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Accueil du site > Actualités > Politique > Qui osera parler de décroissance ?

Qui osera parler de décroissance ?

Les présidentielles de 2007 en France semblent revêtir une importance particulière, comparativement aux précédentes. On a le sentiment que le choix est crucial pour l’avenir du pays et de son peuple. Sans parler du rayonnement qu’il aura pour l’avenir de toute la construction européenne.

Les gens ont bien compris ce qui se joue cette fois, et pour certains, il n’est plus question de se tromper. Globalement, l’idée est de donner une nouvelle orientation politique stratégique pour la France, et par là-même aussi pour l’Europe, qui n’a jamais réellement su convaincre. Certains observateurs soulignent que jamais, depuis plus de quarante ans, les élections présidentielles françaises n’auront été plus décisives.

Les candidats sont nombreux au-delà des ténors Sarkozy, Royal, Le Pen et nouvellement Bayrou, on compte déjà une vingtaine de prétendants.

Tous abordent les mêmes thématiques avec leurs solutions, sans craindre d’être démagogues, parfois aveuglés par des visions trop larges (ou trop étroites), généralement toujours assez éloignées des réalités de terrain.

On entendra donc forcément parler d’économie, de fiscalité, d’emploi, de pouvoir d’achat, de santé, d’éducation, de sécurité, et aussi d’écologie, le véritable dernier sujet à la mode.

Les Français qui aspirent à un profond changement dans leur vie quotidienne, peut-être même à un bouleversement radical du paysage politique, ont bien intégré les thèmes récurrents, ils ont également bien observé l’évolution de leur pays et de leur mode de vie depuis trente ans, ils savent désormais que rien ne changera ni avec une politique de gauche traditionnelle, ni avec une politique de droite traditionnelle.

Jusqu’à preuve du contraire, la tendance lourde est quand même la rupture de confiance qui existe entre le peuple et les hommes politiques professionnels.

Tout le monde a bien compris que même s’il s’agit d’élections nationales qui portent a priori sur des questions nationales, un certain nombre de sujets incontournables et stratégiques ne pourront pas être éludés, comme les conséquences du réchauffement climatique, les problèmes de terrorisme international, les problèmes du Proche-Orient ou du Moyen-Orient, les interrogations sur les ressources énergétiques épuisables, l’avenir du développement durable, la gestion et le contrôle de l’immigration, les projets de codéveloppement, notre relation avec les pays à bas coûts de main-d’œuvre ou à coûts de fabrication inéquitables, etc.

Alors vers qui faut-il se tourner ? Les altermondialistes jugés trop “gauchistes” ou “idéalistes” ? Les centristes jugés trop “mous” ? Les libéraux jugés trop “outrageusement capitalistes” ? Les nationalistes taxés de faire trop de ... “nationalisme” ?

Si les dés ne sont pas pipés (et si nous échappons à un déni de démocratie), les Français se tourneront probablement cette fois vers l’homme qui incarne la vision la plus juste et la plus cohérente pour les intérêts du peuple en particulier et ceux du pays en général.

Mais de quoi est-il question pour l’avenir de la France ? Qu’est-ce qui fait que ces élections semblent si importantes ?

Je pense avoir une réponse. Je crois que les Français sont des gens particulièrement intelligents, objectifs, sensibles et émotifs, des gens qui ressentent les choses, peut-être même des gens qui pressentent parfaitement les choses, intuitivement. Ces facultés individuelles ou communautaires sont probablement liées à l’expérience et à l’immense patrimoine moral de ce grand pays.

Vous remarquerez que je ne parle pas de patriotisme ou d’un quelconque attachement, mais plus d’une capacité intrinsèque “à se faire sa propre idée par soi-même avant que d’autres ne pensent pour vous”. D’ailleurs, l’histoire me donne raison, il n’y a qu’à relever tous les événements où la France aura joué un rôle majeur, soit par l’anticipation, soit par l’initiative, soit par l’adaptation. La France n’est pas un pays comme les autres, elle l’a si souvent prouvé.

Je crois que les Français sont intimement convaincus qu’il n’est plus possible de continuer à avancer dans des directions qui découlent de décisions qui leurs sont imposées et qu’ils jugent comme n’étant pas du tout les bonnes (pour eux, mais aussi pour les autres).

Je crois même, de façon volontairement imagée, que les Français perçoivent nettement qu’un énorme mur très épais nous attend à une échéance qu’ils estiment n’être pas si éloignée que cela. Ce n’est pas être déclinologue que d’observer cela, c’est avoir du bon sens, un bon sens critique.

C’est pour toutes ces raisons que bien souvent de nombreux pays, ou de nombreux peuples dans le monde se tournent vers la France pour écouter son message, ou seulement l’entendre. La crédibilité de la France est certaine, ses valeurs et son expertise sont sûres.

Par ailleurs, les Français réagissent comme ils peuvent, chacun à son niveau et avec ses capacités, à toutes les incohérences du système local et/ou global dans lequel ils vivent.

Mais quel est ce système ? N’est-ce pas tout simplement ce qui apparaît comme un insupportable système économique mondialisé qui impose toujours plus de croissance, en consommant toujours plus de ressources, dans un productivisme qui semble illimité, et qui écrase l’individu en le pressurant ?

Les Français ont un problème avec la mondialisation de l’économie. Le modèle français, qualitatif et respectueux, presque naïf, apparaît comme parfaitement incompatible avec la mondialisation.

Les Français semblent donc objectivement conscients des enjeux qui se profilent, des problématiques globales, et de ce qui est juste ou ne l’est pas, du point de vue des valeurs humaines, et du respect environnemental, même s’ils ne disposent pas de tous les détails, ils ont une perception intime qui leur est propre.

Comment parfaire le modèle français, dans le modèle européen, dans le modèle global, sans qu’il y ait un sensible impact négatif sur la vie quotidienne de chaque individu, si l’on tient compte de ce que sont réellement l’hyper-capitalisme et la mondialisation, et leurs conséquences ?

Je me permets de rappeler les propos de Kenneth Boulding : “Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste.”

Également ceux de Bruno Clémentin et Vincent Cheynet : “Nul n’a besoin d’être économiste pour comprendre qu’un individu, ou une collectivité, tirant la majeure partie de ses ressources de son capital, et non de ses revenus, est destiné à la faillite. Tel est pourtant bien le cas des sociétés occidentales, puisqu’elles puisent dans les ressources naturelles de la planète, un patrimoine commun, sans tenir compte du temps nécessaire à leur renouvellement. Non content de piller ce capital, notre modèle économique, fondé sur la croissance, induit en plus une augmentation constante de ces prélèvements.”

Pour ma part, je suis convaincu qu’il sera bientôt question de ce qu’on appelle la “décroissance soutenable”, et que ce concept politique, économique et social va se généraliser.

La décroissance ne propose pas de vivre moins bien, mais mieux avec moins de biens et plus de liens.

Je préconise à chacun d’entre nous de s’habituer progressivement au concept de décroissance, et de soutenir le candidat présidentiable le plus pragmatique, qui aura la vision la plus réaliste et la plus honnête de la situation dans laquelle nous sommes, et qui propose le programme le plus cohérent, le plus sobre et le plus sécurisant pour notre pays et pour son peuple, de sorte que nous puissions être préparés à l’avenir le plus sereinement possible.

On n’est pas près d’arrêter d’entendre parler de décroissance.


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99 réactions à cet article    


  • Sceptique (---.---.27.61) 15 février 2007 10:39

    Superbe intervention. Il y a longtemps que je n’avais pas lu un article si réaliste et pertinent, qui évite en plus le piège du parti-pris. D’accord avec la totalité du contenu. Effectivement, on va entendre parler de décroissance, et devoir s’habituer à vivre dans un monde soumis à la raréfaction (dans son sens général). Et c’est à cette vision globale que nous avons intérêt à nous intéresser, bien plus qu’aux mesquins calculs politiciens de campagne qui ne sont finalement qu’une goutte d’eau dans l’océan de défis qui nous attendent.


    • Bof (---.---.14.196) 15 février 2007 10:48

      « Effectivement, on va entendre parler de décroissance, et devoir s’habituer à vivre dans un monde soumis à la raréfaction (dans son sens général). »

      Du conformisme à fond la caisse. La réalité est que la recherche du profit maximum, et l’actuelle abondance de main d’oéuvre à l’échelle planétaire, poussent les financiers à rémunérer le travail le moins possible. Les « décroisseurs » sont au fond des réactionnaires purs et durs.

      Voir l’article d’hier de De ço qui calt ?

      http://blog.360.yahoo.com/quicalt

      « Le programme Royal couronne une stratégie générale de vide politique »

      que je réproduis plus bas.


    • Sceptique (---.---.27.61) 15 février 2007 10:52

      Du conformisme ? Une réalité, dirais-je. La seule abondance qu’on a comme vous dites, est celle de la main d’œuvre. Si le reste se raréfie, on va fatalement vers la décroissance. Enfin, libre à vous de considérer ça comme réactionnaire. Vous voyez à court terme. Je vois à long terme. C’est ce qui différencie nos avis. L’élection à venir n’est qu’une étape.

      Cdt


    • Krzy (---.---.38.61) 15 février 2007 11:18

      D’accord avec Bof. La « décroissance » est au fond une idéologie d’extrême-droite et de la démagogie à fond la caisse. Ses partisans ne soufflent mot sur les budgets militaires, mais s’en prennent au pouvoir d’achat des travailleurs. On les a même vu soutenir la guerre du Kosovo qui a bien pollué l’Europe tout près de nous et où l’uranium enrichi a été employé.


    • (---.---.162.15) 15 février 2007 11:34
        La « décroissance » est au fond une idéologie d’extrême-droite et de la démagogie à fond la caisse. Ses partisans ne soufflent mot sur les budgets militaires, mais s’en prennent au pouvoir d’achat des travailleurs.

      D’où tenez-vous de telles infos ? Ca m’apparaît complètement faux. Bien sûr que le le budget militaire est le premier à devoir décroître...

      Am.


    • Pescaire (---.---.103.40) 15 février 2007 12:57

      On a vu le toréador de Bègles Mamère soutenir la guerre du Kosovo il y a une dizaine d’années... Une guerre faite par l’ « écologiste » Clinton.


    • Pierrot (---.---.208.241) 15 février 2007 14:07

      Tiens, revoilà les anti-pubs, vous savez les rigolos qui écrivaient des bêtises sur les affiches du métro.

      Après s’être fait sacquer par la RATP, les voilà de retour tous de verts vétus.

      Pas de soucis, il sont incapable de se mettre d’accord entre eux.

      Leur programme ? Que nous broutions de l’herbe, mais pas trop. Et qu’on plante des arbres pour habiter dedans.


    • Phiphi (---.---.154.177) 15 février 2007 15:57

      Ces intégristes de la « décroissance » ne veulent surtout pas toucher au pouvoir et aux privilèges des riches. On a déjà vu pour qui travaillait René Dumont sous l’Occupation.

      Voir :

      http://www.voltairenet.org/article13.html

      « ... René Dumont, comme de nombreuses personnes de sa génération, fut profondément marqué par la »Grande guerre« au point d’adopter un »pacifisme intégral« au sein de la Ligue internationale des combattants pour la paix (LICP). Pour qu’on ne connaisse »plus jamais ça !« , René Dumont milita d’abord contre la guerre avec l’Allemagne nazie, puis, après la débâcle, pour la Collaboration. Il écrivit des articles très techniques sur l’agriculture dans un grand hebdomadaire fasciste rural, » La Terre française « . Cette publication de propagande soutenait la Révolution nationale de Philippe Pétain, militait pour le retour forcé des citadins à la terre et pour le corporatisme agricole. Les éditoriaux d’André Bettencourt (alors responsable français de la Propaganda Staffel, aujourd’hui actionnaire de référence de L’Oréal et de Nestlé) prêchaient l’union du Christianisme et du Nazisme et appelaient au châtiment des juifs et des francs-maçons. René Dumont émaillait ses articles de considérations politiques. Il citait l’agriculture nazie en modèle, invitait à s’unir derrière »le Maréchal« , et exhortait les paysans à faire des enfants pour régénérer la race et disposer d’une main d’oeuvre abondante.... »


    • Pétrus (---.---.40.241) 23 février 2007 11:43

      Nous sommes arrivés à la fin de la croissance de la production mondiale de pétrole, ce qu’on appelle le pic de production (peak oil) ou pic de Hubbert. Le géologue Hubbert avait calculé en 1956 que le maximum de la production pétrolière aurait lieu en 1970 aux Etats-Unis, ce qui s’est réalisé. De nombreux pays ont déjà atteint leur maximum de production.

      A partir de l’année prochaine, la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus élevé, que ce pétrole soit « conventionnel » et facile à extraire ou qu’il s’agisse de pétrole dont les conditions d’extraction sont difficiles, très coûteuses, techniquement risquées et aléatoires, très coûteuses aussi pour l’environnement.

      Lire : La fin progressive du pétrole

      Une estimation très optimiste prévoit une décroissance de la production de 2 % par an, conduisant à une production réduite de moitié dans 35 ans. Mais la réalité semble devoir être bien différente. Avec une décroissance progressive de 1%, puis 2% ... 5%, nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans.

      Les réserves de pétrole ont été surestimées, soit pour des raisons politiques pour les pays de l’OPEP, soit pour des raisons financières dans le cas des compagnies.

      Le volume des nouvelles découvertes est depuis longtemps inférieur à celui de la production. Le maximum de découvertes a été atteint en 1962. Depuis 1981 le volume produit chaque année est supérieure à celui des nouvelles découvertes. Actuellement, le volume produit est 3 à 4 fois supérieur au volume découvert.

      La décroissance de la production peut être très rapide comme le montre la Norvège (- 15 % en 4 ans), la Grande-Bretagne (- 38 % en 6 ans), l’Australie (- 34 % en 5 ans).

      Les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires.

      Le devenir de l’agriculture et comment nourrir les populations sont des aspects méconnus de la disparition du pétrole, comme celui de la surpopulation.

      Le temps est venu de consommer beaucoup moins d’énergie et de se préparer à des réalités contraignantes, en changeant de façon radicale notre mode de vie, l’organisation du territoire (passer de l’exode rural à l’exode urbain), l’urbanisme, l’architecture, l’organisation économique et sociale.


    • artensois 15 février 2007 10:39

      Malthus est de retour.

      La mondialisation n’est-ce pas pour les pays, que nous appelions le tiers-monde, le droit à la santé, à l’éducation, à la prospérité et au-delà à la paix voire au bonheur.


      • Krzy (---.---.38.61) 15 février 2007 11:20

        Il faudrait déjà savoir qui tire les ficelles des chapelles de la « décroissance » qui épargnent étrangement les guerres impérialistes et les dépenses militaires.


      • (---.---.242.140) 15 février 2007 18:15

        « qui épargnent étrangement les guerres impérialistes et les dépenses militaires. »

        D’où vous viennent ces inepties ?! Le concept de décroissance s’applique par définition à l’ENSEMBLE de la société, dépense militaires inclues bien évidemment. Je ne vois pas du tout le rapport.

        Les mêmes « anti-raisonnement » a permit à Pescaire d’écrire « On a vu le toréador de Bègles Mamère soutenir la guerre du Kosovo il y a une dizaine d’années... Une guerre faite par l’ »écologiste« Clinton. » Quel rapport avec la décroissance ? Cela n’a aucun rapport avec l’écologie, même si elle est une des facettes de la décroissance. Mais le plus important reste la disponibilité des ressources naturelles, pétrole en tête, et cela c’est tout le fondement de la société qui est remis en cause, rien à voir avec l’écologie qui ne traite que de la préservation de notre environnement. Encore une vaine tentative d’amalgames bien douteux... smiley


      • Bof (---.---.14.196) 15 février 2007 10:43

        Du baratin. La réalité est celle des délocalisations et de la gouvernance mondiale des lobbies financiers. Voir cet article d’hier soir sur le blog de De ço qui calt ? :

        http://blog.360.yahoo.com/quicalt

        Le programme Royal couronne une stratégie générale de vide politique

        Tout compte fait, les « cent points » de Ségolène Royal et son discours sur le « pacte présidentiel » ne semblent guère avoir suscité de véritable polémique, malgré l’accélération théorique de la campagne présidentielle. Pour Nicolas Sarkozy, c’est « le retour aux années Jospin », « l’assistanat », « l’égalitarisme » et « le nivellement ». Rien de bien méchant. François Bayrou fait de la surenchère européenne, mais Ségolène Royal a comme lui fortement défendu le « oui » au référendum de mai 2005. Marie-George Buffet réclame « une autre politique », mais José Bové estime que le programme de Ségolène Royal « va dans le bon sens ». Quant à Dominique Voynet, son souci actuel semble être celui des signatures. Ce qui peut frapper, dans l’ensemble, c’est une certaine absence de divergences politiques vraiment profondes à l’intérieur d’un large spectre qui va de l’UMP aux « altermondialistes ». Que faut-il en déduire ? Peut-être, tout simplement, que de nos jours la véritable politique ne se fait plus au sein des partis, ni au Parlement, ni même au gouvernement. Mais dans ce cas, que doivent faire les citoyens ?

        Que dévoile la mollesse évidente des débats autour des cent propositions de Ségolène Royal ? Des propositions dont le contexte économique et social prévisionnel n’est pas vraiment différent de ceux considérés par les autres candidats dits « crédibles », et qui ne se trouvent pas en opposition radicale avec leurs programmes.

        Alors que les programmes de tous les partis se ressemblent beaucoup plus qu’il y a une trentaine d’années, et qu’aucun des candidats aux présidentielles de 2007 ne promet de changer vraiment le système en place, la mondialisation industrielle et financière se poursuit comme si elle faisait partie d’un contexte général intouchable s’imposant à l’ensemble du monde politique.

        Aucun candidat ne promet d’empêcher les délocalisations, de mettre en cause le marché mondial de la main d’oeuvre et le dumping social... A quoi sert donc la politique ?

        Ou peut-être que le bonne question est plutôt : où se fait vraiment la politique ? Les institutions supposées l’incarner, et qui détiennent en théorie la représentation citoyenne, sont-elles autre chose que des façades ou, tout au plus, des officines gestionnaires ?

        Le 30 janvier, Beijing Information écrivait, citant notamment une étude à laquelle a participé l’Ecole supérieure de commerce de Paris :

        « On parle souvent des délocalisations d’entreprises occidentales en Chine pour des raisons économiques et d’accès à une main d’œuvre à faible coût. Deux évènements récents viennent mettre en dimension ce phénomène qui n’est pas unilatéral.

        Tout d’abord, la délocalisation présente des risques... (...) doutes sur la qualité des produits, risques de contrefaçon, et surtout une augmentation substantielle des problèmes logistiques : hausse des coûts de livraison, lenteur de la réaction aux évolutions ponctuelles du marché... (...)

        Autre éclairage nouveau en matière de délocalisations : elles ne sont plus l’apanage des sociétés occidentales. Chery, l’un des principaux constructeurs automobile chinois, qui s’est allié au géant germano-étatsunien Daimler-Chrysler, vient d’annoncer un plan de construction de trois usines de montage pour sa marque à l’étranger. Déjà implantée en Iran, en Malaisie, en Russie, en Ukraine, au Brésil et en Egypte, où elle travaille en coentreprise avec des sociétés locales, Chery a décidé d’acquérir sous son nom propre des usines dans des pays stratégiques, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud... »

        (fin de citation)

        De quoi s’agit-il, plus précisément ? On découvre un salaire minimum autour de 80 euros mensuels dans les meilleures zones industrielles de la Chine et trois fois moins en Inde, 130 euros au Brésil, 160 euros en Colombie, 220 euros en Argentine et, dans l’Europe de l’Est : 32 euros mensuels en Russie, 33 en Moldavie, moins de 60 en Ukraine, moins de 100 en Bulgarie et en Serbie, 115 en Roumanie, 205 en Slovaquie, etc... Il existe également des pays où un salaire minimum n’est pas vraiment identifiable.

        C’est donc un véritable système économique, social et politique de fait, conduit directement par les grands holdings financiers et les multinationales, qui s’est déjà mis en place à l’échelle mondiale. En face de cette gouvernance de facto bien opérationnelle et active, les gouvernements « officiels » ne jouent qu’un rôle d’administrateurs de la précarité croissante de la population. Pour le reste, ils exécutent la politique que leur impose la grande finance. C’est pourquoi il ne saurait y avoir, dans ce début de siècle, des programmes politiques vraiment différents, et pourquoi la « politique unique » s’impose partout.

        Dans un tel contexte, les partis dits « de gouvernement » ne peuvent pratiquer que le vide politique. C’est ce que reflètent les programmes de la campagne électorale en cours. Et c’est de cette logique d’asservissement qu’il est très urgent de sortir, mais aucun candidat ne le propose.

        Wednesday February 14, 2007 - 09:37pm (CET)


        • jak (---.---.248.66) 15 février 2007 11:21

          je partage votre analyse, les multinationales décident aux niveau mondiale ( ex : davos ) et les gouvernements nationaux gèrenthttp://agoravox.fr/smileys/en_colere.png


        • Krzy (---.---.38.61) 15 février 2007 11:22

          Justement, c’est dans ce vide politique fourre-tout qu’on peut glisser des propagandes aussi démagogiques que celle de la « décroissance ».


        • Pescaire (---.---.103.40) 15 février 2007 12:59

          La « décroissance » est une doctrine intégriste qui cherche à masquer les ravages du capitalisme et à culpabiliser les exploités.


        • nisco (---.---.242.140) 15 février 2007 18:49

          « La »décroissance« est une doctrine intégriste qui cherche à masquer les ravages du capitalisme et à culpabiliser les exploités. »

          Tout le contraire ! C’est une prise de conscience des ravages du capitalisme (ou plutôt du productivisme, de la recherche évrennée de croissance) afin de redonner espoir aux exploités (en fait à la plus grande majorité de l’humanité, laissée pour compte, qui ne profite de la croissance qu’à travers les miettes laissé par les nantis).

          Mais je rejoins le fait qu’aucun « grand » candidat ne prône de réel changement de direction. Mais par contre chez les « petits » je ne suis pas si sur...


        • nisco (---.---.242.140) 15 février 2007 18:51

          Oups, la fatigue...

          Bien lire effrénée et non évrennée !

          Mea culpa smiley


        • Rocla (---.---.105.94) 15 février 2007 18:52

          Tout le monde parle des croissances , personne des pains au chocolat , que se passe-t-il donc dans le monde ?

          Rocla


        • Florence5 (---.---.222.190) 15 février 2007 10:45

          Bonjour,

          Je souscrit à votre analyse et à vos conclusions sur les dimensions à prendre en compte pour un choix de politique mais, bien qu’une conscience du mur devant nous émerge réellement, je reste réservée quant à sa traduction dans les urnes.


          • Florence5 (---.---.222.190) 15 février 2007 10:46

            Oups ! Pardon pour la faute de frappe. Je souscris à une relecture plus attentive.


          • LE CHAT LE CHAT 15 février 2007 10:47

            je ne peux qu’approuver ton article , la course consummériste devra bien s’arrêter un jour , les reserves de matières premières s’épuisant et les porte monnaie étant de plus en plus vides ....


            • babayaya (---.---.2.226) 15 février 2007 10:47

              Il n’en reste pas moins qu’il va nous falloir élire un candidat issu d’une norme qui n’a plus lieu d’être... et ce quel qu’il soit... Il n’en reste pas moins que ce qui nous entoure (médias, vie quotidienne, lieu de travail...) ne nous encourage ni ne nous apprete à ce changement inéluctable... Je dirais même plus, ce changement incontournable, si l’on veut continuer à être locataire durablement sur notre terre, est un déni d’avenir pour ces institutions politiques/médiatiques/commerciales...Que faire donc ? fermer les yeux et avancer droit vers le mur et on verra bien quand on s’y cognera ? (on peut par exemple citer 1789... là il n’y a pas forcément eu clairvoyance mais plutot réaction). Au vu de ce que l’on entend ou lit, on semble de plus en plus s’y diriger... alors oui, je suis d’accord avec cet article au moins en ce sens que j’espère de tout coeur que l’on va enfin arrèter cette machine infernale d’un simili cycle vertueux avec lequel on se berce depuis tant d’années... mais ce n’est qu’un avis, le mien, après tout...


              • Anto (---.---.178.10) 15 février 2007 10:57

                « Je crois que les Français sont des gens particulièrement intelligents, objectifs, sensibles et émotifs »

                vous avez oublié modestes


                • Marsupilami Marsupilami 15 février 2007 11:07

                  Si on ne va pas à la décroissance, la décroissance viendra de toute façon à nous. Ce problème majeur et planétaire méritait mieux que cet article franchouillard plein de cocoricos. Dommage...


                  • Krzy (---.---.38.61) 15 février 2007 11:24

                    Quelle « décroissance » ? Les budgets militaires et assimilés ne cessent d’augmenter, et les « décroisseurs » soutiennent des projets de pouvoirs européen en modial qui ne feront que renforcer cette tendance. Qu’on ne vienne pas ensuite passer la facture à ceux qui bossent.


                  • Marsupilami Marsupilami 15 février 2007 11:34

                    Raisonnement économiste focalisé sur le court terme. La décroissance est une inévitable perspective économico-écologique à long terme.

                    Relis la citation de Kenneth Boulding : “Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste”.

                    Actuellement, la Terre est pilotée par des économistes fous.


                  • Pescaire (---.---.103.40) 15 février 2007 13:01

                    « La décroissance est une inévitable perspective économico-écologique à long terme. »

                    Commencez par demander la suppression des crédits militaires, la reconversion de l’industrie et de la recherche qui servent le militaire... et après on verra.


                  • demos demos 15 février 2007 14:37

                    Monsieur Marsupilami ... Je préfère la France franchouillarde à la France remplie d’humeurs corrompues ... la France qui rumine entre les dents ... Pas vous ?


                  • Marsupilami Marsupilami 15 février 2007 14:45

                    @ Demos

                    Tu as mal compris le sens de mon commentaire. Je soulignais avec ironie (il y a de quoi, vu le portrait trop flatteur que l’auteur fait des Français) que ce genre de problème ne peut pas se résoudre dans un cadre national. Un peu d’humour que diable...


                  • demos demos 15 février 2007 17:24

                    @Marsupilami Loin de moi la polémique, je ne doute pas de votre bonne foi ... Comme vous, je considère le cadre national un peu étroit pour endiguer les effets désastreux de la mondialisation dite néolibérale, mais les idées (même les mauvaises) n’ont pas de frontières ... Je crois que nous pouvons agir au niveau international pour insuffler au moins, ce n’est pas trop demander, l’ouverture d’un débat au sein des instances internationales, notamment européennes ... Car la pensée unique du libre-échange étouffe toute contre-proposition ...


                  • Marsupilami Marsupilami 15 février 2007 17:30

                    @ Demos

                    Eh bien nous sommes donc d’accord. Si un mouvement part de France et essaime ailleurs, c’est tant mieux. S’il part d’ailleurs que de la France, c’est tant mieux aussi...


                  • Bob (---.---.34.107) 15 février 2007 11:10

                    L’impression que cette élection va changer beaucoup de choses dans nos vies est encore un coup des médias pour faire de l’audience et pour finalement nous vendre encore et toujours le même produit... et comme d’hab en bons français on suit docilement.

                    Sérieusement, vous voyez dans cette campagne, dans ces candidats quelquechose qui incarne le changement ? Depuis un an on nous assome avec les 2 « favoris » de la continuité, qui nous sortent maintenant des programmes pleins de prom€ss€s qu’ils ne tiendront pas (ou alors pas longtemps, avec une entourloupe à la sortie, par exemple sur les retraites), et qui font tout pour limiter cette élection à un choix binaire. Quand on voit le mal qu’ont beaucoup de candidats à avoir leurs fameuses signatures, et les magouilles que ça implique... et tout ça pour quoi ? « pour éviter un autre 21 avril »... la bonne excuse, faire un déni de démocratie pour éviter qu’un LePen aille se ramasser au second tour, mais surtout pour s’éviter toute concurrence en prétextant la sauvegarde des bonnes vieilles valeurs républicaines (quel beau pays on doit avoir pour le protéger des méchants trublions).

                    Rien ou presque ne va changer quel que soit le vainqueur en mai, les politiques ont un pouvoir homéopathique, et la petite France suivra le train en marche. Et j’ose croire que beaucoup de gens en sont conscients malgré la tapage médiatique.


                    • gem (---.---.117.250) 15 février 2007 11:10

                      « décroissance », ça ne veut rien dire. Le PIB est un instrument purement conventionnel, qui augmente à chaque catastrophe ou lorsqu’une ressource abondante devient plus rare. Et l’économie est fille de rareté, dans notre monde d’abondance nos publicitaires déploient des trésors d’ingéniosité pour créer une rareté artificielle pour soutenir une économie tout aussi artificielle.

                      Si une rareté réelle apparait, ça ne changera pas grand chose : on paira moins pour des gadgets et plus pour des trucs vraiment nécessaires, et le total n’en sera guère différents. Les recycleurs de tous poils se frotteront les mains, et contribueront à un PIB toujours croissant.


                      • Anto (---.---.178.10) 15 février 2007 11:24

                        « Le PIB est un instrument purement conventionnel, qui augmente à chaque catastrophe »

                        C’est vrai on l’a vu avec katrina. l’indice ne prend en compte que l’activité de reconstruction et pas du tout le coût de ce qui a été détruit. A ce titre on peut aussi dire que l’indice de croissance qui est calculé sur la variation du PIB ne veut rien dire non plus.

                        Pour moi, « la décroissance » n’est pas tant une expression économique que le synonyme d’un changement de nos habitude de consommation. Comme vous le dites, on renoncera au gadget, on sera obligé de recycler, etc...


                      • Mascaret (---.---.232.165) 15 février 2007 11:35

                        La décroissance ? Qu’est ce que cela change pour moi au quotidien ?

                        Comme tout mouvement de pensée, pour vraiment convaincre les gens il faut leur donner des indications concrètes sur ce que cela change dans leur vie.

                        Comme cadre d’une multinationale, je suis condamné au discours de la croissance, si pas exponentielle, du moins soutenue. Comment puis je vivre la décroissance dans ma vie ? La schizophrénie ne me guette pas, car tant que je n’aurai pas de vision sur la façon de la vivre, je resterai dans mon modèle actuel. Pas durable. Certes, mais compréhensible.


                        • Marsupilami Marsupilami 15 février 2007 11:41

                          @ Mascaret

                          En voici du concret : la simplicité volontaire.


                        • Anto (---.---.178.10) 15 février 2007 11:44

                          mascaret, vous etes la fusion de Louis XIV et de Ray Charles


                        • nisco (---.---.242.140) 15 février 2007 19:01

                          @Anto

                          lol

                          Très belle image, bravo smiley


                        • demos demos 15 février 2007 19:12

                          Si la simplicité volontaire vise à se libérer un peu plus de l’argent, je dis banco, mais s’il s’agit d’un « choix de vie délibéré » destiné à aider les pauvres gens à admettre avec moins d’amertume le sort que notre système leur réserve, je serais fervent opposant. Par ailleurs, l’idée de « simplicité volontaire » ne risque t-elle pas d’être facilement exploitée par ses détracteurs ? Expliquer aux gens qu’ils seront plus heureux en se contentant de ce qui ne coûte rien convient parfaitement aux atavismes de la pensée néolibérale. Travaillez et se contenter de l’air vicié et du trop beau temps de la planète, pendant que d’autres, privilégiés, font une consommation avide du réel au point de le trouver immangeable. Tout ce qui peut justifier la récession, la pacification sociale ou la négociation de concession est bon à prendre pour des individus comme Sarkozy par exemple. Même d’évoquer Jaures ou Blum quand on défend un tel système, alors je dis attention ... Sans être catégorique à l’égard de ce courant, je le trouve un peu mesquin à côté de la promotion d’idées autrement plus ambitieuses. L’homme devrait pouvoir faire ce qu’il fait le mieux quand il le fait sans contrainte par passion et ainsi, assouvir son besoin vital de créativité, de découvertes, d’expansion. L’Homme doit pouvoir s’extérioriser. C’est pour cette raison, en autre, que le néolibéralisme violant sa propre famille de pensée est une calamité, car il dénie le droit aux individus de s’épanouir ....

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