oligarchie médiatique, journalistes, économistes, politologues, se relaie dans les médias publics ou privés, pour faire entendre une musique largement dominante et, d'autorité, incontestable. Ou sont les économistes d'Alternatives économiques, d'Attac ou les "économistes atterrés"...

La comptabilité des sujets abordés et des intervenants a été établie pour l'émission "C dans l'air". Elle ne permet pas de douter du conformisme - de la soumission ? - de cette émission qui ne risque aucunement de faire naître le doute et encore moins la contestation dans la tête des téléspectateurs. Est-ce valable seulement pour cette émission ?

Quand arrive la séquence "égalité" de la campagne électorale, le scandale éclate : c'est intenable, il faut changer la loi (pour rétablir la logique de l'inégalité jusqu'au jour du scrutin). Comment sont traités les "petits" candidats ? Au minimum avec condescendance. Courtisans d'un coté et méprisants de l'autre. Solidarité de classe ? Solidarité de caste ?

C'est ce qu'a dénoncé Nicolas Dupont-Aignan quand il a demandé - oh le goujat ! - combien gagnaient ces journalistes qui se permettent, du haut de leurs revenus, de prêcher l'austérité. Alors qu'ils estiment, eux et leurs employeurs, leur salaire justifié, mais inavouable !

Les commentateurs se sont ingéniés à entretenir le suspense, monotone, pour savoir qui de Hollande ou de Sarkozy aurait le meilleur résultat au premier tour. Des variations de 1 point ou même moins donnent lieu à des interprétations alors qu'il est connu que la marge d'erreur est, scientifiquement, de 2 à 3 points !!!

Quant au second tour supposé se dérouler entre Hollande et Sarkozy, il n'a guère varié malgré tout la volonté du monde...

François Bayrou était le troisième homme lors de la précédente campagne présidentielle. Il ne l'est plus. Étrangement, les prévisions sur les résultats de Marine Le Pen ne posent pas problème. Que l'extrême droite obtienne entre 15 et 20% est devenu apparemment normal en France !!!

La vraie surprise de cette campagne est la percée sondagière et populaire de Jean-Luc Mélenchon. Mais cela est une autre histoire.


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1 réactions à cet article    


  • taktak 18 avril 2012 10:47

    Vôtre description de la campagne est particulièrement juste. Je n’en profite pour dériver sur une de vos remarques très pertinente.

    "Aucun candidat n’a élevé la voix pour faire entendre sa satisfaction sur le fonctionnement ou la politique de l’UE
    , même pas ceux qui ont voté tous les traités. L’un des candidats théoriquement les plus européens a pu parler de fabriquer et d’acheter français comme solution à la crise, ce qui, bien sûr a fait école !!! Et ceux qui veulent changer les institutions ou la politique de l’Union n’ont guère présenté les forces sur lesquelles ils comptaient s’appuyer pour faire aboutir leur volonté de réforme. Pourtant rien n’est possible sans alliés, sauf à sortir de l’Union.« 

    Vous pointez là un sujet essentiel. Le référendum de 2005, dans la ligné de celui sur Maastricht gagné de peu (500 000 voix, grosso modo l’étiage de LO), a montré que les français n’étaient pas pret à abandonner leur droit à s’administrer en toute souveraineté auprès d’un »machin" qui n’est qu’un outil de domination par les capitalistes (devrait on utiliser l’euphémisme consacré actuel : la finance ?). Les 2 partis habituels (UMP et PS) ainsi que leurs satellites (MODEM et EEV) continuent mal grès tout à promouvoir la fuite en avant de l’intégration européenne privant le peuple français de ses moyens d’action. C’est également le cas du FN qui sous couvert d’un discours franchouillard et poujadiste ne compte pas à remettre sérieusement en cause cette UE capitaliste, du moment qu’elle peut appliquer sa préférence raciste. Son anti européisme de façade ne propose d’ailleurs que la sortie de l’euro, et encore en parole car si on creuse le fond de son programme le FN compte à négocier avec Allemagne pour établir un nouveaux système monétaire européen. Rien sur la sortie de l’UE. Comme le FN n’a rien contre l’austérité et le remboursement de la dette indigne on a en fait la même politique économique que Sarkozy : tout pour les patrons et que les travailleurs triment.

    Coté FdG, il y a des propositions mais là encore bien hypothétique dans la mesure où elles relèvent d’un préalable : la négociation avec les capitalistes autocrates de bruxelle. On tombe là dans le leurre naif du redressement de l’europe, de la réorientation de l’euro. Le seul argument à l’appui de cette position est que Mélenchon a une grande gueule. Ca marche dans les meetings, c’est moins convaincant dans la réalité. Que n’as ton pu le faire au temps de la gauche plus rien dans un contexte bien plus favorable ? Rappelons que Melanchon et Buffet était au gouvernement....

    Et cela explique sans doute le niveau affolant du vote FN. Comme en 2002 d’ailleurs.

    Bref, la question européenne, en réponse au vote des français en 2005, mérite d’être traitée plus sérieusement.
    Plus honnêtement par les partis qui ont institués tout ces traités et qui s’en dédisent le temps d’une élection (UMP PS MODEM les verts).
     Plus clairement de la part des partis qui veulent une alternative au système capitaliste ultra libérale : FdG mais aussi le NPA et LO. Car s’il veulent appliquer leur programme politique il faudra nécessairement sortir de l’UE (ce qui n’exclue pas une reconstruction sur des bases saines, de coopération d’état à état comme ce qui se fait dans l’ALBA par exemple, qui pourraient être rapide).

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