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Régionales : de l’ambition à gauche

L’entrée du Front de Gauche en campagne suscite un réel intérêt chez celles et ceux qui aspirent à clarifier les enjeux à la fois pour la gestion des régions mais plus encore, à moyen et long terme, pour ouvrir une perspective politique à la hauteur de la crise  et des attentes de ceux qui la subissent.

Certains ne songent qu’à créer les conditions d’un rassemblement anti-Sarkozy (TSS, tout sauf Sarkozy) sans remettre en question les fondements du libéralisme considérés comme intangibles, promettant un peu plus de social, d’écologie, de services publics…un changement de style, ça ne mange pas de pain mais surtout, on ne touche pas à la gestion de la finance, des entreprises, des banques à qui on avait concédé tout ce qu’elles voulaient, dans les années 80, pour spéculer à leur guise.

On a vu ce qu’il en est advenu, où elles ont entraîné le monde ? Mais on peut douter qu’à gauche, toutes les formations qui s’en réclament aient tiré les enseignements d’une crise pourtant qualifiée, au début, de systémique, puis certains se sont vite rassurés, se contentant d’un sauvetage des banques, à grands renforts de fonds publics tandis que les revenus du travail et les retraites fondent, que le chômage et la précarité explosent, que les inégalités et la pauvreté s’envolent, que la protection sociale pour tous n’est plus assurée.

De financière à son éclatement, fin 2009, la crise s’est approfondie, a gagné tous les secteurs de la vie économique et s’installe durablement. Il faudrait s’y habituer : c’est comme ça tous les 5 ou 6 ans, la fatalité quoi ? Comme les sacrifices que nous demandent ceux qui l’ont provoquée en laissant libres de toute contrainte les pilotes éclairés de la finance et de l’économie.

Car, il n’y aurait pas de responsables politiques, seulement quelques délinquants de la haute finance qui ternissent l’image du capitalisme ! On serait tous sur le même bateau, il n’y aurait plus qu’à ramer et à faire confiance au capitaine. Nos élites ont été tellement clairvoyantes, n’est-ce pas ?

Elles ont accéléré la mondialisation à la fois pour imposer et sauver leur modèle économique dont il ne faudrait surtout pas contester la légitimité et la supériorité…naturelle. C’est dans l’ordre des choses, un postulat en quelque sorte.

Une dérive monarchique

On a de la chance, paraît-il, « la France s’en sort mieux que ses voisins » nous serine qui vous savez, après nous avoir asséné qu’il allait « récompenser davantage le travail que l’assistanat. C’est en travaillant plus que nous aurons du travail pour tous. » C’était en janvier 2007, il ne pouvait pas savoir notre grand timonier ? Lui, l’omniscient, l’hyperactif, le souverain seul maître à bord, il ne pèse pas lourd dans la galaxie des affaires mais il la sert du mieux qu’il peut. 21% de chômeurs de plus, un million qui ne sont plus indemnisés en 2010 : bonne année !

Pas de doute : il va moraliser tout ça, mettre de l’ordre dans le secret bancaire, l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, les rémunérations des hauts dirigeants de banques et d’entreprises, les bonus des traders, à peine écornés et pour combien de temps ?

Il vient d’organiser, le week-end dernier, un second colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » qui a réuni une belle brochette de chefs d’Etats libéraux et sociaux démocrates, quelques syndicalistes et économistes réputés, pour disserter sur le ravalement de la façade, les fondations, on n’y touche pas.

Le problème c’est que la droite n’est pas seule à nous avoir entraînés sur la voie de la libéralisation de l’économie où les profits n’ont plus de limites, les risques non plus, mais ce ne sont pas les mêmes qui les payent !

Le PS s’est rallié à l’économie de marché, il confirme (Jospin disait refuser la société de marché, difficile exercice) ce qui n’en fait pas un anti-libéral convaincant pas plus que ses expériences au gouvernement marquées d’une volonté de consensus plus que de rupture avec les critères libéraux. Il n’empêche que le ps n’en influence pas moins un électorat qui, majoritairement, se reconnaît dans les valeurs de gauche, de solidarité, d’égalité, de laïcité…qui ont tant de mal à se frayer un chemin.

Le PCF, en influence réduite au sein de ces gouvernements, l’a chèrement payé (il y a bien entendu d’autres causes) et a fait la critique de ces années perçues par toute une partie de l’électorat populaire comme trop d’atteintes à notre modèle social, à nos services, de moins en moins publics, à la justice sociale…les gouvernements s’inscrivant dans une Europe et des institutions mondiales dominées par le capitalisme.

Ce n’est pas la nomination des socialistes Pascal Lamy à la tête de l’OMC et Dominique Strauss-Kahn à la direction du FMI qui peuvent nous convaincre que le monde est en train de changer de base. Pas davantage l’entrée, aux côtés de Sarkozy, des Kouchner, Besson (ex secrétaire national), Bockel, Jouyet, Amara…sans parler des « missionnés » Attali, Rocard, pas vraiment aux avant-postes de la lutte des classes.

Il n’ y a pas de quoi rassurer les victimes de la violence sociale qui s’exerce à travers les délocalisations, le chômage, les bas revenus, l’échec scolaire, le manque de logements sociaux…problèmes encore plus concentrés dans les cités ghettos à l’écart des centres villes.

Franchise et lucidité

Tenir un tel discours serait-il affaiblir son propre camp ? C’est tout le contraire : il vise à redonner à la gauche une autre image que celle qui a conduit tant de ses électeurs à déserter les urnes et ses rangs alors que sa vocation c’est d’être aux côtés des victimes de la politique du capital, de les rassembler dans les luttes et dans les urnes. C’est pour cela que le Front de Gauche s’est constitué, pour relever ce défi et contribuer à ancrer nos régions plus profondément à gauche.

On n’est pas condamné à subir la crise, ni à accompagner sa gestion libérale si l’on est élu mais à la contester en faisant prévaloir d’autres critères plus favorables au travail qu’au capital. A condition d’être convaincus de sa nature…systémique.

Ce sont ces questions qu’il faut clarifier en priorité si l’on veut que la crise, la plus importante du siècle, trouve une issue progressiste à partir des résistances, des aspirations des citoyens eux-mêmes à une vie digne et décente, ce dont les prive la course aux profits, à la spéculation.

Les régions peuvent être des contre-pouvoirs, des pôles d’action beaucoup plus affirmés, à commencer dans leurs domaines de compétences : l’économie, l’aménagement du territoire, la formation, l’environnement…inscrivant leur programme dans une vision de la société pleinement solidaire, citoyenne et écologique, comme le propose le Front de Gauche.

Il est donc sain et démocratique que les électeurs aient le choix au premier tour et puissent exprimer leur soutien aux listes dont ils se sentent le plus proches, pour au second tour, barrer la route à celles dont ils se sentent le plus éloignés et contribuer à renforcer et à gagner des majorités de gauche, rien que de gauche.

Encore faut-il que le débat ait lieu sur les véritables causes et les responsabilités d’une crise qui n’épargne pas les régions.

René Fredon

 

Quelques bonnes lectures :

« La crise de trop ? » Frédéric Lordon

« Transformation et crise du capitalisme mondialisé

 quelle alternative ? » Paul Boccara

« L’idée de justice » Amartya Sen

« Economie et Politique » décembre 09

« L’appel des appels 

 pour une insurrection des consciences »


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2 réactions à cet article    


  • logan 18 janvier 2010 11:13

    Malheureusement, l’absence d’accord d’alliance entre les différentes forces de la gauche radicale provoque une division néfaste.

    Les sondages donnent de 6 à 8 % pour le front de gauche, et de 5 à 6% pour le NPA, de 2 à 3 % pour LO.

    Le potentiel de la gauche radicale est d’atteindre 13 à 17% des suffrages et ce sans compter tout effet de dynamique d’un tel rassemblement, soit de quoi passer devant l’alliance écologique entre les verts et europe écologie, et à seulement 4 points du PS.
    Alors quel gachis de voir qu’en partant divisés on loupe une telle occasion une nouvelle fois de changer la physionomie de la gauche durablement et de remettre la gauche en ordre de bataille ?


    • gil 19 janvier 2010 00:13

      Est-ce les sondages qui votent ? a nous de changer ces pronostiques.
      Dans certaines régions, ça bouge quand même, comme en Languedoc-Roussillon où G Frêche a « reussi » à fédérer un large Front des forces de gauche, pas nécessairement « radicales » mais décidées à rompre avec la logique capitaliste et la privatisation des services publics.

      A ce sujet, dernière info que je viens de lire ce soir : doublement des postes au concours pour l’enseignement privé sous contrat, donc payés par l’état (569 pour l’année 2009 à 1260 pour l’année 2010). Pendant ce temps, il manque de plus en plus de profs dans les écoles publiques et les absents sont exceptionnellement remplacés.

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