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Accueil du site > Actualités > Politique > Réformes des rythmes scolaires : où va-t-on ?

Réformes des rythmes scolaires : où va-t-on ?

La meilleure preuve du malaise vécu par notre instruction nationale est le degré élevé de réformite aiguë dont font preuve nos dirigeants en la matière. 

En 2007, le ministre de l'éducation Xavier Darcos faisait le choix de présenter une réforme des rythmes scolaires visant à supprimer l'école le samedi matin au bénéfice d'une semaine à 4 jours. 

A peine 5 années plus tard, François Hollande se déclarait favorable à la semaine de 4 jours et demi et souhaitait son entrée en vigueur dès la rentrée 2013. 

Avec une telle irrégularité, difficile de mesurer l'efficacité des réformes. Les multiples aspects qui ont par la suite été développés par la Loi n° 2013-595 du 9 juillet 2013 sur la refondation de l'école et le Décret n° 2013-77 du 24 janvier 2013 sur l'organisation des temps scolaires n'ont fait qu'apporter un peu plus de complexité dans ce projet de réforme, qui fait d'ailleurs encore l'objet d'ajustements et d'incertitudes. 

 
 

Les caractéristiques de la réforme


Philosophie

François Hollande s'est prononcé en faveur d'un service public territorial de l'éducation, désirant associer les collectivités à cette réforme de l'éducation. 

Cette réforme comporte deux volets principaux : d'une part la réforme des rythmes scolaires en eux-mêmes, et d'autre part la mise en place d'activités périscolaires organisées par les collectivités territoriales référentes, c'est à dire les communes. 
 
Le premier aspect est obligatoire : il s'agit de mieux répartir le temps scolaire des élèves sur une semaine, en revenant sur la semaine de 4 jours. Les données initiales sont les suivantes :
 
une semaine d'un maximum de 24 heures de cours, 9 demi-journées d'un maximum de 5h30, un mercredi matin qui ne doit pas dépasser 3h30.
 
Le second est facultatif : il s'agit de la mise en oeuvre d'activités périscolaires (les Temps d'Accueil Périscolaires, renommés par la suite Nouvelles Activités Périscolaires) par le biais d'un Projet éducatif territorial (PEDT) réunissant les principaux acteurs locaux des activités périscolaires : commune, associations, enseignants. 
En parallèle, les professeurs des écoles sont également chargé de faire suivre aux élèves en difficulté des Activités Pédagogiques Complémentaires (APC). 
 
L'ensemble de cette réforme avait donc pour but principal de mieux répartir les temps scolaires afin de rendre les journées moins lourdes pour les enfants, leur permettant ainsi que mieux assimiler le savoir qui leur est inculqué. 


Calendrier

En premier lieu, le gouvernement a laissé le choix aux communes de mettre en oeuvre la réforme dès la rentrée 2013-2014, ou de repousser son application à la rentrée 2014-2015. 4 000 communes sur 24 000 possédant une école ont fait le choix d'appliquer la réforme au plus tôt. 

A partir de ce choix, les communes avaient ensuite jusqu'à décembre 2013 pour faire une proposition d'organisation d'horaires pour leur(s) école(s) au services départementaux de l'éducation nationale, et ce même délai pour présenter d'éventuelles demandes de dérogations (école le samedi par exemple), ainsi que l'avant-projet de PEDT.
Cette proposition est ensuite transmise aux services académiques ainsi qu'aux comités techniques départementaux pour avis, lesquels devaient fournir un avis dans la première quinzaine de janvier 2014 (certaines communes n'ont cependant reçu ces avis qu'en avril). 


Moyens

Bien que cette réforme n'oblige pas les collectivités à la mise en oeuvre des NAP, elles les y incite fortement et, afin de garantir une certaine uniformité sur le territoire, il apparaît nécessaire qu'un financement étatique soit instauré. 

A l'origine, seules les communes qui ont mis en place cette réforme dès la rentrée 2013-2014 bénéficiaient du fonds d'amorçage. 
Cela étant, par la suite, le ministre de l'éducation s'est engagé à ce que toutes les collectivités puissent bénéficier d'une somme de 50€ par élève, pouvant être majorée jusqu'à 40€ supplémentaires par élève pour les zones urbaines sensibles et les zones rurales en reconversion. Ce à quoi s'ajoutent 53€ par les Caisses d'Allocation Familiale, à condition cependant de respecter certains principes en terme de services, de qualification, ce qui n'est pas forcément chose aisée pour les petites communes. 
La part de financement des communes promet cependant d'être la plus importante, puisqu'une étude a estimé que le coût moyen de cette réforme était de 150€ par élève. 
 
Les moyens à mettre en oeuvre pour les communes sont particulièrement complexes : outre l'aspect financier, il leur faut également se doter de personnels (tout à fait conséquents puisqu'il ne faut pas plus de 14 enfants de moins de 6 ans ou 18 enfants de plus de 6 ans par animateur), si possible qualifiés, et de penser des activités périscolaires, ce qui nécessite des infrastructures conséquentes (locaux, matériel) et des partenaires ayant des connaissances dans l'animation et la petite enfance (associations, prestataires de service). 

 

Une réforme controversée à juste titre

Cette réforme est cependant loin de faire l'unanimité, à la fois auprès des collectivités locales, des enseignants et des parents d'élèves. Et bien des raisons sont à l'origine de cette contestation. 
 
En premier lieu, il me semble que cette réforme, peut-être nécessaire, n'est pour autant pas une priorité. En effet, les mauvais résultats constatés par les divers classements PISA devraient d'abord faire réfléchir les gouvernants sur le contenu des programmes, de plus en plus (voire trop) dispersés et non centrés sur l'essentiel des fondamentaux requis pour le passage dans le secondaire. D'ailleurs le catéchisme républicain (incarné par les ABCD de l'égalité, véritable ingérence dans l'éducation parentale : ont-ils vraiment besoin de s'entendre dire qu'il faut autant de maçons que de maçonnes sur le marché du travail ?) actuellement enseigné à l'école, loin de faire l'unanimité, montre à quel point ce n'est pas une priorité.
 
De plus, l'objectif de la réforme risque sommes toutes de ne pas être atteint : alors que le but est d'alléger les semaines des enfants, celles-ci resteront relativement conséquentes vu l'ajout des activités périscolaires qui, quoi qu'intéressantes, sont également des périodes d'activité dépensières d'énergies pour les élèves. 
Il eut été je pense bien plus bénéfique de répartir le temps scolaire sur l'année, en rognant sur les vacances d'été, qui sont trop longues et favorisent l'oubli des enseignements acquis, ce qui était d'ailleurs préconisé par le rapport sur les rythmes scolaires
D'un autre côté, le fait d'alléger la journée signifie parfois faire sortir les enfants plus tôt, d'où des problèmes de garde ou de transports encore plus importants pour les parents d'élèves. 
 
Cette réforme était également trop rapide et trop peu concertée, et la meilleure preuve de cette carence est l'actuel assouplissement qu'elle subit : possibilité de regrouper les activités sur une seule demi-journée, financements supplémentaires (mais non pérennisés pour tous avec certitude), dérogations et possibilités de modifier les rythmes déjà votés. Ces modifications éloignent cependant encore un peu plus la réforme de son but initial : en effet un regroupement des NAP, plus pratique pour les collectivités, va cependant obliger à ne pas respecter les contraintes horaires initialement imposées, et ainsi réduire l'objectif d'alléger les journées de cours à néant. 
 
La difficulté initiale considérable de la mise en place d'une telle réforme (concertation complexe, financements importants, prise en compte des services scolaires annexes tel que le transport scolaire, la garderie, la cantine) et d'autant plus accrue que les collectivités ne savent pas sur quel pied danser, et que la prochaine rentrée est dans seulement ... 4 mois !!
 
Et de plus, comment peut-on d'un côté demander aux collectivités territoriales de faire des économies tout en leur demandant dans le même temps d'assurer de nouvelles compétences ?
 
Il est probable enfin que cette réforme ne conduise qu'à l'accentuation des différences entre communes aisées et communes pauvres : selon les possibilités offertes par chaque commune et en fonction de leur contexte propre, elles n'auront pas toutes la possibilité de proposer un service satisfaisant ou "compétitif", ce qui peut faire craindre une accélération de la mort du rural. En effet toutes les communes n'ont pas les moyens financiers ou humains (tissu associatif notamment) pour garder leurs habitants par des activités durables. 
 
Il semble donc que cette réforme aux buts intéressants voire louables constituera probablement un échec, mais il est malgré tout nécessaire d'espérer que l'avenir démente ce pronostic.
 

Sources

-Financement des rythmes scolaires - Le monde ;
-Concertation Peillon - L'express ; 
-Les annonces de François Hollande - L'express ; 
-La gazette des communes. 
 
 
Rem-100. 
 

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6 réactions à cet article    


  • France Europe République Fulbert de Chartres 10 mai 2014 10:52

    La semaine de quatre jours permettait de simplifier les choses. De plus il y avait beaucoup d’absentéisme le samedi-matin, de même qu’il y en a aujourd’hui le mercredi... Par expérience ce sont des communes de « droite » qui proposaient les quatre jours, et pas seulement pour réduire les coûts. Les familles de ces communes ont des activités le week-end. Celles de « gauche » insistaient sur les cinq jours pour le côté « garderie sociale » et assistanat (exemple : La Courneuve dans le 93...). J’ai bien connu tout cela. Les « rythmes scolaires » évitent de parler des vrais problèmes : enfants de plus en plus difficiles, parents immatures, enseignants peu motivés...


    • zygzornifle zygzornifle 10 mai 2014 11:02

      « ou vas t’on ? »  S’inscrire à Pole-Emploi quand on n’a fini ses études ou partir avec ses diplômes tous frais en Angleterre ou aux Etats Unis ....


      • AlainV AlainV 10 mai 2014 19:19

        L’ensemble de cette réforme avait donc pour but principal de mieux répartir les temps scolaires afin de rendre les journées moins lourdes pour les enfants, leur permettant ainsi que mieux assimiler le savoir qui leur est inculqué.
        C’est vous qui en faites le ’but principal’. Il y en a d’autres, comme donner la possibilité aux 50% qui n’en ont pas les moyens, d’accéder à des ’activités périscolaires’, tout aussi formatrices que les ’savoirs fondamentaux’.
        Autre point : Depuis quand peut-on inculquer un savoir ? Tout au mieux, on peut se l’approprier. L’art du pédagogue est de donner à l’élève le désir de s’approprier ce savoir. Si le par-coeur est utile pour l’ancrage de la mémoire, la seule mémorisation n’a jamais permis de se former à quoi que ce soit. On apprend en faisant fonctionner son intelligence, et cela ne se décrète pas.

        Dernier point : Mettre les enquêtes PISA à toutes les sauces, pour condamner l’école dans son ensemble, c’est être malhonnête. PISA a montré que le niveau se maintient pour près de 70% des élèves. L’école n’est donc pas en cause. Les 30% qui tirent vers le bas se trouvent dans une situation dramatique de décrochage en masse. C’est pour eux que l’école est mal faite. Parce qu’on ne donne pas aux enseignants la possibilité de travailler dans des conditions telles que ces nombreux élèves pourraient remonter leur niveau. Cependant, la cause de cette catastrophe est plurielle : suppressions de postes, en particulier dans les RASED qui étaient d’une efficacité redoutable, vu la difficulté de l’entreprise ; milieux sociaux en déshérence ; forte augmentation de la grande pauvreté, etc.
        Et j’ajouterais l’impossibilité faite aux pères d’élever leurs garçons de manière virile, au nom de ’droits de l’enfant’ mal compris. Il y a 20 ou 25 ans, de bons psychologues reconnaissaient l’efficacité d’une fessée bien expliquée (et pas seulement bien appliquée, disait-on). Une certaine école de psychologie le condamne aujourd’hui, pour le malheur de beaucoup de jeunes hommes.
        Discipline impossible, méthodes pédagogiques inadaptées à certains enfants, situation familiale précaire, chômage des parents et des grands-parents qui ne montrent plus l’utilité d’avoir un rôle social par le travail, la télévision qui ’décervèle’ et le mauvais exemple de ceux qui s’enrichissent de façon insultante et irrespectueuse, souvent malhonnête. Voilà quelques-uns des facteurs d’échec des 30% qui font reculer l’école française dans les enquêtes PISA. Chaque lecteur pourra en trouver d’autres.


        • Vindex 10 mai 2014 19:33

          Bonjour et merci pour votre réponse conséquente. 


          -D’abord, il est vrai que le but de la réforme était d’élargir l’accès aux activités périscolaires, mais il faut dire que le but de cet article est aussi de montrer que ce ne sera pas facile pour les communes d’organiser et d’appliquer cette réforme. 

          -Ensuite, le but de l’article n’est pas de renier l’importance de l’appropriation du savoir par les élèves. Il n’a pas vocation à débattre des méthodes pédagogiques. 

          -De plus l’article n’a pas pour but de taper sur l’EN ou les profs... Et nous ne pouvons qu’être d’accord avec vous sur certains points (suppression de postes en RASED, mauvaise interprétation des droits de l’enfant...). 

          Je ne peux que vous conseiller d’aller en discuter le blog d’origine où vous pourrez être en contact DIRECT avec l’auteur : http://www.blogactualite.org/2014/05/reforme-des-rythmes-scolaires-vers-ou.html

          Cordialement

        • Seb GJ 8 novembre 2014 00:38

          « donner la possibilité aux 50% qui n’en ont pas les moyens, d’accéder à des ’activités périscolaires’ ».... si seulement c’était le cas...


          la réalité est tout autre...

          la « structure » de cette réforme ne le permet pas ! 

          Que ce soit par le biais de l’espace disponible, du matériel disponible, du temps disponible, du taux d’encadrement spécifique à ces NAP, des activités qui dans des conditions « normales » seraient épanouissantes, ne s’avèrent être que de l’occupationel dans le cadre des NAP : une garderie à peine améliorée ! 

          Et encore lorsque la mairie (ou les parents) y mettent les moyens (et le peuvent !!!)

          En fait l’accès aux activités reste des plus inégalitaires ! 

          Les « riches » accèdent à des activités plus ou moins intéressantes, les « pauvres » sont juste gardés (et encore pas toujours !)

          On ne fait qu’aggraver la situation que soit disant on veut résoudre : permettre à ceux qui n’en ont pas les moyens d’accéder à des activités periscolaires !

        • coinfinger 10 mai 2014 19:31

          çà fait plus d’un siécle de réformes de l’école publique . C’est un exercice nécessaire pour un pouvoir de gauche , sinon il n’aurait pas de raisons d’exister . Il faut qu’une réforme soit ratée parce qu’autrement on ne pourrait plus en faire .

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