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Accueil du site > Actualités > Politique > Réforme de l’école : l’imposture de la difficulté (...)

Réforme de l’école : l’imposture de la difficulté scolaire

M. Darcos justifie la nécessité de réformer les programmes de l’école primaire en arguant de la gravité de l’échec scolaire en France :

"Ces difficultés se traduisent directement dans le recul de notre système éducatif dans les classements internationaux, notamment dans l’enquête PIRLS qui évalue les compétences en lecture des élèves âgés de 10 ans et dans laquelle la France ne se situe, parmi les pays de l’Union européenne, qu’en fin de classement..."

Reprenons d’abord les enquêtes internationales sur lesquelles s’appuient ces allégations :

PIRLS : les évaluations PIRLS (Programme international de recherche en lecture scolaire) s’adressent aux élèves de CM1. Elles classent la France en 27e position des 41 pays étudiés. Cette évaluation donne un aperçu du niveau d’acquisition d’un élève de 10 ans de sa langue maternelle. Or, à cet âge, ce niveau dépend encore des caractéristiques intrinsèques de la langue. Regardons alors le classement des trois pays francophones : on retrouve la province du Québec (Canada) en 23, la France en 27 et la Belgique francophone en 33. On est probablement en droit de penser que la langue française n’est pas encore acquise à l’âge de 10 ans.

Prenons l’exemple de la Finlande (qui n’a pas participé à cette évaluation, mais qui est en tête des évaluations PISA et que M. Darcos se plaît à brandir pour expliquer combien on peut faire mieux avec moins d’heures de cours), il y a 26 phonèmes dans le finnois, dont 8 voyelles (contre 37 phonèmes dont 16 voyelles en français) ; il y a 26 lettres dans l’alphabet finnois courant ; chaque phonème est toujours représenté par une même lettre et une seule. De plus, l’orthographe et la grammaire sont deux disciplines n’existant pas à l’école primaire en Finlande, d’où une économie importante de temps.

PISA : les évaluations PISA (Programme international pour le suivi des acquis) mesurent les acquis des élèves de 15 ans en langue, en mathématiques et en sciences. Il ressort de l’analyse des résultats que la France montre des faiblesses quand les élèves sont confrontés à des situations qui sortent du cadre scolaire. Les résultats sont les meilleurs quand il s’agit d’extraire des informations de documents ou de restituer des connaissances. L’explication avancée pour comprendre ces lacunes est une approche pédagogique trop centrée sur l’accumulation des savoirs reçus passivement par les élèves.

Autre argument avancé par M. Darcos : 150 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans qualification. Or, si l’on adopte les critères que le ministère lui-même utilise habituellement en distinguant qualification et diplôme, le nombre de jeunes sortant sans qualification est évalué à 60 000 par an. De plus, ce nombre est en constante diminution au fil des ans.

M. Darcos accuse l’école primaire qui, dit-il, "... assiste, impuissante, à la reproduction des inégalités sociales". L’analyse sociologique de la difficulté scolaire indique que les élèves en difficulté sont très marqués socialement. (extrait du rapport Hussenet - Santana 2004)
- les enfants d’ouvriers non qualifiés ont deux fois plus de risque de sortir sans qualification que les enfants d’employés ;
- près d’un tiers des enfants d’inactifs risquent de sortir sans qualification ;
- deux tiers des sortants sans qualification sont des enfants d’ouvriers, de personnels de service ou d’inactifs ;
- un tiers appartiennent à des familles dont aucun des parents n’a de diplôme ;
- 84 % appartiennent à des familles où ni le père ni la mère n’ont un diplôme supérieur au CAP ;
- le risque de sortie sans qualification augmente dans les familles monoparentales ou recomposées ;
- à situation comparable, les étrangers quittent moins souvent l’école sans qualification ;
- le niveau d’étude de la mère est déterminant ;
- les conditions de logement ont une forte influence sur la réussite ou l’échec : le fait pour un ouvrier qualifié de loger en HLM augmente de 15 points le risque de sortie sans qualification de ses enfants.

Et les auteurs concluent : la difficulté scolaire à la fin de la scolarité obligatoire est essentiellement liée à la pauvreté.

Il est aisé de montrer du doigt l’école et de pointer ses difficultés à contrecarrer les effets de la pauvreté sur la scolarité des enfants. Il est probablement difficile à M. Darcos d’imaginer un enfant arrivant à l’école le matin, sans avoir mangé de petit déjeuner et en déficit de sommeil. C’est pourtant le quotidien des enseignants. Et que peut l’école pour éduquer les parents ? La pauvreté engendre des situations que l’école seule ne peut résoudre. La précarisation de notre société ne va pas améliorer les choses.

Quelles sont les mesures proposées par M. Darcos pour lutter contre la difficulté scolaire ?
- alourdissement du programme de Français ;
- apprentissage précoce de l’écrit ;
- mécanisation des apprentissages ;
- appauvrissement du contenu culturel des enseignements ;
- suppression de 2 heures hebdomadaires d’enseignement ;
- suppression massive de postes d’enseignants ;
- suppression des RASED (Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) ;
- traitement de la difficulté hors temps scolaire.

Ces mesures sont contradictoires avec les analyses des difficultés scolaires rencontrées.
- L’apprentissage précoce de la lecture va mettre en situation d’échec des enfants de 5 ans (en Finlande, les enfants entrent à l’école élémentaire à 7 ans). De plus, il tend à accroître les difficultés en orthographe.
- Les évaluations PISA pointent les limites de l’apprentissage mécanisé.
- La dimension culturelle est essentielle pour lutter contre les différences sociales.
- Le soutien hors temps scolaire ne peut se faire qu’avec l’appui des parents et la volonté de l’élève. C’est bien souvent ce qui manque chez les élèves en difficulté.
- La difficulté scolaire ne se limite pas à l’apprentissage, elle comprend des dimensions psychologiques que l’enseignant n’est pas à même de traiter : pour apprendre, il faut d’abord le vouloir. C’est justement le rôle des RASED que de prendre en charge ces obstacles à l’apprentissage.

M. Darcos se sert de la difficulté scolaire qui existe, qui est un problème sérieux, pour faire du catastrophisme et justifier une réforme qui ne répond en rien aux questions soulevées. M. Darcos est un homme intelligent, qui a lui-même enseigné, au fait des réalités de l’école. On est en droit de se poser la question : pourquoi tant de désinformation ?

Sources

Discours de M. Darcos du 29 avril 2008

Analyse de l’enquête PISA

A. Ouzoulias : Chiffres de l’Ecole, une entreprise de manipulation

Rapport PIRLS 2006

Rapport Hussenet-Santana

Danièle Manesse et Danièle Cogis, Orthographe : à qui la faute



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14 réactions à cet article    


  • Krokodilo Krokodilo 9 juin 2008 11:42

    Je ne savais pas que le Rased était menacé, c’est effectivement scandaleux, car suivre précocément les enfants en difficulté, entre autres caractériels, c’est une des rares mesures efficaces pour lutter contre la violence scolaire.

     

    Remplacer l’anglais (qui est imposé sans choix) par le programme Evlang (initiation diversifiée aux langues et alphabets étrangers) serait également une bonne chose, d’une part parce que la phonétique de l’anglais est irrationnelle et l’imposer à des enfants qui ont encore des difficultés avec le français est une hérésie sur le plan pédagogique, d’autre part parce qu’il est autocratique d’imposer telle ou telle langue - une dérive très récente.


    • Crazy Horse Crazy Horse 9 juin 2008 12:52

      Si je peut me permettre d’exprimer mon opinion, basée sur mon expérience personnelle du système éducatif actuel, et sur mon analyse des décisions du gouvernement en la matière.

      Né dans la petite bourgeoisie, élevé par des parents plus cultivés et instruits que la moyenne (il m’a fallu 25 ans pour rencontrer quelqu’un qui possédait une bibliothèque plus imposante que celle de mon père), on peut dire que je suis favorisé pour ce qui est du travail intellectuel.

      Ce n’est pas l’école qui m’a appris à penser par moi-même, c’est certain. J’ai passé ma scolarité à m’ennuyer à mourir et à m’adonner aux comportement les plus oisifs. Qu’est-ce qu’on lisait sur mes bulletins ? "élève studieu et intéressé" ; "bon travail. Continuez" ; "élève sérieux et motivé" ; etc. Erreur de diagnostic ?

      Qu’est-ce qu’on lisait sur les bulletins de certains de mes camarades dont certains se tuaient au travail chez eux sans obtenir de résultats supérieurs à 9 ou 10/20 ? "travail insuffisant" ; "Manque d’assiduité" ; "Résultats médiocres" ; etc.

      Alors moi on m’a toujours dis que c’était très bien de rien fouttre (et ça a des conséquences sur ma vie aujourd’hui) ; et à d’autre on a laissé penser qu’ils étaient nazes et qu’ils travaillaient dans le vent.

      Sous prétexte d’égalité des chances, on voudrait donner le même enseignement à tout le monde. Conséquences : les personnes qui ont des facilités sont tirées vers le bas et démissionnent, tandis que ceux qui éprouvent le plus de difficultés rament et rament encore sans que personnes ne leur vienne en aide. C’est absurde, comme l’a souligné le directeur de la Sorbonne (Stop à l’arnaque du bac, Jean-Robert Pitte).

      J’affirme que s’il est juste de souligner le niveau ridicule des enseignements donnés aujourd’hui à l’école (je démontrerai peut être cela dans un futur ouvrage : "Le bac S pour les nuls"), il est faux de penser qu’on peut réhausser ce niveau tout en supprimant des heures et du personnel enseignant (très mal formé au passage).

      Maintenant je ne crois pas que les autorités ingnorent tout des réalités de l’enseignement actuel. Je crois plutôt que cette situation est voulue, n’en déplaise à ceux qui croient que les hommes politiques sont incultes, mal informés, stupides, etc.

      " Que dirait Socrate de l’éducation publique qu’on donne à notre jeune noblesse, des puérilités dont on se plaît à la nourrir, comme si on n’avait rien de bon à lui apprendre ? " (Jean le Rond d’ Alembert)

      " Toutes les fois que la tyrannie s’efforce de soumettre la masse d’un peuple à la volonté d’une de ses portions, elle compte parmi ses moyens les préjugés et l’ignorance de ses victimes. " (Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat)

      " Le peuple, malheureusement, est encore très ignorant, et maintenu dans cette ignorance par les efforts systématiques de tous les gouvernements, qui la considèrent, non sans beaucoup de raison, comme l’une des conditions les plus essentielles de leur propre puissance. " (Mikhaïl Bakounine)


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 10 juin 2008 02:16

      @ Crazy Horse : Vous avez raison. De toute façon, il faudrai sortir l’école de son role étriqué de dispensatrice de connaissance pour en faire un endroit ou on guide l’eleve dans une démarche essentiellement autodidactique dans l’univers des connaissances. Un endroit aussi ou on socilaise et ou on EDUQUE. L’école actuelle ne correspond simplemente plus a la réalité et devient trop souvent une pietre garderie pour adolescents.

      Pierre JC Allard


    • anny paule 9 juin 2008 15:32

      "Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage"... Je pense que "limposture" de X. Darcos se situe exactement à ce niveau-là !

      Il suffit de se référer à certaines publications de l’OMC, l’OCDE... pour trouver le sens caché des réformes actuelles... et l’entreprise de démolition de l’image (s’il en était besoin) de notre système éducatif pour l’assassiner plus facilement procède de ce principe. Le fait n’est pas nouveau, mais l’actuel gouvernement met les bouchées doubles pour réformer le système, conformément à la demande de l’OMC. ("Encourager le recours au privé" et "consentir des prêts pour les pays disposés à adopter, pour l’enseignement, un cadre législatif et réglementaire (...) où le secteur privé interviendra davantage au niveau de l’enseignement et du financement". "N’intervenir que si les pays ont su réformer les systèmes éducatifs directement dirigés par des administrations centrales ou l’Etat (...) lesquelles laissent peu de marges de manoeuvre". (Banque mondiale, Priorités et stratégies pour l’éducation, 1995)

      Que lit-on, en effet ? Les accords de l’OMC prévoient "la privatisation de 160 secteurs ou services pour une libération totale", et parmi ces secteurs, "l’éducation est, avec la santé, le dernier bastion à prendre." (Moyoto Kamiya, in Courrier de l’UNESCO, déc. 2000) "Les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable..." (OCDE, 1996) "L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique" (Groupe de travail de l’OMC, 2000)

      Pire, dans le domaine du cynisme : "Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de baisser le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut, progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population." (1996, Rapport de l’OCDE, sous le titre : "La faisabilité politique de l’ajustement")

      Ces textes soigneusement cachés éclairent les réformes actuelles (et ce n’est qu’un début)... et les discours du ministre déplacent le débat... pour ne pas dévoiler ce qui fonde sa politique de démantèlement de notre service public d’éducation !

       

       


      • melanie 9 juin 2008 16:15

        @ Anny Paul

         

        Merci..ça fait froid dans le dos , dans la même veine , le livre du sociologue Jean Pierre le Goff , aux éditions la découverte " La Barbarie Douce" fr.shvoong.com/89130-la-barbarie-douce/


      • alicante 9 juin 2008 15:36

        D’abord, je n’ai découvert que vendredi dernier Agoravox, mais je suis déjà sidérée par la teneur de beaucoup d’articles que j’ai lus : la violence et le désarroi augmentent, c’est la faute à Sarkozy et à ses ministres. Quel bon bouc émissaire avez-vous trouvé.

        Cet article va globalement dans cette direction et témoigne de l’ignorance habituelle. Considérons que le célèbre devoir de réserve du fonctionnaire d’une part, la stupeur d’autre part, y sont pour beaucoup. 

        Cela fait quarante ans que la France fonctionne dans la chienlit, ainsi que l’ont qualifiée De Gaulle, puis Lacan, et sans s’intéresser au reste du monde. Qui résoudrait les nouveaux problèmes engendrés en un an de mandat ? Qui a inventé les peopleries, la calomnie, l’espionnite ? Qui a créé l’économie libérale ? Qui est responsable de la mondialisation ? qui, de l’enseignement débilitant prodigué par l’éducation nationale (cf. l’article de Webgirl sur les IUFM) ?

        il n’y a plus de RASED parce que le RASED ne peut plus rien contre le fait que des enfants extrêmement perturbés, parfois psychotiques, donc extrêmement perturbateurse et nécessitant des soins, sont dans ce qu’on appelle des classes banales ou ordinaires. Ce qui est devenu banal dans une classe à l’école primaire, c’est que les enfants enseignent à la maîtresse ce qui lui est interdit, tiennent salon, se tapent dessus, renversent les tables et marchent dessus, traitent la maîtresse de petite pute ou de vieille pute ratée de la vie (ceux-là ne sont pas psychotiques), exigent qu’elle les vouvoie, lui envoient des boulettes, la menacent (mes parents vont venir te péter la gueule). Parmi les loulous dont on m’a déchargée il y a peu sans que je le demande, un seul, originaire du Bangladesh, devait avoir connaissance de la pauvreté et il se tenait bien.

        Par ailleurs, même au RASED, peu nombreux sont les intervenants aptes à déceler un épisode psychotique. Quand tel est le cas, ils se heurtent à la méfiance de l’inspection : un instit’, un psychologue scolaire, pour qui ça se prend. Donc, personne ne fait rien pour le loupiot. Il est d’ailleurs amusant que, dans notre société où tout le monde marche sur les pieds de tout le monde, l’enseignant, qui ne vient ni pour faire preuve de sadisme ni pour faire preuve de masochisme, soit devenu l’individu suspect par excellence : il/elle a bien dû faire quelque chose pour qu’il en soit ainsi, quel que soit le cas.

        Nous accueillons en classe banale des garçons et des filles qui, en maternelle, ont déjà fracturé le bras d’un petit camarade et qui n’ont aucune raison de se calmer, puisque ni les CMP bondés, ni leurs parents, ne s’y intéressent.

        La majorité des enfants est perturbée parce qu’elle ne connaît plus de phase de latence : le sexe et la mort, ces enfants, souvent fort intelligents, se les prennent en pleine figure, ne serait que via la télévision. Ils ne sont plus que le produit plus ou moins bienvenu d’une copulation et ne peuvent savoir ce qu’il en serait du désir maternel prédominant et du désir paternel à leur égard, le père étant le plus souvent éteint ou absent : que vient l’enfant ou ne vient pas l’enfant combler dans cette affaire ? Comment peut-il se repérer dans des traditions familiales contrecarrées par la modernité ? Les enfants grandissaient coupables d’être nés, maintenant il s’agit de les consoler d’être nés et de savoir qui ils aiment le plus. 

        Il n’y a plus d’aide aux enseignants parce que les mères de ces petits, dès que leurs petits se plaignent, foncent à l’inspection : la maîtresse ne sert pas la soupe à mon enfant comme il convient. Je viens ainsi d’être villipendée une nopuvelle fois parce que j’ai répondu à une mère que j’interrogeais effectivement peu son fils qui exigeait entre autres que je le suce, et les mères ont toujours raison : j’en ai fait nombre de fois l’expérience comme beaucoup de mes collègues abonnés aux antidépresseurs - très mauvais pour la santé générale et sans effet anxiogène mais avec effet addictif.

        Ce que Darcos ne peut réussir d’un coup, c’est ramener les parents à la maison, les centres de loisir dans leur périmètre, les agents de la municipalité à leurs responsabilités et l’éducation nationale à la raison : rappeler que le discours du maître (ou de la maîtresse), avec tous les aménagements du dialogue ou du travail en groupe et tout ce que nous pouvons faire pourqu’un enseignement soit moins fastidieux, tant pour les enfants que pour l’enseignant, c’est quand même celui d’un savoir officiel, universel, objectif. Un enfant est toujours le sujet de ce qu’il a capté de l’histoire de ses parents, de sa mère en particulier, des exils familiaux, de ses tout premiers souvenirs qu’il a besoin, au moins temporairement, de mettre de côté pour que, ce qu’il en serait d’un savoir inné, d’une petite voix dite intérieure, laisse au moins le maximum de place au savoir de l’humanité."E-ducere", ainsi que le rappelle Aldo Naouri dans Eduquer ses enfants, soit extraire l’enfant de son histoire d’origine autant que faire ce peut, c’est bien un enjeu de société.

        La pauvreté ? Combien d’entre nous n’ont pas bénéficié d’un accès aussi large à de somptueuses piscines, des clubs sportifs, des conservatoires, les musées bien sûr, et des classes vertes organisées par les enseignants pour des enfants de Seine-Saint-Denis dans des sites magnifiques : tout bien être matériel est désormais accessible et quand un enfant est sous-alimenté ou vit dans un espace sans hygiène, là, le réseau est efficace.Mes anciennes élèves du Neuf Trois bénéficient de voyages, l’an passé en Irlande et cette année à Venise, fréquentent le palais de la Découverte, profitent de labos de langues, écoutent de l’opéra, pratiquent un art martial, bref, sont intéressées à tout et je leur dis que c’est merveilleux, alors qu’il est question de ramener les lycéens absentéistes en classe grâce à des tickets de cinéma - ce qui est un peu poussé. En revanche, la lutte des classes a cédé à la lutte des places et il ne s’agit pas de places de cinéma, mais d’aucuns ne l’ont pas encore compris. Ils en sont encore à des croyances, réactionnaires, en une droite et une gauche. Sarkozy n’a pas inventé le discours capitaliste et, puisque besoin était, la démonstration faite par les esclaves au pouvoir de par le monde ne fut en aucun cas bénéfique, qu’ils s’appellent dans l’histoire contemporaine Adolf Hitler ou Che Guevara. 

        Quarante ans de chienlit, c’est assez pour mettre le pays à bas. Le discours prudent de Darcos suscite déjà, et bien souvent chez des enseignants non lecteurs qui écrivent un français bourré d’erreurs, une vive émotion. Tout ce qu’a fait le P.S. à l’éducation nationale allait à contrario du bon sens nécessaire, au profit d’une infantolâtrie terroriste, apte à fabriquer des "grown up" terroristes. Darcos ne le fait pas savoir ainsi : ses interventions sont sobres et discrètes. Mais il intervient, et il ne faut pas intervenir. Darcos, comme Sarkozy en démantibulant les IUFM, interviennent sur des stuctures collectives tantôt nocives, tantôt inopérantes.

         L’enseignement des maths a fait beaucoup de progrès, mais quand un tiers de la classe ne met plus son nom sur une copie et produit au mieux un "li" à la place de "il" et rien de plus sur un questionnaire, oui, il vaut peut-être mieux revenir à l’enseignement du français et obtenir en négociant que l’écrit ne soit pas en jaune vanille, peu lisible. Quelques règles basiques de civilité sont nécessaires ; au Japon, où les codes comportementaux sont très stricts, les journalistes remarquent qu’un fait divers tel que l’assassinat pluriel qui vient d’avoir lieu est rarissime. Je n’encense pas pour autant la société japonaise - si tel était le cas je vivrais au Japon, je relate, c’est tout.

        Lacan, qui fut d’abord séduit par le passage à l’acte soixante-huitard au moment même où il tenait son séminaire sur "L’Acte analytique" , comprit vite son erreur : "Vous voulez un maître, vous l’aurez". Notre société ne permet plus à quiconque de se tenir en position maître, sauf sur un plateau télé, tout simplement, et dès lors, son discours est mauvais.La présence de Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2002 ne suffisait pas, sans doute. A force de rejeter et de dénigrer toute tentative gouvernementale d’agir, dans les écoles ou ailleurs, nous nous précipitons dans les bras d’un maître (ou d’une maîtresse) qui n’aura nul besoin de notre opinion, informée ou non, sur quoi que ce soit. Nous pourrons alors revenir à notre bonne vieille culpabilité d’être venus au monde, si nous y sommes encore, parce que nous aurons été très cons. 

         

         


        • melanie 9 juin 2008 16:44

          @ Alicante

           

          Beaucoup de choses...trop de choses dans une espèce de salmigondis à plusieurs niveaux où tout est mélangé, et dont ressort beaucoup de désaroi et une grande violence :

          Les choses doivent être analysées avec de vrais références et pas un mélange des genres Psychanalito-sociologico- médical .

          Par exemple , le passage à l’acte violent chez un enfant ne signe pas forcemment et automatiquement une "psychose", les choses sont plus simples et sociologiques parfois.

          Je pense que eu égard , aux classes forcement multiculturelles, parfois très nombreuses et à la pression permanente de familles d’un côté et des médias de l’autre- télévision, jeux vidéos, ordinateurs - , les enseignants font un exellent travail.

          Et ce n’est pas en leur imposant de façon perpétuelle - à chaque nouveau ministre de l’Education nationale depuis Haby - de nouvelles "réformes" voire une réduction drastique de leurs effectifs que cela ira mieux.

          Le terme de "chielit" date un peu non ....,  ?

           

           

          @ l’auteur

          Comparer la France aux pays d’Europe du Nord- est de toute façon une hérésie : Hors la langue et une entrée dans le système scolaire plus tardif , les pays d’Eupope du Nord sont sociologiquement moins inégaitaires que la France, moins multiculturels, avec des différences de niveau social moins marquées, l’enseignement y est interractif et non "descendant", hierachique et magistral comme en France où les élèves sont soumis à un maitre qui dicte et ne se soucie pas forcemment des élèves "perdus", et où les élèves n’apprennent pas à s’entraider entre forts et faibles pour le plus grand bénéfice des moins doués.

          L’école française est élitiste - je suis fille d’enseignants et j’en sais quelque chose- mais souvent aussi discriminatoire, et prétend en même temps que tout le monde doive ingurgiter un même savoir théorique.

          Beaucoup de choses sont à remettre à plat à envisager avec pédagogues, sociologues, psychologues de l’enfance et certainement pas de manière comptable et en octroyant un suivi personnel aux plus largués en les marginalisant hors heures de classe communes.


        • Krokodilo Krokodilo 9 juin 2008 17:29

          Alicante,

          Les enfants psychotiques, ou supposés tels, relèvent du médecin scolaire et de ses collègues (généraliste, pédiatrie, hôpital, CMPP), on sort du cadre scolaire. Heureusement, ces cas sont très rares par rapport aux enfants caractériels, à problème comme on dit, et pour ceux-là, le travail en petits groupes (jeux de rôles, expression et contrôle des émotions, etc.) est un moyen d’équilibrer les difficultés parentales ou sociétales. Les cours de médiation au collège sont également inspirés de ces méthodes (cf ; mon article sur AV :

          http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31741)

          Mais nous ne critiquons pas tout : personnellement j’applaudis le retour aux fondamentaux, que de toute façon bon nombre d’instits n’avaient jamais abandonnés, particulièrement en français… mais pourquoi augmenter le sport, alors qu’on a diminué le français pour faire de la place aux langues (en vrai à l’anglais…) ? Surtout qu’il y avait déjà les activités sportives traditionnelles et la piscine (obligatoire). N’y a-t-il pas un excès de rencontres sportives en tout genre et d’activités éducatives externes au motif -généreux et souvent légitime - de socialisation et de d’ouverture ? De mon temps on appelait ça les activités d’éveil.

           

          Et puis, il faut relativiser, ce sont les inquiétudes des parents qui se manifestent. Et d’accord avec vous que la pauvreté et les classes sociales ne datent pas d’aujourd’hui, ans parler de la guerre de 40, des rapatriés d’Algérie, des vagues d’immigration souvent très mal logés au début.
           


        • melanie 9 juin 2008 18:36

          @ mako

          Suppression des maternelles ???


        • Roda Roda 9 juin 2008 21:01

          Ceci est un autre débat qui rejoint ma question finale : Quels sont les objectifs réels de cette réforme ?

          Que l’école maternelle soit dans la ligne de mire semble assez probable : d’abord les contenus des nouveaux programmes en réduisent plus ou moins les objectifs à la préparation au CP. Au vu de ces objectifs, l’année de Grande Section semble suffisant.

          Ensuite, la volonté affichée de réduire le nombre d’enseignants passe d’abord par la suppression des postes « non visibles » (remplaçants, RASED ...), mais ce n’est pas suffisant, il va falloir chercher ailleurs.

          En rattachant la Grande Section à l’école élémentaire (cycle II) on regroupe GS, CP et CE1 en un tout. Ensuite on rend obligatoire l’école à partir de 5 ans au lieu de 6 ans. La maternelle perd de son intérêt et on insiste sur l’exemple des autres pays d’Europe qui n’ont pas de maternelle et on va nous expliquer qu’ils s’en passent très bien ... il suffit de regarder les classements de PIRLS et PISA.

          Enfin on finit la boucle et la maternelle n’existe plus. Ce n’est pas pour tout de suite, mais c’est écrit entre les lignes... sans jamais oser le dire clairement (pour le moment).


        • ninou ninou 9 juin 2008 19:45

          Merci Roda pour cet article clair et synthétique. Il montre par A+B que le but des politiciens de notre beau pays est bien de casser le système scolaire national. Tout faire pour que cela fonctionne de moins en moins bien. Le principe est simple : les français ont encore trop d’estime pour leurs fonctionnaires. Il faut les décridibiliser complètement pour avoir l’aval de l’électeur de base quant à la privatisation généralisée de l’école.

          Alors... programmes kafkaïens, réductions horaires pour plus de travail, stigmatisation de la difficulté (ainsi l’élève est en échec scolaire dès la maternelle, et , bien sûr, c’est consigné dans son dossier scolaire !), exigeances contradictoires, mépris de l’avis des professionnels... On va droit au clash et c’est prévu !!

          A ce rythme, je ne donne pas dix ans de survie à notre jolie (quoiqu’ imparfaite) éducnat. Peut-être aurons-nous à ce moment un système à l’anglaise avec, d’un côté, les nantis (ainsi que ceux, nombreux, qui choisiront de se saigner aux quatre veines pour diminuer les risques de contamination de leur progéniture avec Les Pauvres) et, de l’autre, Les Pauvres (cad les violents, les alcolos, les crétins, les incultes, les fainéants, les handicapés...)qui bénéficieront pour leurs enfants d’une sorte de service palliatif d’éducation nationale. Ce service ne coûtera pas très cher aux contribuables, qu’ils se rassurent !!

          Elle fleure bon le totalitarisme libéral notre belle France !

          Sur les murs des écoles,

          Sur les vitres des HP pour profs,

          Sur les tours des quartiers Zep en perdition,

          Sur les toits préfabriqués de mon RPI de campagne,

          j’écris vos noms :

          déstabilisation, culpabilisation, marchandisation, machination, manipulation, déshumanisation, spéctacularisation...


          • orange orange 10 juin 2008 07:11

            Voila une injustice social réelle. Il est temps je crois que les personnes comme le vit mon petit fils( qui a besoin de RASED) de manifester contre cette inacceptable injustice.


            • chmoll chmoll 10 juin 2008 07:50

              les écoles primaires,ce sont des établiss’ments qui fabrique des futurs chomeurs à grande echelles

              pasque c simple il y a un % obligatoire, d’élèves qui doivent passer de primaire au collège

              pour l’atteindre beaucoup d’élèves qui ne savent pratiqu’ment pas lire ,écrire compter,passent quand mème de prim au collège

              chmoll à dit (ça doit faire une quinzaine d’année) à un dirlo d’école primaire (en l’tutoiement) vu leurs comportements à tous ces dirlos et instits (minable)

              j’lui est dit presque toutes ces écoles primaire dans s’pays,sont des établiss’ments qui fabriques les futurs chomeurs en france,15 ans plus tard ça continue

              y apas longtemps sur agavorax j’l’ai bien dit, les diplomes français (quel qu’il soit) sont tous considéré au rabais par la plupart des entreprises françaises et étrangères (surtout de haute technologie)


              • orange orange 10 juin 2008 08:05

                Tous les enfants en difficultés ne sont pas des enfants perturbateurs de la classe .

                Le sport est peut être un moyen d’appui pour aider ses enfants en difficulté. Mais n’y a t-il pas non plus un autre moyen pour que les enfants puissent s’intégrer. Le regard humiliant que certain citoyens afflige sur se problème.

                Il est souvent demander combien de personnes, de famille sont " sorties de la pauvreté" . Mais il est rare qu’on nous demande combien de citoyens ont changé.

                 

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