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Accueil du site > Actualités > Politique > Réenchanter le pragmatisme

Réenchanter le pragmatisme

Les socialistes en France -dignitaires, militants et sympathisants confondus- sont essentiellement vénérables. Très longtemps ils l’ont proclamé d’eux-mêmes sans fausse pudeur, relayés par la plupart des porte-voix de la presse et des instances culturelles. Ca finit par aller sans le dire, on ne ressasse pas plus les évidences morales que les vérités anatomiques : à gauche le coeur, la générosité, la justice, le progrès social ; à droite la dureté, la cupidité, l’esprit de caste, le cynisme. Amen.

Il conviendrait donc encore (pour combien de temps ?) de qualifier un socialiste comme on qualifiait Dieu au temps lointain de mon catéchisme : « infiniment bon, infiniment aimable et le péché lui déplaît ». Mais plutôt que de pourchasser le péché dans son ensemble, (gare à l’ordre moral), les socialistes ne prétendent traquer que l’un des sept fameux capitaux : l’avarice, entendez l’argent, le fric, le profit, le… capital. Jésus dit dans l’Evangile : « Heureux les pauvres, car ils verront Dieu » ; le socialiste français, en campagne électorale, préfère dire : « Maudits les riches, et ils vont voir de quel bois on se chauffe ». Pour autant ne vous croyez pas autorisés à demander combien gagnent ces vénérables, où ils habitent, où ils mangent, qui les vêt, dans quoi ils roulent etc. toutes questions plus inappropriées que le tripotage d’une femme de service dans une chambre d’hôtel. Ces transfuges laïcisés des sacristies de nos bons Pères ont gardé du catholicisme le mélange d’horreur et de fascination pour l’argent qui fit le charme ambigu des curés de l’Ancien régime : on tonne en chaire contre le veau d’or, mais on va prendre le thé chez Monsieur le Comte. Tant va la promesse à l’urne, qu’à la fin on est élu. Voici donc au pouvoir ces pourfendeurs de financiers, ces scalpeurs de patrons, ces messies assurant qu’ils vont multiplier pour le peuple en liesse les petits pains et les poissons. Le changement c’est maintenant : en effet c’est maintenant que ça change, quand, après avoir « réenchanté le rêve » en distribuant trois sucettes au frais de la princesse, il faut se coltiner le réel et sa gueule de carême. Souhaitons vraiment pour le pays qu’ils y parviennent. Et la droite serait bienvenue de ne pas jubiler dès que ça tangue. On ne reproche pas aux socialistes d’être au pouvoir, c’est légitime. On ne leur reproche pas de tâtonner au début, c’est naturel et ça s’est vu à droite. On ne leur reproche même pas d’accabler encore le prédécesseur après l’avoir honni-moqué pendant cinq ans, c’est hélas de bonne guerre. On leur reproche d’abord la posture noble, le m’as-tu-comme-je-suis-progressiste, la tartufferie ou pire peut-être : la sincère certitude de détenir les clés du bel et du bon, du juste et du doux dans un monde de brutes. Ils vont voir bientôt, comme il y a trente ans, que la réalité se rit des jeux de rôles et des catéchismes. A l’épreuve des faits, les socialistes français -divine surprise- vont-ils enfin, apprenant le doute et la modestie, « réenchanter le pragmatisme » ?

ARION

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18 réactions à cet article    


  • citoyenrené citoyenrené 25 octobre 2012 11:30

    article qui pourrait être intéressant s’il refusait la duperie sémantique d’appeler « socialiste » ces adeptes de l’économie libérale, par nature antisociale....cette accointance idéologique des « socialistes » définit leur « pragmatisme » comme de la compromission...ou alors n’ai-je pas compris l’article


    • JL JL 25 octobre 2012 11:44

      Curieusement, quand l’État arbitre en faveur des riches, les libéraux appellent ça du pragmatisme ; quand il arbitre en faveur de l’équité et la justice sociale, ils appellent ça de l’idéologie.

      Le libéralisme c’est le cache-sexe des anarchistes qui ont réussi en régime capitaliste, de tous ceux qui privilégient le profit personnel au détriment de la justice sociale, autrement dit de la démocratie et de l’intérêt collectif. C’est un discours exécrable qui s’autoproclame rationnel, ce qu’il n’est pas.

      Le pragmatisme n’est pas antinomique de la pensée magique et de l’irrationnel : Napoléon disait : « En politique, une absurdité n’est pas un obstacle. »

      Le discours libéral est irrationnel, c’est une non pensée qui se dit pragmatique et n’est qu’un intégrisme : celui de l’opportunisme, sans aucune morale.

      Le pragmatisme n’est légitime que dans les domaines où la morale est exclue : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ; commerce sans morale n’est que ruine de l’humanité.

      L’opportunisme est au pragmatisme ce que La ruse est à l’intelligence ce que la pensée : le diable n’est pas intelligent, il est rusé.


      • citoyenrené citoyenrené 25 octobre 2012 12:04

        très bon commentaire,

        tout est à retenir, entre autres le discours libéral comme intégrisme,


      • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 13:39

        Il serait adéquat de définir le mot .

        Le pragmatisme est une méthode philosophique tournée vers le monde réel, parfois résumée comme une doctrine selon laquelle n’est vrai que ce qui a des conséquences réelles dans le monde.

        Le terme pragmatisme désigne une école philosophique d’origine américaine, dont le fondateur est Charles Sanders Peirce. Peirce a proposé l’emploi du mot pragmaticisme pour distinguer sa démarche des usages non-techniques du mot « pragmatisme », notamment en politique (où, quand il n’est pas synonyme de Realpolitik, il désigne la simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité ou encore l’idée selon laquelle l’intelligence a pour fin la capacité d’agir, et non la connaissance.)

        Oui vous lisez bien  :

        ll désigne la simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité ou encore l’idée selon laquelle l’intelligence a pour fin la capacité d’agir, et non la connaissance.

        L ’intelligence et non la connaissance .

        L’ intelligence .


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 13:41

          Les deux autres grandes figures du pragmatisme classique (fin XIXe siècle-début XXe siècle) sont William James et John Dewey. Pour ces auteurs, le pragmatisme représente d’abord une méthode de pensée et d’appréhension des idées qui s’oppose aux conceptions cartésiennes et rationalistes sans renoncer à la logique. Selon la perspective pragmatique, penser une chose revient à identifier l’ensemble de ses implications pratiques, car pour Peirce et ses disciples, seules ses implications confèrent un sens à la chose pensée. Les idées deviennent ainsi de simples, mais nécessaires, instruments de la pensée. Quant à la vérité, elle n’existe pas a priori, mais elle se révèle progressivement par l’expérience.

          Expérience vous avez lu expérience .


          • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 13:46

            Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu’un ensemble de dogmes. « Pragmatisme » vient du grec pragmata, action, ce qui atteste du souci d’être proche du concret, du particulier, de l’action et opposé aux idées abstraites et vagues de l’intellectualisme. Il s’agit en fait d’une pensée radicalement empiriste : la notion d’effet pratique est étroitement liée à la question de savoir quels effets d’une théorie sont attendus dans l’expérience.

            Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu’ un ensemble de dogmes .

            Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu’ un ensemble de dogmes
             
            .Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu’ un ensemble de dogmes .

            Le pragmatisme est plus une attitude philosophique qu’ un ensemble de dogmes .


            • JL JL 25 octobre 2012 15:09

              Ce n’est pas pragmatique d’utiliser tant de mots pour dire si peu de choses en rapport avec le sujet dont on parle.

              Sans vouloir me vanter, rocla, je crois que vous avez tout faux : un choix n’est pragmatique que s’il n’est pas immoral.

              Petite explication où l’on découvre pourquoi la gauche est bonne et la droite est mauvaise :

              Les deux valeurs cardinales de tous les hommes sont la sécurité et la liberté. La différence entre gauche et droite, est la suivante :

              - la gauche a l’ambition d’établir des lois et des conditions sociales qui répartissent équitablement (1) ces deux valeurs. On appelle ça la République ; la droite libérale appelle ça l’idéologie.

              - la droite laisse à chacun le soin de se débrouiller (2) seul ou en famille : elle appelle ça du pragmatisme ; moi j’appelle ça un panier de crabe.

              (1) équitablement : à chacun selon ses besoins et ses mérites.
              (2) se débrouiller : à chacun selon ses désirs et ses capacités.

              La différence entre mérite et capacité qui sont à peu près la même chose, c’est que le mérite exclue les capacités de nuisance. C’est pourquoi j’ai parlé de panier de crabes.


            • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 15:49


              DJL

              Je ne place pas le mot pragmatisme spécialement sur le plan politique .

              Si je veux faire bouillir de l’ eau , je prends une casserole je mets de l’ eau
              et place le tout sur une matière chauffante . Gaz , induction , feux de bois etc ..
              Je sais que ça fonctionne .

              L’ exemple a l’ air idiot mais c’ est concret .

              Ensuite par exemple un pâtissier montre à l’ apprenti comment faire une tarte aux pommes .
              Foncer un moule à tarte , garnir de tranches de pommes , faire un appareil à flan , verser sur les pommes , enfourner à 220° cuire pendant 30 ’

              Idiot et concret aussi .

              L’ apprenti est très débutant , il met les pommes émincées sur le moule , verse du sucre dessus et enfourne .

              Le patron arrive et défourne le tout . 

              Mais que ’ est-ce que tu as fait là  ? dit-il à l’ apprenti 
              Ben ben euh euh

              Un peu plus tard ils goûtent la tarte , c ’est succulent , pas présentable mais succulent .

              Le patron recommence comme a fait l’ apprenti , sauf que le sucre il le met sur le moule , met le moule sur feu vif pour obtenir un caramel ensuite met les tranches de pommes sur le caramel et pour rire met la pate à tarte abaissée par dessus et enfourne .

              C ’est à peu près comme ça que la tarte Tatin fut inventée .

              Le procédé et la construction s’ appelle pragmatisme .

              On avance au fur et à mesure que les choses fonctionnent .
              Autrement , on recule très souvent car on part de théories non 
              adaptées à la situation réelle .


              • JL JL 25 octobre 2012 16:03

                Rocla,

                « Je ne place pas le mot pragmatisme spécialement sur le plan politique . »

                Mais oui, j’avais compris, et c’est bien ce que j’ai écrit : « Hors sujet ». Et ce n’est pas jlhuss qui dira le contraire.

                C’était pourtant facile : la première ligne de mon com !

                Rappel : « Ce n’est pas pragmatique d’utiliser tant de mots pour dire si peu de choses en rapport avec le sujet dont on parle. »


              • JL JL 25 octobre 2012 16:13

                A noter que ce que vous décrivez là, rocla,

                 n’a pas à voir avec le pragmatisme, mais avec ce qu’on appelle la sérendipité.


              • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 16:09

                Après pour faire une tarte on a pas besoin de morale ...


                • JL JL 25 octobre 2012 16:19

                  « pour faire une tarte on a pas besoin de morale ... »

                  Mais si, au contraire : moi quand je fais une tarte pour offrir, je m’attache à la faire dans les meilleures conditions d’hygiène, et avec les meilleurs produits. Et je ne le dis pas. C’est cela la morale.


                • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 18:06

                  Ah ben je savais pas que ça s’ appelait morale l’ hygiène et la sélection des produits.

                  OK donc .

                  Ce soir je fais une tarte à la morale .


                  • JL JL 25 octobre 2012 18:17

                    Rocla,

                    en somme, vous êtes le monsieur Jourdain de la Morale !

                    l’hygiène et la sélection des produits, quand c’est pas fait par obligation mais par honnêteté, je ne vois pas comment appeler ça autrement. Vous avez une autre suggestion ?


                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 20:03

                    Ben pour moi l’ hygiène c ’est pour avoir des aliments sains , et la sélection
                    pour avoir des aliments bons . J’ y vois pas d’ honnêteté ...

                    Mais ça fait rien JL on a pas la même façon de penser .


                    • JL JL 25 octobre 2012 20:13

                      « on a pas la même façon de penser . »

                      Oui, j’ai vu : même avec l’aide de gogol, vous n’avez pas réussi à comprendre la différence entre pragmatisme, opportunisme et sérendipité.


                    • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 octobre 2012 20:32

                      C ’est pas grave de ne pas penser comme vous , je suis content de la façon dont
                      je pense mes tartes aux pommes sont très pragmatiques .

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