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Accueil du site > Actualités > Politique > Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Quelques réflexions inspirées par la lecture de notes du penseur révolutionnaire italien A. Gramsci (1891-1937).(*)

Voir et prévoir

Est-il difficile, sinon impossible, de dresser un tableau objectif d'un état social et économique ? Une sorte d'instantané photographique ou bien, encore mieux, le mouvement de cet objet saisi dans sa complexité, comme le ferait une séquence vidéo ? Avec l'assurance que le plan suivant va arriver en respectant une certaine logique ? Ce que la plupart des experts patentés ne se privent pas de faire, implicitement le plus souvent.

Aujourd'hui il est déjà délicat d'affirmer ce qui fait société, autrement que sur les plans culturel, politique, national et historique bref, idéologiques et encore... : le fait de pouvoir manger dans un Mc Donald ou de porter des jeans sur à peu près toute la planète, au moins dans ses grands centres urbains, ou d'y débarquer dans un aéroport sont-ils suffisants ?

La France ? Douteux tant sa dépendance économique à l'égard du reste du monde est forte. L'Europe ? Non moins douteux, pour la même raison, mais aussi à cause du disparate de ce qui la compose. Le Monde ? Mais c'est certainement trop vaste.

De difficile à trouver, le bel objet que serait la structure devient aussi problématique dans son existence même. Nous tenterons quelques lignes plus bas une possible explication de cet évanouissement apparent.

Si l'on croit savoir à peu près ce que l'on vit, le règne d'il-n'a-pas-de nom..., du monde de la finance, et l'appauvrissement corrélatif du peuple, il flotte pourtant dans l'air du temps en France comme un parfum d'incertitude sur ce que réservera l'avenir

Savoir ou nous allons avec les travailleurs, car il n'y a qu'eux qui comptent... et cela malgré l'écueil rencontré du défaut d'objet. Les travailleurs, entendus au sens large, la grande majorité de la population, ici et ailleurs, comme l'élément essentiel d'une structure introuvable.

Sinon prévoir, au moins voir

Une méthode pourrait être de dresser préalablement l'inventaire de toutes les idées politiques qui circulent, qui s'affrontent dans l'arène, y compris internationale, afin d'en mettre au jour la cohérence interne présupposée et nécessaire. Le tapis sur lequel les pugilistes s'affrontent et l'enjeu de la lutte et, au bout du travail, la réalité objective que chacune reflète de façon plus ou moins bornée dans ses actes et ses discours.

Or si la politique, à chaque moment donné, est bien le reflet des tendances de développement de cette complexité sociale et économique, on ne peut dire de ces tendances qu'elles doivent nécessairement se confirmer, ni si l'une ou l'autre arrivera à évincer ses concurrentes, ou si elles finiront par fusionner dans un compromis.

On ne peut autopsier un organisme vivant

C'est le même problème, mais à rebours, que celui de découvrir le crâne de Voltaire enfant. Car une phase structurale ne peut être concrètement étudiée et analysée qu'après qu'elle est venue à bout de tout son processus de développement. Ce qui est impossible pendant le processus lui-même, ou seulement par hypothèse et à condition de déclarer explicitement qu'il s'agit d'hypothèse.

Alors, quid de la structure d'abord ? Nous risquerons la thèse suivante : si elle est si difficile à repérer, c'est qu'elle n'existe plus à proprement parler, ou plutôt qu'elle est ailleurs ; que ce qui la constitue, c'est l'internationalisation du travail, celle ces forces productives qui se sont substituées aux structures nationales en les absorbant ou, vu par l'autre bout de la lorgnette, ce qui se présente quotidiennement comme la mondialisation.

Comme l'expliquait de façon très concrète et pédagogique Álvaro García Linera, Vice -président de la Bolivie,

  Le capitalisme mondialisé et globalisé génère des forces productives chaque fois plus socialisées. La science est de plus en plus une production capitale de milliers de scientifique... qui a été appropriée de manière privée mais qui, dans son contenu, est produite socialement. De la même manière pour la production. (Il sort un iPhone de sa poche.) Ce téléphone portable, il est le fruit du travail de 3 000 scientifiques qui travaillent pour Apple. Le plastique a été produit en Thaïlande. Les puces au Mexique. Et l’ensemble a été assemblé en Chine. D’où est ce téléphone portable ? De la planète. Mais dans le même temps, il est la propriété privée d’une société nord-américaine qui en fait des profits. Ce qui n’empêche pas que la production est à chaque fois plus socialisée. C’est un horizon : il y a un potentiel de production socialisée, etc.

Autre exemple. Quand K. Marx dévoile la formation et de l'épanouissement de l'objet « Capital » à son stade classique dans l'Angleterre du XVIIIe siècle et début du XIXe siècle, objet constitué et déjà dépassé à son époque. Il n'est pas dans la même attitude que lorsque il analyse « La Guerre civile en France », et en tire des leçons pour les luttes à venir.

Ainsi, pour un géologue expliquer de façon théorique la formation des volcans n'est pas la même chose que prédire pour tel volcan son éruption à tel moment, et cela même s'il tire de nouveaux enseignements de cette éruption quand elle se produira.

Une conception ou un acte politiques peuvent être ou avoir été une erreur

Ce qui précède ne devrait pas permettre aux cercles dirigeants qui en sont d'ailleurs bien conscients s'ils ne sont pas obnubilés, de se penser infaillibles. Les tergiversations récentes, et heureuses, du Président Obama au sujet d'une intervention directe en Syrie sont sans doute à mettre à ce compte. F. Hollande paraît beaucoup plus résolu, mais parce qu'il n'est qu'un second couteau dont la responsabilité n'est pas directe, un pousse au crime.

Erreur de la part des dirigeants des classes dominantes (ou en voie de le devenir), le genre d'erreur que le développement historique corrige à travers les crises parlementaires du gouvernement (ou au sein du parti qui aspire à l'hégémonie), corrige et surmonte.

Impulsion individuelle née d'une erreur de calcul, ou tentatives de groupes visant à conquérir l'hégémonie à l'intérieur du groupement dirigeant -on pense en ce moment à la montée en puissance du FN-, qui peut témoigner de quelque faiblesse à cause de ses difficultés internes.

Les erreurs se corrigent... si elles ne sont pas trop graves et ne conduisent pas à l'anéantissement : Tu peux regarder le soleil, mais ce sera la dernière fois.

La nécessité de donner une cohérence à un groupe

Voici un nouveau cas qui peut mener à de graves erreurs. On aborde ici un point essentiel auquel la vie politique quotidienne fournit généreusement des exemples.

Bien des actes politiques sont dus à des nécessités intérieures qui ont un caractère d'organisation, ce qui veut dire qu'ils se rattachent au besoin (parfois maladroitement assouvi) de donner une cohérence à un parti, un groupe ou une société.

Pour prendre un exemple dans le passé lointain, celui de l'Église dans la controverse entre Rome et Byzance sur la procession du Saint-Esprit, il serait ridicule de chercher dans l'organisation de la société de l'Orient européen l'affirmation que l'Esprit saint ne procède que du Père, et dans celle de l'Occident l'affirmation qu'il procède du Père et du Fils. ;

Les deux Églises, dont l'existence et le conflit dépendent de toute l'histoire, n'ont fait chacune que poser le principe de leur distinction et de leur cohésion intérieure, chacune aurait pu affirmer ce que l'autre a affirmé : le principe de distinction et de conflit aurait été maintenu de même.

Ou, pour revenir à l'actualité politique brûlante, faut-il voir dans la frénésie belliciste de nos responsables politiques la nécessité de maintenir au moyen d'expéditions spectaculaires la cohésion nationale durement éprouvée par leur politique économique ?

Ou encore, pour parler des partis cette fois, l'actuelle et apparente incohérence du PCF à l'approche des Municipales de 2014 et les réactions qu'elle entraîne chez ses partenaires du FdG sont-elles une autre illustration de ce principe ? Il y a évidemment ici un intérêt d'ordre pratique en jeu, les rôles ne sont pas exactement interchangeables comme pour Rome et Byzance, mais est-ce vraiment la seule explication du traitement que le PCF fait de la question ?

C'est ce problème de distinction et de conflit qui constitue le problème historique (ou politique), et non pas la bannière occasionnelle de chacune des parties.

Conclusion : Passé, présent, avenir

L'avenir n'est rien, puisqu'il n'est pas. Il dépend de l'action pratique des hommes : qui peut dire aujourd'hui si dans cent ans la société humaine sera en marche de manière consciente et fraternelle, ou si la planète aura été vitrifiée par l'emploi de l'arsenal nucléaire existant encore, ou si une classe mondiale dominante exploitera une population réduite au stade de sous-humanité, ou etc. ?

Il n'est pas possible de dire de façon symétrique que le passé n'est plus rien. Toute phase historique réelle laisse d'elle une trace dans les phases historiques qui lui succèdent et qui en deviennent, en un certain sens, le meilleur document.

Quant au présent, il est l'unité dans le temps du processus de développement historique : il contient tout le passé, dont se réalise dans le présent tout ce qui est essentiel. Ce qui est perdu et n'a pas été transmis était sans intérêt, ou alors en revêt un seulement pour une autre discipline, et n'est du point de vue de la connaissance problématique du moment actuel qu'anecdote, chronique.

 M. Dwaabala, 25 septembre 2013.

(*) A. Gramsci est né en même temps que mes grands-parents... c'est dire s'il est encore vivant.


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15 réactions à cet article    


  • spartacus spartacus 27 septembre 2013 11:05

    Intéressante cette pensée collectiviste Bolivarienne sur l’Iphone et les profits privés...


    -Qui a créé l’Iphone ? Un individu, pas l’état.
    -Qui a assuré avec sa notoriété ? Un individu, le produit, ses applications, mais pas l’état.
    -Qui a assuré les « PERTES » pendant des années de Apple ? Les investisseurs, pas les contribuables Bolivariens.
    -Qui a mobilisé son argent dans l’investissement librement au lieu de le brûler dans des contraintes collectivistes imposées par des fumeux ? Les actionnaires, pas les contribuables Bolivariens.
    -Qui a créé l’innovation ? Une entreprise, pas l’état Bolivarien.
    -Qui répond à la demande des clients sans les forcer a acheter par l’impôt ou l’obligation administrative ? Le bon produit, pas l’état Bolivarien.
    -Qui a donné du travail à des Thaïlandais, des Mexicains, des Chinois, des américains et des commerce du monde entier ? Des investissements privés pas l’état.
    -Avec les profits, les investisseurs créeront a nouveau des emplois, l’argent ira vers ce que les gens demandent. Pas avec l’état. L’état répond à des intérêts catégoriels clientélistes ou électoraux. Les profits ruissellent dans l’économie de marché là ou ils sont appropriés par une minorité illuminée idéologique qui se croit « dans son bon droit » dans l’économie collectiviste Bolivarienne. 
    -Cette boite permet a des millions de gens de vivre, sans la ressource des états. 
    -Les pays qui bénéficient des emplois n’ont rien apporté.
    -L’Iphone est dans un domaine concurrentiel et permet la liberté choix. Pas l’état. L’état crée des monopoles étatiques. Son pouvoir de coercition fausse la vérité des prix et freine la oncurrence à lui même. 

    Les états n’ont rien investi. 
    En matière économique l’état n’est que la propriété de groupe de pression. L’intérêt général est secondaire.
    Il est donc normal que les profits reviennent à ceux qui ont pris des risques. 
    Par ailleurs, personne ne viendra plaindre les investisseurs avec un retournement de marché.
    Personne ne plaint les gagnants d’hier et perdants d’aujourd’hui comme Nokia, Blackberry ou autre. Mais une chose est certaine.....Leurs pertes actuelles ne coûtent rien à l’état Bolivarien.

    Le zozo Bolivarien a beau dire, mais s’il n’est pas content il n’a qu’a pas l’acheter. 

    • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 13:50

      Il est aussi impossible pour le salarié et son patron qu’il le fut pour le serf et son seigneur, ou pour l’esclave et son maître de comprendre qu’il vivent dans un régime de rapports sociaux de production qui n’est ni éternel ni immuable.
      Sauf que, chemin faisant, l’histoire a développé des connaissances qui ne se limitent pas à l’application technique, et que l’idée que les masses font leur devient une force consciente de transformation de la société.
      J’attends maintenant de votre part le goulag, les khmers rouges, etc.


    • Xtf17 Xtf17 27 septembre 2013 19:28
      - Qui a permis à la mère de l’individu d’accoucher ?
      - Qui a permis à l’individu de s’instruire et de se former ?
      - Qui a permis à l’individu de se déplacer sur une route et pas une chemin ?
      - Qui a permis à l’individu d’être et de rester en bonne santé ?
      - Qui a permis à l’individu d’être en sécurité sur son territoire ?
      - Qui a permis à l’individu de créer administrativement une entreprise et de la construire sur un terrain ?
      - Qui a permis à l’individu de bénéficier d’assistances mutualisées ?
      On peut aller loin comme ça...
      Peut importe que vous appeliez Etat ou Entreprise une activité qui nécessite d’être à plusieurs.
      Seule compte l’intention : de la cupidité à l’altruisme (tout deux inexistants !)
      Ou plutôt de la part de violence mise dans chaque échange avec autrui.
      Lisez l’Intérêt Souverain de F. Lordon.

    • rocla+ rocla+ 27 septembre 2013 13:20

      A l’éternelle triple
      question toujours
      demeurée sans réponse :

      « Qui sommes-nous ?
      D’où venons-nous ?
      Où allons-nous ? »,

      je réponds :
      « En ce qui me concerne personnellement,

      je suis moi,
      je viens de chez moi
      et j’y retourne


      Pierre Dac


      • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 13:42

        Oui, très drôle.
        Cependant, vous personnellement, n’est pas le nous collectif, et la plupart vous répondraient que vous auriez pu y rester.


      • soi même 27 septembre 2013 15:40

        « L’avenir n’est rien, puisqu’il n’est pas » à bon, il est a chaque moment du prèsent, le fait d’avoir écrie ces mots je suis déjà dans le future.
         Ce n’est plus le présent, c’est déjà le passé !

        Ton philosophe révolutionnaire est atteins de sénilité nihiliste.


        • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 16:07

          Le fait d’avoir écrit ce mot, excusez-moi, mais c’est déjà du passé. Le temps grammatical en témoigne suffisamment pour qu’il soit inutile d’insister.
          Il y a plus de sagesse qu’au bout de votre nez dans l’expression arabe  إن شاء الله , in chā’ Allāh, qui signifie « si Dieu le veut ».


          • soi même 27 septembre 2013 16:54

            C’est bien cette citation, إن شاء الله , in chā’ Allāh, qui signifie « si Dieu le veut ».au moins on sait à quoi tu veux en venir !

            Pensé fataliste, il faut pas être grand clair, pour croire que cette citation répond à toutes les situations.

            Et bien non, si tu le veux pas, إن شاء الله , in chā’ Allāh, cela ne marche pas, car c’est le paradoxe Terrestre, l’homme est libre de s’émencipé du Divin !


            • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 18:13

              Vous fournissez une vivante illustration de la thèse de l’article sur la distinction et le conflit, mais à l’échelle microscopique de nos petites individualités.


            • soi même 27 septembre 2013 19:08

              bof, si tu te prenais moi au sérieux peut être que l’on irait pêcher ensemble ?


              • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 19:17

                Vous vous trompez vous-même : c’est vous que je prenais au sérieux, et non pas votre modeste interlocuteur ; mais si, comme je vous l’expliquais à l’instant, vous tenez absolument à avoir le dernier mot je vous le laisserai bien volontiers. Bonne pêche.


              •  C BARRATIER C BARRATIER 27 septembre 2013 19:11

                C’est MONTAIGNE, très sage, qui disait : Quand je danse je danse, quand je dors je dors...D’autres conseillent : Fais ce que tu fais. Bref, l’interrogation sur le devenir de ce qu’on veut, mais qu’on ignore passe au second plan. Pour moi cette interrogation n’existe plus du tout. J’aime agir, réfléchir sur l’action, pas sur mon prétendu destin....Superficiel ? Ou réaliste ?
                Voir en table des news :

                Sens de la vie, sens de l’univers

                 

                 http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=59


                • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 19:30

                  Désolé, mais je ne vois pas de rapport entre ce que vous dites, qui vous concerne, des ablutions intimes en quelque sorte, et le thème de l’article qui traite d’histoire, d’économie, etc. bref de tout sauf de vous-même, qui êtes néanmoins certainement très intéressant mais, ici, hors du cadre.


                • Dwaabala Dwaabala 27 septembre 2013 20:22

                  Quant à Montaigne, dont il est quand même question.
                  Magistrat, d’abord à Périgueux, puis à Bordeaux , une dizaine de missions à la cour, de Henri II, de François II, et de Charles IX. Soit quinze ans de carrière, contre vingt-deux d’écriture, ce n’est quand même pas mal : il ne se désintéressera pas du monde ni de l’histoire dans ses essais.


                • karikakon 28 septembre 2013 14:36

                  Où allons nous ?, nul part pour l’instant, vu que l’humanité tourne en boucle, pour rejoindre son point initial des années 30.

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