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René Monory, le bon sens de la « France d’en bas » au sommet de l’État (2)

La décentralisation, le Futuroscope, le département de la Vienne et le Sénat : tels furent les dadas d’un homme politique français très atypique qui a mélangé tradition républicaine modérée et modernisme technologique entrepreneurial. Deuxième partie. 

Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 avril 2009, celle du vendredi saint, le centriste René Monory s’éteignait à 85 ans et demi. Voici un hommage que le week-end pascal de l’an dernier m’avait empêché de rendre.

Dans le premier article consacré à René Monory, j’évoquais son origine et sa montée politique dans la "cour des grands". Grandeur et décadence.


Coup de poignard dans les couloirs feutrés

Si sa réélection ne fut qu’une formalité le 2 octobre 1995 malgré la défection de trente-neuf sénateurs de la majorité sénatoriale, René Monory voulait accomplir un troisième mandat à la tête du Sénat mais il fut victime, à son tour, de la "pohérisation" de sa fonction d’autant plus que le groupe RPR ne cessait de se rééquilibrer en défaveur des sénateurs UDF.

Malgré son élan de modernisation, l’âge de René Monory l’avait considérablement fragilisé tant physiquement que politiquement. Son hommage à Maurice Schumann, mort le 9 février 1998, fut un véritable calvaire d’élocution. L’image qu’il présentait du Sénat s’était effectivement "pohérisée" malgré lui.

Quelques mois avant l’élection, René Monory se croyait incontournable et n’imaginait pas qu’on pût le défier. Son ami Jacques Chirac resta pourtant neutre dès qu’apparut la candidature du sénateur RPR des Vosges Christian Poncelet alors qu’une nouvelle génération de sénateurs sous la houlette de Jean Arthuis commencèrent à se réunir pour réfléchir sur le fonctionnement du Sénat.

Le 16 juin 1998, René Monory déclara à la télévision (FR3) avec bluff : « Tous les présidents de groupe de la majorité RPR-UDF m’ont demandé de me représenter ». Mais il fut démenti par le patron des sénateurs RPR Josselin de Rohan et celui des sénateurs RI Henri de Raincourt (actuellement ministre) qui préféraient attendre les résultats des élections sénatoriales avant de se prononcer.

Le 17 septembre 1998 à Bordeaux, lorsque François Bayrou succéda à François Léotard à la présidence de l’UDF, René Monory voulut se réclamer de l’union et de Jacques Chirac mais ce dernier fit annoncer qu’il ne souhaitait « intervenir ni de près ni de loin dans l’élection du Président du Sénat » (une attitude qu’adopta aussi le Président Nicolas Sarkozy en 2008).

Pendant ce temps, Christian Poncelet continua discrètement sa campagne, évita de se dire trop gaulliste pour ne pas froisser les centristes qui pourraient le soutenir et utilisa surtout sa position stratégique de président de la Commission des finances du Sénat d’où il pouvait utiliser la "réserve parlementaire" en pratiquant du clientélisme. À la buvette du Sénat, juste avant le vote, Christian Poncelet répondait même en rigolant aux sénateurs venus le rejoindre : « Je n’ai plus d’argent. J’ai tout donné ! ».

Le 1er octobre 1998, René Monory fut devancé de seize voix par Christian Poncelet au premier tour. C’est Jean-Pierre Raffarin qui lui annonça les résultats : lui cent deux voix, son rival RPR cent dix-huit, soit dix-neuf de plus que le nombre de sénateurs RPR. Dix-neuf "traîtres", surtout dans les rangs des Républicains indépendants (libéraux).

Les centristes et les RI demandèrent de nombreuses suspensions de séance pour préparer le second tour. On peut relire avec intérêt le compte-rendu des débats ici.

Pour René Monory, la messe était dite : il jeta l’éponge et se désista en faveur du centriste Daniel Hoeffel (69 ans), désigné candidat UDF pour le deuxième tour avec cinquante et une voix contre Henri de Raincourt (RI) quarante-neuf. Malgré la présence de François Bayrou (président de l’UDF), Hoeffel fut devancé par Poncelet de toujours seize voix. Philippe Séguin (président du RPR) était lui aussi venu mobiliser les sénateurs RPR.

Christian Poncelet fut finalement élu Président du Sénat au troisième tour. Étrangement, lui aussi était autodidacte et sans diplôme. Lui aussi ouvrit le Sénat aux forces vives de la nation (aux entreprises, à l’innovation, aux laboratoires de recherche etc.) mais lui aussi se "pohérisa" quelques années plus tard.

Dix ans plus tard, le 24 septembre 2008, l’un des héritiers politiques de René Monory, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, échoua face au gaulliste Gérard Larcher dans sa tentative de redonner au centre droit la Présidence du Sénat.


Une retraite bien méritée

Dans un bilan de session qu’il prononça le 25 juin 1998, René Monory avait invité le gouvernement à réfléchir sur « l’association de ces trois mots : mondialisation, exclusion, formation ». Après avoir clos la session quelques jours après, René Monory ne fit plus aucune intervention publique au Sénat (il resta sénateur jusqu’en 2004 et ne participa qu’aux votes des lois).

En décembre 2002, il rejoignit beaucoup de ses collègues centristes dans le groupe UMP du Sénat. Le 14 mars 2005, le Président de la République Jacques Chirac le décora de la Légion d’honneur, une accolade qui résumait aussi les liens amicaux qu’entretenaient les deux hommes depuis le début des années 1970.

2004 fut l’année de sa retraite politique : « J’ai décidé d’arrêter. J’ai atteint le maximum. ». Il ne renouvela aucun de ses mandats de conseiller général et de sénateur (il avait quitté la mairie de Loudun en 1999).

En tout, René Monory a cumulé quarante-huit ans conseiller municipal de Loudun (dont quarante ans maire), quarante-trois ans conseiller général de la Vienne (dont vingt-sept ans président du Conseil général), trente ans sénateur (dont six ans Président du Sénat), seize ans conseiller régional (dont un an président du Conseil régional) et six ans ministre (Industrie, Finances et Éducation), soit une vie politique de… cent quarante-trois ans de mandats (dont quatre-vingts ans d’exécutif) !


Dans le troisième et dernier article consacré à René Monory, les principales réactions à l’annonce de sa disparition.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 avril 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches sur la disparition de René Monory.
Élection du Président du Sénat (séance du 1er octobre 1998).
Alain Poher (1968-1992).
Christian Poncelet (1998-2008).
Gérard Larcher (depuis 2008).
L’élection des Présidents du Sénat.
Plus d’informations sur le Sénat.

 

Documents joints à cet article

René Monory, le bon sens de la « France d'en bas » au sommet de l'État (2)

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6 réactions à cet article    


  • curieux curieux 10 avril 2010 13:17

    Tiens, toutes les réactions ont disparu, comme l’avion du Pentagone


    • oncle archibald 10 avril 2010 14:16

      Qoi ? même ici, les centristes seraient boycotés ... Allez circulez, il n’y a rien à voir, le centre ça n’existe pas .. et bientot ce seront les hommes libres qui n’existeront plus .. C’est sinistre.

    • claude66 claude66 10 avril 2010 16:34

      a voir le nombre de votes on dirait que le centre n’intéresse plus personne
      trop en avance sur le temps ou dépassé par le bipartisme
      à quand des élections proportionnelles à un tour pour que les minorités aient le droit de s’exprimer autrement que par internet ?*
      claude66


      • Hieronymus Hieronymus 10 avril 2010 19:50

        Oui quel cumulard !
        vieux crocodile de la republique
        tres symptomatique du « systeme »
        paix a ses cendres ...


        • brieli67 10 avril 2010 20:07

          moi si !

          encore des séismes sur Patras
          ça intéresse qui au juste ?

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