Principal chef d’orchestre du programme présidentiel qui aura été choisi, le futur Premier Ministre est la pièce maîtresse de chaque début de quinquennat.
C’est la première question qu’on peut se poser quand on veut voter pour quelqu’un. Car ce sera le premier acte de tout nouveau Président de la République : qui sera le Premier Ministre nommé par celui qui sera élu le 6 mai 2012 ?
La tradition…
Souvent, la règle politique qui a prévalu est de préférer un Premier Ministre représentatif de sa majorité en première partie de mandat et ensuite, une personnalité plus proche du Président pour la deuxième partie du mandat.
Michel Debré en 1959 correspondait bien à ce nouveau groupe de députés gaullistes qui arrivent enfin au pouvoir après une dizaine d’années d’opposition. Jacques Chaban-Delmas était aussi quasi-incontournable malgré une rivalité naissante avec Georges Pompidou. Jacques Chirac était l’homme naturellement choisi par Valéry Giscard d’Estaing pour pratiquer le changement dans la continuité. Pierre Mauroy était le dauphin de Guy Mollet et finalement, le socialiste modèle pour accompagner François Mitterrand dans la prise de pouvoir. Michel Rocard, pour le second septennat, était nommé pour être présidentiellement désamorcé. Alain Juppé était prévisible comme président du RPR pour diriger le premier gouvernement du Président Jacques Chirac. Quant à François Fillon, qui atteint les sommets de la longévité (au top devant Lionel Jospin et Raymond Barre et avant Georges Pompidou), il était l’aile sociale et calme pour compenser l’aspect hussard et plutôt libéral du Président Nicolas Sarkozy.
Les Premiers Ministres de cours de mandat ont été plus des petits "caprices" du prince : Georges Pompidou (l’ancien directeur de cabinet du Président), Maurice Couve de Murville (ministre haut fonctionnaire), Pierre Messmer (ministre général), Raymond Barre (universitaire économiste), Laurent Fabius (le plus jeune !), Édith Cresson (la première et seule femme !), et puis après, c’est un peu plus confus, car viennent s’imbriquer aussi trois périodes de cohabitation qui ont cumulé trois gouvernements en neuf années.
Même si le choix reste à la discrétion absolue du Président de la République, un bon Premier Ministre est quand même un Premier Ministre attendu. Une surprise peut faire l’effet contraire à l’état de grâce. Édith Cresson en a essuyé les plâtres, car sa nomination a sans doute été la plus surprenante de toute la Ve République (et son gouvernement le plus court aussi).
Ne pas être prisonnier de ses promesses
Pour autant, les candidats à l’élection présidentielle ont raison de ne pas annoncer leur choix avant leur éventuelle élection.
Pourquoi ? Parce que ce serait contraire à l’esprit des institutions. Si un Président de la République était élu avec le nom d’un futur Premier Ministre, il lui serait difficile d’en changer. Pourtant, il pourrait s’avérer nécessaire de le faire selon les circonstances. Nous ne sommes pas aux États-Unis où il y a un ticket explicite Président et Vice-Président, en sachant d’ailleurs que le Vice-Président des États-Unis n’a pas beaucoup de rôle sinon de présider le Sénat. Il faudrait plutôt comparer cette fonction avec notre Président du Sénat, chargé d’assurer l’intérim en cas de vacance présidentielle.
Prenons chaque candidat ou plutôt, les principaux candidats soit qui peuvent être élus, soit qui en ont déjà parlé.
1. François Hollande (57 ans)
À l’origine, on aurait pu miser sur les chances de Pierre Moscovici (55 ans), ancien Ministre des Affaires européennes dans le gouvernement jospin et proche de DSK. Après beaucoup d’hésitation, il a renoncé à se présenter à la primaire en juin 2011 et a rejoint la candidature de François Hollande dont il est devenu le directeur de campagne, tant pour la primaire que pour l’élection elle-même. La réalité montre que s’il est sans doute le plus intelligent de sa génération, il ne fait pas le poids politique face à des Jean-François Copé ou même à des Manuel Valls ou des Arnaud Montebourg. Il manque de combativité et semble un perpétuel Caliméro du Parti socialiste.
Même s’il souhaiterait probablement nommer à Matignon une personnalité plus jeune, François Hollande aurait quand même du mal, s’il était élu, à ne pas désigner Martine Aubry (61 ans) à Matignon, reprenant alors le ticket qu’elle voulait former avec Dominique Strauss-Kahn. D’une part, elle est la première secrétaire du PS et donc la chef naturelle de la future majorité, celle qui a négocié toutes les investitures et tous les contrats avec les partenaires du PS ; d’autre part, elle a l’expérience, l’intelligence et l’énergie pour ce rôle.

Peu d’autres hypothèses s’offriraient à François Hollande : Michel Sapin (60 ans) jouit d’une bonne expérience ministérielle et de solides compétences en économie et c’est un camarade de l’ENA de François Hollande de la promo Voltaire (comme Ségolène Royal et Dominique de Villepin), mais il n’est pas très charismatique ; Jean-Marc Ayrault (62 ans), qui dirige les députés socialistes depuis quinze ans, n’a aucune expérience gouvernementale. On peut imaginer qu’en seconde partie de mandat, François Hollande pourrait choisir un homme comme Manuel Valls (49 ans) ou Arnaud Montebourg (49 ans).
On a parlé aussi de Laurent Fabius (65 ans) dont l’expérience et l’intelligence sont incontestables, mais il n’aurait plus le dynamisme pour une telle fonction et serait plutôt adapté dans un grand ministère ; on parle beaucoup pour lui des Affaires étrangères que reluquerait aussi Jack Lang (72 ans). De plus, il n’est pas très populaire et il n’a aucune vocation à rassurer les marchés puisqu’il a pris position contre le TCE en 2005.
Un sondage IFOP pour "Direct Matin" publié le 14 mars 2012 a donné les souhaits suivants en cas d’élection de François Hollande : 25% pour Martine Aubry, 13% pour Manuel Valls, 12% pour Arnaud Montebourg, 11% pour Ségolène Royal, 10% pour Laurent Fabius et 9% pour Bertrand Delanoë (Pierre Moscovici n'obtient que 8% et Michel Sapin et Jean-Marc Ayrault tous les deux 5%).
L’hypothèse de Ségolène Royal (58 ans), Première Ministre de François Hollande, est peu plausible et difficile à justifier en raison de leur histoire affective, et l’objectif de l’ancienne candidate de 2007 paraît être le perchoir. Quant à celle de Bertrand Delanoë (61 ans), elle ne semble pas valide depuis son abandon au congrès de Reims malgré une forte popularité (qu’il conserve d’ailleurs toujours).
Concernant les ministres qui pourraient être nommés dans l’hypothèse d’une victoire de la gauche, on évoque souvent François Rebsamen (60 ans) à l’Intérieur, Vincent Peillon (51 ans) à l’Éducation, André Vallini (55 ans) à la Justice et Jérôme Cahuzac (59 ans) aux Finances.
2. Nicolas Sarkozy (57 ans)
Au contraire de 2007, l’incertitude est nettement plus grande en cas de réélection de Nicolas Sarkozy sur le futur locataire de Matignon.
Des personnalités importantes de l’UMP comme Jean-Pierre Raffarin (sur Public Sénat les 28 février 2012 et 3 avril 2012) et Valérie Pécresse ("Le Figaro" du 27 mars 2012) n’ont pas hésité, fort habilement, à évoquer l’hypothèse de François Bayrou à Matignon, citation qui ne vaut ni promesse ni réalité politique mais qui a pour but de récupérer l’électorat centriste. Une possibilité vite écartée par Jean-François Copé (LCI le 4 avril 2012) qui a estimé qu’un Premier Ministre devait nécessairement provenir du parti majoritaire.
La chose certaine, c’est que François Fillon (58 ans) quittera Matignon dans tous les cas. L’éventualité la plus grande resterait quand même que ce soit Jean-François Copé (48 ans) qui arriverait à Matignon dans l’hypothèse de la réélection du Président sortant, mais il a déjà énoncé ses conditions : qu’il puisse garder la direction de l’UMP, dont il aura fortement besoin dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017.
Y aurait-il d’autres hypothèses ? Je pense que la meilleure autre hypothèse serait Nathalie Kosciusko-Morizet (39 ans), nommée porte-parole unique pendant la campagne. Ses positions modérées et son ambition mordante permettraient de mettre un frein présidentiel aux prétentions de Jean-François Copé. Il est par ailleurs peu probable que François Baroin (46 ans), Valérie Pécresse (44 ans) ou encore Bruno Le Maire (43 ans) puissent imaginer s’éloigner de Jean-François Copé dans une aventure personnelle qui serait inéluctable avec Matignon.
Alain Juppé (66 ans) est lui aussi souvent cité mais son manque de combativité face à François Hollande le 26 janvier 2012 sur France 2 le destinerait plutôt à un ministère régalien (comme celui qu’il occupe actuellement), un peu comme Laurent Fabius. Premier-ministrable en 2007, Xavier Bertrand (47 ans) ne serait plus dans la course depuis qu’il est passé par le secrétariat général de l’UMP.
Quant à l’hypothèse Jean-Louis Borloo (61 ans), très en vogue en été 2010, ses tergiversations depuis deux ans ont montré son incapacité à s’engager sur une attitude politique claire.


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