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Référendum : Cambronne sort des urnes

​ ​​​​La solennité donnée au traité en le qualifiant de Constitution a permis que les Français votent en masse. Mais c’est le mot de Cambronne qui est sorti des urnes. Le réservoir pour le non a été sous-estimé. L’ironie, dimanche, consistait pour le citoyen désabusé à remplir son devoir civique avec l’exceptionnelle occasion de renvoyer dos-à-dos droite et gauche d’un revers de « non ». Hélas, sur le dos de l’Europe. Le traité est déjà le résultat d’un compromis acquis de haute lutte, considéré même comme une « Constitution française bis » par certains partenaires européens. Les poids du vote français et du couple franco-allemand y sont renforcés. On sait ce qu’on a perdu, sait-on ce qu’on va gagner ?

La France paie ainsi vingt ans d’hypocrisie de ses politiques sur les questions européennes : l’Europe ? Une abstraction, tantôt source de tous les maux, tantôt leur remède. Le Parlement européen ? Une (siné)cure de jouvence pour recalés aux élections. L’élargissement ? Souvenez-vous : l’occasion ratée d’une grande fête populaire. Bruxelles  ? Le petit doigt derrière lequel se cachent nos dirigeants qui font passer l’Union pour un repaire de technocrates qui décident de tout. Et que dire des médias, qui découvrent l’Europe lors des seules élections  ? Alors faut-il s’étonner du résultat ?

L’art et le manque de manière dont le camp du oui a géré la campagne devrait aussi inciter à la modestie et conduire à des remises en cause. Les partisans du oui se contentent au départ de parader mou - c’est oui ou l’on n’a rien compris - remplis de morgue et perplexes quand le peuple se rebiffe. On se gargarise du référendum espagnol où pourtant seul un électeur sur trois a voté oui : un succès juridique mais un échec démocratique. Et l’on croit déjà que tout est plié, méprisant les adversaires qu’on croit retourner d’un simple chantage au oui. Le camp du oui n’a eu de cesse de communiquer : beaucoup de moyens, peu d’effet. Deux électeurs de moins de 25 ans sur trois auront même montré leur manque de sensibilité aux beaux discours. Il faut au passage en finir avec cette idée démagogique que l’Europe doit intéresser les jeunes et seulement eux. L’éveil de la conscience européenne ne se fait pas à coups de lâchers de ballons, de parterres de stars, de flonflons de folklore moldave et de vieilles rengaines assénées par des dinosaures fatigués pour lesquels l’Europe se résume à la paix.

En face, les nonistes auront su instrumentaliser le vote : montée du chômage, des communautarismes et des peurs réelles des Français, Turquie et perte identitaire pour la droite, dégradation sociale et démocratique pour la gauche. Rappelons par exemple la cristallisation symbolique sur le « plombier polonais », lequel viendrait « bouffer le pain de nos Arabes », aurait pu dire Coluche. Un certain mérite revient pourtant à la « gauche rebelle » d’avoir animé le débat référendaire dans toutes les couches de la population, en surprenant les Français et les médias, quand tous s’attendaient à un conventionnel « clivage maastrichien », entre les souverainistes et les extrémistes, traditionnels pourfendeurs de l’Europe, et les pro-européens.

Il y a désormais une « urgence civique » pour les politiques et les médias à créer au jour le jour de la familiarité avec les sujets européens au risque de voir la « fracture européenne » devenir plaie béante. Les seules réponses pour le moment vont donner dans la franchouillardise. Remplacer Raffarin ? On sait bien qu’un clou chassera l’autre. Quant à l’Europe, tous les experts se sont accordés pendant cette campagne pour dire que ce n’est pas Chirac qui pourrait aller renégocier le traité en cas de non. Blocage jusque 2007 ? Le processus de ratification va continuer dans les autres pays européens et le traité de Nice s’applique jusque 2009, il y a deux ans de fenêtre de tir pour revoir la copie et procéder à une nouvelle ratification. Une démission du président permettrait de gagner du temps. « Putain, deux ans ! » À défaut d’espérer du président une attitude gaullienne, peut-on attendre de lui une « européenne attitude » ?

Stephen Bunard est directeur de la rédaction du magazine européen EuropePlusNet et vice-président France de l’Association des journalistes européens.


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