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Accueil du site > Actualités > Politique > Régionales : pots au feu ou carottes râpées ?

Régionales : pots au feu ou carottes râpées ?

Les élections régionales vont se dérouler presque dans le même temps que le débat sur la réforme territoriale. Cette concordance est une opportunité à saisir.

En effet, nombre de candidats aimeraient bien à cette occasion  promettre de réaliser de véritables pots aux feux alors que les régions  ne disposent que de carottes pour les cuisiner.

Cette situation fragilise nos territoires. Comment l’Alsace, la Bretagne ou le Limousin peuvent-ils jouer leur partition à l’échelle européenne face à la Catalogne, la Bavière ou le Pays Basque ?

Par un système sensément égalitaire, la France est un Etat qui laisse ses régions dans une situation d’inégalité préjudiciable au regard des régions voisines. En France les régions ne disposent que de 3% de la dépense publique, quand les Landers disposent de 50% de la dépense allemande ou les communauté autonomes de 35% de la dépense espagnole.

Autant dire que la France organise une fausse égalité qui revient à dire qu’avec des carottes râpées l’Aquitaine serait l’égale de la Galice qui elle peut dérouler tout le menu.

Encore faut-il ajouter que l’illusion d’égalité est renforcée quand on sait que le budget par habitants de nos régions varie du simple au double au sein de la seule France métropolitaine.

Deux exemples montrent que sur bien des aspects, les régions sont le bon échelon pour coordonner certaines politiques délaissées par l’Etat.

La politique maritime de la France, notamment en matière de commerce, est négligeable. Le président Sarkozy ne rappelait ce fait cette année que pour mieux arrimer Le Havre au Grand Paris. Mais l’Etat n’investit plus depuis longtemps dans les ports de commerce. Ce fait est préjudiciable à toutes les régions littorales, en premier lieu la Bretagne qui voit passer au large de ses côtes l’essentiel des trafics européens sans presque rien en capter. Nul doute que si la Bretagne, mais aussi le Nord-Pas de Calais, ou d’autres en avaient les moyens financiers, la relance d’une véritable ambition maritime serait possible, bénéficiant à tous les territoires de France.

En matière culturelle et éducative, on doit aussi constater l’absence de politique d’Etat pour assurer l’enseignement des langues régionales au-delà de l’anecdotique. Cela provoque parfois des crispations légitimes dans des régions à fortes identités de l’Alsace aux territoires basques ou occitans, alors qu’un véritable engagement sur ce sujet devrait permettre de conjuguer les identités au pluriel et non dans un singulier où les exclusions réciproques sont à bannir.

Si les Régions disposaient là encore es moyens financier et législatif nul doute qu’elles auraient une stratégie culturelle et éducative, elles sauraient conjuguer le particulier et l’universel, sauvegarder des langues riches en les inscrivant dans un projet collectif.

Ce terme de projet est important. La crise du politique est avant tout une crise de projet. La vie collective française n’est plus structurée que par des références à un passé. Or pour construire le vivre ensemble et les dynamiques, les citoyens ont besoin d’entendre un projet d’avenir. Le succès d’Europe écologie tient à cela : énoncer que l’Europe est un projet d’avenir, avec un contenu, des espoirs et des exigences. La contrepartie du message européen, c’est d’assurer aussi le cadre de proximité. Le duo Europe-Région est donc le bon support pour redonner du sens à la politique, pour la tourner vers un futur auquel le citoyen s’identifie.

Confier des responsabilités législatives avec les moyens afférents aux régions est un levier pour renouveler le collectif, rapprocher la démocratie du citoyen et permettre l’adhésion au projet européen.

Risque d’inégalités diront certains ? Non, elles existent déjà, nous l’avons dit plus haut. Redonner aux régions le fruit de la fiscalité qui en provient n’empêche pas la mise en place de règles de distribution équitable, l’Espagne nous le prouve.

Risque pour l’identité française diront d’autres ? Assurément non, car qu’est-ce qu’un Français ? C’est un citoyen de France, rien de plus, rien de moins. Que perd un Français s’il est en plus Auvergnat et Européen (ou Breton et Européen, etc.) ? Il ne perd rien, il gagne deux projets collectifs supplémentaires à la place d’un projet unique qui lorsqu’il est en panne n’est qu’un passé déprimant.

Europe écologie a gagné les élections européennes en énonçant un projet clair pour l’Europe. Aux régionales, c’est de Région qu’il faudra parler, et du sens qu’on lui donne. Et pour que les régions soient enfin le cadre d’une démocratie rénovée, il faudra sans doute inventer des statuts différents selon les cas. La Corse a le sien. Celui de l’Alsace ou de Poitou-Charentes peuvent être différents. Mais rien ne serait pire qu’un statu quo laissant nos territoires morcelés par des départements désuets, nos régions avec leurs carottes râpées, et nos concitoyens sans projets collectifs. 

 

Yann SYZ

Maire-adjoint de Lorient


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